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Catastrophisme éclairé ou politique de la peur ? La sur-médiatisation des risques et prévisions de catastrophes naturelles, écologiques et environnementales

Répertoire structuré et référencé d'extraits d'articles de presse consacrés à :

Un diagnostic écoologique et environnemental basé sur des faits réels, mais dramatisé à l'excès, sur les risques écologiques et environnementaux, présents ou futurs

analyse L'exagération à outrance - ne prenant pas en compte la capacité de l'homme à trouver des solutions - sur la situation actuelle et les risques écologiques réels

L'état de l'environnement en France reste préoccupant

Le Monde - 5 juin 2010 - Gaëlle Dupont
Certaines évolutions sont positives. La qualité de l'air dans les villes s'améliore globalement, principalement grâce aux progrès technologiques des véhicules. Les émissions de gaz à effet de serre sont également en baisse.[...] Autre tendance assez favorable, la stabilisation des taux de nitrates dans les eaux superficielles.[...] Côté négatif, des tendances préoccupantes perdurent. La pollution des sols (plomb, cuivre) et celle des eaux souterraines (nitrates, pesticides) s'aggravent. La biodiversité est en crise, malgré l'accroissement des surfaces protégées.

L'humanité engloutit l'équivalent d'une planète et demie

Le Monde - 13 octobre 2010 - lemonde.fr
Selon le rapport "Planète vivante 2010" de l'organisation écologiste WWF,[...] l'humanité utilise désormais "l'équivalent d'une planète et demie" pour subvenir à ses besoins, principalement en raison de la "surconsommation" des pays les plus riches. L'empreinte écologique de l'humanité, c'est-à-dire la surface de terre et le volume d'eau requis pour produire les ressources renouvelables utilisés par la population sur une année, a doublé depuis 1966, ajoute l'organisation. Si rien ne change dans nos modes de consommation, l'humanité aura besoin de "deux planètes par an" en 2030, s'alarme le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Le WWF souligne le rôle prépondérant des pays les plus riches dans cette évolution en relevant que, toujours sur les données de 2007, les pays membres de l'OCDE, dont font partie les économies les plus riches au monde, "représentaient 37 % de l'empreinte écologique de l'humanité". "Si chaque habitant de la planète vivait comme un habitant moyen des Etats-Unis ou des Emirats arabes unis, il faudrait une biocapacité équivalente à plus de 4,5 planètes pour répondre à la consommation de l'humanité et absorber les émissions de CO2", souligne le texte. "Par contre, si tout le monde vivait comme le citoyen indien moyen, l'humanité n'utiliserait même pas la moitié de la biocapacité de la planète", ajoute-t-il.
Les Emirats arabes unis, le Qatar, le Danemark, la Belgique, les Etats-Unis, l'Estonie, le Canada, l'Australie, le Koweït et l'Irlande sont les pays à la plus forte empreinte écologique, ajoute l'organisation. "La surconsommation du Nord se fait à crédit sur les ressources du Sud", souligne le WWF, dont le rapport relève également qu'"un déclin de la biodiversité est plus élevé dans les pays à faibles revenus".
Le rapport du WWF fait état d'une diminution globale de la biodiversité de 30 % entre 1970 et 2007. Dans les zones tropicales, cette diminution atteint 60 %.

Salvano Briceno : L'homme transforme l'aléa naturel en catastrophe

Le Monde - 27 août 2010 - Salvano Briceno (directeur de la Stratégie internationale pour la réduction des catastrophes des Nations Unies), propos recueillis par Grégoire Allix
Villes et villages se vident dans la vallée de l'Indus. Des centaines de milliers de Pakistanais continuent de fuir les inondations qui ont déjà fait 1 500 morts depuis un mois. Au Pakistan comme en Russie, en Chine ou en Inde, les catastrophes naturelles ont rendu l'été meurtrier. Mais sont-elles si naturelles ? Plus que le climat ou l'environnement, "c'est l'intervention de l'homme qui crée la catastrophe", estime le Vénézuélien Salvano Briceno, qui dirige à Genève la Stratégie internationale de réduction des catastrophes des Nations unies.
"Au Pakistan comme ailleurs, on ne tient pas compte des risques naturels, vus à tort comme inévitables. On a permis aux gens de s'installer sur les bords des fleuves, dans les plaines d'inondation. Des endroits où les risques étaient pourtant bien connus. C'est la principale cause de la catastrophe. Ce n'est pas l'aléa naturel qui tue les gens. Si la plupart des victimes sont mortes dans le nord, c'est parce que la guerre avait rendu la région vulnérable et fait de nombreux déplacés."
"L'aménagement du territoire et la politique de construction portent une responsabilité essentielle dans la fabrication des catastrophes. Elles ne sont pas naturelles. C'est l'action de l'homme qui transforme l'aléa naturel en désastre."
"En Russie, la mauvaise gestion des forêts a été une des causes principales des incendies qui ont ravagé le pays. En Chine, la croissance urbaine incontrôlée et la déforestation favorisent les glissements de terrain. En Haïti, le 12 janvier, les habitants de Port-au-Prince ont été tués par leur pauvreté, pas par le tremblement de terre. Un mois plus tard, un séisme équivalent a frappé le Chili, avec infiniment moins de morts. La différence, c'est la misère, l'urbanisation des terrains à risque, l'absence de normes de construction. Chaque année, un même ouragan fait des ravages mortels à Haïti mais aucune victime à Cuba ou en République dominicaine."

