INFOSELEC.net, des briques d'information sélectionnées sur le Net
Flux RSS Nouveautés (RSS)

Vous êtes ici : Infos > Vie et Bioéthique > Euthanasie

Débat sur la fin de vie, le vieillir et le mourir :
soins palliatifs, acharnement thérapeutique et euthanasie

Dossier d'information et de réflexion - basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence - sur l'euthanasie et le suicide assisté, qui sont l'opposé du vrai droit à mourir dans la dignité : le respect et l'accompagnement du malade en fin de vie, sans décès provoqué ni acharnement thérapeutique :

Question du refus de la souffrance en fin de vie mal posée et manque d'information sur les soins palliatifs

La mort et les sondages

Le Monde - 19 janvier 2011 - Sandrine Blanchard
Etes-vous plutôt soins palliatifs ou euthanasie ? C'est la bataille des sondages, même sur le délicat sujet de la fin de vie. Alors que le Sénat examinera, mardi 25 janvier, trois propositions de loi relatives à l'aide active à mourir, les pro-euthanasie brandissent des études en faveur de l'euthanasie et les pro-soins palliatifs en faveur... des soins palliatifs. Etonnant, non !
Un sondage d'OpinionWay pour la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), publié lundi 17 janvier, montre que 60 % des Français considèrent "le développement de soins palliatifs de qualité" comme "la priorité en termes de fin de vie", bien avant la légalisation de l'euthanasie (38 %). En octobre 2010, un sondage IFOP publié dans Sud-Ouest et largement relayé par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) indiquait que 94 % des Français approuvent une législation qui autoriserait l'euthanasie "dans un cadre réglementé". Alors qui croire, quel est le bon échantillon ? Et quelles sont les bonnes questions à poser, car c'est aussi affaire de formulation... A regarder de près ces sondages, tous nous disent une chose toute simple : que personne ne veut souffrir, que la vie est trop courte pour que les derniers jours soient un cauchemar. La vie, vraiment, jusqu'aux ultimes instants. Sinon, à quoi bon ? Derrière le mot "dignité", brandi aussi bien par les opposants que par les défenseurs de l'euthanasie, c'est le refus de la souffrance qui prime. L'euthanasie pour ne pas souffrir, les soins palliatifs pour "ne pas avoir de douleurs".
Mais quelle est la vraie valeur de ces sondages si la majorité des Français ne connaissent pas la loi sur la fin de vie votée en avril 2005 ? Or, c'est le cas : 53 % des personnes interrogées se déclarent "insuffisamment informées sur ce que sont les soins palliatifs" et 68 % ne savent pas qu'il existe une loi interdisant l'acharnement thérapeutique et reconnaissant le droit de "laisser mourir" ! Le Médiateur de la République s'était récemment inquiété de cette méconnaissance de la législation.
Et puis, qui connaît le 0 811 020 300, la ligne Azur inaugurée en mai 2005, au lendemain de la promulgation de la loi, par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la santé ? "Bonjour, vous êtes bien à la ligne "accompagner la fin de la vie, s'informer, en parler", nos services sont ouverts du lundi au vendredi de 14 h 30 à 19 h 30." Restreint, comme plage horaire ! Cette ligne téléphonique conçue pour que chacun puisse connaître les nouveaux droits des malades en fin de vie est un échec, quasi organisé, car elle n'a jamais bénéficié d'une quelconque publicité. Sous prétexte qu'il est trop difficile de parler de la mort...

L'euthanasie n'est pas la solution au mal-mourir

Le Monde - 28 février 2012 - Louis Puybasset (directeur de l'unité de neuro-réanimation chirurgicale du groupe hospitalier Pitié-Salpétrière), Claude Evin (ancien ministre PS des affaires sociales et de la santé)
Aujourd'hui, on décède de plus en plus rarement sans qu'une intervention médicale n'interfère avec la mort dans les mois ou les jours qui la précèdent. Ce sont les conséquences d'une médecine qui est de plus en plus efficace à guérir ou à stabiliser les maladies. De fait, la mort et la médecine ont de plus en plus maille à partir et c'est un phénomène qui n'ira qu'en augmentant. Il n'est donc pas surprenant qu'on s'interroge aujourd'hui de nouveau à l'occasion de la campagne présidentielle sur la place de la médecine face à la mort et sur l'opportunité de légaliser l'euthanasie.
Pourtant, cette question a été largement débattue en commission parlementaire pendant des mois, en 2004 puis en 2008. La loi française a été adaptée par deux fois pour mieux accompagner la fin de vie. Un juste équilibre a été trouvé. La loi permet aujourd'hui de traiter toutes les douleurs, d'apaiser toutes les souffrances. Les médecins sont désormais tenus de renoncer à toutes formes de traitements devenus vains. Arrêter l'acharnement thérapeutique relève dorénavant du juste soin. Soyons clairs : la fin de vie n'est plus aujourd'hui en France un problème d'ordre législatif. C'est un problème culturel qui concerne aussi bien les soignants que les soignés.
Nommons les choses par leur nom. Se prononcer en faveur de l'euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l'injection létale de barbituriques et de curares. Il s'agit en pratique d'exiger du personnel soignant qu'il donne activement la mort, c'est-à-dire qu'il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance. Si les Français demandent légitimement et majoritairement à mourir dans la dignité, peut-on pour autant imaginer qu'ils adhèrent en masse à cette démarche ? Contrairement à l'idée largement répandue, l'euthanasie ne renforce pas le droit des malades mais augmente encore, paradoxalement, le pouvoir des médecins. C'est en réalité un geste d'une grande violence qui n'apaise pas la fin de vie des patients et de leurs proches mais qui, au contraire, multiplie les deuils pathologiques et génère une division des équipes soignantes. Ce que l'on présente comme une idée progressiste, qui pouvait encore faire illusion dans les années 1970, lorsque les moyens de lutte contre la douleur étaient limités et les médecins souvent enfermés dans la toute-puissance, est un concept devenu archaïque.
Quant à la Belgique et aux Pays-Bas souvent érigés en modèles sur le sujet, il est faux de prétendre que leur système ne connait aucune dérive. La légalisation de l'euthanasie remet en cause dans ces pays les interdits, fondements de toute civilisation, qui s'effacent peu à peu au profit des habitudes prises. Ainsi la proportion des euthanasies non voulues y est-elle élevée. Les médecins hollandais avouent eux-mêmes que les traitements sont arrêtés parfois très rapidement dans leur pays pour des raisons purement économiques. Les euthanasies pratiquées sont d'ailleurs souvent suivies de prélèvements multi-organes en Belgique flamande. De plus, la tombée d'un tabou génère toujours une nouvelle revendication. L'ordre des médecins hollandais défend ainsi à présent l'euthanasie des patients âgés "souffrant de la vie" ou victimes de démences.
On le voit, l'euthanasie légalisée entraîne un changement complet de la culture du soin et du rôle social de la médecine. Voici ce qui arrive quand on a la naïveté d'autoriser par la loi un acte qui doit rester une transgression. D'ailleurs, depuis 2002, seul le Luxembourg a suivi la voie ouverte par la Hollande et la Belgique. L'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne et la Suède ont adopté des textes proches de la loi française de 2005. Le Conseil de l'Europe s'est prononcé le 25 janvier dernier contre l'euthanasie et a souhaité que l'on renforce le droit des malades par la promotion des "directives anticipées".
La question du mal-mourir demeure en France comme partout ailleurs une question politique. La régulation économique du soin, qui indexe la plus grande partie du financement des hôpitaux à leur activité, doit être revue. Comme le Royaume-Uni, nous devons favoriser la démarche palliative et donner à cette spécialité l'autorité et le crédit nécessaires pour lutter contre certains groupes de pression, notamment médicaux et pharmaceutiques, qui poussent à l'acharnement, leur fonds de commerce. Il faut aussi instaurer le "droit à voir sa souffrance soulagée en fin de vie" [...].
Il est aujourd'hui inadmissible que les patients souffrent. La culture du soin doit connaître aujourd'hui une révolution comparable à celle qu'elle a connue lorsque la loi du 4 mars 2002 (relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé) a donné aux patients accès à leur dossier médical. Cette mesure, d'abord mal vécue par les médecins, a de fait apporté plus de transparence à la relation soignés-soignants. Notre société doit impérativement mieux anticiper la fin de vie, en favorisant la rédaction des "directives anticipées", rédigées par le patient lorsqu'il est en possession de ses moyens mentaux et applicables lorsqu'il n'est plus en mesure d'exprimer sa volonté. Ces directives doivent êtres enregistrées dans la carte vitale de chacun afin que nul soignant ne puisse les ignorer. Cela peut se faire par décret. Ce serait enfin une façon d'affronter le tabou de la mort, de prévenir les situations de conflits et de renforcer les droits des patients.

