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Une illustration des pressions exercées contre la liberté d'expression dans les médias : l'affaire Eric Zemmour

Sélection d'extraits d'articles de presse sur l'affaire Eric Zemmour et sa signification :

Rappel des propos incriminés et du déroulement des faits

L'affaire Zemmour ou la fatwa ratée

Marianne - 10 août 2010 - Philippe Cohen
C'est sorti de sa bouche au naturel, presque comme un bulletin météo. « La plupart des trafiquants sont noirs ou arabes. » (...) La Licra puis SOS Racisme intentent des procès. Etienne Mougeotte, le patron du Figaro, croit le moment venu de se débarrasser du trublion qu'il convoque pour un entretien préalable au licenciement. L'affaire Zemmour était lancée.
L'opinion intellectuelle a été immédiatement clivée. D'un côté les partisans du politiquement correct pour lesquels le journaliste méritait de connaître les joyeusetés du pôle Emploi du fait de ses opinions exprimées avec si peu de précaution. De l'autre tous ceux, quoique pas forcément d'accord avec le journaliste du Figaro, considéraient qu'il avait bien le droit de dire ce qu'il pensait sur ce sujet comme sur d'autres.
La contre-offensive de Zemmour n'a pas tardé à montrer son efficacité. C'est d'abord la LICRA qui renonce à sa plainte. Puis Etienne Mougeotte lui-même renonce à virer l'impétrant devant le tollé provoqué par la menace de licenciement. Voilà comment Zemmour est devenu un intouchable du PAF, et son dernier livre - la mélancolie française - un best-seller.

Zemmour répond à la LICRA, Mougeotte se fâche, ses lecteurs aussi

Marianne - 23 mars 2010 - Philippe Cohen
Tout a commencé le 6 mars. Dans le cadre de son émission «Salut les terrriens» Thierry Ardisson invite le journaliste à débattre avec la chroniqueuse de Canal + et de RTL Rokhaya Diallo, par ailleurs présidente de l'association « Les indivisibles ». La conversation glisse sur le thème de la chasse au facies par la police. Zemmour profère alors une phrase qui va faire le tour du Net en 48 heures et déclencher une levée de bouclier dans les associations antiracistes : «les Français issus de l'immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait ». Evidemment, ce propos, surtout sorti de son contexte, ne pouvait qu'indigner tous ceux que révoltent les pratiques discriminatoires à l'endroit des Arabes et les Noirs de France.
(...) Bref, une drôle de coalition allant de l'extrême gauche la plus obtue à la direction du Figaro en passant par des associations antiracistes qui semblent confiner leur militantisme aux prétoires, semble s'être jurée d'avoir la peau - médiatique s'entend - d'Eric Zemmour.
On peut ou pas être d'accord avec ce journaliste qui avait soutenu Marianne dès l'origine. Aujourd'hui, treize ans après la création de notre hebdomadaire, tous les journalistes de Marianne ne partagent pas forcément, loin s'en faut, toutes ses analyses.(...) Certains pensent que son rôle de briseur de tabous est proche des missions que s'assigne notre journal.
Pourtant, et ces idées-là nous rassemblent toujours, nous avons deux points d'accord fondamentaux avec Eric Zemmour :
1) l'immigration et l'insécurité ne doivent pas devenir des débats interdits faute de faire durablement le lit du Front National qui exploite ces thèmes depuis longtemps.
2) un esprit voltairien considère que la liberté d'opinion de tous les minoritaires - fussent-ils comme Eric, quelque peu provocateurs - doit être absolument défendue.
Il n'est pas sûr, et c'est heureux, que la chasse au Zemmour soit victorieuse.(...) En attendant, marianne2 publie en exclusivité une réponse argumentée d'Eric Zemmour sur toute cette affaire, plaidant pour que le débat se déroule ailleurs que dans les prétoires.

analyseL'article inclut la réponse de Zemmour au Président de la LICRA (accessible en cliquant sur le titre)

La vérité, ce diamant fragile, par Christophe Deloire

Le Monde - 5 avril 2010 - Christophe Deloire (directeur du CFJ - Centre de Formation des Journalistes)
La France est un pays étrange, sécularisé, dans lequel la vieille morale bourgeoise a été quasi éradiquée, mais où il semble régner plus que jamais la distinction entre les observations qui ont le droit de cité et celles qui en sont bannies. Comme dans les vieilles familles, "toutes les vérités n'y sont pas bonnes à dire". (...)
Dans la France de 2010, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) sanctionne une chaîne, Canal Plus, pour avoir retransmis les propos du journaliste polémiste Eric Zemmour. Ce dernier a prétendu dans l'émission "Salut les Terriens" : "Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est un fait." La deuxième partie de la phrase est aussitôt critiquée. Aussitôt, l'employeur principal de l'impétrant le convie à un entretien préalable au licenciement. Un avocat général célèbre, Philippe Bilger, qui le soutient sur son blog, est aussitôt convoqué par le procureur général. Le monde médiatique s'en émeut, s'en offusque. Au contraire, une grande partie du public s'offusque que l'on s'offusque. Sur les blogs qui traitent de l'"affaire", nombre d'internautes dénoncent ce qu'ils estiment être une atteinte à la liberté d'expression. Devant l'afflux des commentaires, et parfois leurs excès, les blogs décident les uns après les autres de fermer le robinet à paroles. Devant l'abondance du courrier des lecteurs, la convocation de Zemmour est annulée. Pour peu que l'on se renseigne sans a priori, il n'est pourtant pas absurde de penser que le propos sur "la plupart des trafiquants" est fondé.
Qui s'attache aujourd'hui à distinguer simplement le vrai du faux ? La vérité est sans doute une construction du réel, puisqu'elle repose sur un choix immanquablement subjectif de faits, mais elle ne souffre pas la négation du réel, ni la récusation des faits gênants. Ce devrait être le rôle premier des journalistes, de collecter tous les indices possibles pour comprendre le monde et la société, plutôt que de s'instituer en clercs proférant un prêchi-prêcha "responsable" et "moral".

