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L'engagement politique écologique, la recherche de l'intérêt général au risque de l'extrémisme


Répertoire structuré d'extraits d'articles de presse consacrés à l'écologie politique et à la dérive populiste écologiste. Nous laisserons volontairement de côté les mesures de bon sens (éviter le gaspillage, etc.), largement partagées par l'ensemble de la classe politique comme par le grand public, pour nous concentrer - par provocation ? par ambition écologique ? - sur les polémiques et aberrations des politiques écologistes. Nous aborderons notamment :

Il faut en effet avoir conscience qu'une approche déshumanisée divinisant la nature serait désastreuse au plan humain, économique, social, politique, géopolitique ...

Le succès mondial du "développement durable" : une valeur devenue universelle grâce à son ambiguité ?

Le développement durable, nouvelle rhétorique universelle

Le Monde - 19 mai 2011 - Marie-Françoise Bechtel (vice-présidente de la Fondation Res Publica)
En ce début du XXIe siècle, le "développement durable" fait florès. Devenu aujourd'hui l'impératif catégorique, au moins la feuille de route, non seulement dans le cadre national pour des pays de plus en plus nombreux – Chine comprise – mais aussi à l'échelle de la communauté des nations, il revient rituellement dans les textes issus de l'ONU. Sa présence est également persistante, dans les medias, le discours d'entreprise, voire l'école… Que penser d'un tel succès ?
Première constatation : c'est une véritable flambée conceptuelle qui impose le "développement durable" dans sa dimension universelle au tournant des années 2000.
Certes, la création du concept remonte à 1987 : à l'initiative de l'ONU une commission consacrée "au développement et à l'environnement" débouche sur le rapport Bruntland. Un débat s'ensuit d'ailleurs quant à l'adjectif le plus approprié à retenir. Finalement ce sera "sustainable" en anglais et "durable" en français à l'exception remarquable du Québec qui préfère la traduction "soutenable". Le débat n'est pas si futile : on le verra par la suite, la sémantique est pour beaucoup dans l'acclimatation générale de ce nouveau concept.
Mais ce sont les sommets de Rio (1992) et surtout de Johannesburg (2002) qui consacrent définitivement "le développement durable". L'Europe adopte alors une "stratégie européenne de développement durable" comportant des objectifs que devraient s'approprier les pays de l'Union. En France, une "stratégie nationale de développement durable" (SNDD) est adoptée en 2010 à la suite du Grenelle de l'environnement, avec des objectifs précis et une batterie d'indicateurs.
Deuxième constatation : ce succès européen est explicable car le lien entre le développement et l'interrogation sur le maintien de ses conditions actuelles est une problématique imposée par la vague verte qui peu à peu s'installe dans le paysage politique de nombreux pays, dont la France. On croit discerner que le "développement durable" veut intégrer cette double dimension dans une synthèse en forme d'espoir pour le futur.
Mais les choses sont loin d'être aussi claires. En même temps, en effet, le développement durable, tout aussi bien dans sa version européenne que dans sa version "onusienne", comporte, à y regarder de près plus de thèmes liés au développement humain qu'à l'environnement. Sur les "neuf défis clés" relevés par le Grenelle de l'environnement, quatre ont trait au second : changement climatique et énergies, biodiversité, production et consommation durables, transport durable. Mais cinq se situent sur un tout autre registre : santé publique, démographie-immigration et inclusion sociale, pauvreté dans le monde, société de la connaissance et gouvernance. Surtout aucun lien n'est fait entre ces derniers objectifs et les objectifs proprement environnementaux.
