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Procréation, avortement, début de la vie humaine :
questions bioéthiques de la conception à la naissance

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Enjeux du débat politique sur la révision des lois de bioéthique

analyse Avec la libéralisation des lois bioéthiques réclamée par certains, on ne résout pas les problèmes, on ne fait que les reporter un cran plus loin et créer de nouveaux problèmes encore plus insurmontables, qui créent ou exaspèrent de nouvelles frustrations et de nouvelles souffrances.

Bioéthique: «La loi ne doit pas suivre les sondages d'opinion»

Le Figaro - 28 janvier 2011 - René Frydman («père» du premier bébé-éprouvette français), propos recueillis par Delphine Chayet
Interview - René Frydman, «père» du premier bébé-éprouvette français, estime qu'en matière de bioéthique, il faut réfléchir thème par thème et ne pas se laisser emporter par «les mouvements compassionnels».
[...] La France a choisi d'encadrer des pratiques qui pourraient s'avérer préoccupantes en se laissant guider par deux grands principes: l'interdiction de commercialisation du corps humain et de l'utilisation de l'autre à son profit. Soyons clairs: c'est très positif! Les règles sont fixées sur la base d'une réflexion collective. En réalité, la France n'est ni progressiste, ni réactionnaire. Dans le domaine de la bioéthique, on ne peut pas tout autoriser ou tout interdire. Il faut donc réfléchir thème par thème, même si cela donne parfois l'impression d'un manque de cohérence. Le seul repère est celui de la liberté individuelle, tant qu'elle n'empiète pas sur celle des autres.
[...] L'évolution législative correspond-elle aux attentes de la société? La société raisonne parfois par mouvements compassionnels. Mais, dans ce domaine plus qu'un autre, la loi ne doit pas suivre les sondages d'opinion. Au contraire, elle est faite pour mettre des limites, car on ne peut pas accepter toutes les demandes. D'ailleurs l'évolution n'est pas forcément un progrès! Prenons l'exemple des mères porteuses: permettre l'aliénation d'une femme au profit d'un désir d'enfant est, à mes yeux, éthiquement condamnable.
[...] Une des questions posées est celle de la frontière entre l'assistance médicale à la procréation et l'aide à enfanter. Doit-on réserver la procréation assistée à ceux qui ont un empêchement strictement médical ou l'ouvrir à ceux qui veulent y accéder par convenance, comme les mères célibataires ou âgées de plus de 48 ans par exemple? Peut-on choisir le sexe de son enfant? Ce débat est soulevé à l'échelle mondiale. Sur ces questions, la France a posé un cadre relativement strict qui a permis d'éviter tout dérapage depuis trente ans, contrairement à d'autres pays. On n'a pas eu de mère de huit enfants ou âgée de plus de 70 ans. Il faut s'en réjouir, même si cela a aussi des inconvénients…

Bioéthique: comment les parlementaires veulent faire évoluer la loi

L'Express - 8 février 2011 - Vincent Olivier
La révision des lois de bioéthique devrait en effet débuter le 8 février prochain, six ans après le premier toilettage de 2004, 16 ans après le premier vote, en 1984. Or, depuis cette date, les enjeux ont considérablement évolué, des mères porteuses aux tests génétiques, du diagnostic pré implantatoire (DPI) à la recherche sur l'embryon. Reste que cette révision se fera en respectant deux principes intangibles, rappelle Jean Léonetti, le rapporteur (UMP) de la Commission à l'Assemblée Nationale: "L'éducatif et l'affectif priment sur le biologique et la génétique. Et la médecine doit s'efforcer de réparer des anomalies, pas de répondre à toutes les insatisfactions de la société."[...]
Faut-il autoriser les mères porteuses? Les médecins appellent cela la gestation pour autrui (GPA), le grand public, lui, parle de "mères porteuses": il s'agit, pour une femme, de "prêter" son ventre le temps de la grossesse à un couple qui, pour diverses raisons, ne peut avoir d'enfant. [...] Certaines femmes y sont favorables (la juriste Marcella Iacub, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Perceval), au nom du libre choix de disposer de son propre corps et de la nécessité, pour les enfants nés par GPA, d'exister aux yeux de la loi - ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Récemment d'ailleurs, le Conseil d'Etat a évoqué la possibilité d'une reconnaissance de la filiation paternelle, et ce "dans l'intérêt de l'enfant".
D'autres y sont farouchement opposées, comme la philosophe Sylviane Agacinski, qui y voit, à l'inverse, une "marchandisation" insupportable de la femme, une nouvelle forme d'esclavage, et elle dénonce la prétendue "gratuité" qui entourerait cette pratique. Quant au Comité national d'éthique, il est partagé: 7 de ses 40 membres accepteraient une dérogation à l'interdiction actuelle, pour les femmes privées d'utérus. En réalité, la question fondamentale, posée à chacun de nous, est celle-ci : qu'est ce qu'être mère aujourd'hui? Est-ce porter un enfant accoucher, lui transmettre ses gènes ou l'élever?
Faut-il lever l'anonymat pour les donneurs de sperme? Ce devait être "le" grand changement des lois de bioéthique. Roselyne Bachelot, à l'époque ministre de la Santé, s'était déclarée en faveur de la levée de l'anonymat, suivant en cela la demande de nombreux enfants nés après une insémination de sperme avec donneur (IAD). Ces derniers réclament en effet la possibilité d'avoir accès à certaines informations concernant le donneur. Soit en invoquant "l'accès aux origines", soit pour des raisons médicales, au cas où le géniteur serait atteint de pathologies particulières. Las! Depuis, la situation a évolué: Xavier Bertrand, très réticent à la levée de l'anonymat, est revenu aux commandes et Jean Leonetti a fait savoir son opposition, au motif, explique-t-il, que, contrairement aux situations d'accouchement sous X, "il n'y a rien à rechercher comme histoire humaine dans un don de sperme". En outre, fait-il observer, l'expérience de la Suède, où l'anonymat a été levé en 1985, montre qu'il n'y a pas eu d'explosion des demandes. D'où ce constat : en France, moins de la moitié des parents révèlent à leur enfant qu'il a été conçu par IAD. "On garde le secret, et on risque de le garder encore davantage si l'anonymat est levé."
Faut-il faciliter les dons d'ovules? Couples et spécialistes sont confrontés aujourd'hui à une grave pénurie: alors que 2000 femmes stériles auraient, chaque année, besoin d'un don d'ovocyte (cellule sexuelle qui va évoluer en ovule après maturation), en pratique seuls 500 d'entre elles peuvent effectivement y accéder. En cause, des procédures lourdes sur le plan médical et complexes du point de vue administratif pour les femmes qui le souhaitent: elles doivent être âgées de moins de 36 ans et avoir déjà eu un enfant, ce qui réduit le champ des donneuses potentielles. S'il n'est pas question de remettre en cause le principe de l'anonymat et de la gratuité, le Parlement pourrait alléger le dispositif et l'étendre aux femmes nullipares. "En contrepartie d'un don, ces femmes pourraient bénéficier d'une conservation de leurs propres ovocytes, ce qui leur permettrait de pallier d'éventuels problèmes de fertilité ultérieurs", explique Jean Léonetti.
Faut-il autoriser la recherche sur l'embryon? La réglementation française est ubuesque: officiellement, la recherche sur les cellules souches et sur l'embryon (y compris pour obtenir un enfant) est interdite sauf... avec des dérogations! [...] Très récemment, le Pr René Frydman a annoncé la naissance, dans son service de gynécologie à Clarmart (Hauts-de-Seine) de jumeaux conçus après vitrification (congélation rapide), un procédé en principe non autorisé en France. Son but: mettre les pouvoirs publics face à leurs responsabilités [...]. En pratique toutefois, quelle que soit la solution retenue (dérogation ou autorisation), les discussions au Parlement devraient essentiellement concerner l'étendue du champ d'applications des critères en question.