Les pressions exercées contre les employeurs d'Eric Zemmour et ses soutiens

Affaire Zemmour : Catherine Barma répond à Patrice Duhamel

Télé 2 semaines - 18 mars 2010 - A-E.L.G
L'affaire Zemmour prend de l'ampleur. Suite à la lettre que lui a adressé, hier, Patrice Duhamel, le directeur général de France-Télévisions, Catherine Barma la productrice qui emploie le chroniqueur d'On n'est pas couché a envoyé aujourd'hui sa réponse. Elle y explique qu'"Eric Zemmour participe à l'émission On n'est pas couché depuis le 16 septembre 2006 et qu'il défend ses points de vue avec intelligence et vivacité dans des interventions parfois provocantes mais toujours dans les limites du respect humain." En ce qui concerne les mesures qu'elle envisage de prendre, la productrice rappelle "qu'On n'est pas couché est une émission enregistrée et que sa responsabilité éditoriale lui impose de veiller à ce que tous les propos retenus au montage respectent les valeurs auxquelles vous faites référence." Elle rappelle, par ailleurs "qu'un responsable de France 2 assiste à tous les enregistrements et qu'à ce jour nous n'avons jamais monté une séquence sans son accord et celui de la chaîne."

Eric Zemmour évincé du Figaro?

Le Journal du Dimanche - 23 mars 2010 - A-Ch. D.
Le sort d'Eric Zemmour au Figaro serait-il scellé? Selon lepoint.fr, le journaliste a annoncé mardi matin à ses plus proches collègues du quotidien qu'il avait reçu une convocation d'entretien préalable à son licenciement pour lundi prochain. Une information confirmée par le patron du journal, Eric Mougeotte. Il semblerait que cette décision soit en partie liée aux propos tenus par le chroniqueur, le 6 mars dernier sur Canal+, dans l'émission Salut les terriens!
Sur le plateau, invité aux côtés de la présidente de l'association antiraciste Les Indivisibles, Rokhaya Diallo, et du propriétaire du théâtre Edouard VII, Bernard Murat, Eric Zemmour s'était emporté sur la question de l'intégration des immigrés en France. "La plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est un fait", avait-il lâché. Ou encore "Quand on vit en France, on donne un prénom français" à son enfant. Des associations, telles que le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), étaient alors montées au créneau pour dénoncer ce dérapage, qu'elles jugent inacceptable. Le CSA a décidé mardi d'infliger à Canal + une mise en demeure, après avoir estimé que ces propos contrevenaient à la convention d'autorisation d'émettre de la chaîne.
Selon une information du Parisien, le journaliste aurait envoyé mardi une longue lettre aux dirigeants de la Licra afin de s'excuser des propos tenus dans l'émission de Thierry Ardisson. "Ma volonté n'a jamais été de stigmatiser les Noirs et les Arabes comme des délinquants (...) Mais si cette phrase sortie de son contexte a pu heurter, je le regrette", écrit le chroniqueur. De son côté, le Conseil représentatif des associations noires (Cran) s'est félicité mardi, dans un communiqué, de la décision du Figaro et appelle les autres employeurs d'Eric Zemmour à faire de même.

Zemmour : Le Cran félicite le Figaro

Le Journal du Dimanche - 23 mars 2010 - leJDD.fr
Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) salue le fermeté du Figaro à la suite de la convocation par ce dernier, d'Eric Zemmour pour un entretien préalable à un probable licenciement. Le Cran appelle également appelle "les autres employeurs réguliers de Monsieur Zemmour à réagir contre des propos qui ne sont plus de simples dérapages isolés, mais des provocations répétées contre une partie de la population française". Le CRAN a préféré dans un premiers temps appeler les employeurs d'Eric Zemmour ainsi que le CSA à ne pas "laisser continuer des atteintes régulières aux valeurs de notre pays".Toutefois, le CRAN se réserve la possibilité d'engager des poursuites judiciaires à l'encontre du polémiste.

Philippe Bilger fera-t-il les frais de l'affaire Zemmour?

