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La nature de l'art contemporain en accusation :
entre snobisme et business ?

Sélection d'extraits d'articles de presse sur les débats et polémiques agitant le milieu de l'art contemporain :

Quel jugement artistique porter sur l'art contemporain ?

Les mandarins de l'art contemporain

Le Figaro Magazine - 23 octobre 2009 - Pauline Simons, Jérôme Béglé
Longtemps méprisé et incompris, l'art contemporain est entré dans les musées nationaux et les collections privées. Il n'est plus une grande ville, un ministre de la Culture ou une entreprise du CAC 40 qui ne se proclame protecteur ou mécène de ces artistes. Ceux-ci, en plus de se bâtir une fortune, commencent à se faire un nom. Mieux, ils remettent en marche une machine qui s'était grippée. Collectionneurs, marchands, conservateurs de musée et experts retrouvent de la vigueur pour démêler le bon grain de l'ivraie, les imposteurs d'une heure des vrais talents qui durent.

Pour ou contre ? L'art contemporain jugé sur pièce

Le Figaro - 14 septembre 2010 - Valérie Duponchelle
Le château de Versailles offre son cadre exceptionnel, depuis mardi, aux œuvres de Takashi Murakami. Classicisme et art contemporain juxtaposés, de quoi ouvrir la polémique. L'art contemporain est effectivement un système international, mondain et financier, à la fois public et secret. Vie des enchères et marketing d'entreprise obligent, ce phénomène de masse a porté aux nues un aréopage d'artistes comme Damien Hirst ou Jeff Koons, qui lui aussi a investi Versailles en 2008. Deux experts apportent leur avis sur les derniers développements artistiques.
Ben Lewis (Critique d'art et réalisateur britannique, auteur de la série télévisée Art Safari et du film L'art s'explose qu'Arte a diffusé en 2009) :
«Je ne dis pas que l'art contemporain n'est pas de l'art. Je dis que c'est du mauvais art. Britannique et témoin direct de l'émergence de la scène anglaise, je connais nombre des artistes qui ont fait de l'art contemporain ce phénomène financier, émotionnel et envahissant. J'ai été séduit par cette nouvelle génération sa fraîcheur, son énergie. Avant d'être, peu à peu, effaré par une attitude artistique qui relevait plus de la stratégie commerciale et du cynisme que de la création. (...) Les Spin Paintings de Damien Hirst m'apparaissaient relever plus des arts appliqués que d'un style, plus d'une stratégie marketing bien ciblée que d'une réelle invention. (...) Pendant un an, j'ai pris de la distance pour réfléchir, écrire et analyser en termes d'esthétique de l'art ce que je ressentais. J'ai publié mon analyse critique dans la magazine Prospect [dans Courrier international en août]. J'y souligne les parallèles évidents entre les oeuvres des artistes les plus cotés -Koons, Hirst, Murakami- et le rococo français, mouvement qui faisait l'éloge de la frivolité, du luxe et du dilettantisme, très prisé d'un Ancien Régime corrompu et décadent. L'invasion des stéréotypes, l'artiste narcissique qui vise son autopromotion, la prolifération du prêt-à-l'emploi qui remplace la main du peintre par le ready-made de Duchamp, l'art clinquant plus sentimental qu'intellectuel ou émouvant, le cynisme débridé… Tout cela crée au final un art de la célébrité, du grandiose et de l'argent. Cette critique ouverte me vaut un flot de lettres d'amour et d'emails de haine.»
Martin Béthenod (Délégué aux arts plastiques (2002-2004), directeur général de la Fiac (2005 -2010), ce Français dirige le Palazzo Grassi et la Pointe de la Douane à Venise) :
«Dire que tout est bon dans l'art contemporain serait aussi bête et naïf que de dire que tout est mauvais. Cette généralisation relève du mauvais procès, de l'amalgame expéditif, deux manivelles propres au marronnier et au serpent de mer. (...) L'art contemporain, multiple, inventif, garde sa faculté d'émerveillement.»