La "fin du pétrole", oui... mais après-demain

Le Monde - 24 septembre 2011 - Jean-Michel Bezat
Ils étudient les courbes de production, compilent la littérature existante, échangent sur Internet, tiennent occasionnellement congrès... On les appelle les adeptes du "peak oil", ce moment historique où la production pétrolière atteindra un pic avant de décliner, inexorablement. La date du basculement - 2006, 2012 ou 2020 - fait débat, même en leur sein. Ils sont encensés ou moqués, c'est selon. Mais qu'importe ! L'or noir est une ressource limitée, et ces oiseaux de mauvais augure (pour les pétroliers) finiront par avoir raison. Quand ? C'est là toute la question.
Et voilà que, dans ce concert où ces géologues mêlent leurs calculs pessimistes aux sombres prophéties des écologistes, la voix des pétroliers se fait de nouveau entendre. Plus forte médiatiquement - sinon plus convaincante - que celle de leurs détracteurs. [...]
Le pic pétrolier "n'est pas encore en vue", conclut l'article. Il n'en fallait pas plus pour enflammer la blogosphère. L'auteur de ce péché contre le bon sens ? Daniel Yergin, patron d'IHS Cambridge Energy Research Associates (IHS CERA), considéré par certains comme un des meilleurs gourous du secteur de l'énergie. M. Yergin, qui vient de publier The Quest : Energy, Security and the Remaking of the Modern World (Penguin Press), est un incorrigible optimiste, persuadé que l'on peut retarder longtemps encore la fermeture du dernier puits. [...]
L'histoire du "peak oil" est aussi vieille que celle du pétrole, dit-il. Quelques années après les premières découvertes en Pennsylvanie par Edwin L. Drake (1859), certains affirmaient déjà qu'il n'y en avait pas au-delà du Mississippi. Et puis vint la ruée vers l'or noir du Texas et de Californie. La fausse prophétie s'est répétée au XXe siècle, après les deux guerres mondiales. M. Yergin s'appuie sur ces erreurs pour ruiner la thèse des tenants du "peak oil". L'argument est court au regard de la déplétion - réelle et accélérée - des champs géants saoudiens, irakiens ou mexicains.
Le terrain est d'autant plus mouvant que les réserves déclarées par les grands producteurs comme ceux du golfe Persique n'ont fait l'objet d'aucune estimation contradictoire. Les adeptes d'un "pic" imminent ont parfois visé juste. En 1956, Marion King Hubbert avait prévu que la production américaine l'atteindrait en 1970. Ce qui s'est vérifié, propulsant le géologue de Shell au rang de "prophète" pour les membres de l'Association pour l'étude du pic pétrolier (ASPO) - chantres de la fin prochaine du pétrole.
Mais M. Hubbert s'est aussi trompé. Avec 5,5 millions de barils par jour, la production américaine actuelle est "3,5 fois supérieure à ce qu'Hubbert avait estimé en 1971", relève M. Yergin. Et elle ne décroît plus depuis 2008. La cause de cette erreur, dit-il, se niche dans les limites de la "vision du monde" de M. Hubbert et de ses épigones. M. Yergin affirme qu'elle était "très statique" et qu'il n'y entrait ni considérations économiques ni prise en compte des progrès techniques. Or des prix élevés stimulent l'innovation et encouragent l'exploration de nouvelles voies pour accroître l'offre. Un exemple parmi d'autres : la pose de capteurs numériques dans les gisements. Elle permettrait d'améliorer le taux de récupération dans des proportions équivalentes aux réserves de l'Irak (125 milliards de barils). Des miracles relevant plutôt du mirage, grincent les vieux briscards de l'exploration.
Environ 1 000 milliards de barils ont été pompés depuis le début de l'ère du pétrole, il y a cent cinquante ans. Selon M. Yergin, il en reste 5 000 autres, dont 1 400 milliards récupérables dans les conditions économiques et techniques actuelles. Sans doute davantage demain. Aussi affirme-t-il que la production augmentera dans les prochaines décennies avant d'atteindre un "plateau" au milieu du siècle puis de décliner graduellement.
Un tel optimisme repose sur plusieurs facteurs : une amélioration de l'efficacité énergétique permettant de produire plus de biens et de services avec moins d'énergie ; des gisements offshore, parfois enfouis à de grandes profondeurs, que les progrès de l'exploration sismique permettent d'identifier sous leur couche de sel (Brésil, Afrique de l'Ouest), les promesses d'un Irak inexploré pendant trente ans de guerres, les ressources de l'Arctique si l'on ose mettre en péril son écosystème fragile.
A cela s'ajoutent les énormes réserves de pétroles "non conventionnels" (sables bitumineux, pétrole piégé dans la roche, huiles extra-lourdes...). Un fait récent est passé inaperçu : l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a finalement comptabilisé les huiles extra-lourdes du bassin de l'Orénoque dans les réserves "prouvées et probables" du Venezuela, qui rafle ainsi la première place à l'Arabie saoudite. Tout un symbole.
Certains tenants du "peak oil" reconnaissent que l'addition de ces ressources peut repousser la fatale échéance. "Nous ne manquons pas de pétrole", a reconnu Jan Lars Mueller, directeur de l'ASPO-USA, en réponse à M. Yergin. Mais il n'existe sans doute pas de nouvelle "Arabie" et les grandes compagnies vont jeter leurs dernières forces dans la bataille. L'ère du pétrole de haute qualité, bon marché, aisé à extraire et facile à raffiner est révolue, rappelle M. Mueller. Il faudra plus d'investissement et plus d'énergie pour extraire des matières premières énergétiques vendues toujours plus cher. Les pétroliers devront relever d'autres défis techniques, prendre d'autres risques - politiques et financiers. Et ce sursis qu'ils s'accordent ne fera que rendre plus difficile la résolution de l'équation climatique.