La loi Léonetti et les soins palliatifs : des progrès récents, le débat sur l'euthanasie dépassé

La loi Leonetti donne l'accès aux soins palliatifs

Le Figaro - 25 janvier 2011 - Sandrine Cabut
68% des Français ignorent qu'il existe une loi interdisant l'acharnement thérapeutique.
Cinq ans après la loi Leonetti, qui a rendu illégal l'acharnement thérapeutique, où en est-on en France? Un récent sondage, mené par OpinionWay auprès de 1.000 personnes, montre que le dispositif est encore mal connu du grand public: 68% des Français «ne savent pas qu'il existe une loi interdisant l'acharnement thérapeutique», et globalement plus d'un sur deux (53%) s'estime «insuffisamment informé sur les soins palliatifs». Mais dans les hôpitaux et en particulier dans les services de réanimation et de soins palliatifs, les prises en charge des malades en fin de vie se transforment, selon les médecins. «Nous recevons des demandes d'euthanasie qui s'étiolent quand les malades reçoivent des soins, sont entourés, accompagnés, et rassurés sur le fait qu'il n'y aura pas d'acharnement thérapeutique, raconte le Dr Anne Richard, présidente de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (Sfap), qui estime que la loi de 2005 est «simple» et répond à «la grande majorité» des situations.
[...] «La loi Leonetti a légalisé ce qu'on appelle les Lata (limitations et arrêts de traitement actifs, NDLR), qu'on faisait auparavant de façon illégale, se réjouit le Pr Jean-Roger le Gall, ancien chef du service de réanimation de l'hôpital Saint-Louis (Paris). Certes, tous les services n'en sont pas au même stade, mais on va dans le bon sens. De façon générale, on prend de plus en plus en compte les problèmes psychologiques des patients, de leur famille et des soignants.»
«Cette loi, unique au monde, nous a donné un cadre pour organiser les limitations thérapeutiques, qui répond bien aux situations cliniques auxquelles nous sommes confrontés», assure de son côté le Pr Louis Puybasset (neuroréanimation, Pitié-Salpêtrière, Paris). Selon lui, les pratiques et les mentalités ont beaucoup évolué en quelques années.
«Avant, chaque équipe avait sa façon de travailler, certains arrêtaient tout facilement, d'autres faisaient de l'acharnement, mais on n'en parlait pas, c'était tabou. Aujourd'hui, nous avons des outils techniques et juridiques», explique le réanimateur. Il distingue toutefois deux situations bien différentes : d'une part, les défaillances d'organes (foie, appareil respiratoire…), de l'autre les atteintes neurologiques. «Aujourd'hui, grâce à des examens comme l'IRM morphologique et multimodale, on peut prédire avec précision le pronostic neurologique d'un malade pour décider ou pas de poursuivre la réanimation, ce qui était impossible il y a quelques années, précise-t-il. Mais cet examen n'est pas encore complètement validé, et il n'est pas encore utilisé partout.» En France, une dizaine d'équipes y auraient recours.
Pour autant, tous les problèmes ne sont pas résolus. «Nous sommes face à une injonction paradoxale, relève Louis Puybasset. D'un côté, on nous dit de ne pas faire d'acharnement thérapeutique. De l'autre, la T2A (système de tarification hospitalière) nous pousse à une hyperactivité qui peut confiner à l'acharnement thérapeutique.» Il souligne aussi la pression des industriels du médicament et de matériel médical, et celle des malades et des familles. «Nous sommes dans une société qui a perdu l'idée de la mort, c'est comme s'il y avait une sorte de droit à toujours guérir», regrette le Pr Puybasset, en rappelant qu'en Ile-de-France 95% des gens meurent à l'hôpital, seuls dans trois quarts des cas.

Hôpital de Pau: «Ici, l'euthanasie n'existe pas»

La République des Pyrénées - 12 septembre 2011 - Bruno Robaly
«L'euthanasie n'existe pas à l'hôpital de Pau » : tant le directeur, Christophe Gautier, que le président de la commission médicale d'établissement, le Dr François de la Fournière, le précisent en préambule. « Ce terme n'existe ni dans le code de déontologie médicale, ni dans la loi Leonetti et le code de la santé publique », soulignent-ils. [...]
Le Dr de la Fournière est clair : « La loi Leonetti est bonne, elle représente une avancée significative et il faut l'appliquer. C'est ce que nous faisons ici ». La loi, donc, et rien que la loi. Le texte « relatif aux droits des malades et à la fin de vie », présenté par Jean Leonetti, parlementaire mais également médecin et ancien président de la fédération hospitalière française, a été adopté le 22 avril 2005.
Un traitement qui « peut abréger la vie »
C'est à cette loi Leonetti et à ses décrets d'application, que se réfèrent tant la direction de l'hôpital que la communauté médicale. Un des articles indique clairement qu'il ne doit pas y avoir d'acharnement thérapeutique : « Les actes [médicaux] ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris ». Le médecin doit respecter la décision du patient (qui doit être inscrite dans son dossier), mais aussi l'informer des conséquences de son choix. « Un autre article du code de la santé publique donne un cadre très strict aux gestes médicaux de la fin de vie, et ici chaque mot compte », souligne Christophe Gautier. Que dit ce texte ? « Si le médecin constate qu'il ne peut soulager la souffrance d'une personne, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, qu'en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger sa vie, il doit en informer le malade, la personne de confiance, la famille ou, à défaut, un des proches. La procédure suivie est inscrite dans le dossier médical ».
« La loi Leonetti est appliquée à la lettre » [...] insiste le Dr de la Fournière, qui s'est spécialisé dans les soins palliatifs. Avec le Dr Martine Roux, anesthésiste, il avait, avant la loi, déjà élaboré un « protocole de sédation ». Conforme au texte voté en 2005, il est toujours appliqué aujourd'hui. Dans les « phases palliatives terminales », il prévoit trois niveaux d'intervention : la lutte contre l'anxiété, la sédation chronique et la sédation aiguë. Ces interventions sont très encadrées. Impossible, cependant, de connaître le nombre de « sédations aiguës » pratiquées à l'hôpital de Pau. « Cela reste très marginal », assure le Dr de la Fournière.
[...] Le président de la commission médicale d'établissement de l'hôpital de Pau insiste sur la dignité humaine : « Ces malades sont nos maîtres ; ils ont besoin de passeurs. Et chaque cas est différent. Un malade, un traitement : pas de généralisation ». Le comité d'éthique de l'hôpital planche aussi sur la question de la fin de vie, et ce depuis plusieurs années.
Pour les soins palliatifs, les équipes médicales de l'hôpital de Pau utilisent des médicaments de lutte contre la douleur (morphine, par exemple), d'autres facilitant la respiration, mais aussi des tranquillisants. Ainsi, l'Hypnovel, un hypnotique et sédatif à action rapide, est souvent employé en phase terminale.

"Politique et valeurs" : Axel Kahn, s'il est élu député socialiste, ne votera pas l'euthanasie

La Vie - 17 février 2012 - Axel Kahn (généticien, ancien président de l'université Paris Descartes)
Dans son programme, François Hollande propose « que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité."
Cet énoncé en lui-même ne pose pas problème : personne ne nie qu’il convient de médicaliser la fin de vie et d’éviter autant qu’il est possible les souffrances physiques ou psychiques. La loi Léonetti de 2005 va très loin en ce sens : elle stipule que chez la personne en fin de vie peuvent parfois être combinés une sédation renforcée et un arrêt de toute forme de réanimation et de nutrition parentérale assimilés à de l’acharnement thérapeutique.
Malheureusement, la formation des médecins à l’accompagnement de la fin de vie reste très insuffisante et la loi de 2005 n’est encore appliquée que de manière restrictive et imparfaite. La proposition du candidat peut être entendue comme le désir de venir en aide aux personnes au terme de leur existence en utilisant de manière optimale l’éventail des techniques médicales et de l’arsenal législatif.
Cependant, la discussion autour de la proposition de François Hollande amènera aussi à ce que soit relancé le débat sur l’euthanasie. Les avis à ce propos sont très partagés dans toutes les familles politiques du pays. Mes propres positions sont connues de tous, elles ont fait l’objet de plusieurs ouvrages : L'ultime liberté ? (Plon, 2008) ou Un type bien ne fait pas ça... : Morale, éthique et itinéraire personnel (Nil Editions, 2010).
Si je suis élu député, je soutiendrai toute disposition de nature à d’améliorer la prise en charge des personnes au crépuscule de leur existence, ce qui exige de combattre sans faiblesse toutes les formes de souffrance. Je le ferai bien sûr dans le respect de mes convictions selon lesquelles un tel objectif n’exige pas d’introduire dans la loi de nouvelles exceptions à l’interdiction de commettre un geste dont le but est de provoquer la mort.

La fin de vie ne peut se résumer à une ligne de programme électoral

Le Monde - 14 février 2012 - Jean Léonetti
M. Hollande propose que "toute personne majeure [en fin de vie] puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d'une assistance médicalisée pour terminer sa fin de vie dans la dignité." Le Parti socialiste a évoqué "un pas vers l'euthanasie", bien que le terme ne soit pas mentionné. L'euthanasie signifie la possibilité ouverte de donner la mort à un malade qui le réclame. Est-ce cela que souhaite M. Hollande . Si c'est le cas, pourquoi, une fois de plus, ne pas le dire clairement ? "Un pas vers l'euthanasie", c'est l'euthanasie.
M. Hollande voudrait-il plutôt parler d'accompagnement médical ? Si tel est le cas, sa proposition ne ferait que reprendre notre action de développement des soins palliatifs organisée par la loi d'avril 2005. Le Président de la République a d'ailleurs fait des soins palliatifs une priorité depuis 2007. Grâce aux 230 millions d'euros investis, les services de soins palliatifs se sont multipliés, les lits dédiés à l'accompagnement de fin de vie ont été rendus obligatoires par la loi et une filière universitaire "médecine palliative" a été créée pour améliorer la formation du personnel médical.
La loi de 2005 constitue un point d'équilibre. Elle condamne l'acharnement thérapeutique, permet d'arrêter tout traitement inutile ou disproportionné, autorise d'empêcher toute souffrance même si les traitements utilisés pour atteindre ce but ont pour effet secondaire de hâter la mort : en fin de vie, la qualité de la vie prime sur la durée de la vie. La ligne rouge constitue l'interdiction de donner volontairement et activement la mort, autrement dit l'euthanasie. Vouloir changer la situation actuelle mérite mieux qu'une ligne ambigüe noyée dans un programme fait d'ensemble de mesures techniques.
La loi de 2005 constitue un cadre qui a le mérite de répondre à une infinité de situations différentes et complexes. Qu'y-a-t-il de commun entre un homme qui accède à la demande de sa femme de l'aider au suicide alors qu'elle n'est pas en fin de vie, un médecin qui donne la mort à des patients qui ne la réclament pas ou un malade qui, soumis à des douleurs insoutenables en fin de vie, demande la mort pour abréger ses souffrances ? On dit la loi insuffisante. En fait, bien qu'elle fût votée à l'unanimité, elle continue à être trop mal connue et mal appliquée et trop de malades meurent encore souffrants ou abandonnés. Une chose est certaine : les emballements politico-médiatiques qui suivent les "affaires" qui ressurgissent sur ce thème ne permettent pas de dégager de solutions satisfaisantes, bien au contraire. C'est parce qu'elle a été élaborée dans un climat apaisé et serein que la loi de 2005 a pu susciter un consensus. Le débat sur la fin de vie ne peut pas être l'otage de prises de position partisanes et binaires, encore moins des sondages dont semble s'inspirer M. Hollande .
Il est possible de souhaiter que l'euthanasie soit autorisée. J'y suis personnellement défavorable. Dans les pays où l'euthanasie fut autorisée, des dérives et des abus scandaleux ont été constatés. J'ai aujourd'hui acquis la conviction qu'il y avait plus d'inconvénients que d'avantages à aller dans cette voie. Avec Axel Kahn je suis convaincu que "le geste du médecin n'a pas pour but d'interrompre la vie, il doit soulager". Je partage également la méfiance de Claude Evin vis-à-vis de "toute procédure qui tendrait à exonérer le corps médical de sa responsabilité pénale". Je rejoins Robert Badinter qui considère que la loi actuelle est satisfaisante. Mais ces avis, aussi éminents soient-ils, suffisent-ils pour autant ? Non.
Ce débat ne peut pas être monopolisé par les experts et les hommes politiques. Il doit être abordé de façon mature et c'est à nous, responsable politiques, d'adapter notre méthode, notre façon de prendre des décisions sur les sujets de société. Tout citoyen dûment informé est aujourd'hui capable de s'approprier ces questions sensibles qui touchent à son intimité la plus profonde. Je lance donc un appel pour que, après la présidentielle, un débat national soit lancé, sur le modèle de celui qui a eu lieu pour nos les lois de bioéthiques ou dans les pays scandinaves. J'ai l'intime conviction que des panels citoyens informés et sensibilisés sauront sortir de cette approche manichéenne dans laquelle certains médias et certains hommes politiques veulent les enfermer. Je suis certain, comme j'ai pu le constater sur les questions de bioéthiques, qu'ils feront alors mentir les sondages. Si je me trompe, j'aurais en tout état de cause la satisfaction de savoir que ce sujet aura été tranché par la raison dans un climat de consensus national.
Malraux disait que toute civilisation est hantée par ce qu'elle pense de la mort. Elle peut aussi être jugée à la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables, ceux qui vont mourir. Il faut soulager la souffrance de ceux-là sans les abandonner, en continuant à les aimer vivants. N'oublions pas que la dignité se lit dans le regard de l'autre et que la demande de mort n'est jamais motivée par autre chose que l'abandon et la souffrance.