De Warhol à Endemol

Marianne - 27 octobre 2007 - Joseph Mace-Scaron
Il n'a échappé à personne que, depuis quelques années, les télévisions du monde déversent les mêmes images: un groupe de personnes observées par des caméras et retenues dans un espace plus ou moins confiné. (...) Professeur à la Sorbonne, François Jost nous propose dans un petit livre salubre une tout autre approche du phénomène. Selon lui, en effet, cette téléréalité devenue la réalité doit être rapprochée des ultimes avatars de l'art contemporain qui a projeté «l'objet commun dans les musées, en revendiquant d'utiliser le banal, les déchets, les poubelles». Le célèbre urinoir baptisé Fontaine de Duchamp était-il un signe avant-coureur de la promotion de «Loft Story» au rang d'oeuvre d'art? La question mérite d'être posée. (...) Comment en vient-on à donner de la valeur à la reproduction mécanique? Comment l'objet a été magnifié par le cinéma et comment l'art a fini par se dissoudre dans les médias? Et comment, surtout, s'est réalisée la prophétie baudelairienne: «Plus personne n'utilise son imagination. C'est terminé, l'imagination.» «La peinture, dira le dadaïste Cravan, c'est marcher, courir, boire, manger et faire ses besoins.»
Il n'y a aucune nostalgie dans la démarche de Jost, aucun prurit réactionnaire, aucune tentation mécontemporaine. L'auteur n'adhère pas au club des ronchons. Ce qu'il relève, c'est que ce culte de la banalité, partie, jadis, pour être révolutionnaire, s'est dilué sur nos écrans pour devenir le complice le plus objectif du désordre établi. Autrefois, l'oeuvre était considérée comme bourgeoise. Aujourd'hui, tout le monde aura son quart d'heure warholien où il sera un auteur. «Il ne s'agit plus de se révolter, mais d'être cool» Et c'est ainsi que la «Star Ac» est devenue une oeuvre pop. Warhol l'avait rêvé, Endemol l'a fait.

Les artistes contemporains, des génies des affaires ?

L'art contemporain est-il pure spéculation ?

Marianne - 20 octobre 2007 - Patrice Bollon
L'art contemporain serait-il, comme on l'assure, le champ clos de stratégies purement spéculatives, avec toutes les possibilités de manipulation (ou d'influence) des cours que cela suppose? Certains acteurs de ce marché notent, en tout cas, dans les décisions d'achat, la prééminence actuelle des calculs à court terme et des phénomènes de mimétisme. «Aujourd'hui, l'art contemporain remplit pour beaucoup d'acheteurs une fonction de prestige, voire spéculative, explique ainsi le jeune galeriste français Hervé Loevenbruck, spécialisé dans l'art contemporain. Il faut pouvoir exhiber sur les murs de son appartement le dernier cri de l'art qui se vend, ou que collectionne telle ou telle vedette du cinéma ou de la musique, tout en faisant de «bonnes affaires». C'est ce qui explique aussi l'incroyable succession des vagues: une année, on monte en épingle l'art russe, l'année suivante, l'art chinois, etc. Et on voit, notamment aux Etats-Unis, des peintres de plus en plus jeunes, parfois juste sortis de l'école, qui atteignent des cotes faramineuses. Comme la mode, l'art contemporain vit l'époque des marques et des labels.» Le critique de Libération, Henri-François Debailleux, note un parallèle avec la Bourse ou l'immobilier...
En même temps, tout ne semble pas aussi simple et unilatéral. Comme l'expliquent Nathalie Moureau et Dominique Sagot-Duvauroux dans un petit livre très éclairant "Le Marché de l'art contemporain", La Découverte, 2006. , la valeur des artistes ne se fixe plus depuis longtemps de façon «exogène», par rapport à une qualité censée être «objective» et mesurable, mais «endogène», dépendante d'un système d'interrelations. Les temps de l'Académie, où Ton évaluait une oeuvre en fonction de son adéquation à une série de normes acceptées par tous, telles que la composition, la maîtrise du dessin, du coloris ou de l'«expression», sont loin derrière nous. L'art moderne, avec son accent sur la rupture et la nouveauté, puis l'art contemporain, avec sa pratique de l'hybridation, ont définitivement brouillé les cartes. Aujourd'hui, la valeur d'un artiste est internationale et elle résulte d'une cascade d'interactions entre une multiplicité d'acteurs, marchands, collectionneurs, critiques et autres commissaires d'exposition.
(...) «C'est un marché, reprend Hervé, Loevenbruck. proprement impossible à modéliser« comme l'on dit en sciences économiques,» Henri-François Debailleux pense même qu'il n'y a jamais eu autant de différences qu'aujourd'hui entre un marché purement spéculatif, «peopolisé», et un autre de plus longue haleine, sur lequel les valeurs se construisent lentement.
Le caractère «endogène» de la valeur de l'art contemporain ouvre la porte à tous les brouillages et à toutes les manipulations. (...) Comme le dit Alexandre Rivault, un autre jeune galeriste parisien spécialisé dans le contemporain, «la spéculation et le fonctionnement très «mode» du marché brouillent les valeurs des uns et des autres, et contribuent à rejeter nombre de bons artistes. En même temps, à part quelques cas aberrants, il est rare que les succès couronnés soient totalement injustifiés.»