C'est la troisième constatation : le développement durable se fonde sur une ambiguïté ou, peut-être, une dualité sous l'unité apparente du concept.
Cette dualité apparaît très clairement dans la "SNDD" qui, à la suite du rapport Stiglitz commandé en 2009 par le président de la République définit ainsi le "développement durable" : "Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs."
De même, le sommet de Johannesburg s'exprime ainsi : "Pour assurer le développement durable, il faut améliorer la qualité de vie de l'ensemble de la population mondiale sans accroître l'utilisation des ressources naturelles au-delà de ce que peut supporter la planète."
Faut-il penser qu'il y a là la juxtaposition de deux objectifs souhaitables ? L'espoir qu'à terme ils se rejoindront ? Faut-il plutôt croire que le "développement durable" résout la contradiction entre une éradication de la pauvreté qui ne peut être trop regardante sur la dégradation de l'environnement et les impératifs propres à rendre celui-ci "durable" et si oui, par quelle alchimie ?
La question n'a pu être évitée lors du denier sommet par lequel en septembre 2010 à New York, l'ONU a fait le bilan des dix premières années du siècle en ce qui concerne les "objectifs du Millénaire". Comme le soulignait l'économiste Esther Duflo, la réduction de l'extrême pauvreté semble engagée d'un point de vue purement quantitatif. Mais, ajoutait-elle, cet objectif en lui-même n'empêche pas d'une part que la croissance de l'éducation et de la santé qui sont la clé du développement humain restent très insuffisantes, d'autre part que "les progrès sont dus essentiellement aux excellentes performances de la Chine et de l'Inde" lesquelles n'ont pas été acquises dans un souci de préservation de l'environnement.
Manteau de Noé couvrant une dualité d'objectifs dont la synthèse n'a pas encore été trouvée sauf à titre invocatoire, tel est peut-être en ce début de XXIe siècle le "développement durable". On peut en tirer d'ailleurs des conclusions opposées.
On peut ainsi penser qu'il n'est pas si mauvais de disposer d'un terme permettant à toutes les nations du monde de se projeter dans l'avenir par une rhétorique qui est peut-être nécessaire à l'esprit d'universalité. Toutefois, il ne faut pas non plus se cacher que l'invocation d'un "concept attrape-tout" comme disait Roland Barthes peut conduire à une paresse de l'esprit. Il peut aussi servir d'enseigne à bien des choix qui n'ont à voir ni avec le développement … ni avec la durabilité, comme le montre plus d'une publicité commerciale. Il peut surtout cacher sous le voile d'un consensus universel des désaccords fondamentaux qui gagnent à ne pas apparaître : l'échec du sommet de Copenhague l'a bien montré.
Une autre approche, plus critique, est également légitime. Ne serait-il pas moins hypocrite ou du moins plus approprié, de parler de "développement humain" en gardant à l'esprit que ce développement qui passe en premier par l'éradication de la pauvreté, du déficit de santé et d'éducation – n'en déplaise aux pays riches – inclut aussi la capacité humaine à donner des réponses aux défis créés par ce même développement : démographie, épuisement des ressources naturelles, maîtrise de l'énergie, conscience de la nature publique des biens tels que l'eau ? Ce serait là reconnaître le caractère fondamental des besoins de l'"homme" dont la "planète" est en fait la créature que ce soit pour la piller ou pour inventer les solutions de demain.