Les vrais enjeux des débats à venir

La Vie - 3 février 2011 - Claire Legros
Les découvertes médicales suscitent des interrogations et interrogent les limites. Les questions de bioéthique touchent au quotidien de chacun et aux valeurs de tous. Petit résumé des enjeux.
1. Les fiv pour les couples homosexuels - Dans la loi de 2004, l'assistance médicale à la procréation a clairement un objectif thérapeutique. Ne peut en bénéficier qu'un couple « homme et femme, en âge de procréer, mariés ou en mesure d'apporter la preuve d'une vie commune d'au moins deux ans ». Faut-il ouvrir ce cadre ? Oui, réclame l'Association des parents gays et lesbiens (APGL) [...]. À l'inverse, des psychanalystes alertent sur le risque pour l'enfant de l'« éclatement de la vie familiale ». Soutenu par sa majorité, le gouvernement veut maintenir le cadre thérapeutique.
2. La recherche sur l'embryon - La loi de 2004 interdisait les recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines, sauf exceptions encadrées. De fait, en six ans, 58 programmes de recherche sur l'embryon ont été validés et six, refusés, faute de garanties suffisantes. Faut-il autoriser plus largement ces travaux ? Les chercheurs le réclament. L'Église catholique, au contraire, souhaite interdire toute recherche sur l'embryon pour privilégier les autres cellules souches, issues du sang de cordon ou reprogrammées à partir de cellules adultes. Le gouvernement propose, lui, une interdiction assortie de dérogations, mais définitives, et donc la levée du moratoire mis en place en 2004. [...] Un amendement voté en commission veut favoriser « les recherches alternatives » et « conformes à l'éthique ». Un autre prévoit une « clause de conscience » pour les chercheurs refusant de participer à ces travaux. Reste à voir si ces ajouts seront votés par une majorité de députés.
3. L'anonymat du don de gamètes - Faut-il répondre au désir de certains enfants de connaître leurs géniteurs, quand ils ont été conçus avec don de spermatozoïdes ou d'ovocytes ? Alors que la loi impose le secret depuis 1994, la question divise aujourd'hui les groupes politiques.[...] « Maintenir l'anonymat, c'est donner la priorité à l'éducatif et à l'affectif plutôt qu'à la génétique », estime Jean Leonetti, rapporteur de la commission. Les médecins spécialistes des fiv défendent eux aussi l'anonymat, car « sa levée risque de faire baisser les dons ». De leur côté, les évêques français s'interrogent sur la pratique même du don de gamètes qu'ils souhaitent voir interdite.
4. Le transfert d'embryons après la mort du conjoint - Un enfant peut-il être conçu d'un père décédé ? Oui, plaide Fabienne Justel, une Bretonne qui demande depuis plus de deux ans à récupérer les paillettes de sperme de son mari, mort d'un cancer en 2008. Non, répondent le projet de loi du gouvernement et les députés de la commission, qui souhaitent maintenir l'interdiction de l'insémination post-mortem. Les députés veulent, en revanche, autoriser le transfert des embryons déjà conçus chez une femme après le décès de son conjoint. [...] Xavier Bertrand reste réservé. La question sera tranchée en séance.
5. Le dépistage avant la naissance - Des médecins et des associations de familles s'inquiètent du caractère quasi systématique du dépistage prénatal de la trisomie 21. En mai 2010, un collectif, les Amis d'Éléonore, s'était élevé contre la proposition du comité d'éthique d'étendre à la trisomie le dépistage préimplantatoire (avant le transfert de l'embryon chez la femme). Il dénonçait une stigmatisation. Ni le gouvernement, ni la commission des députés n'ont repris l'idée. En ce qui concerne le dépistage prénatal (DPN), c'est-à-dire la prise de sang, l'échographie et l'amniocentèse pratiquées pendant la grossesse pour rechercher une anomalie, les associations réclament une meilleure information des femmes, afin qu'elles puissent « poser un choix éclairé » avant de décider entre l'interruption médicale de la grossesse et la naissance de l'enfant. Un amendement ajouté en ce sens a fait l'objet d'un vif échange en commission avant d'être rejeté. Il sera débattu en séance.

La procréation humaine n’est pas une industrie

Valeurs Actuelles - 8 février 2011 - Xavier BRETON, député de l'Ain ; Marc LE FUR, député des Côtes-d'Armor, vice-président de l'Assemblée nationale ; Hervé MARITON, député de la Drôme, vice- président de la Commission spéciale Bioéthique ; Philippe MEUNIER, député du Rhône ; Georges COLOMBIER, député de l'Isère ; Jean DIONIS du SÉJOUR, député de Lot-et-Garonne ; Philippe GOSSELIN, député de la Manche ; Jean-Marc NESME, député de Saône-et-Loire ; Jacques REMILLER, député de l'Isère ; Véronique BESSE, député de Vendée ; Etienne BLANC, député de l'Ain ; Jean-Claude BOUCHET, député du Vaucluse ; Chantal BOURRAGUE, député de la Gironde ; Patrice CALMEJANE, député de la Seine-Saint-Denis ; Bernard CARAYON, député du Tarn ; Charles de COURSON, député de la Marne ; Marie-Christine DALLOZ, député du Jura ; Jean-Pierre DECOOL, député du Nord ; Bernard DEPIERRE, député de Côte d'Or ; Cécile DUMOULIN, député des Yvelines ; Nicolas DUPONT-AIGNAN, député de l'Essonne ; Paul DURIEU, député du Vaucluse ; Jean-Michel FERRAND, député du Vaucluse ; André FLAJOLET, député du Pas de Calais ; Jean-Paul GARRAUD, député de Gironde ; Claude GATIGNOL, député de la Manche ; Michel GRALL, député du Morbihan ; Arlette GROSSKOST, député du Haut-Rhin ; Céleste LETT, député de Moselle ; Lionnel LUCA, député des Alpes-Maritimes ; Étienne PINTE, député des Yvelines ; Dominique SOUCHET, député de la Vendée ; Christian VANNESTE, député du Nord ; Isabelle VASSEUR, député de l'Aisne ; Michel VOISIN, député de l'Ain
Trente-cinq députés de la majorité et non-inscrits appellent à la vigilance sur la loi bioéthique, dont la révision débute ce 8 février, et précisent les quatre points qu’ils entendent voir pris en compte par la nouvelle loi.
Une loi de bioéthique ne peut pas se réduire à une loi sur la recherche. Elle a pour tâche première de protéger les droits fondamentaux des personnes, surtout les plus vulnérables. Or, le projet de loi de bioéthique que l’on nous propose de voter, pour nous, ne répond pas suffisamment à cette obligation morale. Nous voulons notamment redire aujourd’hui, avec la force et la diversité de nos convictions, que la procréation humaine n’est pas un processus industriel qui devrait tendre vers le “zéro défaut” – ce serait là la tentation eugéniste – mais est le fruit de la rencontre d'un homme et d'une femme qui donnent naissance à un nouvel être, sujet de droit et non objet, différent d’eux, confié à leur mission éducatrice mais destiné à s’en séparer et revêtu de sa propre dignité humaine.
Ce principe est souvent partagé par tous, mais les exceptions et dérogations que propose la nouvelle loi sont telles que le principe n’est finalement qu’une apparence derrière laquelle se dissimulent trop d’exceptions. Nous l’avons exprimé lors des réunions de la Commission spéciale chargée d’examiner ce projet et notre vote dépendra de la prise en compte de nos demandes sur quatre sujets.
Ainsi, le projet de loi propose de rendre le diagnostic prénatal systématique en début de grossesse. Ce diagnostic a, dans les faits, comme seul objectif de détecter une éventuelle trisomie 21 sur le futur bébé. En l’état de la recherche, cette anomalie génétique, lorsqu’elle est détectée, n’est pas encore curable. L’examen systématique aboutit donc à un choix dramatique entre l’avortement et un enfant trisomique. Pourquoi faire de cet examen un passage systématique au point de demander la signature d’une décharge en cas de refus de la maman ? Sommes-nous sûrs de l'absolue fiabilité des examens proposés sur une si large population ? Pourquoi n’offrir que l’issue de l’avortement si le diagnostic se révèle positif ? 96 % des mères dont le test se révèle positif sont aujourd’hui conduites à l’avortement. Nous sommes là en plein eugénisme. La société a-t-elle le droit de se défausser à ce point et de laisser les femmes seules sans accompagnement ? La juste attitude serait le financement par l’État d’un véritable plan de recherche sur la trisomie 21 plutôt que d’inciter à son éradication. Nous l’appelons de nos vœux. À l’heure où nous célébrons si souvent la différence, pourquoi est-ce que les enfants et adultes trisomiques n’auraient pas le droit à cette différence ? Seront-ils amenés un jour à s’entendre dire : « Tu n’aurais pas dû naître » ?
La production d’embryons surnuméraires doit aussi être maîtrisée. De quoi s’agit-il ? Lorsqu’il y a fécondation in vitro, le spécialiste organise la fécondation de plusieurs embryons mais ne les implante pas tous. Dans notre pays, les autres embryons sont congelés et stockés ce qui, selon la mission parlementaire, constitue une “transgression première”. Pourquoi ne pas s’inspirer de l’Italie et de l’Allemagne où les fécondations in vitro sont réalisées sans conservation d’embryon ?
Certaines recherches, notamment sur les cellules souches, sont réalisées en France sur les embryons. Le chercheur détruit l’embryon pour extraire ces cellules souches ou utilise des lignées de cellules souches issues d’un embryon préalablement sacrifié. Ces recherches, menées depuis vingt ans, n’ont pas donné de résultats ; tout le monde en convient. Ailleurs dans le monde, des recherches sur les cellules souches sont menées à partir de cellules extraites du cordon ombilical ou d’autres parties du corps, évitant ainsi de détruire l’embryon et de devoir en congeler pour disposer du matériel expérimental. Pourquoi ne pas développer les efforts de la recherche sur ces cellules non embryonnaires qui ne posent pas de problèmes éthiques ? Au contraire, l’atteinte directe à la dignité de l’embryon humain commande le principe d'interdiction des recherches sur celui-ci ou sur les cellules extraites de son corps embryonnaire. Or la loi que l’on nous propose affiche l’apparence de l’interdiction de la recherche sur l’embryon pour, à l'excès, organiser et multiplier les exceptions. L’embryon ne peut être un matériau de laboratoire servant des intérêts économiques et financiers. La France s’honorerait à développer ces méthodes réconciliant l’éthique et la science.
Il faut enfin instituer une bioéthique citoyenne. La loi qu’on nous propose donne une délégation excessive de pouvoir à l’agence de biomédecine, c'est-à-dire aux experts. Nous ne voulons pas d’une technocratie d’experts mais nous voulons une démocratie de citoyens. La responsabilité ultime revient aux représentants du peuple. La procréation humaine n’est pas un processus industriel dont l’efficience est dans les mains d’un “ingénieur Qualité”, quelles que soient ses qualités scientifiques, mais un acte à haute valeur éthique constitutif de la dignité de l’homme. Dans ce domaine, le Parlement est pleinement dans son rôle en exerçant une vigilance sur le respect des droits des personnes et de leurs familles.