Murakami : l'art contemporain face à ses détracteurs

Le Figaro - 14 septembre 2010 - Valérie Duponchelle
Ce mardi s'ouvre au public l'exposition «Murakami Versailles» qui passionne autant qu'elle irrite. Le débat est ouvert dans le dernier roman de Houellebecq.
Pour ou contre l'art contemporain? En cette rentrée, ce serait plutôt contre, si l'on lit le livre incendaire et déja culte de Michel Houellebecq, «La carte et le territoire» (Flammarion). Avec cette froideur objective que certains qualifient de «balzacienne», la star de la littérature française dissèque l'art contemporain, dépeçant chaque os de ce système international, mondain et financier, à la fois public comme le succès et secret comme les codes d'accès bancaires. Vie des enchères et marketing d'entreprise obligent, ce phénomène de masse a porté aux nues en vingt ans un aréopage d'artistes comme Murakami à Versailles ou Damien Hirst qui posa en rock star en couverture de Time magazine. Une montée en flèche de toute une génération, parallèlement à l'apogée personnelle de cet écrivain vengeur, envers et contre tout.(...)
Cinq artistes emblématiques d'un système : Jeff Koons, l'Amérique néopop (...) Damien Hirst, perfide Albion (...) Maurizio Cattelan, al dente (...) Zhang Huan, Chine nouvelle (...) Xavier Veilhan, bleu France (...).

Hirst est-il encore le first ?