Marianne - 26 mars 2010 - Bénédicte Charles
Nouveau rebondissement dans l'affaire Zemmour : Philippe Bilger, avocat général à la cour d'appel de Paris (...) est convoqué chez le procureur général de Paris suite à son article, publié sur notre site sous le titre : « Zemmour entre liberté et répétition ».
«Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce « fait », la justesse de cette intuition qui, aujourd'hui, confirment un mouvement né il y a quelques années », écrivait Philippe Bilger. Ce qui lui vaut d'être aujourd'hui convoqué, à 16 heures, par son supérieur hiérarchique François Falletti, procureur général de Paris. La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a confirmé l'information : Philippe Bilger est convoqué afin de « donner des explications sur cette opération ». Et de rappeler que le magistrat, en tant que fonctionnaire, est soumis au « devoir de réserve ». Puis la garde des Sceaux a précisé qu'elle se prononcerait sur cette affaire à l'issue de l'entretien de Philippe Bilger avec François Falletti. Bref, on sort l'artillerie lourde.
En quoi Philippe Bilger a-t-il manqué à son « devoir de réserve » qui interdit aux magistrats « toute délibération politique », « toute manifestation d'hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République », « toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions », et « toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions » ? Il a simplement décrit ce que tout citoyen peut aller constater au palais de justice, les audiences correctionnelles et criminelles étant publiques (sauf en cas de huis clos, comme c'est par exemple le cas lorsqu'un mineur est concerné). Une réalité que peu d'acteurs judiciaires nient, même si beaucoup en donnent une interprétation très différente de celle de Zemmour - comme c'est le cas de Maître Eolas sur son blog. Une réalité que tout le monde trouve acceptable lorsqu'elle est montrée dans un film comme « Un prophète» ou mentionnée au passage dans une étude de l'Insee sur la population carcérale (à télécharger ci-dessous). Il est étrange qu'au moment où le Figaro renonce à sanctionner Eric Zemmour, la hiérarchie judiciaire cherche à mettre de l'huile sur le feu en admonestant un magistrat qui, quoique ne partageant pas les idées du journaliste, s'est simplement échiné à démontrer, dans un langage plus que modéré, ce qu'il y avait de ridicule à l'empêcher de décrire un phénomène que chacun connait.
De quoi Philippe Bilger s'est-il rendu coupable ? D'avoir « abordé de front une telle matière sans prendre les précautions d'usage et en n'ayant pour obsession que de rendre acceptable par et pour tous ce que la nudité cruelle de l'exactitude précisément n'aurait pas permis », de s'être « affranchi de la censure qui interdisait d'aborder clairement un tel sujet », d'avoir « dépassé une ligne que la bienséance et l'hypocrisie considèrent comme absolue », comme il l'écrivait au sujet d'Eric Zemmour sans s'imaginer alors qu'il serait à son tour attaqué pour ses propos ?

Le véritable enjeu de cette tempête médiatique : la défense de la liberté d'expression face à la judiciarisation des idées

analyse Cette affaire témoigne d'une dérive inquiétante contre la liberté d'expression et de la judiciarisation des idées. Un risque contre la démocratie ?

Si je soutiens Zemmour, c'est pour défendre la liberté d'expression

Le Nouvel Observateur - 30 mars 2010 - Philippe Bilger (avocat général près la cour d'appel de Paris), interview par Sarah Halifa-Legrand
Ses propos ne me paraissent pas absurdes, comme je le dis dans mon blog, car, à partir de ma vision judiciaire, je fais un constat similaire, sans pour autant tirer de conclusions définitives car je ne suis pas un statisticien. Ce que je dis, c'est qu'il me semble à moi aussi que les petits trafiquants sont bel et bien majoritairement noirs ou arabes. Mais je constate, à l'inverse, que les gros trafiquants, eux, ne sont pour la plupart ni noirs ni arabes.
Si je soutiens Zemmour, c'est pour prendre la défense de la liberté d'expression. Je souhaite un renversement de la charge républicaine de la preuve. Aujourd'hui, c'est aux personnalités qui usent de la liberté d'expression de se justifier. Alors que cela devrait être à ceux qui les accusent de prouver que les propos qu'ils incriminent sont scandaleux. A aucun moment la Licra ou le CSA ne se sont demandés si les propos de Zemmour pouvaient être vrais ou faux. On s'est simplement indigné devant le fait qu'il ait exprimé une opinion considérée comme anti-humaniste sur un sujet sensible. Je constate qu'à chaque fois qu'un propos est taxé de scandaleux, on assiste de plus en plus au même processus : c'est la décence ou l'indécence républicaine qui prime sur la vérité.
(...) Cela témoigne d'un phénomène inquiétant : de plus en plus, dès qu'on use de la liberté de parole sur des sujets sensibles, des associations portent plainte, ce qui aboutit à un mouvement de contrition et d'excuses de la part de celui qui est attaqué. Or, ma vision en matière de liberté d'expression est que je préfère l'affrontement d'idées dans l'espace démocratique que la judiciarisation des idées. Car si, en apparence, cette judiciarisation donne l'image d'une société de droit, elle témoigne en fait de la fragilité de cette société qui a tellement peur du débat d'idées qu'elle éprouve le besoin de se réfugier dans la loi. Cette société est malade, elle n'a plus confiance en elle, on ne voit pas plus loin que le bout de son nez et on refuse le dialogue contradictoire. J'ai donc des scrupules à défendre cette judiciarisation poussée à l'extrême qui fait que les citoyens s'excusent pour leurs idées sans que cela permette d'ouvrir le débat.
(...) L'interdiction bienséante de parler de certains sujets empêche-t-elle le racisme et l'antisémitisme ? Ne serait-ce pas, au contraire, une manière honorable de parler de ces sujets qui peut tarir les sources du racisme et de l'antisémitisme ? Non seulement je ne suis pas sûr que cette bienséance soit le meilleur rempart mais je crois aussi qu'elle peut créer à la longue une explosion bien plus grave.