Assistance médicale à la procréation (AMP ou PMA) : insémination artificielle, conception in vitro, transfert d'embryons post-mortem, ...

Fécondation in vitro: les nouveaux enjeux

Le Figaro - 15 novembre 2010 - Martine Lochouarn
Depuis la naissance de Louise Brown, en 1978, plus de 4 millions d'enfants dans le monde sont nés grâce à la fécondation in vitro (FIV), mise au point par Robert Edwards, que le Nobel de médecine vient d'honorer. Les techniques d'assistance médicale à la procréation (AMP) n'ont cessé d'évoluer depuis, comme le montre la première naissance française de bébés issus d'ovocytes congelés obtenue par le Pr René Frydman à Clamart.
En France, le nombre d'enfants nés grâce à l'AMP reste stable: 20 136 pour 2008, soit 2,4% des 800.000 naissances annuelles. Dans 94% des cas, ces enfants sont issus des gamètes du couple. Les naissances par don de spermatozoïdes ne représentent que 5% de l'ensemble, celles par don d'ovocytes 0,7%. Hormis une origine médicale -obstruction des trompes ou troubles de l'ovulation chez la femme, anomalies du sperme chez l'homme-, la cause la plus fréquente d'infertilité est l'âge. «Les femmes veulent des enfants de plus en plus tard sans toujours réaliser que leur fertilité chute vite après 35 ans. Or, l'AMP n'est pas une baguette magique: ses taux de succès diminuent aussi selon l'âge», explique le Dr Joëlle Belaisch- Allart, responsable de l'AMP au centre hospitalier des Quatre Villes, à Sèvres. Le taux de succès des FIV, en moyenne 25% par tentative, tombe à 12% à 38 ans et à 6% à 42 ans.
Hors insémination, l'AMP repose sur la FIV classique et, depuis quinze ans, sur l'ICSI (Intracytoplasmic sperm injection), dans laquelle un spermatozoïde est directement injecté dans l'ovocyte maternel pour le féconder. [...]
Ces progrès ont permis de réduire le nombre d'embryons transférés. Jusqu'où? Beaucoup plaident pour l'embryon unique. «Mais en transférant un seul embryon chez une femme de 40 ans, ses chances de grossesse ne sont que de 4%. Le transfert d'embryon unique n'est valable que pour les femmes jeunes, ayant de beaux embryons. Après 35 ans, il vaut mieux en transférer 2, voire 3, si la femme a plus de 40 ans ou après plusieurs tentatives infructueuses», insiste le Dr Belaisch-Allart, pour qui «il ne faut ni encourager le leurre de l'embryon unique ni diaboliser les grossesses gémellaires». L'étape de l'implantation de l'embryon dans l'utérus reste en effet mal connue et demeure un enjeu majeur: même dans les grossesses naturelles, 50% des embryons n'arrivent pas à s'implanter.

analyse Toutes les demandes ont-elles le même degré de légitimité ? Toutes les raisons invoquées se valent-elles, entre une origine médicale à guérir - ou compenser - et un choix de vie personnel ?

La «fivete» induit un excès de malformations

Le Figaro - 15 juin 2010 - Sandrine Cabut
Selon une étude française, l'assistance médicale à la procréation augmente les risques d'anomalies cardiaques et urinaires. [...] La question des conséquences de ces fécondations assistées sur le développement des enfants n'est pas résolue. De multiples études ont suggéré qu'elles pouvaient être à l'origine d'un excès d'anomalies chromosomiques, de tumeurs ou encore de malformations, sans vraiment conclure.
analyseOn oublie aussi que toute manipulation sur le patrimoine génétique animal et a fortiori humain au niveau de la reproduction ne donnera des résultats indicatifs et pas toujours significatifs qu'à la deuxième ou voire à la troisième génération.

Mères porteuses, gestation pour autrui (GPA), maternité pour autrui

Le père du premier bébé-éprouvette intraitable

L'Express - 15 mai 2009 - Gilbert Charles
L'obstétricien René Frydman, le père d'Amandine, le premier bébé-éprouvette français, explique pourquoi il a signé, avec une cinquantaine d'autres personnalités, un appel pour maintenir l'interdiction de la pratique des mères porteuses dans la prochaine loi de bioéthique.

"Les mères porteuses posent plus de questions qu'elle n'en résolvent"

L'Express - 8 décembre 2010 - Dr Patrick Gaudray (directeur de recherches au CNRS et membre du Comité consultatif national d'éthique - CCNE), propos recueillis par Vincent Olivier
Après tout, nous vivons dans un monde où de plus en plus de couples se délitent et où, dans certains cas, la séparation se traduit par un enfer pour les enfants. Dans ces conditions, le notion de "couple hétérosexuel stable", seule possibilité officielle pour bénéficier d'une PMA à ce jour, ne suffit pas à garantir à coup sûr un développement harmonieux de l'enfant.Toutefois, nous ne sommes pas en Grande-Gretagne, où les techniques de PMA ne sont pas remboursées et où donc, d'une certaine façon, il s'agit d'une approche strictement personnelle. En France, la société est impliquée puisqu'elle finance ces techniques par le biais de la Sécurité Sociale, elle a donc son mot à dire. Or, je constate qu'une partie importante de la population y est opposée ; il faut tenir compte de cela.
[...] J'ai d'abord été favorable à l'idée des mères porteuses, mais aujourd'hui je suis totalement solidaire de l'avis - négatif - qu'a rendu le Comité d'éthique sur cette question. Et ce, pour plusieurs raisons. D'abord, je récuse l'idée d'un "droit à l'enfant", l'idée que toute femme pourrait réclamer d'avoir un enfant "naturel" (au sens biologique), quand il existe d'autres possibilités, l'adoption par exemple. En d'autres termes, oui aux droits de l'enfant, non au droit à l'enfant.Par ailleurs, je pense qu'autoriser les mères porteuses reviendrait à poser plus de questions qu'à résoudre des problèmes. Quid, par exemple, du conjoint de cette mère porteuse? Qui, également, des enfants de cette mère? Comment réagiraient-ils, devant le fait que leur mère porte un enfant qui ne sera pas leur frère ou leur soeur? Je ne méconnais pas la souffrance qu'éprouvent ces femmes en manque d'enfant. Mais cela ne justifie pas, à mes yeux, qu'on modifie la loi qui, elle, s'applique à tout le monde.

Mères porteuses, à quel prix ?