La vraie question : comment accompagner humainement la fin de vie ?

Fin de vie : plaidoyer pour un dialogue serein et un débat responsable

Le Monde - 24 janvier 2011 - François Fillon (premier ministre)
Je n'ai jamais été confronté personnellement à l'épreuve terrible de devoir accompagner la fin de vie d'un être aimé, réduit à une souffrance insupportable et dont le diagnostic médical est sans appel. Je me souviens avoir été bouleversé par le témoignage douloureux de Marie Humbert. Je mesure les arguments de ceux qui, ayant traversé cette épreuve, s'interrogent sur la nécessité d'écourter la vie. Mais la question est de savoir si la société est en mesure de légiférer pour s'accorder le droit de donner la mort. J'estime que cette limite ne doit pas être franchie! Pour autant, je sais que c'est un débat où aucune conviction n'est indigne.
Ce débat, si vif il y a quelques années au regard de nos retards en matière de soins palliatifs et de lutte contre la souffrance, doit aujourd'hui être abordé en tenant compte des efforts entrepris.
En juin 2008, le président de la République a fait de la prise en charge des personnes en fin de vie une "priorité absolue". Ce choix a donné lieu à un programme de développement des soins palliatifs dont le pilotage a été confié au docteur Régis Aubry, spécialiste reconnu dans la prise en charge palliative. Il prévoit, en particulier, le passage en quatre ans de 100 000 à 200 000 du nombre de patients en fin de vie pris en charge et la création de 1200 nouveaux lits de soins palliatifs dans les hôpitaux. Le gouvernement s'est également engagé à appliquer les recommandations issues du rapport de Jean Leonetti de décembre 2008 sur la fin de vie. Ici encore, les engagements sont tenus. J'en prendrai deux exemples.
Le code de déontologie médicale a été modifié pour préciser, d'une part, les contours de la procédure collégiale encadrant les décisions d'arrêt des traitements en fin de vie et, d'autre part, les modalités de mise en œuvre de la sédation palliative sur les personnes ne pouvant exprimer leur souffrance.
Une allocation d'accompagnement d'une personne en fin de vie a été instituée par la loi du 2mars 2010. Cette allocation, d'un montant de 53 euros par jour pendant vingt et un jours, concerne l'ensemble des salariés bénéficiant d'un congé de solidarité familiale ou qui l'ont transformé en période d'activité à temps partiel.
Notre stratégie est donc claire : c'est celle du développement résolu des soins palliatifs et du refus de l'acharnement thérapeutique! Je n'oublie pas d'ailleurs que cette volonté prolonge celle qui avait présidé à l'institution, en France, du droit d'accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement par la loi du 9 juin 1999 sous le gouvernement de Lionel Jospin.
La question de la légalisation en France de l'euthanasie est revenue ces derniers jours dans le débat public, à l'occasion de l'adoption d'une proposition de loi par la commission des affaires sociales du Sénat. La Haute Assemblée sera amenée à se prononcer sur ce texte cette semaine. Dissipons tout de suite un malentendu. "Aide active à mourir", "assistance médicalisée pour mourir" : derrière les formules, c'est bien la question de l'euthanasie, c'est-à-dire celle de l'acte consistant à mettre fin à la vie d'une personne, qui est posée, et il appartient à chacun, en conscience, d'en mesurer toutes les conséquences.
Le dispositif prévu par ce texte n'offre pas les garanties nécessaires. [...] Mais surtout, un tel dispositif me paraît être très dangereux. [...] Le Conseil national de l'ordre des médecins a d'ailleurs exprimé son rejet de cette proposition de loi.
Face à ces risques majeurs, nous avons à faire preuve de responsabilité. Sur un sujet qui touche au sens profond que nous donnons au désir de vivre ou à la volonté de mourir, il n'y a pas de débat interdit, au contraire, car le débat sur la fin de vie est un débat de nature politique, au sens le plus noble du terme. A titre personnel, je suis hostile à la légalisation d'une aide active à mourir ; ce n'est pas ma conception du respect de la vie humaine et des valeurs qui fondent notre société. Mais je sais aussi combien la question de la souffrance en fin de vie est complexe et ne peut se résumer à quelques idées simples. Il ne s'agit pas de s'envoyer des anathèmes ou de se crisper sur des positions ou des tabous, de part et d'autre. Nous devons dialoguer en confiance et entendre, avec respect, les arguments de chacun. Mais il y a une méthode à proscrire, c'est celle de la précipitation.
Sur ces questions si profondes, aux résonances éthiques si larges, aux conséquences sociales et médicales si lourdes, ce ne sont pas les sondages ou les humeurs de l'instant qui doivent nous guider. C'est bien de vie et de mort qu'il s'agit. C'est bien du prix de ces derniers instants, profondément humains même quand l'espoir d'une guérison a disparu, qu'il est question.
La France avait un retard immense sur la prise en charge de la fin de la vie que nous sommes en train de combler dans un esprit constructif et consensuel. Et ce consensus est d'autant plus remarquable que l'émotion peut être forte et légitime à l'égard de drames humains et familiaux qui heurtent la sensibilité des Français.
Nous devons aborder ces sujets avec toute la gravité qu'ils exigent. L'Observatoire national de la fin de vie, créé en février 2010, a pour mission de renforcer les connaissances sur les conditions de la fin de vie et sur les pratiques médicales qui s'y rattachent. Ses travaux s'appuieront notamment sur les leçons à tirer des expériences étrangères. Celles-ci doivent d'ailleurs être analysées attentivement : depuis 2002, la Belgique enregistre une croissance du nombre de cas d'euthanasie, passant de 24 à 822 en 2009. [...]
Je veux d'ailleurs souligner que la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie du 22 avril 2005 donne un cadre permettant d'apporter des réponses adaptées aux situations de fin de vie en proscrivant l'obstination déraisonnable de soins, en autorisant la limitation ou l'arrêt de traitement ainsi que l'usage des antalgiques. Cette loi a également reconnu le droit du malade à demander une limitation ou un arrêt de traitement. Et lorsque le malade est inconscient, sa volonté exprimée préalablement dans des directives anticipées et à travers le témoignage de sa personne de confiance, de sa famille et de ses proches doit être respectée.
Plutôt que de légiférer dans la précipitation, plutôt que de trancher sans prudence et sans recul une question fondamentale, nous devons poursuivre le renforcement de la culture palliative en France, mettre en œuvre scrupuleusement le programme de développement des soins palliatifs et approfondir le débat sur la prise en charge de la fin de vie. Ce débat pourrait avoir lieu dans les prochains mois dans le cadre de l'Observatoire national de la fin de vie. C'est ainsi que nous répondrons de façon la plus juste au digne et difficile débat de la fin de vie.