Bilger-Zemmour: Une dangereuse judiciarisation des idées

Le Journal du Dimanche - 24 mars 2010 - Philippe Bilger (avocat général à la Cour d'appel de Paris), propos recueillis par Anne-Charlotte Dusseaulx
Sur le plan des propos qui lui sont prêtés, je considère qu'il a le droit de les dire. Pas un instant quelqu'un ne s'est posé la question de la vérité ou du mensonge de ses dires, mais a simplement adopté une position d'indignation. Je suis étonné par cette espèce de dérive contemporaine. A chaque fois qu'une personne use de la liberté d'expression, c'est à elle de se justifier, alors que j'aurais plutôt tendance à penser que ce sont ceux qui sont porteur d'une censure réelle ou virtuelle qui devraient justifier celle-ci. C'est un peu le monde à l'envers. Eric Zemmour a tenu ces propos dans le cadre d'un débat où il répondait d'ailleurs à des réactions très vives de l'autre partie. Immédiatement, cela fait scandale. Moins sur le fond des propos mais parce qu'un homme a eu l'audace d'aborder ce thème d'une manière qui apparaît vigoureuse voire brutale.
Ce ne sont pas des propos racistes. Le racisme est une qualification trop grave pour être ainsi galvaudé. Si on veut avoir une conception authentique de la liberté d'expression, cela va nous conduire parfois à lui donner une tonalité qui va nécessairement déplaire. La conception de cette liberté est tellement tiède et aseptisée qu'on estime qu'elle devrait conduire à ne jamais faire de mal à quiconque. Mais alors ce n'est plus de la liberté d'expression. Tout ce qui n'est pas interdit expressément par la loi pénale a le droit d'exister et c'est une chance pour la démocratie. Le processus aussi me préoccupe: une liberté d'expression qui, au lieu d'être assumée, est contestée d'emblée, une menace de poursuite, une lettre d'excuses? Nous allons continuer combien de temps comme ça? Je pense que c'est parce que l'on n'ose pas aborder de front certains de ces domaines sensibles qu'au contraire on risque d'ouvrir un immense espace à des tendances politiques, à des mouvances discutables, qui viendront s'emparer du désert dans lequel la pensée unique nous place. Je crois beaucoup à l'idée de la liberté d'expression comme valeur républicaine et je suis préoccupé de voir que ce lien fondamental est en train de s'effriter.

Le procès pour diffamation et incitation à la haine raciale : une judiciarisation des opinions ?

Eric Zemmour, "politiquement incorrect" ou "réellement dangereux" ?