Le Figaro Magazine - 7 mai 2010 - Jérôme Béglé
A 45 ans, Damien Hirst fait partie de cette lignée d'artistes contemporains qui jugent leur réussite au nombre de zéros qu'atteignent leurs oeuvres dans les ventes publiques. De ce point de vue, c'est mission accomplie : ses créations battent régulièrement des records.
(...) Il se forgea un style et une réputation. L'hyperréalisme, la mort, la décomposition des corps et les travers de notre société seraient le blé qui ferait farine à son moulin. Des cadavres d'animaux parfois découpés en deux conservés dans du formol, des papillons naturalisés collés sur une toile monochrome et formant un scintillant et coloré kaléidoscope, des vitrines encombrées d'objets usuels... La moindre de ses créations intriguait, à défaut de fasciner. Le 21 juin 2007, Lullaby Spring, une armoire à pharmacie métallique contenant 6 136 pilules réalisées et peintes à la main, a été vendue 19,2 millions de dollars (14,34 millions d'euros) chez Sotheby's, devenant ainsi la deuxième oeuvre la plus chère jamais vendue aux enchères pour un artiste vivant, après un portrait de Lucian Freud. Deux mois plus tard, ce fils de mécanicien et de fonctionnaire bat un nouveau record en cédant pour 100 millions de dollars une pièce intitulée For the Love of God, crâne d'un homme décédé au XVIIIe siècle recouvert de platine incrusté de 8 601 diamants. Mais à monter trop près du soleil, il arrive que l'on se brûle les ailes. Ainsi, en septembre 2008, le jour même où Lehman Brothers annonçait sa faillite, Hirst organisait une vente aux enchères de 223 oeuvres récentes sans passer par les galeristes. Montant total : 139 millions d'euros. On entendit grincer des dents : le Titanic coule, mais les musiciens continuent de jouer ! Un malheur n'arrivant jamais seul, un journaliste anglais prouva que des investisseurs dont Hirst luimême s'étaient unis pour acheter le crâne couvert de diamants, contribuant à faire monter artificiellement la cote du petit génie. Enfin, sa dernière rétrospective londonienne subit le feu nourri de la critique. A trop créer, on se répète ; pire, on se parodie.
L'exposition qui vient d'ouvrir ses portes au Musée océanographique de Monaco revêt donc une importance toute particulière pour ce sujet de Sa Majesté. Disons-le d'emblée ; il n'y a rien de scandaleux ni de choquant parmi la soixantaine d'oeuvres exposées sur trois niveaux. Mais rien de bouleversant non plus. On est rarement ému. On n'a pas l'impression que ce que l'on voit nous aide à comprendre le monde, l'homme ou la société dans laquelle on vit. Bref, le plus souvent, Hirst ne remplit pas son devoir d'artiste. Si son travail nous intrigue, les seules questions qui nous viennent à l'esprit sont d'ordre technique. Comment fait-il pour coller autant d'ailes de papillons ? Comment arrive-t-il à découper un mouton en deux ? Le formol conservera-t-il ces animaux en parfait état ? Combien y a-t-il de pierres précieuses sur cette étagère ? C'est un peu court, jeune homme...

Les faux rebelles : provocation artificielle et subversion académique

Damien Hirst, le voyou du brit art

Marianne - 14 mars 2009 - Vincent Huguet
Un veau tronçonné flotte dans du formol bleuté, des mouches mortes recouvrent la surface d'un tableau et le crâne d'un homme mort au XVIIIe siècle est reproduit en platine, serti de 8 601 diamants et intitulé Pour l'amour de Dieu... Voici quelques-unes des oeuvres qui ont rendu célèbre Damien Hirst, enfant terrible de la génération d'artistes britanniques défendus par le publicitaire Saatchi. Depuis le début des années 90, il s'est mis à dos une foule de gens scandalisés par ses oeuvres. (...) Hirst a le goût du risque, or prendre des risques dans l'art contemporain passe souvent par la provocation. «Faire de l'art, c'est affronter ceux qui doutent même que ce que vous faites est de l'art, s'imposera un public hostile», résume-t-il sans complexes».

Les professionnels de la provoc'