Des mesures politiques - décidées par idéologie ou en réponse à l'émotion publique - aux résultats écologiques et économiques désastreux

Paris classée ville la plus embouteillée d'Europe

Le Figaro - 8 novembre 2010 - Angélique Négroni
Sur les dix points les plus congestionnés du continent, huit se trouvent sur le périphérique parisien. L'Ile-de-France obtient la palme d'or en Europe pour ses embouteillages. Ce prix bien encombrant résulte d'une étude réalisée par Inrix, une société d'info-trafic américaine. À partir de données chiffrées portant sur 109 agglomérations européennes et émanant de l'office européen des statistiques - Eurostat -, cette dernière a établi que les réseaux les plus saturés sillonnaient la région parisienne. Ainsi, sur les dix points les plus congestionnés d'Europe, huit se trouvent sur le périphérique parisien. «Principalement dans le sud de la capitale», précise Hans Puvogel, PDG d'Inrix Europe. Et le lieu à éviter à tout prix est la porte d'Italie, qui arrive en tête de ce classement suivie de la porte de Sèvres et de Bercy.
L'étude indique également précisément le jour et la tranche horaire où il vaut mieux délaisser sa voiture: le mardi entre 8 heures et 9 heures. Durant cet horaire, les automobilistes perdent 70 heures par an dans le trafic. À titre d'exemple, les Lyonnais perdent 34 heures. Dans l'agglomération londonienne, qui arrive en deuxième position pour ses embouteillages, le conducteur passe 52,5 heures dans sa voiture par an. Dans le bassin de la Ruhr, la plus grande zone urbaine d'Allemagne et qui décroche la troisième place, l'automobiliste sacrifie, quant à lui, 51 heures derrière son volant chaque année.
[...] Cette étude américaine complète celle publiée en juillet dernier par IBM Institute for Business Value. Cette dernière a interrogé 8192 automobilistes dans 20 villes différentes à travers le monde. Par le biais de ce sondage, un coup de projecteur a, cette fois, été donné sur la circulation dans la capitale française. «Paris a la plus longue durée d'embouteillage des villes européennes. La moyenne y est de plus d'une heure», y souligne-t-on. La Ville Lumière devance donc Madrid, Londres ou encore Berlin. Et donnée informative à méditer: «17% des Parisiens interrogés choisiraient de travailler plus si le temps de trajet était réduit.»
Mais ce fléau du quotidien qui fait grincer des dents et retentir les coups de klaxon est loin d'être une particularité française. Il résulte de ce sondage que les automobilistes de ces 20 villes n'ont pas une bonne perception du trafic. Selon eux, il a empiré au cours des trois dernières années, exception faite de Pékin où les usagers notent une amélioration de leurs déplacements, malgré d'importants ralentissements.
À la Mairie de Paris, où l'on se refuse à commenter ces données, on met toutefois en avant la baisse de 24% du trafic automobile depuis 2001. Un moyen de laisser entendre que les embouteillages ont forcément fondu. Mais pour nombre d'usagers, rien n'est moins sûr. Car, en en même temps, la place accordée à la voiture a aussi sacrément diminué, grignotée par les couloirs de bus et les trottoirs élargis.

L'IGF dénonce le péril financier d'une croissance débridée du photovoltaïque

Le Monde Magazine - 4 septembre 2010 - Jean-Michel Bezat
Le gouvernement a rendu public, vendredi 3 septembre, un rapport très sévère d'une mission de l'Inspection générale des finances (IGF), renforcée par deux ingénieurs des mines, sur le véritable emballement de la filière photovoltaïque en France à la fin de 2009. La multiplication des projets a décidé le ministre de l'écologie et de l'énergie, Jean-Louis Borloo, à réduire de 12 % au 1er septembre les tarifs de rachat par EDF du courant produit par ces panneaux solaires - pour la deuxième fois cette année - afin d'"éviter des effets d'aubaine spéculatifs". Car ce sont bien les clients d'EDF qui, in fine, payeront la facture à travers la contribution au service public de l'électricité (CSPE).
Si l'on retient les objectifs du Grenelle de l'environnement, elle ne représentera que 0,4 % de la consommation d'énergie. Une contribution marginale à l'objectif du gouvernement, qui prévoit que 23 % de l'énergie consommée en France devra être d'origine renouvelable dans dix ans. Cela mérite-t-il les dizaines de milliards d'euros qui lui seront consacrés si rien n'est fait ? (...) Un ménage se chauffant à l'électricité pourrait payer 200 euros de plus par an.