La mise à mort ne sera jamais digne

La Croix - 24 janvier 2011 - Emmanuel Hirsch (professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud XI, président du Collectif Plus Digne la vie)
Je refuse aux propagandistes de la « mort dans la dignité » de tenter de nous inféoder aux peurs et aux tourments dont ils nourrissent leur idéologie. Ils nous détournent de la pensée indispensable à la sollicitude du juste soin. L’acharnement à vouloir forcer une législation dans le domaine si intime et délicat de la fin de vie interroge, surprend et inquiète. Une exigence de pudeur devrait s’imposer aux côtés des personnes dont l’existence est en péril, en détresse, vulnérable face à notre insouciance, notre mépris et nos peurs. N’y a-t-il pas une certaine indécence à revendiquer comme une conquête le droit de mettre à mort une personne, à prôner « l’aide active à sa mort », nous exonérant d’assumer à son égard les véritables responsabilités qui nous sont imparties ?
Plutôt que de considérer la dépénalisation de l’euthanasie comme l’expression moderne de la liberté, ne conviendrait-il pas d’accorder plus d’attention et de témoigner une autre disponibilité aux personnes en attente d’humanité, là où on leur propose la mort comme unique solution ? La supplique adressée comme ultime recours au médecin dont on n’attend plus qu’un geste définitif d’apaisement, dénonce trop souvent l’insuffisance, l’inanité et l’inconvenance de nos solidarités sociales, condamnant la personne malade à ne plus en attendre que l’acte qui met un terme à l’existence : une mise à mort.
[...] On ne saurait traiter de la dépendance, des handicaps, de la maladie chronique ou incurable et des fins de vie en des termes inconsistants, péjoratifs, indifférenciés ou compassionnels. De tels propos amplifient une sensation de violence sociale irrépressible et sollicitent des mentalités qui apparaissent attentatoires aux libertés individuelles. Ils ne peuvent qu’inciter à accentuer les fragilités et les détresses de ces personnes trop souvent niées dans leur citoyenneté, et ramenées à l’insupportable condition d’une existence ou d’une survie que certains considèrent alors, en désespoir de cause, indigne d’être poursuivie.
[...] Il ne s’agit donc pas tant de mourir dans la dignité que de vivre dignement et respecté en dépit de l’imminence d’une échéance. Penser le terme de son existence avec et parmi les autres, c’est avoir la conviction d’être reconnu, accueilli et accompagné sans la moindre contestation jusqu’à la mort. J’estime que le combat mérite d’être mené pour créer les conditions politiques favorables à une vie digne d’être vécue jusqu’à son terme. Il y va du fondement même de la démocratie. Nous sommes résolus à vouloir la défendre lorsque les circonstances menacent les valeurs de dignité, de respect et de justice. Certaines dérives constatées dans les pays européens ayant dépénalisé l’euthanasie sont déjà interprétées comme une mise en cause des droits de l’homme, voire des expressions aseptisées de la barbarie.

Chirurgien à la vie, à la mort

Sud Ouest - 2 octobre 2011 - Jean-Pierre Chassaigne, propos recueillis par Dominique Richard
En cas de maladie incurable, un chirurgien peut-il précipiter la fin de vie ?
Un sondage publié par le journal « Sud Ouest » a montré que plus de 95 % des personnes étaient favorables à une loi permettant une telle euthanasie active. En corollaire de la question posée, il eût fallu demander à ces mêmes personnes si elles acceptaient d'exécuter elles-mêmes ce geste considéré comme salvateur. Je ne suis pas certain qu'on aurait obtenu le même pourcentage.
[...] L'arsenal dont disposent les médecins pour calmer la douleur est considérable, mais souvent méconnu ou mal utilisé. Entre autres, l'usage de la morphine est toujours un sujet de réticences. Comme si un malade qui va mourir risquait de devenir toxicomane ! L'enseignement des soins palliatifs est la première réponse à la question et résout, ou résoudra, la majorité des problèmes posés par de tels malades. Car ne pas souffrir rend la fin de vie acceptable, si tout au moins le malade ressent autour de lui cette chaleur humaine que seul un être compatissant peut lui apporter.
N'est-ce pas souvent le malade qui demande à en finir ?
Lorsque c'est le cas, c'est bien souvent pour attirer sur lui cette compassion qu'on ne lui donne pas ou trop chichement. Fréquemment, la requête émane de l'entourage, qui ne supporte pas de voir partir trop lentement un être dont il n'accepte pas la déchéance. C'est son épuisement à tolérer sa propre souffrance qui lui fait demander cette euthanasie active. Demande à laquelle le médecin n'a pas de raison de donner suite, puisqu'elle n'est pas pour le malade.
Restent quelques cas où les soins palliatifs, même bien conduits, paraissent insuffisants ou inopérants. Rien n'empêche que, comme le permet la loi, le médecin use de calmants plus puissants, sachant que l'usage de ceux-ci limite le temps de survie du malade. En outre, il est plus facile de faire accepter à une famille des soins palliatifs qui vont abréger la fin de vie que de lui faire accepter une mort brutale. C'est peut-être de l'hypocrisie, mais cela vaut certainement mieux qu'élaborer une loi qui ne répondra pas forcément à tous les cas et qui demandera la préparation de procédures lourdes pour l'usage des substances létales immédiates. Si on laissait au médecin un espace de liberté pour juger de ce qu'il a de mieux à faire pour son malade, plutôt que de tout vouloir légiférer...
Comment réagir à la montée des demandes de suicide assisté ?
Effectivement, des patients ayant toute leur connaissance réclament parfois une aide pour mourir. Si une telle pratique était légalisée, elle ne pourrait pas être du ressort du corps médical, car un médecin pratiquant une injection létale tomberait, dès les premières gouttes injectées, sous le coup de la loi pour non-assistance à personne en danger. Il faudrait donc créer un corps de « bourreaux » tel qu'il existait au siècle dernier, du temps de la guillotine, et il faudrait encadrer strictement cette pratique pour que ne s'y engouffrent pas bon nombre de psychopathes suicidaires.

Le non respect du principe de précaution

analyse Dans une société qui a inscrit le principe de précaution dans sa Constitution, son premier champ d'application ne devrait-il pas être la vie et la dignité de la personne humaine ?

Dans un «coma» depuis 23 ans, il était en réalité conscient

Le Figaro - 23 novembre 2009 - Jérôme Bouin
Un Belge de 46 ans a passé 23 années allongé dans un lit d'hôpital dans un état qualifié de végétatif. Des analyses menées en 2006 ont montré qu'il était conscient depuis le début. Un cas qui ne serait pas isolé.
Cet événement pourrait relancer le débat sur l'opportunité de mettre fin à la vie de personnes plongées dans le coma depuis des années et dont on estime qu'elles ne recouvriront jamais leurs facultés.

...vidéo témoignage d'une personne consciente lorsqu'elle était dans le coma

Une majorité de grands handicapés se disent heureux

Le Figaro - 1 mars 2011 - Yves Miserey
Une étude sur des personnes atteintes du locked-in syndrome révèle que trois quarts d'entre elles ont une bonne qualité de vie.
Incapables de bouger et de parler à cause d'un accident vasculaire cérébral, mais totalement conscients, les trois quarts des individus atteints du syndrome d'enfermement estiment avoir une bonne qualité de vie et être heureux. C'est ce que révèle une étude menée auprès d'une centaine de patients et publiée la semaine dernière dans la revue BMJ One. En France, on estime à environ 600 le nombre de personnes souffrant de ce locked-in syndrome (en anglais, abrégé en LIS).
Leur enfermement n'est pas total car la plupart peuvent communiquer soit par des mouvements des paupières comme Jean-Dominique Bauby, auteur du célèbre livre Le Scaphandre et le Papillon, ou par des mouvements de la main, de la tête ou du pouce. À l'aide d'un clavier d'ordinateur, ils peuvent ainsi «parler» avec leurs proches ou envoyer des e-mails. Si toutes les conditions sont réunies, ils peuvent également se déplacer à l'aide d'un fauteuil électrique qu'ils pilotent eux-mêmes. En tout, 168 patients atteints de LIS résidant en France ont reçu un questionnaire détaillé sur leur situation sociale et familiale, leur état de santé - douleur, mobilité - ainsi que leur moral - anxiété, dépression, pensées suicidaires, souhait d'euthanasie. Seules 65 réponses ont pu être intégralement prises en compte par l'étude pilotée par Steven Laureys, de l'université de Liège. Il en ressort que 47 patients sur 65 expriment un degré de bien-être tout à fait comparable à celui de personnes non handicapées menant une vie qui les satisfait. En revanche, 18 estiment ne pas avoir une «vie bonne» et quatre d'entre eux souhaiteraient ne plus vivre.
«Ce sont des résultats très surprenants car on ne peut pas être plus handicapé que ces patients, analyse le Dr Steven Laureys. Il faut être prudent dans l'interprétation de ces résultats, car la mesure de la qualité de vie est quelque chose de subjectif», souligne-t-il . Le premier message à retenir à ses yeux, c'est que plusieurs de ces patients participent activement à la vie de leur famille et qu'ils ont une vie «pleine». «Quand les enfants reviennent avec un mauvais bulletin, ils ont peur de le montrer à leur père exactement comme s'il était valide», raconte-t-il.
«Nous avons essayé de comprendre pourquoi certains patients LIS ne sont pas heureux», souligne Steven Laureys. Sans surprise, ceux qui ont des problèmes de mobilité, d'accessibilité et de financements souffrent plus ainsi que les patients isolés et qui ont des douleurs physiques. «L'environnement et l'entourage jouent un rôle clé et ça ne s'achète pas», note aussi Véronique Blandin, présidente d'Alis (Association du locked-in syndrome), créée en 1997 à l'initiative de Jean-Dominique Bauby.
L'évaluation de la qualité de vie chamboule bien des idées reçues. Dans un monde hypermédicalisé, ce questionnement a le mérite de redonner au patient une place centrale. En 2007, par exemple, l'équipe du Dr Laureys avait demandé à plus de 800 soignants si les patients souffrant de ce syndrome se trouvent dans un état pire que ceux en état végétatif, ou ayant un état de conscience minimale. 61% avaient répondu «oui», ce qui va manifestement à l'encontre du ressenti des patients eux-mêmes. Ces derniers, une fois confrontés à leur pathologie, changent eux aussi de perspective. «Plusieurs patients m'ont dit qu'avant leur AVC, ils n'auraient jamais souhaité vivre un jour en fauteuil roulant, témoigne Frédéric Pellas, du CHU de Nîmes. On ne peut pas se projeter tant qu'on n'est pas concerné
Le questionnaire sur la qualité de vie utilisé dans cette enquête a consisté d'abord à demander aux personnes de se rappeler le meilleur et le pire moment de leur vie, en donnant la note +5 au meilleur et -5 au plus noir. Ensuite, elles ont attribué une note de qualité aux deux semaines de leur existence précédant l'enquête. La réponse la plus fréquente se situe généralement entre +3 et +4 lorsque l'on soumet ce questionnaire à des personnes en bonne santé. C'est exactement cette réponse qui a été retrouvée chez les patients LIS. L'Organisation mondiale de la santé définit la qualité de vie comme «la perception qu'a un individu de sa place dans l'existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit, en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes». Cela englobe «la santé physique de la personne, son état psychologique, son niveau d'indépendance, ses relations sociales, ses croyances personnelles et sa relation avec les spécificités de son environnement».