Marianne - 14 mars 2009 - Eric Conan
La provocation est aujourd'hui devenue un fonds de commerce et les provocateurs professionnels pullulent. (...)
Dans l'univers de la culture, la provocation prolifère en effet, servant de substitut de la révolte et de signature du talent. Parce que tant de grands, dans le passé, des impressionnistes aux surréalistes, de Radiguet à Céline, ont commencé en choquant, il suffirait de choquer pour être un grand. Sophisme bêta revendiqué il y a quelques années avec une sincérité confondante par Daniel Buren, qui se présentait en successeur de Manet et Matisse parce que des esthètes refusaient que ses colonnes de marbre noir et blanc encombrent la cour du Palais- Royal (...).
Mais le provocateur professionnel connaît le même dilemme que l'alpiniste: où aller une fois le sommet atteint? Quand le «jamais fait! jamais vu!» a été fait et vu, il faut passer à autre chose. (...)
Le métier devient donc difficile (...). Il y a une cinquantaine d'années, Pierre Schaeffer, l'inventeur de la musique concrète, s'étonnait déjà de ne plus scandaliser. A la même époque, l'artiste Piero Manzoni commençait à vendre ses excréments en boîte de conserve. Mais le pipi-caca-zizi demeure une valeur sûre, qui ne se démode pas. Tout ce qui concerne l'exhibition du corps humain a toujours la bonne cote. Michel Journiac fabriquait des boudins avec son propre sang et aujourd'hui Von Hagens a d'autant plus de succès avec ses cadavres plastifiés qu'il se susurre que la matière première lui a été fournie par la dictature chinoise.
«La transgression est devenue difficile car la liberté est quasi totale.» Au point de rendre inaccessible le Graal de tout provocateur: décrocher la divine censure qui permet de décupler sa notoriété tout en se faisant passer pour une victime du combat pour la liberté. L'on ne peut plus guère compter que sur quelques débris d'intégrisme et quelques juges étourdis pour y parvenir.(...) Il convient donc de s'assurer du répondant du provoqué. (...)
Les bons provocateurs savent que l'effet dépend du choix des cibles. Ce qui marche le mieux? La profanation. S'attaquer aux vrais héros, aux vrais sacrés, aux oeuvres véritables. Ecrire que Jean Moulin était un agent soviétique et un agent américain a valu quelques coups de projecteur à Thierry Wolton et Jacques Baynac. Nier l'existence des chambres à gaz produit toujours un effet garanti, comme vient de le comprendre Dieudonné. Ce parasitisme - l'important n'étant pas l'acte provocateur mais ce qu'il provoque - a trouvé son épanouissement dans l'art. Rééditer indéfiniment le coup de génie de Marcel Duchamp exposant un urinoir en 1917 ne produit plus aucun effet: l'on fait mieux réagir en se parachutant au coeur d'une oeuvre consacrée. Les colonnes de Buren, qui n'auraient guère fait parler d'elles dans la cour d'un lycée de province, ont connu la célébrité en s'imposant dans l'espace vide voulu par Lemercier, l'architecte de Richelieu. Et aurait-on autant parlé des jouets géants de Jeff Koons s'ils avaient animé une quinzaine commerciale plutôt que se voir offrir le château de Versailles? Il faut toujours plus grand parce que, dans ce domaine aussi, le rendement de la provocation décroît, comme le souligne le collectionneur Michel David-Weill regrettant cette recherche du «choc»: «Ces rapprochements rabaissent l'art moderne. Si on ne peut le montrer séparément, c'est qu'on n'y croit pas.»
L'obsolescence menace donc les provocateurs, mais aussi l'esprit de sérieux. La provocation subventionnée s'installe comme le nouvel académisme, mais gare à ceux qui ne la respectent pas! Un farceur - ou un vrai provocateur -, Pierre Pinoncelli, est allé pisser dans l'urinoir de Marcel Duchamp exposé à Beaubourg, avant de l'ébrécher à coups de marteau. Il a dû se dénoncer, personne n'ayant remarqué sa provoc qui lui valut trois mois de prison avec sursis et 214 000 Euros d'amende. «Duchamp lui-même m'y a encouragé. L'institution a fait de son urinoir le veau d'or de l'art contemporain. C'est une déviation totale de l'esprit dada. J'ai voulu inverser le processus du ready-made en rendant à l'oeuvre d'art son statut de pissotière!» Même émoi considérable quand une jeune femme a posé d'un baiser une marque de rouge à lèvre sur la toile toute blanche de 3 m sur 2 du peintre Twombly. L'artiste a déprimé, le propriétaire a hurlé au «viol de l'intégrité de l'oeuvre» et l'iconoclaste a été condamné à des dommages et intérêts et à cent heures de travaux d'intérêt général. Les provocateurs sont des gens sensibles.