L'engouement pour les agrocarburants n'est plus ce qu'il était

L'Express - 9 avril 2010 - Catherine Gouëset
Parés de toutes les vertus il y a quelques années, les agrocarburants sont aujourd'hui accusés d'affamer la planète et d'encourager la déforestation. Et leur bilan environnemental ne serait pas si "vert" qu'on a bien voulu le dire, comme le concède un rapport... récemment retiré par l'Ademe de son site Web. Comment en est-on arrivé là?
L'engouement
Septembre 2004: le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin annonce un plan de développement des carburants d'origine végétale, qui doit aboutir d'ici à 2007 au triplement de leurs capacités de production en France.
[...] Octobre 2005: l'Assemblée nationale décide, lors de l'examen du projet de loi d'orientation agricole, de porter la part des biocarburants dans les carburants à 5,75 % au 31 décembre 2008, à 7 % au 31 décembre 2010 et à 10 % au 31 décembre 2015. Une accélération de deux ans sur le calendrier prévu initialement par les autorités européennes.[...]
Octobre 2006: le Parlement vote un amendement instaurant un régime fiscal dérogatoire pour le biocarburant superéthanol E85.
Janvier 2007: la fabrication et la commercialisation de l'E85 sont officiellement autorisées en France. Ce nouveau biocarburant est composé à 85 % d'éthanol, alcool extrait de la distillation des céréales (blé, maïs), et à 15 % d'essence classique.
Mars 2007: le Brésil, les États-Unis, la Chine et l'Union européenne annoncent, à l'ONU, la création d'un forum international des biocarburants visant à augmenter la production, la distribution et l'utilisation de produits alternatifs aux carburants fossiles.
Les doutes
Juillet 2007: Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce, dénonce l'impact des biocarburants sur la déforestation et sur la hausse des prix des produits agricoles, au moment où le président brésilien Lula Da Silva fait une tournée en Europe pour promouvoir les agrocarburants.
Août 2007: une étude parue dans la revue Science cosignée par Renton Righelato, du World Land Trust, une organisation de conservation des écosystèmes, et Dominick Spracklen, de l'université de Leeds (Grande-Bretagne) souligne que les agrocarburants ne permettront pas systématiquement de limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Septembre 2007: un rapport de l'OCDE souligne les risques que font peser les agrocarburants pour la production alimentaire mondiale.
Selon les calculs du Nobel Paul Crutzen publiés dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, la production de carburants à partir de plantes, utilisatrice d'engrais, pourrait accroître les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.
Octobre 2007: le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation critique cette politique subventionnée par de nombreux pays.
Décembre 2007: deux sénateurs membres de l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques rendent public un rapport consacré à l'effondrement de la biodiversité. Ils réclament un moratoire sur les agrocarburants.[...]
Avril 2008: [...] L'Allemagne, qui produit deux fois plus d'agrocarburants que la France renonce au développement massif des biocarburants.[...]
Juillet 2008: selon le Guardian, un rapport interne de la Banque Mondiale estime que l'essor des biocarburants est le principal responsable du bond de 140 % des prix d'un panel de produits alimentaires constaté entre 2002 et février 2008.
L'OCDE remet en cause, dans un nouveau rapport, les politiques de soutien aux biocarburants des pays de l'hémisphère Nord, dont le coût est élevé et l'impact environnemental limité.
Une commission du Parlement européen, celle de l'environnement, appelle l'Union européenne à revoir à la baisse ses objectifs en matière d'agrocarburants. De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) conseille de revoir les subventions accordées pour leur développement, "surtout dans les pays développés" affirmant qu' il y a "de plus en plus d'indications que la première génération de biocarburants encouragée par ces politiques ne constitue pas une alternative écologique ni compétitive en termes de prix aux carburants tirés d'hydrocarbures".
Septembre 2008: les députés européens décident finalement de limiter la part des agrocarburants dans l'essor programmé des énergies renouvelables, au profit de ressources moins controversées comme l'éolien, le solaire, l'hydrogène ou l'utilisation de la biomasse. [...]
Octobre 2008: le projet de loi de finances 2009 réduit les exonérations de taxe TIPP.[...] Avec un objectif de suppression totale de ces aides dès 2012. [...]
Août 2009: le rapport annuel sur l'industrie pétrolière montre que le succès des carburants verts a entraîné un manque à gagner fiscal de 720 millions d'euros en 2008, soit 44 % de plus que l'année précédente.
Octobre 2009: dans son rapport annuel sur l'alimentation mondiale, la FAO appelle à une révision des politiques et des subventions des pays de l'OCDE pour les agrocarburants, afin de maintenir l'objectif de sécurité alimentaire mondiale et de garantir un environnement durable.
7 octobre 2009: le conseil d'administration de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) valide un plan de développement des agrocarburants de deuxième génération, baptisé BioTfuel, d'un montant total de 112 millions d'euros.
8 octobre 2009: l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) diffuse un rapport d'évaluation des biocarburants mitigé. Il indique notamment que la filière dite "ETBE" (mélange d'éthanol avec de l'isobutène, qui représente 50% du bioéthanol français) ne respecte pas les exigences de la directive européenne sur les énergies renouvelables. Quelques jours plus tard, ce rapport, "considéré comme très favorable au développement de la filière par des associations écologistes qui craignent les conséquences que les agrocarburants peuvent avoir sur les terres cultivables" est retiré du site [...] "afin d'apporter les compléments nécessaires à l'étude et à sa revue critique".
8 avril 2010: un nouveau rapport de l'Ademe fait apparaître que, dans l'absolu, l'utilisation des biocarburants est plus économe en énergie que l'utilisation des énergies fossiles. L'agence reconnaît néanmoins qu'en cas de déforestation, l'impact sur l'effet de serre est le double de celui de l'essence ou du gazole remplacés.