Une communication basée sur l'émotion, le sensationnalisme, et des prévisions parfois trop alarmistes voire apocalyptiques

analyse Une tendance à la dénonciation d'un bouc-émissaire, à l'indignation excessive, et à sombrer dans l'émotif et le larmoyant.

Home, le documentaire de tous les records

Le Figaro - 10 novembre 2009 - Léna Lutaud
Selon les données de son distributeur, Luc Besson, Home, le documentaire de Yann Arthus-Bertrand, a été vu par plus de 110 millions de personnes dans 130 pays depuis sa sortie mondiale, le 5 juin dernier. Présenté en même temps à la télévision, au cinéma, en DVD, il était également diffusé sur Internet et sur écran géant, en plein air, au milieu de Central Park, à New York, comme sous la tour Eiffel, à Paris. Mais finalement, le film a surtout été regardé sur le petit écran (82 % des spectateurs). Et la moitié de l'audimat a été réalisée au Brésil, où 40 millions de téléspectateurs ont vu le film sur TV Globo, le TF1 local.[...] En comparaison, le score de quatre millions de spectateurs aux États-Unis est très décevant. Malgré les efforts de Luc Besson et de Yann Arthus Bertrand, le film n'a trouvé preneur que sur National Geographic.
En fait, Home a bien marché dans les pays où il a été diffusé sur les grandes chaînes généralistes, comme al-Jazira au Moyen-Orient et ­France 2 en France (8,5 millions de spectateurs).
Face à un tel raz-de-marée, d'aucuns se sont émus d'une sortie aussi médiatique à quarante-huit heures des élections européennes. Selon plusieurs candidats déçus par les résultats, le film aurait contribué au bon score enregistré par la liste Europe Ecologie emmenée par Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly.
Après ce succès mondial, en tout cas, Yann Arthus-Bertrand a annoncé qu'il y aura un Home 2. Le premier opus avait bénéficié d'un budget de 12 millions d'euros, dont 10 financés par le groupe PPR. Une somme à laquelle il faut ajouter les 3 millions d'euros d'espace publicitaire offert par EuropaCorp, le studio côté en Bourse de Luc Besson.

analyse Pour justifier le budget donné par un sponsor, il faut que les spectateurs soient au rendez-vous. Pour que les spectateurs soient au rendez-vous, il faut du spectacle, de la sensation, de l'émotion, des pleurs. Au quitte de perdre en objectivité ou de tomber dans le voyeurisme.