Murakami, royal manga

Libération - 14 septembre 2010 - Henri-François Debailleux
Pour la troisième année consécutive, l'exposition d'un artiste contemporain au château de Versailles constitue le premier grand événement de la rentrée artistique. Après Jeff Koons en 2008 et Xavier Veilhan en 2009, voilà donc Takashi Murakami (né en 1962 à Tokyo, au Japon), le troisième artiste soutenu par François Pinault et le second (avec Veilhan) de la galerie Emmanuel Perrotin (Koons travaille, lui, avec la galerie Jérôme et Emmanuelle de Noirmont).
Murakami investit le lieu, selon le principe d'alternance, un artiste étranger/un français, voulu par Jean-Jacques Aillagon, l'initiateur de ces manifestations et président de Versailles, et par Laurent Le Bon, le commissaire, par ailleurs directeur du centre Pompidou-Metz. On parle beaucoup de Bernar Venet pour l'an prochain.
Si Veilhan avait pris le parti d'une certaine discrétion, Murakami, comme Jeff Koons d'ailleurs, a choisi le côté spectaculaire. Et dans ce registre, il n'y va pas avec le dos de la cuiller en or et joue à fond la carte du kitsch. On s'en rend compte dès Tongari-Kun installée au début du parcours dans le salon d'Hercule : un personnage polychrome à tête noire de 7 mètres de haut sur 3,5 mètres de large (...).
On se retrouve dans une sorte de Murakamiland qui, à travers 22 oeuvres (...), donne une bonne idée de l'univers de l'artiste, directement inspiré par les mangas.«C'est en effet par ce biais que je suis arrivé dans l'art, précise Murakami. Quand j'étais étudiant, je voulais faire des mangas, comme tous les grands créateurs à cette époque-là. Mais comme je n'avais pas suffisamment de talent, j'ai décidé d'étudier des thèmes et techniques plus classiques. Et ce n'est qu'une fois devenu artiste que j'ai pu revenir aux mangas en travaillant à partir d'eux. Il ne faut pas oublier qu'après la Seconde Guerre mondiale, qu'il a perdue, le Japon était complètement dévasté. On a alors cherché à mettre au point des moyens d'expression faciles à lire et c'est ainsi que le manga est apparu et s'est popularisé.»
(...) Au fond, si le kitsch de Versailles est basé sur l'histoire, celui de Murakami, lui, ne l'est pas. C'est là où le bât blesse (...) Reste que Murakami met du doré un peu partout, ad nauseam. Et que lorsqu'on le lui fait remarquer, il ne se démonte pas : «Je crois que c'est un monument auquel l'or va bien. A la limite, j'aurais peut-être dû en apporter davantage.»

Comment construire une carrière internationale d'artiste en vue, indépendamment du talent artistique ?