... reportage TV sur la vie quotidienne des handicapés et leur joie de vivre

Une réponse simpliste à un problème complexe : les arguments du coût et de la compassion en faveur de l'euthanasie

Pour une certaine forme d'euthanasie dans les Unités de Soins Palliatifs

Le Monde - 28 janvier 2011 - Professeur Jean-Louis Lejonc (Unité de Soins Palliatifs Groupe Hospitalier Henri-Mondor)
Le développement de ces unités [de soins palliatifs] a beaucoup apporté à la qualité des soins aux patients quand l'espoir d'une guérison n'existe plus. Ce sont des soins actifs, ayant pour but d'apaiser les symptômes, les douleurs, le râle, de prendre en compte l'épuisement, la détresse physique et morale, d'aider les patients et les familles à passer ce cap atroce. Et préserver la dignité. Il est à ce titre singulier que la principale association militant en faveur de l'euthanasie se désigne pour le droit de mourir dans la dignité. Comme si les soins palliatifs étaient indignes. Ce qui est indigne, c'est l'acharnement, l'obstination déraisonnable. D'autres sauront mieux que moi l'expliquer.
Je veux ici défendre l'idée qu'il n'y a pas nécessairement contradiction entre soins palliatifs et euthanasie. Et suggérer que la légalisation d'une certaine forme euthanasie semble inéluctable pour deux raisons : l'une est noble, l'autre est financière.
La première résulte du progrès spectaculaire apporté par les Unités de Soins Palliatifs dans le maniement des médicaments antalgiques et sédatifs. Lorsque le terme arrive, que la mort qui rodait est toute proche, nous avons le souci de tout faire pour que les douleurs ne reprennent pas. [...] La loi autorise le "laisser mourir". Mais en dépit de l'arrêt de toute alimentation, de toute hydratation, la mort se fait attendre parfois si longtemps ... [...]
La seconde raison qui militera pour la légalisation d'une certaine forme d'euthanasie est d'ordre économique. Les soins coûtent cher. Très cher. L'offre de soins ne peut que diminuer dans notre pays, qui grève les budgets de la fonction publique hospitalière et de la sécurité sociale. Les générations qui gouverneront après 2020 devront faire des choix budgétaires en la matière. Beaucoup de patients relevant des soins palliatifs sont âgés et/ou retraités de la vie active. Il est vraisemblable que les baby-boomers comateux en fin de vie ne seront pas une priorité. Car les soins palliatifs coûtent cher. Très cher en raison des densités de personnel soignant requises pour assurer convenablement des prescriptions médicamenteuses complexes et techniques et prendre du temps, le temps de la douceur pour laver les corps douloureux et accablés, du temps pour écouter les mots qui restent à dire, du temps pour manifester empathie et compassion auprès des mourants et de leurs entourages. Du temps pour essuyer la merde et les vomissures qui souillent les chairs et les âmes.

L'expérience de la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté à l'étranger : excès, dérives et dérapages

...reportage au CHU de Rouen témoignant de dérives dans les pays ayant autorisé l'euthanasie

Protéger et entourer les plus faibles plutôt que faciliter leur disparition

Le Monde - 28 janvier 2011 - Pierre Mazeaud (ancien président du Conseil constitutionnel, président d'honneur du Comité consultatif national d'éthique)
Une proposition de loi légalisant l'euthanasie a été rejetée par le Sénat, le 25 janvier. Dans sa dimension individuelle, cette proposition de loi se fonde sur la revendication d'une liberté inaliénable de pouvoir librement choisir sa mort. Mais cela soulève immédiatement un problème : si le suicide est une liberté, le suicide assisté suppose de facto le recours à un tiers, légalement commis.
Or, à ce moment ultime de la fin de vie, la liberté de choisir n'est plus celle de la vie habituelle. Elle reflète plutôt l'aspiration à ne pas être abandonné à une médecine indifférente ou activiste. Elle traduit le désir d'être accompagné dans sa faiblesse et sa désespérance. Vouloir mourir avec le plus de sérénité possible sans devenir un corps souffrant au-delà du possible, qui peut s'y opposer ? Toutefois, l'approche de la mort bouleverse les anticipations. L'ultime souhait est le plus souvent de vivre, même si l'on y était in abstracto hostile.
Une directive anticipée peut être ressentie comme une épée de Damoclès, le dernier moment venu. Au pire de la détresse, un désir de "vivre malgré tout" peut survenir, quels que soient notre âge et notre état. Va-t-on opposer à ce sursaut humain la "dignité de vouloir en finir" ? Autoriser le suicide assisté ne serait pas non plus sans conséquence sur notre organisation sociale. Le vieillissement de la population, la nécessité de répondre à la dépendance des personnes âgées sont devenus des réalités qui exigent la mise en oeuvre de politiques sociales fondées sur la solidarité.
Or faire le choix du suicide assisté, c'est s'engager dans une voie dont les plus fragiles, les plus âgés risquent immanquablement d'être les victimes. Si la personne en fin de vie juge qu'elle constitue une charge pour la collectivité et pour ses proches, ceux-ci ne seront-ils pas tentés de l'inciter au suicide assisté ? Ce risque de dérive d'une euthanasie devenue variable d'ajustement des dépenses de santé n'est pas une vue de l'esprit.
La population canadienne s'en est émue dans une enquête d'opinion, craignant de voir une euthanasie de commodité frapper progressivement les pauvres et les exclus (Canadians'Attitudes Towards Euthanasia, Life Canada, 2009 , Environics Research Group). Des Néerlandais âgés, vivant à proximité de l'Allemagne, franchissent désormais la frontière pour échapper à ces pratiques (rapport de l'Assemblée nationale n° 1287, p. 136, www.assemblee-nationale.fr). Transposé mathématiquement à la France, le suicide assisté tel qu'il est pratiqué en Flandre (1,9 % des décès en 2007) toucherait 10 000 personnes par an. Il y aurait quelque paradoxe, d'un côté, à prôner la création d'un cinquième risque, à plaider pour le développement des soins palliatifs et à multiplier les droits opposables en faveur des plus faibles, quand, dans le même temps, leur mort, assurée par un tiers, serait facilitée.
Dans un contexte de croissance économique faible, le financement de la dépendance sera très difficile à trouver. Il faudra sans doute compter avec le capital des personnes concernées. Imagine-t-on alors les contradictions, les dilemmes, les calculs auxquels seront confrontés les proches du patient ?
En 2005, la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie, écartant tout acharnement thérapeutique, a permis d'accompagner les derniers moments et de respecter la volonté du mourant. Elle a accepté le risque que le soulagement de la douleur puisse accélérer la survenue de la mort et a encouragé parallèlement le développement des soins palliatifs.
Elle a fait le choix de la transparence, de l'humanisme et de la solidarité entre les générations. C'est parce que ces orientations ont convaincu le gouvernement espagnol que celui-ci a décidé de s'en inspirer en 2011. Sans aucun doute, il faut se donner les moyens de rendre ces pratiques pleinement effectives là où elles sont encore ignorées.
Mais le progrès ne consiste pas à autoriser par la loi la suppression d'une personne pour se débarrasser de la vision de la souffrance. Le progrès d'une société aujourd'hui, comme nous l'a appris l'histoire du XXe siècle, se mesure à sa capacité de développer la solidarité, en protégeant et en entourant les plus faibles et non à faciliter leur disparition.

Le premier rapport de l'Observatoire de la fin de vie suscite la polémique

La Vie - 14 février 2012 - Joséphine Bataille
L'Observatoire national de la fin de vie rend public ce 15 février son premier rapport annuel. Cet organisme veut apporter des données fiables et objectives sur les pratiques en fin de vie en France afin de dépassionner le débat sur ce sujet sensible. [...]
Sortir du registre de l'opinion et nourrir le débat citoyen pour éclairer le législateur : c'est dans ce but que l'Observatoire national de la fin de vie a été créé en 2010, à la suite de la mission parlementaire d'évaluation de la loi de 2005, qui a encadré les pratiques médicales sur le sujet. [...] Présidé par le professeur Régis Aubry, spécialiste des soins palliatifs, [...] le rapport va à l'encontre d'un certain nombre d'idées reçues : la proportion de décès à l’hôpital n’a pas augmenté depuis 1980 (60%), et en 2010, 11% des Français étaient seuls au moment de leur décès. De même sur l'acharnement thérapeutique, il ressort que la plupart des conflits sont liés à des situations où les médecins souhaitent limiter les traitements actifs, tandis que la famille veut les poursuivre, et non pas l'inverse. Selon le rapport, la douleur ne suscite une demande d'euthanasie que dans une faible proportion de cas. En fait la plupart des personnes en demande n'expriment pas de motif particulier. Enfin, l'Observatoire met en évidence qu'en Belgique et aux Pays Bas, où l'on dispose d'études sur l'euthanasie puisqu'elle est légale, 2,5% à 3,5% de l’ensemble des décès font suite à un acte visant délibérément à accélérer la survenue de la mort. Mais un tiers des patients concernés n’avaient formulé aucune demande explicite dans ce sens.
En ce qui concerne les soins palliatifs, l'Observatoire conclut que 64% des personnes qui décèdent dans les services d’urgence en auraient besoin, soit plus de 322 158 personnes chaque année. Or, seules 7,5% semblent en avoir bénéficié. On est donc très loin de l'application de la loi Léonetti sur la fin de vie qui impose la généralisation des soins palliatifs. Le manque de formation des équipes pourrait expliquer un tel fossé entre la loi et la pratique. Régis Aubry, le président de l'Observatoire, a ainsi stigmatisé "l'inadéquation et l'insuffisance de la formation des personnels de santé avec la réalité des problématiques de la fin de vie".
[...] La psychologue Marie de Hennezel, figure de l'accompagnement des personnes en fin de vie, et formellement opposée à la légalisation de l'euthanasie a démissionné de l'Observatoire de la fin de vie, auquel elle reproche un travail inutile. Pour elle, il ne s'agit que d'une compilation d'études, alors qu'il aurait fallu concentrer ce coûteux travail (le rapport a coûté 450000€) sur l'analyse de ce qui fait obstacle à la correcte application de la loi Léonetti.