La marée noire s'estompe, la polémique persiste

Le Monde - 5 août 2010 - Pierre Le Hir
Les trois quarts du pétrole répandu en mer à la suite de l'explosion, le 20 avril, de la plate-forme Deepwater Horizon, auraient été éliminés (par évaporation, dissolution, dispersion, récupération ou brûlage), a indiqué, mercredi 4 août, Carol Browner, conseillère de la Maison Blanche pour l'énergie et le climat. "Les scientifiques nous disent qu'environ 25 % du brut n'a pas été récupéré, ne s'est pas évaporé ou n'a pas été pris en charge par Mère Nature", a-t-elle déclaré. Cette affirmation se fonde sur les conclusions d'un rapport, publié le même jour, de l'Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA). Selon ce document, 26 % seulement du pétrole échappé du puits seraient encore présents dans l'océan ou auraient échoué sur les côtes.
Lundi 2 août, les autorités américaines avaient évalué à 780 millions de litres (avec une marge d'erreur de 10 %) la quantité totale de brut qui s'est déversée dans le golfe du Mexique avant que BP ne parvienne, le 15 juillet, à stopper l'écoulement grâce à un "entonnoir" placé au-dessus de la tête de puits. Et estimé à 127 millions de litres le volume de brut éliminé par les opérations de dépollution.
Selon le rapport de la NOAA, environ 17 % du pétrole ont été captés en sortie de puits (par le tuyau introduit dans celui-ci quelques jours après la catastrophe et par les entonnoirs successifs), tandis que 3 % ont été récupérés par l'armada de plus de 5 000 navires écumeurs déployés par le groupe pétrolier. Un quart de l'huile s'est évaporé ou a été dissous, 16 % se sont dispersés naturellement, 5 % ont été brûlés et les derniers 8 % dispersés par des produits chimiques.
Ce qui expliquerait pourquoi la plus gigantesque marée noire - en volume - de l'histoire peut sembler s'être volatilisée. Même si les centaines de kilomètres de côte souillées par des boulettes d'hydrocarbures et les milliers d'oiseaux mazoutés en portent bel et bien la trace.
"Il n'y a absolument aucune preuve qu'il y ait une concentration significative de brut que nous n'ayons pas pris en compte", assure Jane Lubchenco, chef de la NOAA. Pour autant, même si la majeure partie du pétrole a été evacuée ou a disparu naturellement, le danger n'est pas écarté. "Je pense que nous ne connaissons pas encore l'impact complet de cet écoulement sur l'écosystème ou sur les habitants du golfe", ajoute Mme Lubchenco. Les conséquences sur la faune et la flore marines, prévient-elle, pourraient se faire sentir "pendant des années et peut-être des décennies". A court terme, l'une des inconnues est l'effet de la pollution sur les oeufs et les larves de la faune marine, poissons, crabes ou crevettes.

Des mesures et erreurs politiques aux résultats écologiques et économiques désastreux, prises sous la pression de l'anxiété et de l'émotion publique, plutôt que sur une véritable analyse rigoureuse du problème

analyse La peur est mauvaise conseillère. Elle ne permet pas la sérennité nécessaire à la prise de décisions pragmatiques, efficaces et pertinentes sur le long terme.

Les biocarburants polluent aussi

Le Monde - 23 avril 2007 - Stéphane Lauer
Les biocarburants, souvent présentés comme LA solution pour lutter contre le réchauffement climatique, pourraient ne pas être la panacée imaginée par certains. Un spécialiste des sciences atmosphériques de l'université de Stanford, en Californie, Mark Jacobson, s'est ainsi livré à des projections pour savoir quel pourrait être l'impact atmosphérique d'une généralisation des biocarburants à l'horizon 2020. Si l'ensemble du parc automobile des Etats-Unis était converti à l'éthanol (c'est-à-dire de l'alcool distillé à partir de plantes), le nombre de décès liés à la pollution augmenterait de 4 % environ, selon cette étude parue dans la dernière édition de la revue Environnemental Science & Technology.

L'engouement pour les agrocarburants n'est plus ce qu'il était

L'Express - 9 avril 2010 - Catherine Gouëset
Parés de toutes les vertus il y a quelques années, les agrocarburants sont aujourd'hui accusés d'affamer la planète et d'encourager la déforestation. Et leur bilan environnemental ne serait pas si "vert" qu'on a bien voulu le dire, comme le concède un rapport... récemment retiré par l'Ademe de son site Web. Comment en est-on arrivé là?