Le Monde - 30 juin 2008 - Caroline Eliacheff (psychanalyste), René Frydman (gynécologue-accoucheur)
Au fond, de quoi s'agit-il ? Tout simplement de faire un enfant. Mais encore ? Un enfant génétiquement de soi. Et pour y satisfaire quand on n'y arrive pas à deux, on n'hésiterait pas à faire courir des risques à de nombreuses personnes. Comment ? D'abord en pratiquant une fécondation in vitro (FIV) avec les ovules de la femme dépourvue d'utérus et le sperme de son compagnon. Puis en transférant l'embryon ainsi obtenu dans l'utérus d'une femme porteuse. Ce qui compte, c'est l'enfant de soi, de ses gènes.
Mais derrière la souffrance des couples qui ne voient d'autre solution pour enfanter que la gestation pour autrui, on ne peut pas ne pas remarquer la survalorisation de la génétique. Elle s'inscrit dans une définition de l'individu par ses seuls gènes, qui ouvre la porte au renfermement sur soi ou à des pratiques contestables, comme on l'a vu pour les tests ADN. On revient au pedigree plus qu'à la mixité et à l'ouverture sur l'autre.
[...] La mère est celle qui accouche, mais l'enfant peut avoir une parentalité multiple. La grossesse n'est pas un simple portage, c'est une expérience fondamentale qui façonne les deux protagonistes : la future mère et l'enfant en gestation. On découvre à peine la complexité et la richesse des échanges entre la mère et l'enfant in utero. Ce ne sont pas des élucubrations de psychanalystes. Les chercheurs scientifiques de toutes les disciplines n'en sont qu'au début de leurs découvertes concernant les mécanismes de ces échanges et leurs conséquences.
Même les animaux n'y échappent pas : les embryons d'étalon portés par une solide jument se retrouvent avec des caractéristiques repérables de la jument porteuse. Faut-il, au nom de la filiation génétique, organiser la venue au monde d'enfants portés par une femme dont le travail psychique conscient et inconscient consistera à pouvoir l'abandonner ? On peut imaginer son ambivalence si, comme il est prévu, elle garde la possibilité de se rétracter à l'accouchement et les conséquences pour l'enfant d'une rétractation... Faut-il, au nom de la souffrance de parents infertiles, croire que l'amour peut tout, et réduire ces échanges à... rien ?
L'inégalité - vécue comme une injustice - devant la fertilité est mise en avant par certains pour justifier la gestation pour autrui pour les couples infertiles. C'est oublier qu'en matière de vie en général et de procréation médicalement anonyme (PMA) en particulier, on est dans le règne de l'injustice : à ce jour, la moitié des couples qui ont recours à la FIV n'auront pas d'enfant. On peut certes espérer améliorer cet état de fait, mais il y aura toujours des limites.
S'adjuger douze mois de la vie d'un être humain, ce n'est pas rien ! Une grossesse, ce n'est pas toujours simple, et une mère porteuse n'est à l'abri ni d'une fausse couche, ni d'une césarienne, ni de complications, ni de porter un enfant malade, ni d'un baby blues. Ses propres enfants devront intégrer l'idée que l'enfant qu'elle porte n'est pas un frère ni une soeur, qu'il n'a pas été conçu avec leur père et qu'il sera (aban)donné à une autre famille dès la naissance. La société peut-elle exposer de la sorte ces enfants au bon vouloir de leur mère ? Et le couple ? Et le mari ? Messieurs les députés, que diriez-vous si votre femme vous annonçait qu'elle allait porter un enfant pour un autre couple ? Mesdames les députées, allez-vous donner l'exemple ?
N'est-ce pas une forme majeure d'aliénation du corps de la femme ? La principale motivation est et restera une motivation économique liée ou non à une réparation psychique, consciente ou non, qu'il paraît douteux d'encourager. Il y a sûrement de par le monde des prostituées libres de choisir l'usage qu'elles veulent faire de leur corps, mais la très grande majorité sont exploitées et n'ont pas le choix.
Il n'y a qu'à regarder les offres financières faites aux mères porteuses - qu'elles aient eu ou non des enfants - pour comprendre que la régulation n'est qu'un cache-misère et que les dérapages sont inscrits dans la démarche même de légaliser cette forme de prostitution au nom de la souffrance des couples qui ne peuvent procréer mais qui peuvent payer. Certes le tourisme procréatif existe. Dans ce contexte, tenir sur des positions de principe paraît rétrograde. Mais les contraintes dont on veut se débarrasser au nom de la liberté des uns et des autres sont autant de remparts contre les dérapages.
Certes, des enfants de parents français ont été portés par une femme californienne ou ukrainienne. Les parents ont agi en connaissance de cause, mais font pression sur la justice française - au nom du bien-être de l'enfant -, sujet sensible s'il en est, pour faire reconnaître la filiation. Si l'on considère que la mère est celle qui a accouché, l'enfant qu'elle a abandonné ne pourrait-il être adopté par le couple qui a l'intention de l'élever et qui se trouve être les parents génétiques ? Manière de ne pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Car, aujourd'hui, l'enjeu que pose chaque technique de procréation assistée est de savoir s'il est possible ou non de l'humaniser en instituant la parenté sans confusion sur les origines.
Ces réflexions intéressent la société tout entière et, au premier chef, les parents qui veulent à tout prix un enfant, dont on dit, à tort, qu'il n'a pas de prix.

Question de l'identité et de l'accès à ses origines : la levée de l'anonymat dans le cadre du don de gamètes ? un problème insoluble

Les personnes nées d'un don de sperme veulent connaître leur géniteur

Le Monde - 8 juin 2010 - Brigitte Perucca
Que pensent de leur conception les adultes nés d'un don de sperme ? Voudraient-ils voir lever le secret qui pèse sur leur origine ? Comment se distinguent-ils du reste de la population ? Pour la toute première fois, une étude américaine intitulée My Daddy's Name is Donor ("Le nom de mon père est donneur") permet de confronter l'expérience et l'opinion d'adultes ayant été conçus par don de sperme à celles de personnes adoptées ainsi qu'à celles d'autres ayant grandi avec leurs parents biologiques.
Le portrait-robot qui découle de l'enquête dessine des hommes et des femmes plutôt mal dans leur peau, donnant le sentiment d'avoir subi un préjudice et gênés par les "circonstances" qui ont présidé à leur conception. Près de la moitié reconnaît y penser "plusieurs fois par semaine voire plus".
Un fort sentiment d'incompréhension [...] 67% des sondés souhaitent la levée du secret sur les origines.

Statut du foetus et de l'embryon

Le CCNE se penche sur les foetus morts

La Croix - 19 octobre 2005 - Marianne Gomez
«Le regard porté sur le foetus a considérablement changé depuis les années 1970», écrivent en préambule les auteurs de l'avis. «Le foetus est devenu [...] un être reconnu avant sa naissance, voire nommé, étant même parfois un patient individualisé. Sa naissance est un aboutissement plus que le début d'une existence.» «Il est compréhensible que dans un tel contexte, la mort prématurée du foetus ou du nouveau-né [...] fasse parfois l'objet de demandes de pratiques de deuil nouvelles.»

Instrumentalisation de l'enfant à naître : le bébé médicament

Le premier "bébé-médicament" né en France fait débat

Le Point - 8 février 2011 - Reuters, Yves Clarisse
L'annonce mardi de la naissance du premier "bébé-médicament" né en France fait débat avec des réserves émises notamment par les milieux catholiques.
Baptisé Umut-Talha, "notre espoir" en turc, l'enfant né le 26 janvier à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart pourrait sauver, grâce à une greffe de cellules, un frère aîné atteint d'une maladie génétique grave.
L'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, a mis en garde sur LCI contre les dangers d'une "instrumentalisation d'un être humain au service des autres".
[...] "Je salue la prouesse technique mais je lance un cri d'alarme car en réalité la question qui est posée ici c'est l'instrumentalisation de la personne conçue simplement pour rendre service, pour être utilisée", a déclaré [la présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin]. "En tant que tel il se posera toujours la question de savoir : 'est-ce que, véritablement, j'ai été voulu pour moi-même ?'"
"Il y a une instrumentalisation, une sélection des embryons, ça me rappelle un certain nombre de philosophies eugéniques. On a franchi un pas excessivement grave", a-t-elle ajouté. "Il faut que le politique fasse attention parce que l'homme devient un objet de consommation et un matériau comme n'importe lequel."
Le professeur René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Béclère, a expliqué la technique à l'origine de la naissance du "bébé-médicament", baptisée diagnostic génétique pré-implantatoire (DPI). "Cela consiste à prélever une cellule d'un embryon obtenu in vitro et à pouvoir faire un diagnostic génétique sur cette cellule" afin de savoir "si cet embryon est atteint, indemne ou porteur mais sain de la maladie", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.
La DPI a été autorisée en France, sous certaines conditions, en 1994, et son application au "bébé-médicament" est légalement possible depuis 2004.
L'annonce de la naissance de ce "bébé-médicament" intervient le jour du début de la révision de la loi bioéthique à l'Assemblée nationale. [...] Le professeur Frydman avait déjà testé les limites des lois actuelles sur la bioéthique avec la naissance en novembre à l'hôpital Antoine-Béclère, pour la première fois en France, de deux bébés issus d'ovocytes congelés.

Tugdual Derville : ce qu'on ne dit pas sur le "bébé-médicament"