Le Monde - 14 janvier 2011 - LEMONDE.FR avec AFP
Encore une fois, Eric Zemmour a cristallisé les opinions : pendant les trois jours de son procès pour diffamation et incitation à la haine raciale qui doit se terminer vendredi 14 janvier, deux camps se sont affrontés. Ceux pour qui l'animateur a le droit d'exprimer son opinion et n'est que la victime du "politiquement correct" et ceux qui estiment qu'il ne fait qu'attiser le feu des extrémistes en tenant des "propos dangereux".
Si M. Zemmour se retrouve aujourd'hui devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, c'est à cause de deux déclarations faites le 6 mars. Dans un premier temps, sur France Ô, l'animateur qui cumule les postes au Figaro, à RTL, sur France 2 et i-Télé avait déclaré que les employeurs "ont le droit" de refuser d'embaucher des Arabes ou des Noirs. Pour ça, il est accusé de "provocation à la discrimination".
Un peu plus tard, invité à l'émission "Salut les Terriens" de Thierry Ardisson, sur Canal+, il avait déclaré que "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait". Ce sont surtout ces derniers propos qui avaient retenu l'attention des associations qui avaient alors lancé des poursuites judiciaires — SOS Racisme en tête —, estimant que ces propos tendaient à "assimiler l'origine des personnes et la délinquance", une discrimination passible d'une sanction pénale.
A aucun moment des trois jours de procès, Eric Zemmour n'a renié ces propos. "Quand on décrit la réalité, on est criminalisé", avait-il regretté, mâchoires serrées, au premier jour de son audience estimant porter "une parole qui ne veut pas se coucher devant le politiquement correct". "Je ne provoque pas et je suis pour la liberté d'expression", a martelé M. Zemmour.
[...] Parmi ses soutiens, M. Zemmour peut se targuer de compter plusieurs hommes politiques dont l'ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement. Dans un courrier adressé au tribunal, il a écrit : "Il suffit, comme j'ai eu l'occasion de le faire, de consulter les listings de la direction centrale de la sécurité publique du ministère de l'intérieur, pour constater que plus de 50 % des infractions constatées sont imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine." L'ex-ministre de l'intérieur et sénateur MRC du Territoire de Belfort a dit "craindre que le politiquement correct ne finisse par tuer le débat républicain".
De son côté, Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes [...] a également apporté son soutien à Eric Zemmour, tout comme Jacques Myard, autre député UMP, pour qui "il faut appeler un chat un chat et il faut cesser l'hypocrisie". La députée villiériste Véronique Besse (non inscrite) s'est quant à elle "inquiétée que la France ne soit plus aujourd'hui le pays de la liberté d'expression mais celui de la surveillance généralisée de la pensée".
[...] Membres du Collectif parlementaire pour la liberté d'expression, 28 députés de la majorité ont estimé que sous couvert de lutte contre le racisme, "on prétend faire taire un journaliste qui exprime une opinion, qu'elle soit vraie ou non, parce qu'elle dérange".
Pour les signataires, ce procès "en dit long sur la dérive qui conduit à bâillonner la liberté d'expression par les tyranneaux de la pensée unique de l'antiracisme". Parmi les 28 signataires figurent notamment, outre messieurs Luca et Myard, Bernard Debré, Christian Vanneste et Marc Le Fur, vice-président de l'Assemblée nationale.
Enfin, le compère de M. Zemmour sur France 2, Eric Naulleau a simplement jugé qu'"il y a d'autres lieux qu'un tribunal pour les débats d'idée" en déplorant que, via ce procès, les associations antiracistes ne viennent "régler le compte de Zemmour pour l'ensemble de son œuvre".
[...] Côté associations, qui sont cinq à s'être portées parties civiles (SOS-Racisme, la Licra, le MRAP, l'UEJF et J'accuse), les propos d'Eric Zemmour sont jugés d'une "immense gravité". SOS-Racisme s'était étonné des arguments avancés par Eric Zemmour lors des premières audiences. "Il devra assumer, ce qu'il a eu beaucoup de mal à faire devant les juges, que son 'politiquement incorrect' consiste en la contestation des lois d'une République qu'il invoque pourtant régulièrement", dit l'association.
Pour le président de l'association, Dominique Sopo, Eric Zemmour ne voit la réalité que via des "lunettes racialisées". "Il a une façon de décrypter la réalité de manière assez spéciale et, à partir de là, il définit une population criminogène", a-t-il estimé.
"Les propos d'Eric Zemmour comportent de réels dangers", avait enfin jugé l'ancien président de la Haute Autorité de lutte contre la discrimination et pour l'égalité (Halde), Louis Schweitzer qui a regretté qu'aujourd'hui la discrimination soit "un délit qui n'est pas souvent condamné pénalement", alors qu'on la rencontre quotidiennement.

Eric Zemmour : "Quand on décrit la réalité, on est criminalisé"

Le Monde - 11 janvier 2011 - LEMONDE.FR avec AFP
Le chroniqueur Eric Zemmour, qui comparaît à partir de mardi 11 janvier devant le tribunal correctionnel de Paris pour des propos controversés sur "les Noirs et les Arabes", a défendu sa position avec vigueur, assurant n'être qu'un observateur fidèle de la réalité.
"Quand on décrit la réalité, on est criminalisé", a regretté le journaliste, mâchoires serrées et ton combatif. "Je ne provoque pas et je suis pour la liberté d'expression", a déclaré le polémiste, qui considère que les associations anti-racistes ne font que "criminalise(r) une parole qui ne veut pas se coucher devant le politiquement correct". "La réalité n'existe pas pour ces messieurs", a-t-il ajouté à l'égard des représentants associatifs, "il faut qu'elle rentre dans les cadres idéologiques qu'ils ont créés il y a trente ans (...). Si on en sort, on est traité au mieux de provocateur au pire de nazi."
Chroniqueur à la radio, à la télévision et dans le quotidien Le Figaro, Eric Zemmour a été cité en justice pour diffamation et provocation à la haine raciale par cinq associations antiracistes, qui lui reprochent des propos tenus le 6 mars 2010 sur les chaînes de télévision Canal+ et France Ô. Eric Zemmour s'était notamment indigné après une intervention d'un de ses contradicteurs sur les contrôles de police au faciès : "Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ?" avait-il lancé. "Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait". Pour le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, ces propos sont "aberrants et extrêmement graves". Il a regretté que M. Zemmour ne voie la réalité que via des "lunettes racialisées".