La fabrique d'artistes branchés

Marianne - 3 avril 2010 - Vincent Huguet
Comment devenir un artiste en vue ? Une enquête décapante, " Grands et petits secrets du monde de l'art ", livre le mode d'emploi pour le succès... qui reste bien éphémère, tant le milieu de l'art peut vite juger " ringard " ce qui était branché...
La légende veut que les grands collectionneurs aient un " oeil ", une faculté à comprendre avant tout le monde qui sera le futur Picasso. Pourtant, à l'heure du marché de l'art mondialisé, des records toujours plus fous dans les ventes aux enchères, il semble que cette vision romantique ait vécu. C'est ce que montre avec talent l'enquête menée par deux journalistes, Catherine Lamour et Danièle Granet, qui entendent révéler les " grands et petits secrets du monde de l'art ". C'est parce qu'elles ne sont pas des spécialistes de la question que leur enquête fait mouche : des allées ombragées de la Biennale de Venise à la Foire de Bâle, des ventes new-yorkaises à celle de Shanghai, elles ont bourlingué sur les chemins du nouveau monde de l'art, poussant les portes fermées et posant les questions qui dérangent. A les lire, on regarde d'un autre oeil le ballet des artistes qui montent ou dégringolent la montagne de la célébrité. Tout n'est pas question de talent dans la réussite d'un artiste, ou du moins pas seulement de talent artistique... Un " artiste tendance ", ça se fabrique ? Oui, répondent-elles, mais, pour y parvenir, il faut connaître sur le bout des doigts les arcanes d'un jeu qui évolue sans cesse et dont voici trois règles d'or.
Premier commandement : " Ta galerie avec soin tu choisiras. " Tel est le b.a.-ba que l'on devrait enseigner en priorité dans les écoles d'art. Quel que soit le talent ou l'inventivité d'un artiste, jeune ou moins jeune, il a très peu de chances de percer s'il n'est pas défendu par une galerie dynamique et en vue sur le marché de l'art.(...) Un artiste qui réussit " a comme une constellation qui le soutient autour de lui, composée de marchands, collectionneurs, de certains musées, de revues ", résume Fabrice Hergott, directeur du Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Une " constellation ", c'est le seul moyen de produire ce qu'ailleurs on nomme un " buzz ", ce vilain mot qui semble aujourd'hui imposer partout sa tyrannie, mais que le monde de l'art pratique depuis longtemps.
Deuxième commandement : " Les collectionneurs tu séduiras. " Si ce n'est pas facile d'entrer dans une bonne galerie, ce n'est, en plus, pas suffisant. Car, une fois exposé à Bâle ou à Miami, l'artiste qui veut réussir doit être repéré par les bons collectionneurs, et si possible les plus grands. (...) Pour un jeune artiste, entrer dans la collection de l'une des figures les plus regardées du monde de l'art est l'assurance d'une ascension immédiate. Ainsi du jeune artiste français Adel Abdessemed, dont la cote est montée vertigineusement quand François Pinault a commencé à acquérir et à montrer certaines vidéos. (...)
Troisième commandement : " Un réseau solide tu tisseras. " Au royaume de l'arbitraire et de l'argent roi, l'artiste qui veut être dans le vent est condamné à frapper à toutes les portes. Présent à tous les vernissages de grands musées ou de petits centres d'art, il doit faire les yeux doux aux conservateurs et commissaires d'exposition, qui se souviendront peut-être de lui pour leur prochain accrochage. La palme, c'est une exposition monographique doublée de la publication d'un catalogue, même dans un lieu peu connu, car collectionneurs, institutionnels et journalistes voyagent beaucoup, à la recherche de nouvelles pousses qui pourraient devenir grandes. La carrière d'un artiste peut très bien démarrer au Centre rhénan d'art contemporain d'Altkirch, par exemple, que visite avec plaisir le gotha de l'art rassemblé à Bâle au mois de juin. Mais être remarqué ne suffit pas, il faut une conjonction particulière pour que la mayonnaise prenne : des expositions, un marché dynamique et, bien sûr, le rôle démultiplicateur de la presse. Faire la couverture d'un mensuel spécialisé dans l'art au moment de la Fiac peut être, pour un jeune artiste, encore plus bénéfique qu'une exposition, même de qualité, dans un musée de Madrid. Et susciter l'engouement d'un critique influent est susceptible de provoquer un effet boule de neige décisif. Rien n'est à négliger donc, et surtout pas la dimension internationale du marché de l'art.