L'euthanasie n'est pas compatible avec les valeurs de la gauche

Marianne - 29 janvier 2011 - Laure Copel (cancérologue, responsable des soins palliatifs à l’Institut Curie de Paris), Anne-Marie Dickelé (psychologue en soins palliatifs au CHU de Montpellier), Bernard Devalois (ancien président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs Sfap), Martine Ruszniewski (psychologue et psychanalyste), Gérard Terrier (chef du service d’accompagnement et de soins palliatifs du CHU de Limoges)
Impliqués professionnellement dans l’accompagnement de patients en fin de vie, nous sommes aussi des citoyens engagés, qui nous reconnaissons dans un grand nombre des valeurs incarnées sur la scène politique par la gauche. Aujourd’hui, nous voulons dire notre indignation vis-à-vis de la proposition de loi visant à légaliser les injections létales et le suicide assisté, signée par de nombreux sénateurs « de gauche ». [...]
Ces différents textes laissent entendre que la seule solution pour mourir dans la dignité serait de bénéficier d’une assistance médicale provoquant la mort. C’est une négation inacceptable du travail de celles et ceux qui accompagnent les mourants, dans le respect de leur dignité mais sans provoquer leur mort. La loi d’avril 2005 représente à cet égard une avancée considérable (limitation des soins déraisonnables, priorité au soulagement des souffrances y compris avec sédation si nécessaire, recours à une personne de confiance…). Certes, nous savons que bien des progrès restent à accomplir pour que cette loi soit connue, diffusée et enfin respectée, et c’est sur cette question que devraient, à notre sens, porter les propositions, avec notamment le développement de structures de soins palliatifs et de centre de lutte contre la douleur.
Un des acquis emblématiques de la gauche a été de mettre fin à la barbarie de la peine de mort, au juste motif qu’aucune situation ne peut justifier la mise à mort d’un autre être humain. Quant à nous, nous restons parfaitement convaincus de la justesse et de l’actualité de cet argument. Fort heureusement, François Mitterrand et Robert Badinter ne se sont pas appuyés sur les sondages de l’époque. En tant que responsables politiques, ils ont préféré privilégier la rationalité collective des principes plutôt que de céder aux déchaînements des passions individuelles.
Nous voulons rappeler que, sur ce sujet comme sur d’autres, il paraît impossible de trouver des solutions simplistes à des questionnements complexes. D’ailleurs, l’expérience des pays européens dont la loi permet le suicide assisté ou l’euthanasie montre les limites d’une telle autorisation. L’analyse attentive montre qu’aucun des dispositifs législatifs existant ailleurs n’échappe à des dérives inquiétantes. Ainsi en Suisse, les pratiques déviantes de l’association Dignitas ont fait l’objet de nombreuses investigations : pratique de tarifs prohibitifs, organisation lucrative d’un véritable tourisme de la mort, suicide de personnes non atteintes de pathologies graves et/ou victimes d’une erreur de diagnostic, etc. En Belgique, des publications scientifiques démontrent que la loi n’est en fait pas respectée. Elles révèlent que la moitié des cas d’administration de produits destinés à provoquer la mort ne répondait à aucune demande explicite du patient (surtout pour les personnes âgées). D’autres articles scientifiques avaient également révélé la pratique d’euthanasies de nouveau-nés et même l’organisation de prélèvements d’organes sur des patients ayant subi une euthanasie. Aux Pays-Bas, la pratique des euthanasies vient d’être l’objet d’une sérieuse polémique entre les autorités et les commissions régionales de contrôle, car celles-là n’engagent pas de poursuites même en cas de non-respect des dispositions légales. Par ailleurs, le projet d’ouverture d’une « clinique de l’euthanasie » par les militants du droit au suicide assisté fait polémique.
A l’approche de la mort, aucune loi ne peut résoudre toutes les souffrances, essayons au minimum de ne pas en créer de nouvelles. De plus, aucune de ces législations ne permet une « égalité réelle » des patients, car les plus faibles (déments, handicapés, enfants…) en sont nécessairement exclus ou victimes par manque d’autonomie évidente.
De telles lois nous paraissent incompatibles avec les valeurs traditionnelles de la gauche qui demandent à l’Etat de protéger les plus vulnérables, comme le sont les patients en fin de vie. Nous sommes surpris que soit mis en avant par des parlementaires appartenant à la gauche un principe aussi fondamentalement ultralibéral que la prééminence absolue de l’autonomie individuelle. Une telle démarche génère toujours une majoration de l’inégalité entre forts et faibles. Il est parfois de bon ton de laisser croire que les adversaires d’une légalisation de l’euthanasie seraient tous des réactionnaires, intégristes et conservateurs, et que, si l’on se situe dans le camp du progrès, on se doit d’être favorable à cette évolution législative, comme on l’était sur la question de l’IVG. Nous nous inscrivons fermement contre cette idée fausse et nous affirmons avec force que s’engager dans un droit à la mort provoquée est une impasse dont nous redoutons les dérives.
Pour nous, ceux qui pensent qu’il n’y a rien d’autre à faire que de supprimer celui qui souffre ne partagent pas les mêmes valeurs éthiques, voire morales, que ceux qui espèrent une société où la solidarité permettrait aux malades de garder leur dignité et leur place sociale, y compris à la fin de leur vie.

Hostile à l'euthanasie, Leonetti critique Hollande

Le Figaro - 20 février 2012 - Agnès Leclair
L'Observatoire de la fin de vie a pointé un accès encore largement insuffisant aux soins palliatifs. [...] Aujourd'hui, il faut encore progresser mais nous manquons surtout de culture palliative. L'acharnement thérapeutique continue. La loi est encore mal connue et mal appliquée. On est loin d'avoir exploité tout ce qu'elle permet. On doit faire évoluer les pratiques dans le cadre législatif actuel.
En fin de vie, notre médecine est parfois trop tournée vers la performance et pas assez sur l'accompagnement du malade. Mais ce rapport a également rappelé les dérives dans des pays comme la Belgique ou les Pays-Bas qui ont dépénalisé l'euthanasie. On constate dans ces pays une hausse significative des euthanasies clandestines alors qu'il existe une procédure encadrée par la loi.

Un nouveau métier : bourreau

La Vie - 25 janvier 2011 - Alain de Broca (neuropédiatre et philosophe)
Que d’eau aura coulée depuis qu’ Emmanuel Kant soulignait que la dignité de l’homme est irréductible et que la vie était sacrée ! [...] Certains sénateurs ont osé proposer une loi pour « l’assistance médicalisée pour mourir ». Que ces mots sont doux…. Comme le mot d’euthanasie est trop sujet à affrontements, et que les mots de suicides assistés sont aussi trop difficile à valider, ils parlent « d’une assistance médicalisée à mourir ». L’art de la sémantique est de contourner les débats par des mots si positifs que nombre de concitoyens pourraient se laisser convaincre.
Mais le texte écrit est un véritable camouflet à notre victoire sur l’abolition de la peine de mort votée le 30/9/81 par les sénateurs ! D’une part parce que le droit de donner la mort serait ainsi rétabli, pour le bien l’homme nous fait-on croire. Rappelons que la peine de mort d’un coupable d’exactions terribles était aussi argumentée par le fait que si cette personne parvenait à sortir de prison elle risquait de recommencer. D’autre part, parce que la médecine est non seulement conviée mais obligée à transgresser le tabou majeur de la mort donnée (Pauvre Hippocrate).
[...] Comment oser demander aux soignants d’être les nouveaux exécuteurs d’une telle basse besogne ? Rappelons que même aux USA, les mises à mort par injections létales sont de plus en plus décriées. Il en est de même avec certains suicides assistés en Suisse qui « ratent » !

Débat sur les soins palliatifs et le "suicide assisté" : lobbying et manipulation de l'opinion publique

analyse Les questions touchant à la vie et à la mort ne sont-elles pas très sensibles et très complexes et méritent un débat de fond argumenté.
L'ADMD (association pour le droit à mourir dans la dignité) est représentative dans le débat sur l'euthanasie des méthodes extrêmes de lobbying et de manipulation, indignes du débat démocratique :


...plus d'informations sur la puissance des lobbies et leurs méthodes de lobbying