Propos sur les noirs et les arabes : Eric Zemmour expose ses arguments

Le Nouvel Observateur - 11 janvier 2011 - Nouvelobs.com avec AFP
Concernant les contrôles au faciès, Eric Zemmour s'est exprimé sur Canal+, a-t-il dit mardi, car "je trouve ça (...) scandaleux que l'on mette en cause l'honneur de la police républicaine. J'essaie de décrire une réalité et la réalité, c'est que (...) une grande majorité de ces délinquants sont d'origine maghrébine ou africaine".
Le chroniqueur a ensuite épinglé la "logique inquisitoriale" que les associations anti-racistes essaieraient, selon lui, de mettre en place. "Quand l'équipe de France de football gagne la Coupe du monde de 1998, c'est Black Blanc Beur, on fait des papiers pour glorifier leur origine", a brocardé le prévenu, mais "quand on montre l'envers du décor, alors là..."
Concernant les propos sur la discrimination au travail, Eric Zemmour n'a pas baissé la garde. "Discriminer, ça n'a rien d'infamant, s'est-il défendu. On choisit ses employés, ses amis, ses amours... La vie humaine est une machine à discriminer. On a choisi ce mot pour nous imposer une certaine pensée".
Le chroniqueur en a profité pour appeler à la suppression de la Halde, synonyme, selon lui, d'"incitation à la délation".

«Trafiquants noirs et arabes»: quand Chevènement défend Zemmour

Libération - 12 janvier 2011 - AFP
Jean-Pierre Chevènement a affiché son soutien à Eric Zemmour, jugé, depuis mardi, pour provocation à la haine raciale, dans un courrier au tribunal où il affirme que plus de la moitié des infractions sont «imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine».
«Sans doute M. Zemmour a-t-il, dans le feu de la discussion, utilisé une formulation excessivement brutale mais il n’a hélas, pas dit une chose matériellement inexacte», justifie l’ancien ministre de l’Intérieur et sénateur du Mouvement républicain et citoyen qu’il préside. [...] «Il suffit, comme j’ai eu l’occasion de le faire, de consulter les listings de la Direction centrale de la Sécurité publique du ministère de l’Intérieur, pour constater que plus de 50% des infractions constatées sont imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine», reprend Chevènement.
Sur la même ligne que Zemmour, qui a déclaré au tribunal ne pas vouloir «se coucher devant le politiquement correct», le sénateur dit «craindre que le politiquement correct ne finisse par tuer le débat républicain». Et de regretter qu’on puisse «incriminer un journaliste d’avoir avancé un argument, certes formulé maladroitement, mais correspondant à une réalité, certes dérangeante, mais propre à susciter une prise de conscience partagée». Aux yeux de Chevènement, «la liberté d’expression n’a pas besoin d’être inutilement corsetée par des interdits judiciaires».
Le procès se poursuivra jeudi avec l’audition de «témoins de moralité» qui doivent aussi venir dire leur soutien au polémiste, comme le chroniqueur Eric Naulleau, qui travaille avec Zemmour sur France 2, l’écrivain Denis Tillinac ou l’ancien secrétaire général de Reporters sans Frontières, Robert Ménard.

Procès Zemmour : plus pertinent à la barre qu'à la télé !

Marianne - 12 janvier 2011 - Tefy Andriamanana
Le prévenu avait une première ligne de défense. La sur-représentation des Noirs et des Arabes dans la délinquance est un fait, il ne fait que le constater. On lui répondra que les statistiques ethniques sont illégales en France. Oui, mais les études sur les populations d’origine étrangères ou non-catholiques sont légion. L’Insee, par exemple, se base sur la nationalité des parents pour étudier le poids des discriminations à l’emploi. Sans compter les journalistes qui rappellent la nationalité ou les origines des suspects dans tel ou tel crime ou délit, même quand cela n'a rien à voir avec les faits incriminés.
Eric Zemmour a donc choisi le registre de la raison, tentant de s'élever par rapport à une image médiatique forcément simplifiée à l'excès. « Je ne suis pas un provocateur », a-t-il lancé à la barre. Il en a profité pour rappeler son métier de base : « Décrire une réalité, c’est cela la fonction de journaliste » ajoutant que ses propos « sont brutaux mais la réalité est brutale ». Le chroniqueur a également dénoncé le « catéchisme bien-pensant » qui veut « dire que les seules causes de la délinquance sont économiques et sociales ». Pour lui, on oublie notamment de citer le rôle des « structures familiales ».
[...] La défense d'Eric Zemmour a produit une lettre de soutien de Jean-Pierre Chevènement dans laquelle ce dernier confirme la réalité du constat qui vaut l'assignation du prévenu : « Il suffit, comme j'ai eu l'occasion de le faire de consulter les listings de la Direction centrale de la Sécurité publique du ministère de l'intérieur, pour constater que plus de 50% des infractions constatées étaient imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine. »
Mais le reste de l’argumentation de Zemmour dévoile une faille dans le discours anti-raciste. Citant notamment la glorisation de l’équipe de France 1998 « Black, Blanc, Beur », il a affirmé que « pendant 30 ans, on a sacralisé la différence et maintenant on ressort l’universalisme républicain ». Le prévenu a alors mis les anti-racistes face à leurs dilemmes : « Soit on prend le modèle américain avec le communautarisme et les statistiques ethniques, soit on ne dit plus que Zidane est Kabyle et que Thuram est Guadeloupéen ». Et il a cogné dur : « Idéologiquement, ces gens-là sont malhonnêtes ». Le camp d'en face a dû apprécier.
Poursuivant sa contre-attaque, Eric Zemmour a estimé que « l’anti-racisme est le cache-sexe de la soumission de la gauche au marché, à la mondialisation libérale ». « J’ai rompu avec la gauche à cause de SOS Racisme (...) l’universalisme républicain, ils l’ont foulé au pied avec le droit à la différence ». Le chroniqueur au Figaro magazine a dit lui venir « d’une gauche laïcarde et républicaine qui refuse le différentialisme ». Au final, Zemmour a opté pour un discours politique général plutôt que de débattre sur la qualification pénale de ses propos.
[...] Pour le chroniqueur, « ce n’est pas la discrimination qui retarde l’intégration mais le retard de l’intégration qui crée de la discrimination » pointant le déclin de la tryptique « insertion, intégration, assimilation ».
Que l'on soit d'accord ou pas avec les réponses de Zemmour, il a au moins le mérite de soulever le tapis pour en extraire les non-dits et les sous-entendus du débat sur les questions d'immigration et d'intégration. Ouvrant ainsi un débat de fond que l’on aurait aimé entendre plus souvent sur les multiples antennes où il intervient. Mais dans ces talks-shows justement, difficile d’aligner plus de trois phrases sans être coupé par un chanteur en promotion ou une page de pub. La parole y est alors forcément plus frustre, voire déformée. Déja contesté sur le fond, Zemmour risque d'aggraver son cas sur la forme. Il a d’ailleurs avoué à la barre qu’il n’avait pas de « rigueur scientifique » et qu’il faisait un travail de « vulgarisation ».