Valeurs Actuelles - 9 février 2011 - Tugdual Derville, propos recueillis par Marine Allabatre
A quelques jours de l’ouverture du débat sur la bioéthique, le 26 janvier, naissait le premier bébé-médicament à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart. Le petit Umut-Talha, (“Notre espoir” en turc), pourrait sauver, à l’aide d’une greffe de cellule, sa sœur atteinte d’une maladie génétique grave. Une "première" qui suscite des débats éthiques. [...]
Nous constatons qu’il y a eu une instrumentalisation de cette histoire : elle nous est présentée comme un conte de fée miraculeux, mais on cache qu’il y a eu dix tentatives pour dix autres familles, qui ont échoué ; on cache aussi qu’à l’occasion de ces dix tentatives, plusieurs centaines d’embryons ont été conçus, triés, implantés pour certains, avec des fausses couches, et détruits.
[...] Les embryons conçus sont triés selon ce qu’on appelle le double DPI (diagnostique préimplantatoire), c’est-à-dire selon deux critères : ils doivent être indemnes de l’infection qu’on veut soigner, et compatibles immunologiquement avec le frère ou la sœur malade. On aboutit à la naissance d’un bébé, pour laquelle on se réjouit, bien sûr, mais de telle manière qu’il a fallu créer et trier de nombreux êtres humains dans toutes sortes de tentatives. Pour les autres bébés-médicaments qu’on a essayé de “créer” ainsi, ce ne sont pas des bébés du double espoir, mais au contraire des faux espoirs qu’on a entretenus pour les familles… On a joué avec elles aux apprentis sorciers.
Le bébé qui vient de naître n’est-il pas, en l’occurrence, le "bébé du double espoir", puisque les parents célèbrent en même temps la naissance du bébé et la possible guérison de sa grande sœur ? Cela semble effectivement le cas. Mais on ne peut pas taire l’instrumentalisation de sa vie, de son existence, dès sa conception. Ce petit bébé est conçu avec une lourde mission : il n’est pas forcément conçu pour lui-même, même si on peut espérer qu’il sera vraiment accueilli et choyé, il est conçu pour sauver. Et qu’il y parvienne ou pas, cela fait peser sur lui quelque chose qui n’est pas de l’ordre du respect de sa dignité. A partir du moment où on conçoit un être humain pour une action spécifique, où est la place de sa vrai dignité ? Quelles questions va-t-il légitimement se poser lorsque petit à petit il comprendra qu’il n’a pas été voulu pour lui-même mais pour un autre ? Et il le comprend sûrement, parce que la psychologie des tout-petits est extrêmement fine.
[...] A-t-on une alternative pour guérir un grand-frère ou une grande sœur malade ? Oui, car non seulement la disposition de la loi bioéthique du 6 août 2004, qui permet ce système de bébé-médicament, a provoqué un basculement éthique grave, mais encore elle est inutile. C’est le sang du cordon ombilical du nouveau-né qu’on a prélevé pour pouvoir faire une greffe et, on peut l’espérer, sauver son grand frère. Or, avec les banques de cordon ombilical qui sont encore insuffisamment développées en France, on peut très vraisemblablement trouver un donneur immuno-compatible avec le grand frère ou la grande sœur... c’est une question d’organisation. Et nous dénonçons, à l’Alliance pour les Droits de la Vie, le retard de la France en matière de prélèvement du sang du cordon alors qu’on a 820 000 naissances par an.

Toute vie humaine a-t-elle la même dignité et la même valeur ? Droit à la différence et regard de la société sur le handicap

... reportage TV sur la vie quotidienne des handicapés et leur joie de vivre

Judith Scott : trisomique, sourde, muette, et géniale

Le Monde - 10 novembre 2011 - Philippe Dagen
Judith Scott (1943-2005) était atteinte de trisomie, sourde et muette. Après d'autres institutions qui ne lui convenaient guère, elle finit par être accueillie en 1986 par le Creative Growth Art Center d'Oakland (Californie). Placée pour la première fois dans des conditions qui encouragent la création, elle invente alors vite sa façon de faire : nullement le dessin, auquel on l'invite, mais l'assemblage. Dérobant des objets - un skateboard, un parapluie, des magazines -, elle les réunit en les ligotant et les recouvrant de fils de laine de toutes les couleurs. Le plus souvent, ils disparaissent sous l'écheveau, et leur forme originelle n'est souvent plus guère reconnaissable. On dirait les cocons filés par un insecte d'un autre monde, une araignée artiste, dans le genre de celles auxquelles Louise Bourgeois donnait vie. Les excroissances de ces volumes indescriptibles, leurs dimensions importantes, le chatoiement des entrelacs de fils : grâce à ces qualités, ces objets prennent possession de l'espace avec force.
Ce qu'ils signifiaient pour Judith Scott, les fonctions psychiques ou symboliques qu'elle était susceptible de leur attribuer, on ne peut que les supposer, avec prudence. Des photos montrent leur créatrice les prenant dans ses bras, mais ce n'est pas là un indice suffisant pour proposer une interprétation de type psychanalytique.
Autre question sans réponse : jusqu'à l'âge de 44 ans, Judith Scott paraît n'avoir manifesté aucune propension particulière à la fabrication de quoi que ce soit. Elle s'est ensuite consacrée entièrement à cette activité. Cette révélation demeure tout aussi peu explicable que l'invraisemblable science des volumes et des couleurs qui se manifeste immédiatement dans ces assemblages. Aussi sort-on de la visite à la fois ébloui et perplexe, ce qui est ce que l'on peut attendre de mieux d'une exposition.

Une majorité de grands handicapés se disent heureux

Le Figaro - 1 mars 2011 - Yves Miserey
Une étude sur des personnes atteintes du locked-in syndrome révèle que trois quarts d'entre elles ont une bonne qualité de vie.
Incapables de bouger et de parler à cause d'un accident vasculaire cérébral, mais totalement conscients, les trois quarts des individus atteints du syndrome d'enfermement estiment avoir une bonne qualité de vie et être heureux. C'est ce que révèle une étude menée auprès d'une centaine de patients et publiée la semaine dernière dans la revue BMJ One. En France, on estime à environ 600 le nombre de personnes souffrant de ce locked-in syndrome (en anglais, abrégé en LIS).
Leur enfermement n'est pas total car la plupart peuvent communiquer soit par des mouvements des paupières comme Jean-Dominique Bauby, auteur du célèbre livre Le Scaphandre et le Papillon, ou par des mouvements de la main, de la tête ou du pouce. À l'aide d'un clavier d'ordinateur, ils peuvent ainsi «parler» avec leurs proches ou envoyer des e-mails. Si toutes les conditions sont réunies, ils peuvent également se déplacer à l'aide d'un fauteuil électrique qu'ils pilotent eux-mêmes. En tout, 168 patients atteints de LIS résidant en France ont reçu un questionnaire détaillé sur leur situation sociale et familiale, leur état de santé - douleur, mobilité - ainsi que leur moral - anxiété, dépression, pensées suicidaires, souhait d'euthanasie. Seules 65 réponses ont pu être intégralement prises en compte par l'étude pilotée par Steven Laureys, de l'université de Liège. Il en ressort que 47 patients sur 65 expriment un degré de bien-être tout à fait comparable à celui de personnes non handicapées menant une vie qui les satisfait. En revanche, 18 estiment ne pas avoir une «vie bonne» et quatre d'entre eux souhaiteraient ne plus vivre.
«Ce sont des résultats très surprenants car on ne peut pas être plus handicapé que ces patients, analyse le Dr Steven Laureys. Il faut être prudent dans l'interprétation de ces résultats, car la mesure de la qualité de vie est quelque chose de subjectif», souligne-t-il . Le premier message à retenir à ses yeux, c'est que plusieurs de ces patients participent activement à la vie de leur famille et qu'ils ont une vie «pleine». «Quand les enfants reviennent avec un mauvais bulletin, ils ont peur de le montrer à leur père exactement comme s'il était valide», raconte-t-il.
«Nous avons essayé de comprendre pourquoi certains patients LIS ne sont pas heureux», souligne Steven Laureys. Sans surprise, ceux qui ont des problèmes de mobilité, d'accessibilité et de financements souffrent plus ainsi que les patients isolés et qui ont des douleurs physiques. «L'environnement et l'entourage jouent un rôle clé et ça ne s'achète pas», note aussi Véronique Blandin, présidente d'Alis (Association du locked-in syndrome), créée en 1997 à l'initiative de Jean-Dominique Bauby.
L'évaluation de la qualité de vie chamboule bien des idées reçues. Dans un monde hypermédicalisé, ce questionnement a le mérite de redonner au patient une place centrale. En 2007, par exemple, l'équipe du Dr Laureys avait demandé à plus de 800 soignants si les patients souffrant de ce syndrome se trouvent dans un état pire que ceux en état végétatif, ou ayant un état de conscience minimale. 61% avaient répondu «oui», ce qui va manifestement à l'encontre du ressenti des patients eux-mêmes. Ces derniers, une fois confrontés à leur pathologie, changent eux aussi de perspective. «Plusieurs patients m'ont dit qu'avant leur AVC, ils n'auraient jamais souhaité vivre un jour en fauteuil roulant, témoigne Frédéric Pellas, du CHU de Nîmes. On ne peut pas se projeter tant qu'on n'est pas concerné
Le questionnaire sur la qualité de vie utilisé dans cette enquête a consisté d'abord à demander aux personnes de se rappeler le meilleur et le pire moment de leur vie, en donnant la note +5 au meilleur et -5 au plus noir. Ensuite, elles ont attribué une note de qualité aux deux semaines de leur existence précédant l'enquête. La réponse la plus fréquente se situe généralement entre +3 et +4 lorsque l'on soumet ce questionnaire à des personnes en bonne santé. C'est exactement cette réponse qui a été retrouvée chez les patients LIS. L'Organisation mondiale de la santé définit la qualité de vie comme «la perception qu'a un individu de sa place dans l'existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit, en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes». Cela englobe «la santé physique de la personne, son état psychologique, son niveau d'indépendance, ses relations sociales, ses croyances personnelles et sa relation avec les spécificités de son environnement».