Mortel lobby

La Vie - 20 janvier 2011 - Jean-Pierre Denis
Plus d'un Français sur deux reconnaît qu'il est « insuffisamment informé » sur les soins palliatifs. Plus d'un Français sur deux se dit « conscient des risques de dérive » que comporterait une légalisation de l'euthanasie. Voilà quelques-uns des résultats d'un sondage dont nous révélions la teneur dès dimanche 16 janvier [...]. Ils obligent à un effort de simple honnêteté intellectuelle. Contrairement à ce qu'on veut nous faire croire - avec, parfois, le concours de médias peu regardants -, les Français ne réclament pas de manière unanime la légalisation du suicide assisté. La question n'est pas tranchée. La légalisation n'est pas inéluctable.
Certes, la demande d'euthanasie existe. Qui jurerait sans tartufferie qu'il ne la formulera en aucun cas, pour lui-même ou pour un proche ? Qui voudrait ignorer qu'il existe des situations limites, à laquelle la conscience de chacun peine à répondre ? Qui a envie de souffrir ou de faire souffrir au-delà de la raison ? Commençons donc par entendre cette demande qui pourrait être la nôtre, ainsi que le font d'ailleurs la plupart des médecins ou des infirmières. Essayons ensuite d'y répondre de la manière la plus digne.
La dignité, justement, consiste à rappeler que l'accompagnement des personnes en fin de vie existe, même s'il demeure trop limité. Elle invite ensuite à ne pas oublier jamais qu'on sait aujourd'hui mieux lutter contre la souffrance. Elle exige enfin que l'on rappelle sans cesse l'humanité de l'homme. Celle-ci rayonne jusqu'au bout, fût-ce dans le plus faible et le plus découragé des corps. « La plupart du temps, les demandes d'euthanasie ne s'expriment plus lorsque les patients bénéficient de soins palliatifs avec une prise en charge adaptée », rappelle ainsi le Dr Anne Richard. C'est un point décisif, que ne sauraient occulter les cas extrêmes si souvent médiatisés.
Comment expliquer alors ce nouveau débat au Sénat, en principe le 25 janvier, pour une question maintes fois abordée et tranchée ? Ici, il faut bien évoquer l'oeuvre d'un lobby que le développement des soins palliatifs ne mobilise pas beaucoup. Un lobby qui, sans cesse, remet le sujet sur le tapis, comme s'il refusait d'admettre la portée de la loi Leonetti sur la fin de vie - adoptée à l'unanimité, faut-il le rappeler, en 2005. Oui, je parle de lobby et, en France, on n'aime pas ce mot. Mais voici un fait, pris parmi tant d'autres : Muguette Dini, la présidente de la commission sénatoriale qui va discuter de la proposition de loi, parraine personnellement l'Association pour le droit à mourir dans la dignité...… laquelle a pour unique but la légalisation de l'euthanasie. Bonjour la neutralité des débats !
La question, pourtant, invite au dépassement des idéologies. Elle traverse beaucoup d'entre nous. Elle transcende les clivages habituels. Au Sénat, d'ailleurs, un socialiste, un communiste et un UMP mènent ensemble l'offensive pour l'euthanasie. Inversement, les réticences qui tentent de se faire entendre ne sont pas d'ordre religieux, même si la position de l'Église catholique est connue. Comme l'a dit un jour Robert Badinter, « le droit à la vie est le premier des droits de l'homme ». Il se trouve d'ailleurs expressément garanti par les textes fondateurs de l'Onu et de l'Europe. Il justifie, notons-le au passage, l'abolition de la peine de mort. Personne ne peut disposer de la vie d'autrui, pas même avec le prétendu « consentement éclairé » de l'individu. Passer du droit à la vie au droit à la mort reviendrait donc tout bonnement à renverser les droits de l'homme. Les Français, pourtant mal informés, sont plus nombreux qu'on ne le croit à le pressentir. Quant à nos sénateurs, ils ne peuvent décemment pas l'ignorer.

Les personnes âgées seraient contre l'euthanasie

Le Figaro Santé - 11 octobre 2011 - Martine Perez
Une étude réalisée à partir d'entretiens révèle qu'une grande majorité des plus de 75 ans est opposée à l'euthanasie et fait confiance aux médecins pour les décisions de fin de vie.
«Nous ne nous sentons ni vieux ni malades», «nous voulons vivre encore le mieux et le plus longtemps possible», «nous ne voulons vraiment pas aller en maison de retraite», «notre qualité actuelle de vie nous convient, merci de tout faire pour nous aider à la conserver ainsi», «nous avons confiance dans la médecine pour cela», «nous voulons qu'elle ne baisse pas les bras trop tôt et qu'elle continue de nous traiter au maximum de ses possibilités»…
L'enquête sur les vœux en fin de vie des personnes âgées, réalisée par le Centre d'éthique clinique de l'hôpital Cochin, dirigée par le Dr Véronique Fournier, rendue publique mardi et réalisée à partir de 200 entretiens, bat en brèche tous les poncifs sur l'euthanasie (selon lesquels 70% des Français y seraient favorables) et remet en question le ton miséricordieux sur lequel ce sujet est habituellement abordé. «Les personnes âgées ne veulent pas d'euthanasie, résume le Dr Véronique Fournier. Elles attendent de leurs médecins qu'ils se battent au maximum en cas de maladie, mais refusent l'acharnement thérapeutique lorsqu'il n'y a plus rien à faire
[...] Une chose est sûre: 83% des personnes interrogées ne sont pas intéressées par les directives anticipées, c'est trop tôt, trop compliqué, ou encore c'est une mauvaise idée, inutile, dangereuse, inappropriée. « La préoccupation la plus forte de tous ceux que nous avons rencontrés concerne le sens de la vie qui reste et non le sens de la mort, relève le Dr Fournier. Par ailleurs, 40% ne répondent pas sur l'euthanasie et 40% de ceux qui s'expriment sont contre une loi. Pour autant, ils sont 10% à s'exprimer dans le sens d'une aide à mourir. Ceux-là pour la plupart adressent cette demande à la médecine: ils voudraient que les médecins puissent leur délivrer la mort en toute fin de vie, comme si cela faisait partie de leur fonction naturelle.»
Cette large opposition des personnes âgées à l'euthanasie est une des grandes révélations de cette enquête. Elle nous interpelle d'autant plus fortement que les sondages réalisés en France au cours des dernières années ont régulièrement indiqué au contraire une forte adhésion à ce concept. Comment expliquer une telle divergence ? Cela signifierait-il que lorsque l'on est jeune et en bonne santé, on reste sur une vision relativement simple, primaire voire consumériste de la fin de vie ? Et lorsque l'on vieillit, on est dans une posture plus réaliste, plus concernée, plus spirituelle ? À moins que l'euthanasie vise surtout les autres, ceux que l'on ne supporte pas de voir vieillir et souffrir ? Cela conforte en tout cas le point de vue de cancérologues qui ont souvent déclaré que lorsque la douleur est bien prise en charge, il n'y a quasiment jamais de demande d'euthanasie.
L'autre grand enseignement de cette enquête, c'est que les personnes âgées font confiance à leur médecin pour les décisions de fin de vie, comme l'arrêt des traitements actifs lorsqu'ils ne servent plus à rien. Pour elles, les directives anticipées visent à désengager le médecin, à le déresponsabiliser. En fait, c'est justement en fin de vie, qu'elles ont sans doute le plus besoin d'un médecin responsable et humain qui les guide vers un choix qu'elles ne peuvent pas faire.

Un témoignage choc sur Vincent Humbert

Le Parisien - 29 novembre 2007 - Le Parisien
Hervé Messager, kiné de Vincent Humbert à Berck, prend la parole pour « rétablir certaines vérités » quatre ans après. [...] A le croire, l'état de Vincent Humbert a été déformé, exagéré et des pans de la réalité de la vie du jeune homme et de Marie Humbert occultés.

« Ce gamin avait encore plein de choses à vivre »

Le Parisien - 29 novembre 2007 - Hervé Messager, propos recueillis par Corinne Thébault
Vincent Humbert est mort il y a plus de quatre ans. Pourquoi vous réveiller maintenant ? "Depuis 2003, j'ai essayé de parler, d'écrire à droite à gauche dans les journaux locaux mais je n'étais pas entendu parce que je crois que j'étais à contre-courant. Avec le téléfilm qui sort lundi, je veux que l'on dise enfin la vérité sur l'affaire Humbert, même si elle n'est pas belle."

Tuer en douceur ou la barbarie silencieuse

La Vie - 25 janvier 2011 - Mgr Bernard Ginoux
Il n'est pas possible de tenir pour certaine une demande de mort. Ces dernières années l'un ou l'autre cas de situations extrêmes (affaires Humbert, Sébire ) exploitées médiatiquement où il y avait une demande publique d'aide à mourir ont montré, une fois l'émotion passée, l'ambiguïté de ces cas. Ils sont d'ailleurs très rares et aussitôt survalorisés parce que les militants de l'euthanasie en ont besoin pour justifier leur revendication.

L'affaire du Docteur Bonnemaison : tueur en série ? Ou cas d'euthanasie ?

analyse Des militants pro-euthanasie tellement "mis en condition" qu'ils défendent l'indéfendable sans se poser de questions... ?
Une famille s'est constituée partie civile contre le Docteur Bonnemaison, accusé d'euthanasie sur des personnes âgées. Que donc penser des 45.000 signataires de la pétition de soutien au docteur Bonnemaison ? Qu'ils défendent la position qu'un médecin peut décider seul de mettre fin à la vie et passer à l'acte, contre l'avis du malade et de sa famille ?

Euthanasies : les soutiens du médecin font pression

Le Figaro - 15 août 2011 - Agnès Leclair
Le docteur Bonnemaison a reconnu avoir décidé seul afin «d'abréger les souffrances» de malades âgés.
Nicolas Bonnemaison - 50 ans, marié, deux enfants et décrit comme un «bon père de famille»-, suspecté d'avoir mis fin aux jours d'au moins quatre patients âgés, pourrait devenir la nouvelle figure de proue des militants pro-euthanasie.
Deux juges ont été saisis du dossier «complexe» de ce médecin, mis en examen [...] pour «empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables». En attendant le travail de la justice, sur la Toile, nombre d'internautes ont déjà tranché. Dimanche, plus de 8.600 personnes avaient exprimé leur soutien au médecin urgentiste de l'hôpital de Bayonne sur Facebook, évoquant un geste «d'humanité» et «d'amour» de la part du médecin ou pointant «les défaillances du système». Une pétition en ligne, destinée au ministère de la Santé, a également été signée par plus de 11.000 personnes. Elle indique que Nicolas Bonnemaison «a toujours pratiqué la médecine avec humanité, intégrité et intelligence». La fin du texte sonne comme un appel au législateur: «Refuser l'euthanasie aussi hypocritement, c'est ne pas respecter la vie!» Mardi, des membres du personnel de l'hôpital de Bayonne ont par ailleurs prévu de se rassembler brièvement et dans le calme à l'intérieur l'établissement en signe de soutien.
Soupçonné d'empoisonnement, le médecin urgentiste reconnaît avoir injecté des substances ayant entraîné la mort de patients âgés alors qu'il se trouvait «seul à décider, en son âme et conscience», pour «abréger les souffrances» de ces malades, selon son avocat, Me Arnaud Dupin. Des propos qui laissent entendre que ses gestes sont le fruit de sa philosophie sur la fin de vie. La thèse du surmenage, évoquée par l'Association des médecins urgentistes de France, a en outre été rejetée par le conseil de Nicolas Bonnemaison. «Mon client a été très fatigué, par le passé. C'était lié au surmenage inhérent au service des urgences», a-t-il reconnu [...] tout en soulignant qu'au moment des faits «il était en pleine possession de ses moyens». L'influence d'un traumatisme lié au suicide de son père - responsable d'un établissement de soins dans la région - atteint d'une maladie grave, est également jugée absurde par Me Arnaud Dupin. [...]
Face au déluge de réactions engendré par cette affaire, plusieurs observateurs appellent à plus de mesure. «C'est un séisme dans la profession, souligne Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France. Nous voulons avant tout comprendre ce qui s'est passé. Il faut se garder de juger à l'avance, sans connaître le contexte. Il ne faut pas non plus remettre forcément en question la loi Leonetti sur la fin de vie qui est bien faite mais insuffisamment connue du monde médical.» L'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui milite pour légaliser l'euthanasie, reste également prudente. «Une euthanasie doit être réalisée à la demande du patient. Nous ne savons pas si c'est le cas dans cette affaire», rappelle son président, Jean-Luc Romero.