Procès Zemmour : doit-on aller au tribunal pour débattre d'immigration ?

Marianne - 14 janvier 2011 - Tefy Andriamanana
Eric Zemmour est décidément étonnant. Étiqueté comme « réactionnaire » par Libération, il a invité à son procès des témoins allant d'Eric Naulleau à Xavier Raufer, criminologue conservateur, grand opposant à la « culture de l'excuse ». Mais quelle que soit leur couleur politique, ses soutiens ont un même avis : Eric Zemmour a le droit de s'exprimer, quitte à choquer.
Jeudi 13 janvier se poursuivait donc l'audition des témoins dans le procès Zemmour. Le premier à intervenir fut Louis Schweitzer, ex-président de la Halde, cité par SOS Racisme. Celui qui fut aussi PDG de Renault (entreprise déjà condamnée pour discrimination raciale ), est parti dans une longue et lourde explication juridique sur l'état du droit en matière de discriminations. Il a aussi noté qu'elles touchent plus particulièrement les gens « issus du Sud de la Méditerranée ». Au même titre que les handicapés sont des « personnes à mobilité réduite », il ne fait pas bon dire que les noirs sont noirs.
Me Olivier Prado, avocat d'Eric Zemmour, a d'ailleurs taclé Schweitzer à ce sujet : « Vous n'utilisez jamais les mots "noirs" et "arabes" » ? « Parfois » a répondu l'ex-directeur de cabinet de Fabius. Me Prado lui a alors demandé si Barack Obama est Noir : « Aux USA, son père est noir, sa mère est blanche ». Et Michelle Obama : « Aux USA, elle est considérée comme née de parents noirs ». Joli débat sémantique mais il est vrai que dire black est nettement plus branché.
Autre faille de Louis Schweitzer, également ex-président du conseil de surveillance du Monde, la politique de la Halde. [...] Me Prado a alors demandé si c'était le rôle de la Halde de dire le droit. Schweitzer a dû reconnaître que ce n'est « pas le rôle de la Halde de dire le droit à la place du juge ».
Puis ce fut au tour d'Eric Naulleau, complice d'Eric Zemmour dans « On n'est pas couché », de venir à la barre. D'emblée, il a précisé : « Si je devais attaquer Eric Zemmour à chaque désaccord, je passerai ma vie au tribunal ». Le chroniqueur a également signalé le contexte particulier dans lequel Zemmour avait prononcé les propos incriminés : « Dans cette émission (de Thierry Ardisson, ndlr), on ne peut pas argumenter, ce sont des échanges sur le modèle du ping-pong ». [...]
Mais Eric Naulleau a soulevé un point sensible lors de son audition. Il a fustigé les parties civiles (Sos Racisme, Licra, Mrap, Uejf) qui « refusent le débat intellectuel », « une défaite de la pensée », « un aveu de faiblesse » pour lui. « Le débat (sur les causes de la délinquance, ndlr) devrait avoir lieu dans un colloque et pas au tribunal », a-t-il martelé. Il s'est aussi permis une pique assez salée : « Eric Zemmour a lancé un débat, il a plus fait pour la lutte contre les discriminations que quelques bonnes âmes avec leurs pétitions ».
[...]
Mais on a aussi tenté de parler du fond. Plusieurs intervenants sont venus exposer différentes données sur les origines des délinquants. [...] Un rapport de 2002 par une commission d'enquête du Sénat sur la délinquance des mineurs pointait une « surdélinquance des jeunes issus de l'immigration » se basant sur les travaux du sociologue Sébastian Roché. Ces chiffres montrent notamment que 22,3% des jeunes ayant deux parents de nationalité d'un pays du Maghreb ont déjà commis plus de dix actes peu graves de délinquance contre 13,1% des enfants de Français.
Malek Boutih, à l'époque président de... Sos Racisme, avait témoigné devant cette commission notant qu'« il y a plus de "bronzés" que de blancs dans les centres de jeunes détenus ». Il avait ajouté : « Par ailleurs, dans les familles d'immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d'une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s'inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !... »
[...] Qu'on soit d'accord ou pas avec Eric Zemmour, il devrait être permis de s'interroger sur les causes non économiques de la délinquance. On peut contester les détail des instruments de mesure, mais se contenter de dire que la pauvreté est l'unique cause mécanique de la délinquance ne mène pas très loin. [...]
Là est justement le problème. Le tabou du débat sur les causes extra-économiques de la délinquance fait qu'il n'est évoqué qu'au mieux chez Ardisson, au pire au tribunal. « Personne n'a de difficultés à parler de statistiques sur l'immigration ou des noirs et des arabes », a pourtant dit l'avocat du Mrap. Pour le prouver, il aurait alors fallu traiter Eric Zemmour comme un adversaire politique et non comme un délinquant.