...plus d'informations sur les dégats causés par des décisions politiques irresponsables en faveur des agrocarburants

Le risque antidémocratique du catastrophisme : la tentation dictatoriale et extrémiste de l'écologisme politique

analyse Le risque anti-démocratique du catastrophisme en écologie est réel. Il se veut indiscutable et relève plus de la prophétie et de l'incantation que de l'argumentation et de la démonstration scientifique. Il reste dans l'indignation de posture plus que dans le dialogue constructif et de la recherche de solutions pragmatiques. La dérive extrémiste est le risque ultime de cette position de donneur de leçon dogmatique prophétisant des prédictions apocalyptiques

Les controverses du progrès - Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie politique

Libération - 29 octobre 2010 - Pascal Bruckner (romancier, essayiste), Yves Cochet (député vert), débat animé par Max Armanet
Pascal Bruckner : "L’écologie est devenue l’idéologie dominante, nous avons une vision négative du genre humain et vivons sous l’épée de Damoclès d’un désastre imminent. Il y a une crise du progrès, ce n’est plus l’expansion, la joie de vivre mais l’obsession de la survie et de la longévité. Depuis un siècle, la question que se sont posé nos sociétés est «qui est mon ennemi ?» Les marxistes ont répondu le capitalisme. Les tiers-mondistes ont désigné l’occident impérialiste. L’écologie politique a apporté une réponse tout à fait nouvelle : l’homme serait coupable par nature, il doit se racheter. C’est un retour au péché originel. La notion d’empreinte carbone que vous employez me dérange, elle induit qu’en vivant, en respirant, nous laissons une marque nuisible sur la terre. Ce pessimisme culturel me rappelle les hérésies millénaristes qui ont émaillé l’histoire du christianisme."
[...] "L’idéologie politique n’emprunte pas toujours les voies de la raison. Je pense à toutes ces images de catastrophes naturelles diffusées à la télévision pour étayer la thèse du réchauffement climatique : la banquise qui s’effondre, la désertification… J’entends les médecins moliéresques du Malade imaginaire crier au poumon, aujourd’hui c’est le réchauffement climatique. Sans nier le réchauffement, je me demande ce qui justifie une telle rhétorique de la peur. Hans Jonas l’a théorisé dans son ouvrage le Principe de responsabilité, bible des Verts allemands. La peur aurait un effet heuristique et c’est uniquement par ce biais qu’on peut amener le peuple à la conscience. Il ajoute que la fête industrielle commencée au XVIIe siècle est terminée et qu’il va falloir par tous les moyens, même non démocratiques, forcer l’humanité à rentrer dans l’air de la sobriété. Cette philosophie me pose problème parce qu’elle supprime toute distance entre le possible et le réel. L’hypothèse devient plus vraie que la réalité. On le voit bien avec les films catastrophes, si prisés parce que permettant d’imaginer un malheur sans le vivre vraiment. Cette jouissance est manipulée par les politiques. Chirac a prononcé en 2002 ces paroles «la terre brûle et nous regardons ailleurs» mais sommes-nous si sûrs que la terre brûle ?"
[...] "Je me méfie des promesses politiques annonçant un monde meilleur. Nous venons de vivre une année de psychodrame tournée autour des sciences du climat et, en tant qu’observateur, je m’étonne qu’il n’y ait pas d’accord unanime au sein du Giec, organe plus politique que scientifique. Je ne comprends pas non plus cet acharnement contre Claude Allègre. Si son propos n’est pas scientifique il faut le traiter de manière dérisoire mais, si c’est une question sensible, pourquoi le priver d’espace médiatique ? Le réchauffement climatique est indéniable mais est-il d’origine humaine, solaire, géologique ou océanique ? La meilleure attitude est de s’y adapter plutôt que de vouloir refroidir la planète de manière artificielle."
[...] "Il y a tout de même une artillerie médiatique continue qui nous explique que le monde est suspendu à l’imminence d’un grand malheur et lorsqu’on en demande la preuve, on nous répond par une probabilité. Le discours catastrophique gagne à tous les coups. Si la catastrophe arrive, les prophètes auront eu raison, sinon, ils diront que le pire a été évité grâce à eux. La question est de savoir si la peur est un bon pédagogue. Il y a la peur qui divise et celle qui effraie, infantilise et nous oblige à trouver refuge entre les mains d’un tyran ou des experts. L’annonce répétée d’une situation pire que celle que nous vivons me rappelle les discours antiterroristes des pouvoirs publics. A la veille de l’invasion en Irak, sur les preuves de l’existence d’armes de destruction massive, George Bush a eu cette réponse génialement casuistique : «L’absence de preuve n’est pas la preuve d’une absence.» C’est un expert dans la fabrication médiatique de la terreur citoyenne. Nous sommes conscients des dangers écologiques qui nous guettent mais la peur d’un futur éventuel nous prive des moyens pour résoudre les défis actuels."