Bayonne : "Les personnes décédées n’étaient pas en grande souffrance"

Le Journal du Dimanche - 21 août 2011 - Jean-Pierre Vergès
Pour Marc Mariée, procureur adjoint de Bayonne, le mouvement de soutien en faveur du Dr Nicolas Bonnemaison est en décalage avec la réalité du dossier. Selon lui, les personnes décédées à l'hôpital n'étaient pas en état de grande souffrance.
"Je veux bien qu’il y ait un grand débat général sur l’euthanasie, mais aujourd’hui, il n’est pas établi dans le dossier judiciaire que les personnes décédées à l’hôpital de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) aient été en situation de grande souffrance". [...] Marc Mariée, le procureur adjoint bayonnais, cachait mal son agacement envers le grand mouvement de soutien sur Internet en faveur du Dr Nicolas Bonnemaison, 50 ans, qui a avoué avoir abrégé "les souffrances" de quatre personnes âgées et en fin de vie depuis le printemps 2011. "Il y a des raccourcis médiatiques qui ne correspondent pas à la réalité des faits", martèle-t-il sans vouloir déflorer le secret de l’instruction.
Selon ce magistrat, à l’origine des poursuites contre le chef de l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), rien, sur un plan strictement médical ou humain, ne justifiait d’accélérer la mort de ces patients. "La loi Leonetti stipule qu’en cas d’euthanasie passive, il faut le consentement du malade ou de sa famille et un avis collégial de médecins; je n’ai rien de tout cela dans le dossier", ajoute-t-il. Selon les premiers éléments de l’enquête, les familles des quatre patients qui ont reçu des injections létales n’ont pas été prévenues des intentions du Dr Bonnemaison. "Le mari de l’une des personnes décédées a indiqué à un journal local qu’on ne lui avait rien demandé", confirme d’ailleurs Marc Mariée. [...] Alors que le groupe de soutien au Dr Nicolas Bonnemaison sur Facebook revendique 16.000 personnes et qu’une pétition réunit 36.000 signatures, Marc Mariée tient à justifier l’opportunité des poursuites. " [...] C’est une équipe de gens habitués à soigner ces personnes en fin de vie qui ont fait des rapports techniques et très circonstanciés et qui se sont émus des actes commis par ce docteur".

Euthanasie : "Un médecin qui confond ses convictions avec des certitudes, c'est dangereux"

Le Monde - 15 août 2011 - Docteur Régis Aubry (chef du département "douleur soins palliatifs" du centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon (Doubs), coordinateur du Programme de développement des soins palliatifs et président de l'Observatoire national de la fin de vie (créé en février 2010, notamment pour éclairer les débats sur la fin de la vie et l'euthanasie))
Je ne doute a priori jamais des intentions compassionnelles des soignants. Mais quelles que soient lesdites intentions, même les meilleures, leurs conséquences peuvent être dramatiques. Ce médecin, en son âme et conscience, pense que la personne qui est en face de lui souffre. Et au motif qu'il pense qu'elle souffre, il lui donne des produits qui conduisent à la mort. Pour moi, c'est une pratique qui ouvre la voie à toutes les dérives possibles : quand un médecin confond ses convictions avec des certitudes, c'est dangereux.

Bayonne Mon oncle est parti en 24 heures

Le Journal du Dimanche - 10 septembre 2011 - Jean-Pierre Vergès
"J’ai un doute, mais pas de preuves." Lorsqu’il évoque le décès de Pierre, son "tonton" de 88 ans, le 7 juillet dernier, à l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) de l’hôpital de Bayonne, Jacques a du mal à dissimuler son malaise. "Quand j’ai découvert dans la presse l’affaire du Dr Bonnemaison, ça a fait tilt", reconnaît-il. "On en a parlé en famille mais, pour l’instant, on se pose surtout des questions."
Célibataire sans enfants, Pierre, un ex-enseignant, vivait avec sa sœur et son frère dans une grande maison de Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques). Dans la nuit du 5 au 6 juillet, l’octogénaire, atteint de la maladie de Parkinson, chute lourdement. Appelée en urgence, la compagne de Jacques téléphone au médecin traitant du vieil homme qui le fait transférer au centre hospitalier de Bayonne. "Quand il est parti, il était livide et il avait la larme à l’œil", se souvient cette dernière. "Je lui ai dit qu’on allait venir le voir, il nous a répondu : 'je vous attends'."
Immobilisé en raison de maux de dos, Jacques tente, dans la journée du 6 juillet, de téléphoner à son oncle. Sans succès. "On nous a dit qu’il souffrait d’une insuffisance rénale, que ses poumons étaient pris et qu’il avait une tension très basse", détaille le neveu. "Il a sombré dans un semi-coma et le pronostic vital a été engagé." L’octogénaire décède seul le lendemain à 12h05. "Le Dr Bonnemaison m’a appelé une seule fois pour me dire : 'c’est fini, il s’est éteint doucement, il n’a pas souffert'", poursuit Jacques. "Cela a été un choc. Il est parti en 24 heures, j’ai trouvé cela très rapide."
Deux jours après, les obsèques de Pierre sont célébrées à l’église de Saint-Jean-Pied-de-Port. "À l’enterrement, ses infirmières à domicile se sont étonnées de sa mort", ajoute Jacques, l’air dubitatif. "Le problème, c’est qu’on ne l’a pas vu. Et moi, je ne suis pas docteur."
Catholique pratiquant, le vieil homme n’avait jamais évoqué la question de l’euthanasie avec sa famille, et n’a laissé aucune "directive anticipée" en ce sens. "Il avait juste écrit un petit mot pour préciser qu’en cas de décès, on devait remettre au prêtre de la paroisse L’Osservatore Romano [le journal du Vatican], auquel il était abonné", sourit son neveu. "Il redoutait la mort et était homme à s’accrocher à la vie jusqu’au bout."
Jeudi, Jacques n’avait encore eu aucun contact avec la police ou les magistrats de Bayonne. Compte-t-il porter plainte? "Pour l’instant, on ne bouge pas." Il ne souhaite pas donner "son opinion" sur le cas du médecin. "Pour l’instant…"

Euthanasie : Les failles du docteur Bonnemaison

France Soir - 13 septembre 2011 - Alexandra Gonzalez
Né en 1960 à Hasparren, un petit village basque, Nicolas Bonnemaison est « un garçon du pays » [...]. « Les Bonnemaison sont une famille très estimée dans le Pays basque » [...]. En 1987, quelques années après avoir perdu son associé, le Dr Bonnemaison père se suicide. Sa mort bouleverse la région, et marquera durement le jeune Nicolas. « A partir de là, il a été très protégé par les copains de son père, et par la notoriété de ce dernier », confie son collègue.
[...] Lorsque l’affaire éclate au cœur de l’été, le mois dernier, les soutiens affluent, massivement, de la part des médecins comme des habitants. Une manifestation est même organisée par une partie du personnel à l’hôpital. Cette vague de sympathie laisse perplexe Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes de France (AMUF) : « C’est du jamais-vu, cela ne se serait jamais passé comme ça ailleurs. Le produit qu’il a injecté à ses patients les a tués. »
Une opinion partagée par Marc Renoux, praticien hospitalier à Hendaye. Jusqu’au 5 septembre dernier, il présidait l’ordre départemental des médecins. « [...] Dans cette affaire, on confond deux choses distinctes : l’homme, fragile, chaleureux et populaire, très bon médecin, que j’estime énormément. Et l’infraction aggravée au droit. Ses patients étaient en fin de vie. Au lieu d’injecter de la morphine pour soulager leurs souffrances, il leur a injecté du Norcuron, un produit que l’on utilise normalement en anesthésie, et qui paralyse les muscles respiratoires. Si le patient n’est pas ventilé, il meurt. Ce qu’il a fait revient à tuer ses patients. Les faits sont les faits. »

...plus d'informations sur le mouvement irréfléchi de soutien au Docteur Bonnemaison

Pour aller plus loin

Pour chaque extrait, le lien vers l'article complet est disponible en cliquant sur le titre.
La liste des sujets abordés n'est pas exhaustive, la sélection de sujets et d'articles proposée est progressivement enrichie et affinée. N'hésitez pas à nous contacter.

Sélection de vidéos montrant des points de vue et des témoignages originaux sur des questions de bioéthique et d'euthanasie

Proposition de site web pour approfondir la réflexion : le Collectif Plus Digne la Vie, dont le Comité d'honneur comprend des personnalités telles que Elie Wiesel (Écrivain, Prix Nobel de la Paix), Axel Kahn (Généticien), Israël Nisand (Professeur des universités -médecine, gynécologie obstétrique, Strasbourg), Didier Sicard (Professeur honoraire des universités, Président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique)

Copyright INFOSELEC.net 2012,
tous droits réservés
Plan du site Contact Valid XHTML 1.0 Strict, excepté sigles et bannières CSS Valide !