L'avortement sélectif (en fonction du sexe du foetus, d'une maladie, d'un handicap, d'une différence) et les risques avérés de dérive eugéniste

analyse Avortement : un sujet indiscutable ?
Apparition des avortements sélectifs en fonction du sexe de l'enfant, mais aussi institutionnalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) de confort et quasi systématisation de l'interruption médicale de grossesse (IMG) en cas de diagnostic prénatal (DPN) révélant une maladie reconnue comme incurable au moment de la conception - posent une question essentielle : toute vie humaine, avec ses particularités, ses handicaps, ses différences, a-t-elle la même valeur, la même dignité ?
Au delà du tabou, cette question mérite d'être posée.

...vidéos sur les dérives eugénistes et la question de l'avortement

Des avortements sélectifs font scandale au Royaume-Uni

Le Figaro - 24 février 2012 - Chloé Woitier
Le Daily Telegraph a révélé que des médecins britanniques ont autorisé des femmes à avorter car le sexe de leur enfant ne leur convenait pas. Le ministère de la Santé a promis des sanctions contre ces professionnels.
«Pourquoi souhaitez-vous avorter?
- Je ne veux pas de fille
- D'accord, mais on indiquera une autre raison sur votre dossier.Trop jeune pour être mère, ça vous va?»

Tel est en substance le dialogue qu'à pu filmer en caméra cachée le journal britannique The Daily Telegraph, qui mène cette semaine une enquête sur les avortements liés au sexe du foetus au Royaume-Uni. Les investigations du journal ont pu mettre en lumière les pratiques illégales de trois centres médicaux du pays, et ont conduit le ministère britannique de la Santé à demander l'ouverture d'une enquête de police.
Contrairement à la plupart des pays d'Europe, dont la France, les femmes souhaitant avorter au Royaume-Uni doivent justifier leur décision auprès de deux médecins qui donneront ou non leur accord. Les justifications acceptées par la loi de 1967 relèvent du médical (grossesse pouvant menacer la vie ou la santé de la mère, enfant malformé ou handicapé) ou du social (la mère n'est pas en mesure de pouvoir élever un enfant). Réaliser un avortement à cause du sexe de l'enfant à naître est donc illégal.
Trois médecins piégés par le Daily Telegraph
Les journalistes du Telegraph ont pourtant obtenu trois accords pour avorter dans les neuf centres médicaux qu'ils ont consulté en caméra cachée. Dans l'un d'entre eux, situé à Manchester, une médecin a donné son feu vert à une fausse patiente affirmant ne pas vouloir de fille. «Je ne vais pas poser plus de questions. Si vous voulez un avortement, vous voulez un avortement, voilà tout», explique-t-elle alors qu'elle est filmée à son insu. Au téléphone, elle explique à un autre médecin que cet avortement est demandé «pour des raisons sociales» et que la patiente «ne souhaite pas répondre aux questions». Une date d'intervention est programmée quelques jours plus tard. Après la diffusion de la vidéo sur le site du Telegraph, l'hôpital a mis à pied la femme médecin et suspendu tous les avortements prévus dans le centre.
Un autre cas a été filmé à Birmingham. La patiente explique vouloir mettre un terme à sa grossesse car elle attend une fille mais son conjoint ne veut qu'un garçon. «C'est votre raison? Ce n'est pas bien. Ca se faisait dans le temps, oui, mais c'est une forme d'infanticide féminin, n'est-ce pas?», objecte le médecin. «Est-ce qu'on peut mettre une autre raison dans le dossier?», demande la fausse patiente. «Oui, tout à fait, car votre justification n'est pas bonne. Je vais mettre «trop jeune pour être mère», ça vous va?», lui répond en souriant le docteur.
Dans une dernière clinique de Londres, une femme médecin a également donné son accord pour qu'une fausse patiente n'ait pas de garçon. «Mon mari a déjà eu un garçon d'un premier mariage et nous n'en voulons pas un second», s'est justifiée la jeune femme. D'après le journal, les parents ne voulant pas mener une grossesse à terme à cause du sexe de l'enfant le font pour des raisons culturelles, mais aussi pour «équilibrer» la famille, afin de ne pas avoir que des filles ou que des garçons.
Les révélations du Telegraph ont entraîné une réaction immédiate du ministère britannique de la Santé. Les autorités ont demandé l'ouverture d'enquêtes policières et administratives dans les cliniques incriminées. Une directive va également être envoyée dans tous les hôpitaux pratiquant l'avortement afin de leur «rappeler leurs responsabilités et le contenu de la loi autorisant l'avortement».
«Pratiquer un avortement uniquement à cause du sexe de l'enfant est de mon point de vue totalement répugnant», a affirmé au journal le ministre de la Santé, Andrew Lansley. «C'est également illégal. Les lois de ce pays sont édictées par le Parlement, pas par quelques médecins. S'ils ne sont pas pas d'accord avec la loi, qu'ils le fassent savoir. Mais bafouer les règles car ils croient mieux savoir que les autres ce qu'il faut faire est inacceptable». Andrew Lansley rappelle également que de tels actes «sont passibles de prison. Les médecins en question seront radiés de l'ordre. Et nous n'hésiterons pas à examiner toutes les preuves qui arriveront entre nos mains».

analyse Vidéos The Daiy Telegraph en ligne : Abortion doctor: 'I don't ask question' et Doctor admits abortion would be 'female infanticide'

Trisomie: l'appel des associations contre les dérives eugéniques

La Vie - 7 février 2011 - Collectif Les amis d'Eléonore, Collectif contre l'Handiphobie, Down UP, Foi et Lumière, Fondation Jérôme Lejeune, Handicap Rêves Défis Jeunesse, Les Amis de La Ruche, L'Office chrétien des Personnes handicapées, Maisons Saint-Joseph, Regard sur la trisomie 21
A la veille des débats sur la révision des lois de bioéthique, un collectif d'associations dénonce les "dérives eugéniques dont sont victimes les personnes trisomiques" et lance cet appel pour une meilleure information des femmes enceintes dans le cadre du dépistage prénatal.
"C'est de ta peur dont j'ai peur"
Le poids du regard. Nous, parents de jeunes et d'adultes atteints de trisomie 21, nous battons, depuis leur naissance, pour que nos enfants soient éduqués, respectés, et impliqués dans la société. C'est pour cela que nous avons créé ou pris la responsabilité d'associations qui les représentent et les défendent.
Comme pour tout citoyen, les droits fondamentaux de ceux qui souffrent de trisomie 21 doivent être respectés. Nous apprécions les efforts qui ont été faits dans ce sens, notamment depuis la loi pour l'égalité des droits et des chances de 2005. Mais ils ne suffisent pas : aujourd'hui encore, et peut-être plus qu'hier, les personnes trisomiques souffrent du regard ambivalent que nos contemporains posent sur elles.
Il leur faut accepter leur handicap, et nous faisons tout pour cela, avec l'aide de leurs médecins, de leurs éducateurs et accompagnateurs spécialisés. Mais, nous souffrons, pour eux et avec eux, de constater combien leur bonheur de vivre est affecté par les préjugés dont ils font l'objet. Ils nous disent, clairement, que le plus dur pour eux n'est pas leur maladie, mais le rejet dont ils pâtissent, ouvertement ou subrepticement.
Nous rejetons toute tentative de réduire les personnes fragiles à leur fragilité. Leur handicap nous renvoie à notre capacité à atteindre l'autre au-delà de son apparence, de ses qualités, de sa grâce ou de sa disgrâce. Il nous oblige à rejoindre l'autre dans sa vérité.
Récemment le Premier ministre François Fillon, prenant acte que « dans notre pays le handicap est encore trop souvent synonyme de stigmatisation ou d'exclusion », a confié à Monsieur le député J.F Chossy une mission « sur l'évolution des mentalités et le changement du regard de la société sur les personnes handicapées ».
L'exclusion dont sont victimes les personnes atteintes de trisomie 21 passe bien entendu par les immenses difficultés d'accès à l'école et à l'emploi. Mais, bien avant cela, elle se manifeste d'abord par le refus de les accueillir et ce, dès avant la naissance ! Déjà, dans la perspective de la révision des lois de bioéthique, le Premier ministre dans sa saisine du Conseil d'Etat en 2008 avait osé poser la question de l'eugénisme : "Les dispositions encadrant les activités d'assistance médicale à la procréation et, en particulier, celles de diagnostic prénatal et de diagnostic préimplantatoire, garantissent-elles une application effective du principe prohibant "toute pratique" eugénique tendant à l'organisation et à la sélection des personnes ?"
Les dérives eugéniques dont sont victimes les personnes trisomiques sont un constat alarmant établi par des voix autorisées, comme celle du Conseil d'Etat, de l'ancien ministre de la santé Jean-François Mattéi, de l'ancien président du CCNE, Didier Sicard et de nombreux gynécologues obstétriciens. Nous souhaitons donc une réelle prise de conscience des responsables, condition d'une volonté politique forte, indispensable pour atténuer ces pratiques eugéniques. C'était d'ailleurs un souhait unanime des citoyens dans leurs contributions aux Etats généraux de la bioéthique !
[...] Nous attendons du gouvernement et du législateur qu'ils proposent des mesures à la hauteur de la situation. Le Conseil d'Etat a rappelé que 96 % des enfants trisomiques dépistés avant la naissance sont éliminés. La mère a-t-elle réellement la liberté de garder un enfant dépisté trisomique ? Comment expliquer ce triste record mondial dans un pays où les citoyens sont sensibilisés aux Droits de l'Homme ?
Quand on interroge le public la réponse est claire : 85 % des personnes interrogées pensent « que le dépistage de la trisomie 21 incite les parents à ne pas garder un enfant susceptible d'être atteint de cette maladie.» Etendre le dépistage, c'est accroître l'incitation à renoncer à l'enfant différent. Il est temps de parler de liberté !
Nous attendons de la révision de la loi de bioéthique qu'elle soit l'occasion d'intégrer une dimension positive au diagnostic prénatal en proposant une information mesurée pour les femmes enceintes, notamment sur la dignité de leur enfant et la prise en charge adaptée dont il pourra bénéficier. L'apport de cette information positive est nécessaire pour lutter contre l'angoisse liée à la méconnaissance du handicap et pour soulager les parents de la pression normative et culpabilisante du dépistage. Le choix collectif ne peut pas rester celui du mutisme. Pourtant, l'actuel projet de loi évoque ces informations positives mais ne les rend pas obligatoires.
Nous souhaitons aussi, à l'occasion de cette prise de parole, exprimer notre soulagement sur la décision du gouvernement de ne pas suivre les avis proposant l'élargissement du diagnostic préimplantatoire (DPI) à la trisomie 21. Cela aurait été une stigmatisation supplémentaire des personnes trisomiques intensifiant leur discrimination.
Les personnes handicapées nous révèlent notre propre façon d'être au monde et pour le monde. D'où l'urgence, pour notre société, de trouver une solution véritablement digne de notre humanité. D'où l'extrême vigilance de milliers de parents sur ces débats autour du projet de loi de bioéthique.