L'écologie est-elle le nouveau marxisme-léninisme ?

Marianne - 28 novembre 2009 - Alexis Lacroix
Le catastrophisme succède à l'euphorie, comme la dynamique à la statique. Ce mouvement de balancier se retrouve dans l'écologie politique - ou écologisme - dont le sensationnalisme ne laisse pas de surprendre. Tout se passe comme si, depuis la naissance de ce qu'on a appelé, aux Etats-Unis la deep ecology, l'" écologie profonde ", le malentendu était voué à s'éterniser. La destruction de la prairie américaine par les engins agricoles des fermiers du Midwest aurait ainsi été, selon ces forcenés de l'ordre naturel, la première offense faite à la nature.
Ne rions pas : aujourd'hui encore, l'écologie profonde conditionne à son insu l'ensemble du discours écologique. Combien de citoyens imaginent-ils préserver la planète en fermant le robinet d'eau ? Sans égard pour le fait que le problème de l'eau est son transport, et qu'il est des endroits où elle coule à flots et d'autres où elle manque cruellement. Plus fondamentalement, ces visions d'apocalypse colorent, bien que de façon atténuée, un horizon a priori moins émotionnel - celui de l'écologie politique -, en installant au coeur de son discours les prémices terrifiantes d'un avenir sombre, que seule l'action salvatrice de l'humanité pourrait déjouer.
L'idée que le monde court à sa perte, ce fameux " syndrome du Titanic ", selon le titre du film de Nicolas Hulot, est le symptôme le plus éloquent d'un " nouvel ordre écologique ".[...]
Rarement, depuis que la " fin des grands récits " corrode et anémie toutes les idéologies politiques, une doctrine et un discours aussi cohérents avaient installé au firmament du débat public leur prétention à la fois totalisante et péremptoire.
Prétention totalisante. C'est là la prouesse, équivoque, de l'écologie contemporaine : cette sensibilité aux contours flous, à cheval sur les sciences de la nature et le discours politique, tente une jonction hasardeuse entre la vie quotidienne et le sens du devenir mondial. Elle a reçu aussi, dès les années 50, sa formulation doctrinale, sous la plume du philosophe Günther Anders, le premier mari d'Hannah Arendt devenu le théoricien d'un catastrophisme éclairé avant l'heure et le prophète crépusculaire d'un Hiroshima planétaire.[...] Pour le climatologue André Lebeau, l'auteur de L'enfermement planétaire, il n'y a nul hasard si, comme il s'en alarme, " l'écologie politique tend à se réduire à un certain nombre de slogans et tabous qui permettent d'éviter de penser. Elle a une propension à se réfugier dans des dogmes ".
L'écologie politique, outre qu'elle s'expose au danger de fétichiser la nature, manque en permanence d'abonder des discours qu'un autre philosophe, le Viennois Karl Popper, ennemi acharné du dogmatisme marxiste, désignait comme " infalsifiables ". Qu'il s'agisse, en vrac, du réchauffement climatique, des effets indésirables des téléphones portables et des organismes génétiquement modifiés, ou du débat actuel autour de la décroissance, toute une rhétorique catastrophiste excelle à instiller une frayeur indiscutable en mettant en oeuvre une exploitation de la peur. Ce trait n'a pas échappé à Robert Kandel. Le coauteur de La catastrophe climatique a en horreur les pseudo-sciences qui s'emparent de la peur pour faire passer de sombres prédictions sociales. Le risque climatique est réel, selon lui, et il nous reste peu de temps ; mais les grands problèmes de santé des prochaines décennies (qui affectent déjà des dizaines de millions de personnes) ne seront pas dus au climat. Bien sûr, le réchauffement au XXIe siècle pourrait durement éprouver les capacités d'adaptation de la biosphère naturelle et des sociétés humaines. Mais, suggère cet esprit pondéré, ce n'est pas en lançant chaque jour des appels à sauver la planète qu'on parviendra mieux à s'adapter. L'alerte écologique est déjà à son apogée. Ce n'est pas la peine de renchérir sur la panique [...].
Nul besoin de relire le démontage de la vulgate marxiste-léniniste auquel se livre un dissident comme Czeslaw Milosz dans La pensée captive, pour saisir les analogies entre les visions crépusculaires de certains écologistes et le marxisme-léninisme : il s'agit, pour les unes comme pour l'autre, d'entraver par leur autoritarisme dogmatique le libre jeu de la discussion démocratique. Avec, dans le cas de l'écologie, de possibles arrière-pensées " orwelliennes ", finement relevées par l'économiste Christian Laval, l'auteur de l'Homme économique (Gallimard). " L'écologie seule, séparée de la justice sociale, met-il en garde, pourrait être un prétexte pour une surveillance accrue des comportements - les bons gestes, les bonnes pratiques. "

"Halte au fanatisme écologique !"