Le marché et les collectionneurs d'art contemporain

Damien Hirst, roi de la planète art

Le Figaro - 16 octobre 2008 - Valérie Duponchelle
L'artiste britannique arrive en tête de la liste, établie par la prestigieuse revue « ArtReview », des cent personnalités les plus influentes du monde de l'art. (…) Né en 1965 à Bristol, Damien Hirst est l'artiste roi de la Cool Britannia, le chef de file de la YBA Generation (Young British Artists), l'esprit fort qui a mené de main de maître sa carrière, sa cote, son studio et ses cent vingt assistants, bref ses affaires florissantes, en bon disciple de l'économie de marché. (...) La France arrive en 8e position grâce à François Pinault, collectionneur et propriétaire de Christie's, société qui n'est pas cotée en Bourse comme l'est Sotheby's, qui (...) devance Jasper Johns (n° 9), dernier des géants de l'art postwar américain, son cher artiste Jeff Koons, dont il a financé l'exposition à Versailles (n° 11), et Richard Prince (n° 19), l'artiste star de la subversion américaine. (...) Son rival de toujours, Bernard Arnault, n'arrive qu'en 32e position, bien que son navire LVMH ait été le mécène des grandes expositions Anselm Kiefer, Richard Serra et « Picasso et ses maîtres » au Grand Palais et que Paris attende sa Fondation Louis Vuitton au jardin d'Acclimatation. (...) Les marchés émergents font leur apparition dans cette « Power List » : le cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyan, des Émirats arabes unis, synonyme du Louvre Abu Dhabi et autres Guggenheim des sables (no 30) ; Viktor Pinchuk, le collectionneur ukrainien (...) ; et Cai Guo-Qiang, l'artiste chinois (...).

Qui achète l'art contemporain

Marianne - 31 mai 2008 - Vincent Huguet
C'est la plus grande foire d'art moderne et contemporain au monde. L'Art Basel, ce sont les «jeux Olympiques du monde de l'art» selon le New York Times, la Mecque des collectionneurs, l'événement annuel pour lequel les musées adaptent leur calendrier. (...) Critiques d'art, marchands, artistes et collectionneurs du monde entier sont alors sur les bords du Rhin. Les immenses halls d'exposition ont accueilli l'an dernier près de 55 000 visiteurs en cinq jours et recevront cène année 300 galeries triées sur le volet, avec plus de 2 000 artistes représentés.
(...) Côté français, on parlera surtout de Bernard Arnault et de François Pinault, qui ne manquent pas d'y être ou d'y envoyer leurs conseillers, et les marchands savent qu'ils peuvent compter sur un solide réseau de collectionneurs americains, russes, asiatiques avec lesquels les prix se discutent en centaines de milliers voire en millions de dollars... (...) Ces très très grands collectionneurs qui parcourent le monde, de foire en biennale, pour acquérir des oeuvres qui rejoignent souvent de vastes réserves sans même passer par chez eux sont évidemment une réalité qui fait les grandes heures du marché de l'art et émeut les gazettes par les sommes vertigineuses qu'atteignent certaines pièces. Mais, même à Bâle, ces grands arbres ne cachent pas tout à fait la forêt des autres collectionneurs, ceux qui ne viennent pas en jet, ne descendent pas dans les grands hôtels mais veulent voir aussi cet immense musée éphémère. On ne les remarque pas sur les stands. Pourtant ils achètent aussi ou repèrent des artistes qu'ils acquerront peut-être un jour. Car l'art contemporain est loin d'être le fief des seuls milliardaires.
Ils sont médecins, avocats, directeurs de moyenne ou petite entreprise, parfois même enseignants ou simples employés. Leur budget peut osciller entre 500 et 10 000 Euros et ce sont eux aussi qui font vivre les galeries. Us trouvent souvent leur bonheur dans les foires «off» qui ont fleuri à Bâle - Listl, Volta, Scope et cette année Bâlelatina - et se sont développées aussi à Paris autour de la Fiac et à Londres autour de la Frieze. Ces foires aux dimensions plus modestes accueillent des galeries qui n'ont pas accès au saint des saints. Elles présentent des artistes plus jeunes ou moins connus dont les prix sont plus abordables.

Pour aller plus loin

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