Une question de société complexe qui reste d'actualité : Le drame souvent oublié de l'avortement

Avortement : le soutien psychologique n'est plus tabou

La Vie - 2 mars 2011 - Sophie Marinopoulos (psychanalyste), propos recueillis par Armelle Breton et Claire Legros
Trente six ans après le vote de la loi Veil, qui a dépénalisé l'avortement en France et dix ans après la loi Aubry qui aporté de 10 à 12 semaines le délai légal de l'IVG, les passions autour de l'interruption de grossesse sont-elles en train de s'apaiser ? Le colloque organisé lundi 7 mars sur les "nouveaux enjeux de l'IVG" par le laboratoire Nordic Pharma, principal distributeur du RU 486, la pilule abortive, témoigne en tout cas d'une évolution. Aux côtés d'intervenants plutôt classiques sur un tel sujet, médecins, sociologues ou présidente du Planning familial, on trouve en toute fin d'après-midi une intervention de la psychanalyste Sophie Marinopoulos, dont l'intitulé aurait fait sursauter il y a trente ans : "Pour une prise en compte de la douleur psychique". [...]
Pourquoi est-ce important de permettre aux femmes de parler de cet événement de leur vie ?
La légalisation de l'IVG a permis que les femmes ne risquent plus leur vie, comme c'était le cas du temps des avortements clandestins. Mais si on a réussi la prise en charge du corps physique, celle du corps psychique est reléguée au second plan. On ne permet pas aux femmes de s'arrêter sur le chaos émotionnel auquel elles sont confrontées, d'interroger leur désir de grossesse puis son évitement, de questionner les voeux inconscients qui se cachent parfois derrière les souhaits conscients... Quel que soit le choix des femmes, l'IVG est un événement qui fait trace et auquel elles doivent pouvoir faire place, au risque sinon d'handicaper leur féminité et leur maternité future. Dans mes consultations sur l'infertilité psychique, je rencontre souvent des femmes ayant vécu un avortement et qui ont pensé pourvoir continuer leur vie comme si de rien n'était.
Comment se manifeste cette souffrance ?
Elle ne se voit pas, ne s'entend pas, n'est pas rationnelle. Pourtant elle s'exprime ! Sur le mode somatique, comportemental, relationnel, à travers des maux de ventre, de tête, des pleurs, ou une certaine irritabilité. Les femmes en souffrance sont tristes ou se replient sur elles-mêmes, longtemps parfois après une IVG. Il ne faut pas banaliser ces symptômes, mais au contraire mettre ces maux en mots.
Etes vous pour le retour de l'entretien préalable ?
C'est essentiel. La première version de la loi Veil prévoyait un entretien psychologique obligatoire avant l'IVG. Il a été supprimé en 2001, parce qu'à l'époque on l'a confondu avec une approche morale. Sur ce sujet, il ne s'agit pas d'être sur une posture de jugement, mais de signfiant. Je plaide donc pour un vrai temps d'auscultation émotionnel. A l'hôpital, comme en privé, trop peu de praticiens évoquent ces questions avec leurs patientes. Réintroduire l'entretien préalable me paraît donc indispensable. Le psychisme appartient totalement à notre vie.

L'IVG reste un sujet qui fâche chez nos voisins occidentaux

Le Figaro - 18 janvier 2010 - Pauline Fréour (lefigaro.fr)
Le 17 janvier 1975, la loi Veil légalisait l'interruption volontaire de grossesse en France. Trente-cinq ans après, cette question reste très vive dans certains pays européens ou aux Etats-Unis. Pour preuve, l'émotion suscitée par de récents projets visant à faciliter l'accès à l'IVG.

La droite espagnole unit ses forces contre l'avortement

Le Figaro - 23 octobre 2009 - Diane Cambon
Les adversaires de l'avortement n'ont pas dit leur dernier mot en Espagne. Après l'importante manifestation organisée à Madrid, où près de 300 000 personnes ont défilé contre la dépénalisation partielle de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), la pression sur le gouvernement ne faiblit pas. Le Parti populaire, principal mouvement d'opposition, s'est attribué au Parlement le rôle de porte-parole du mouvement Pro vida (en faveur de la vie). Son leader, Mariano Rajoy, a annoncé qu'il déposerait une série d'amendements et que, si la loi était approuvée, il la dénoncerait devant le Tribunal constitutionnel. Le chef des conservateurs s'est également engagé à modifier la législation s'il remportait les élections en 2012. [...] La réforme envisagée fait aussi grincer des dents à gauche. Le président du Parlement, José Bono, un des barons socialistes connu pour ses convictions catholiques, a ouvertement déclaré qu'il n'approuvait pas la réforme. Il a appelé le gouvernement de Zapatero à trouver un consensus sur les points les plus polémiques. La controverse la plus animée concerne notamment la possibilité donnée aux adolescentes de 16 ans d'avorter sans l'autorisation parentale, alors qu'elles ne peuvent décider de porter un piercing sans l'accord de leurs parents.

Grande manifestation anti-avortement à Madrid

Le Figaro - 17 octobre 2009 - Le figaro.fr (avec AFP)
Plus d'un million de personnes ont participé à cette mobilisation selon les organisateurs. Ils protestaient contre le projet de libéralisation de l'avortement qui permettrait d'avorter librement dans un délai de 14 semaines.

L'Espagne va restreindre le droit à l'avortement

Le Figaro - 3 février 2012 - Mathieu de Taillac
Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a annoncé son projet de revenir sur la loi de libéralisation de 2010.
La libéralisation de l'avortement aura duré 18 mois en Espagne. Le ministre de la Justice, Alberto Ruiz Gallardón, a en effet annoncé son intention de revenir sur la loi adoptée en juillet 2010 par le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero.
La gauche avait fait de l'avortement un droit, une possibilité ouverte aux femmes pendant les 14 premières semaines de grossesse sans qu'elles aient à justifier leur demande. Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy souhaite désormais que l'IVG redevienne une exception légale, comme c'était le cas entre 1985 et 2010.
Le ministre a dévoilé les grandes lignes de sa réforme à coup d'interviews accordés à la presse espagnole. Il s'agit, a-t-il d'abord déclaré, de «garantir les droits des non nés», un vocabulaire utilisé surtout par les opposants à l'avortement. Gallardón entend aussi empêcher que des mineures puissent avorter sans l'autorisation de leurs parents. La loi de 2010 prévoit cette possibilité à partir de 16 ans, si le médecin y consent.
«La réforme de l'avortement ne conduira aucune femme en prison», a dû ensuite préciser le ministre. La nouvelle loi pourrait être largement inspirée de celle de 1985. Il s'agirait, autrement dit, de détricoter la réforme de Zapatero pour revenir à la situation antérieure.
En théorie, l'IVG était illégale entre 1985 et 2010, sauf pour trois exceptions: en cas de viol, de grave malformation du fœtus, et en cas de danger pour la santé physique ou psychologique de la mère. En réalité, c'est cette dernière raison, le risque de troubles mentaux pour la femme, qui était invoquée dans plus de 90 % des cas. Une soupape sociale qui rendait l'avortement légal de facto.