Le Figaro Magazine - 1 octobre 2011 - Jean Sévillia
Dans un remarquable essai polémique, Pascal Bruckner s'attaque à la face noire de l'écologie. Sa thèse : à coups de chiffres alarmants, de raisonnements spécieux et de diktats politiques ou moraux, les apôtres de la décroissance, Khmers verts et autres ennemis du genre humain sont parvenus, notamment en Europe, à faire de l'écologie une idéologie globale, totalitaire et régressive. En exclusivité, voici des extraits de ce livre qui fera date.
[...] «La maison terre brûle mais nous regardons ailleurs», dit Jacques Chirac en 2002 au sommet de Johannesburg, invitant les participants à inventer «une nouvelle relation entre l'homme et la nature». Sir Martin Rees, astrophysicien qui occupe la chaire d'Isaac Newton à Cambridge, publie un livre au titre retentissant où il donne à l'humanité une chance sur deux de survivre au XXIe siècle en raison de sa prolifération et de ses inventions maléfiques. Oui, la fin est proche, il faut s'y préparer, toutes affaires cessantes. Il est même trop tard, nous prévient un journaliste anglais : «Qu'ils le murmurent tout bas en public ou le clament haut et fort en privé, les climatologues du monde entier déclarent la même chose: c'est fini. Le délai avant lequel nous aurions pu éviter un réchauffement de la planète supérieur à 2°C est dépassé: à force d'atermoiements, nous avons laissé passer l'occasion de remédier au problème. (...) Même si nous arrivions aujourd'hui à faire passer à zéro les émissions de dioxyde de carbone, sa concentration dans l'atmosphère ne diminuerait que de 40% d'ici à l'an 3003».
Etrange mélange de fatalisme et d'activisme auquel le marxisme nous avait déjà accoutumés, une certaine écologie nous décrit la mort de la planète comme inexorable tout en nous exhortant à la retarder de toutes nos forces. Non seulement nous vivons l'hécatombe des espèces à la vitesse effarante de 50 à 200 par jour, c'est la « sixième extinction » dans le discours officiel, non seulement les récifs coralliens seraient menacés de disparition d'ici à 2050, mais selon des cancérologues et des toxicologues, «la fin de l'humanité devrait arriver même plus rapidement que prévu, vers 2060, par stérilité généralisée du sperme masculin sous l'effet des pesticides et autres POP et CMR (polluants organiques persistants et cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques)». Accélération des dérèglements naturels, hausse des températures, pandémies innombrables, « nous savons tous désormais que nous allons dans le mur» (Serge Latouche).
L'image du bolide fonçant dans le décor est la métaphore la plus usitée dans ce genre de littérature, l'autre étant celle du Titanic, symbole de l'arrogance humaine voguant vers l'iceberg qui va l'envoyer par le fond. Le Titanic ou l'anti-arche de Noé : quand le prophète entend sauver le genre humain du déluge en prélevant un exemplaire de chaque espèce, le paquebot de croisière l'y précipite. La prudence du premier le sauve, le fol orgueil du second l'accable.
«La poursuite de la dynamique de croissance actuelle nous met face à la perspective d'une disparition de la civilisation telle que nous la connaissons, non pas dans des millions d'années ni même dans des millénaires mais d'ici à la fin de ce siècle».
La disparition du meilleur et la persistance du pire : voilà ce que nous vivons. Tandis que la diversité biologique s'éteint, que les glaciers fondent, détritus et sacs plastique prolifèrent. La santé de la planète ? Elle se dégrade irrémédiablement puisque l'empreinte écologique excède de 50 % les capacités de régénération de la terre, c'est-à-dire l'absorption des déchets et la reproduction des ressources.
Miracle des mathématiques : l'humanité vit à crédit sur le dos de la terre et se trouve en état de quasi banqueroute comme nos économies occidentales.
«En 2007, l'humanité a utilisé l'équivalent d'une planète et demie!».