Leçons du procès et morale de l'affaire Zemmour

Eric Zemmour ne fera pas appel de sa condamnation

Le Monde - 1 mars 2011 - Lemonde.fr
Le chroniqueur Eric Zemmour ne fera pas appel de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la discrimination raciale, annonce son avocat, Olivier Pardo. Le journaliste estime en effet avoir "gagné sur la diffamation", qui était le motif initial des poursuites engagées par des associations antiracistes et le seul retenu par le parquet, dit-il dans un communiqué.
"Le tribunal, après l'avoir relaxé de cette infraction, a cru bon de le condamner pour provocation à la discrimination", ajoute-t-il, précisant que son client souhaite que désormais "le débat se déroule en dehors de l'enceinte judiciaire." Eric Zemmour a été condamné le 18 février à une amende avec sursis de 2 000 euros pour provocation à la haine raciale ou à la discrimination raciale après ses propos sur les "noirs et les arabes".
Le secrétaire d'Etat aux transports, Thierry Mariani, a suscité la colère des parties civiles en critiquant une condamnation à ses yeux "regrettable" et en fustigeant les "professionnels de l'antiracisme." SOS Racisme a en outre dénoncé l'invitation d'Eric Zemmour à un débat de l'UMP, mercredi, sur le "trop-plein de normes". "Une partie de l'UMP, fort heureusement contestée par une autre partie, se situe dans une inquiétante dérive, fort peu compatible avec l'esprit de la République", écrit l'association dans un communiqué. Le parti majoritaire a affirmé que cette invitation avait été lancée avant la condamnation du polémiste.

Pour Eric Zemmour

Le Point - 24 février 2011 - Franz-Olivier Giesbert
Faut-il laisser la police et la justice juger nos paroles ? C'est la question que pose la judiciarisation du débat public.
Au train où vont les choses, la maréchaussée verbalisera bientôt, jusque dans les cafés, les propos jugés non conformes.
Défense de dire des bêtises sous peine d'amende, voire de prison. Interdit de sortir des clous. Nous sommes décidément arrivés à ce stade de la démocratie contre lequel Tocqueville nous mettait jadis en garde et qu'il comparait à une sorte de tyrannie douce.
C'est pourquoi l'affaire Zemmour est si importante. Elle sonne le glas de quelque chose qui nous est cher mais dont la bien-pensance fait apparemment peu de cas : la liberté d'expression.
Dans un journal européen et tocquevillien comme "Le Point", on ne pense rien comme le très talentueux Eric Zemmour, journaliste au "Figaro", chroniqueur sur RTL, sur iTélé et sur France 2. Ses charges contre le cosmopolitisme nous mettent mal à l'aise. Son discours obsessionnel contre l'euro relève, pour rester poli, du bourrage de crânes pour bêtassons et gobe-mouches. Quant à son souverainisme, ce gaullisme des imbéciles, il n'est pas digne de lui.
A la suite de déclarations que je réprouve totalement en faveur des contrôles de police sur le faciès, Eric Zemmour a été déclaré coupable de provocation à la discrimination raciale et condamné, vendredi dernier, à 2 000 euros d'amende avec sursis et plus de 10 000 euros de dommages et intérêts. Un jugement qui fait froid dans le dos. Etait-ce à la loi de lui claquer le beignet ?
La morale de tout cela, c'est qu'il faut revoir la Déclaration des droits de l'homme ("Nul ne doit être inquiété pour ses opinions") et qu' il est désormais recommandé à chacun, notamment à Zemmour, de ne plus ouvrir la bouche en l'absence de son avocat...

Pour aller plus loin

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