Les anti-avortement ont défilé à Paris

Le Monde - 24 janvier 2011 - Lemonde.fr avec AFP
Quelque 6 500 personnes selon la police, 40 000 selon les organisateurs, opposées à l'avortement, ont défilé, dimanche 23 janvier, à Paris, pour une septième "grande marche nationale pour le respect de la vie". Cette participation est deux fois plus importante que celle enregistrée en janvier 2010 lors de la sixième marche, qui avait réuni 3 100 personnes selon la police, 20 000 selon les organisateurs.
Composé de nombreuses familles, le cortège, parti de la place de la République derrière une banderole proclamant "Unis pour défendre la vie", a rejoint en fin d'après-midi la place de l'Opéra. Nombre d'enfants tenaient des ballons rouges et blancs portant l'inscription "En marche pour la vie", du nom du collectif de quinze associations appelant à ce rassemblement.
Les manifestants, dont des prêtres et des pasteurs, étaient venus de toute la France, à l'occasion du 36e anniversaire de la loi qui a légalisé en France l'avortement et dont ils réclament l'abrogation. Des délégations étrangères étaient également présentes. Chaque année, la France comptabilise environ 200 000 avortements pour 800 000 naissances.
Le collectif En marche pour la vie revendique "la reconnaissance de la dignité humaine dès la conception" ainsi qu'"une véritable politique au service de la vie et de la famille impliquant un développement sans précédent des aides à la maternité et des structures d'accueil pour les femmes enceintes en difficulté". Le collectif réunit, outre cette association, Choisir la vie, Chrétienté-Solidarité, le comité pour Sauver l'enfant à naître, la Confédération nationale des familles chrétiennes, Laissez-les vivre, SOS futures mères et Renaissance catholique, entre autres.
Avant le rassemblement, un message de soutien est arrivé aux organisateurs du pape Benoît XVI, qui a encouragé "toutes les personnes engagées dans le combat pour la vie à contribuer avec constance et courage à instaurer une nouvelle culture de la vie, fruit de la culture de la vérité et de l'amour".

La marchandisation du corps des femmes et le business - officiel et clandestin - de la conception d'enfants

Le business européen de la fécondation in vitro

Le Figaro - 13 octobre 2008 - Marie-Christine Tabet
Chaque mois, entre 25 et 30 couples de Français s'adressent à la clinique Iakentro que dirige le Dr Nikos Prapas, à Thessalonique, pour obtenir un don d'ovocytes. Les femmes ont généralement entre 35 et 45 ans, mais peuvent être plus jeunes dans des cas de stérilité ou plus âgées puisque la Grèce autorise ces FIV jusqu'à 50 ans. Pourtant autorisé depuis 1994 en France, le don de gamètes est rare, effectué dans un nombre limité de centres, publics pour la plupart, et l'attente est longue.
[...] Il y a quelques semaines, la mise au monde de triplés par une femme de 59 ans à l'hôpital Cochin, fécondée au Vietnam, a relancé le débat sur l'âge limite de la maternité. Or un véritable marché du don d'ovocytes se développe dans toute l'Europe avec des officines aux techniques commerciales plus ou moins agressives qui permettent de contourner les limites fixées par les législations nationales. Dans les années 1990, le docteur Antinori faisait figure d'apprenti sorcier en donnant des espoirs de maternité à des quinquagénaires en mal d'enfant. Les prouesses du médecin italien sont désormais à la portée de presque toutes les bourses.
L'Espagne, la Belgique, la Grèce, la République tchèque, l'Ukraine... proposent des formules tout compris avec bébé à la clé. Les prix varient de 2 500 euros comme en Grèce à plus de 12 000 euros en Espagne où la loi de la demande fait monter les prix. Une quaran­taine de cliniques privées sont présentes sur le Web et proposent leurs services dans plusieurs langues. Sur le marché américain, des sites Internet offrent même des packages «All inclusive» FIV et détente pour 10 000 dollars pour une intervention en Moravie.
[...] Les couples candidats à une FIV se tournent alors vers des pays qui garantissent l'anonymat des donneurs, acceptent les femmes de plus de 43 ans et pratiquent des prix défiants toute concurrence. «C'est un grand fleuve, explique le docteur Nikos Prapas, la demande ne cesse de croître. Les évolutions sociologiques des sociétés occidentales conduisent toutes les femmes à repousser l'âge de la maternité. Elles privilégient leur carrière et l'envie d'enfant ne vient qu'après. Les familles recomposées avec des remariages ou de nouvelles unions après 40 ans favorisent également ces désirs tardifs.»
[...] Les «donneuses» sont recrutées dans toute la Grèce. Officiellement, elles ne sont pas rémunérées. Mais dans les faits, elles reçoivent une indemnisation de 600 à 800 euros pour leur temps et les déplacements. À Iakentro, on affirme qu'elles sont motivées par des valeurs humanistes et que la religion orthodoxe encourage le don, sous toutes ses formes... Dans un pays où le chômage est important et le salaire moyen avoisine les 600 euros, l'opération n'est pas neutre financièrement. D'autant qu'une donneuse peut effectuer trois dons par an pendant une période maximum de dix ans. Elles doivent avoir déjà un enfant et moins de 31 ans.
[...] Ce sont les donneuses qui font le succès de la FIV. «Il n'existe pas de fichiers nationaux des donneuses, s'inquiète le professeur François Olivennes, nul ne sait si ces femmes ne multiplient pas les dons dans différents centres risquant ainsi des complications ultérieures.» Pendant le mois qui précède le prélèvement, elles doivent subir un programme d'injection d'hormones lourd afin de produire le moment venu un maximum d'ovocytes. «On sait, confie Dominique Lenfant, la présidente de l'association Pauline et Adrien, que de jeunes françaises traversent la frontière pour aller vendre leurs ovocytes en Espagne
Le baby-business à travers l'Europe crée un marché de l'enfantement qui échappe à toute régulation. Il suffit de franchir les frontières pour détourner les législations nationales. Les forums de discussions sur le Net révèlent une partie des règles du jeu. Dans des «chats» grand public, s'échangent les lots de traitement, les adresses de cliniques étrangères, les noms de médecins coopératifs en France et les annonces de recherches de donneuses…

Mères porteuses - Le marché clandestin

L'Express - 15 septembre 2005 - Anne Vidalie
La France interdit d'y recourir, mais les couples en mal d'enfant cherchent par tous les moyens à contourner la législation. Certains passent par les pays qui autorisent cette pratique. D'autres trouvent ici même des ventres à louer. Un bébé, mais à quel prix?
[...] La France ne plaisante pas avec la procréation médicalement assistée (PMA), étroitement corsetée. «Les pouvoirs publics veulent éviter les trafics d'enfants, explique la juriste Françoise Dekeuwer-Défossez, spécialiste du droit de la famille. Or la gestation pour autrui [GPA] est considérée comme de la vente de bébés.» Pour se soustraire à l'interdit, des couples de Français vont chercher une mère porteuse dans les pays qui les autorisent. D'autres, désespérés de devoir patienter deux à trois ans pour un don d'ovocytes, se rendent là où la rémunération des donneuses est acceptée. Quelques-uns violent carrément la loi en recrutant des mères porteuses en France.
[...] Depuis qu'elle a déposé son annonce sur un site à la fin de juillet, [Marie] a reçu plusieurs propositions: «Des couples homos, des femmes ménopausées ou privées d'utérus.» Prix estimé pour son utérus et ses ovules: entre 15 000 et 20 000 euros. Elle précise vite qu'elle n'a pas encore choisi. Qui sait, les enchères continueront peut-être à monter...?
[...] Malgré les fausses couches et les échecs à répétition, les traitements pénibles et l'attente déçue, le désir d'enfant les tenaille. Rien ne les arrête. Ni le triste témoignage d'Aura, qui raconte sur Internet comment la mère porteuse, à la naissance du bébé, lui a dit: «Je ne veux pas vous donner le bébé, il est à moi et vous n'avez aucun droit.» Ni l'histoire de la petite Donna, dont la mère porteuse, belge, avait annoncé le décès in utero aux parents commanditaires, avant de la revendre à sa naissance, au début de l'année, à un couple de Néerlandais. «A force de frustration, on finit par envisager d'aller contre la loi de notre pays, plaide Pascale, qui cherche une mère porteuse, ici ou en Belgique. Depuis trois ans que je fais des FIV en vain, j'ai l'impression de n'être qu'un numéro dans le centre de PMA qui me suit. Le soutien psychologique est inexistant!»
[...] Le mieux ficelé des contrats ne met pas toujours à l'abri des déconvenues. En 2002, Françoise, 49 ans, avait trouvé, dans le Massachusetts, une mère porteuse qui acceptait de se faire inséminer le sperme de son mari - «La solution la plus simple», pensait-elle. Une célibataire, mère de deux enfants, qui avait besoin d'argent. Son site s'appelait Womb-for-rent - «Utérus à louer» ... «Elle nous a demandé un prix exorbitant, 30 000 dollars.» Puis elle a menacé de garder l'enfant. «A présent, s'agace Françoise, elle voudrait que je dise à mon fils qu'il a deux mamans, que je l'envoie en vacances chez elle.»

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