Diable ! Le calcul est étrange mais il frappe l'esprit. Nous voici soumis au régime de la double peine : à la dette colossale accumulée par le Nord et financée par le Sud, incroyable renversement de situation, s'ajoute le solde non moins gigantesque du premier vis-à-vis de la planète. Sous cet angle, les cataclysmes divers ne sont que les rappels un peu brutaux des traites à honorer. «Dans dix ans, nous dit Al Gore, ex-vice-président des USA, auteur du film Une vérité qui dérange (2006), nous ne pourrons plus inverser le processus de dégradation de la planète» et nos civilisations doivent passer du déni à la prise de conscience, faute de quoi elles sombreront dans le désespoir.
Les citations pourraient se multiplier à l'infini tant cette littérature foisonne et se mue en cliché. La litanie des échecs est sans fin. L'écologie est devenue une idéologie globale qui couvre l'intégralité de l'existence, les modes de production autant que les manières de vivre. On y retrouve tous les travers du marxisme appliqués à l'environnement : le scientisme omniprésent, les visions effroyables de la réalité, l'admonestation aux hommes coupables de ne pas comprendre ceux qui leur veulent du bien. Toutes les sottises du bolchevisme, du maoïsme, du trotskisme sont en quelque sorte reformulées au carré, au nom du salut de la planète. Tous ces auteurs, journalistes, politiciens, savants, rivalisent dans l'abominable, se réclament d'une hyperlucidité : eux seuls voient juste quand les autres végètent dans les ténèbres d'où ils se réveilleront un jour, affolés. Eux seuls sont sortis de la caverne de l'ignorance où le troupeau humain piétine, sourd et aveugle aux évidences. [...] «Le temps nous est compté», nous avertissent deux professeurs. Nous vivons nos dernières heures. Le mensuel La Décroissance affirmait par exemple en septembre 2010 : «Les ennemis de la vie ne sont pas seulement parmi les industriels, ce sont ceux qui ne croient pas à la catastrophe.»
Il ne faut donc pas redouter mais croire à la catastrophe comme d'autres croient en Dieu ! Elle n'est pas une question de démonstration mais de foi. Il faudrait tout arrêter, suspendre les activités humaines comme cela se produisit en avril 2010 lors de l'éruption d'un volcan islandais qui bloqua tout le trafic aérien sur l'Atlantique Nord, suscitant la joie des militants environnementaux, ravis de voir les gros porteurs immobilisés sur les tarmacs, les aéroports fermés, les hommes d'affaires et les touristes punis de leurs manies baladeuses en restant coincés à des milliers de kilomètres de leur pays d'origine. Les cendres chaudes de l'explosion accouchèrent des passions tristes de la revanche et du repentir. La question n'est pas de minimiser les dangers qui nous guettent. Elle est de savoir pourquoi tant de têtes pensantes, tant de grandes intelligences chez nos gouvernants, savants et intellectuels se mettent, au nom des meilleures intentions, à raisonner comme les plus basiques scénarios hollywoodiens, Le Jour d'après, Independence Day, 2012 (...)
De deux choses l'une : soit les Lugubres disent vrai, nous courons vers l'abîme et l'unique voie est l'auto-extinction du genre humain, de gré ou de force. Soit les marges de manœuvre existent, nous devons les explorer sans tabous. L'écologie du désastre est d'abord un désastre pour l'écologie : elle use d'une rhétorique si outrancière qu'elle décourage les meilleures volontés.
[...] Si une défense généreuse de l'environnement doit se développer au cours du siècle à venir, elle n'existera que comme servante de l'homme et de la nature dans leur interaction réciproque et non comme avocate ventriloque d'une entité nommée planète. Les amis de la terre ont trop longtemps été les ennemis de l'humanité : il est temps qu'une écologie de l'admiration succède à une écologie de l'accusation.
Sauver le monde, dit-on partout : du capitalisme, de la science, du consumérisme, du matérialisme. Il faut surtout sauver le monde de ses sauveteurs autoproclamés qui brandissent la menace du grand chaos pour imposer leurs pulsions mortifères. Derrière leurs clameurs, il faut entendre la volonté de nous démoraliser pour mieux nous asservir. Il y va du plaisir de vivre ensemble sur cette planète qui nous survivra, quoi que nous fassions pour elle.
Nous avons besoin de défricheurs, d'éveilleurs, pas de rabat-joie déguisés en pythies. Nous avons besoin de nouvelles frontières pour les franchir, pas de nouvelles prisons pour y croupir. L'humanité ne s'émancipera que par le haut.

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