Pourquoi la transition énergétique va détruire des centaines de milliers d'emplois

La Tribune - 25 septembre 2012 - Jean-Louis Butré (président de la Fédération Environnement Durable et président d'EPAW)
La nouvelle politique de transition énergétique lancée lors de la conférence environnementale prévoit des centaines de milliards d'investissements. Mais l'impact positif espéré sur l'emploi de cette décision est basé sur une illusion car le gouvernement ne prend pas en compte les effets induits de l'alourdissement programmé du prix de l'électricité en France et ses conséquences négatives en terme de perte de compétitivité.
La décision annoncé lors de la conférence environnementale de mettre en œuvre en France une nouvelle politique de « transition énergétique » engage la France à long terme. Elle exigera des investissements financiers de plusieurs centaines de milliards d’euros d’argent public. Pour être actée cette décision aurait du prendre en compte trois niveaux d'impacts sur l’emploi :
- les emplois directs crées dans les filières nouvelles mais aussi les destructions induites dans les autres filières énergétiques ;
- les emplois indirects, généralement ceux dans les branches sous-traitantes ;
- les emplois induits ou détruits dans les autres secteurs.
Concernant la filière de la production de l’électricité, il faut regretter que l’idéologie aient pris le pas sur le rationalisme et l’impartialité lors du vote des lois du Grenelle de l’environnement. Sous la pression des syndicats patronaux concernés, ces lois ont mis en place des objectifs et des mécanismes financiers de soutien aux énergies renouvelables qui entrainent un coût faramineux pour la collectivité, notamment par le mécanismes de rachat de l’électricité par EDF à des prix garantis sans aucun rapport avec l’économie de marché. Cette politique énergétique du Grenelle n’a pas été centrée sur les économies d’énergie et l’ensemble de toutes les « énergies renouvelables » mais sur le développement massif du solaire et surtout de l’éolien qui a pour objectif à lui seul d’atteindre 25.000 mégawatts installés en 2020 c'est-à-dire 15.000 éoliennes sur terre et plus de 1200 le long des côtes…
En réalité ce programme a été décidé sans analyser ni sa faisabilité réelle ni ses conséquences sur l’augmentation du prix de l’électricité. Seuls ont été mis en avant les avantages des créations de nouveaux emplois « dits verts». Les destructions des autres emplois ont été soigneusement masquées. La décision du nouveau gouvernement de lancer le programme de « transition énergétique » qui amplifie les erreurs passées est une erreur majeure.

Concernant la faisabilité de ce nouveau programme, la France s’est engagée dans une impasse.
Le solaire et l’éolien ne sont pas des sources de production contrôlables. Il est impossible scientifiquement de remplacer des sources d’électricité permanentes et fiables par des productions intermittentes. Tant qu'on ne saura pas stocker l'électricité, des sources aléatoires ne joueront en réalité qu'un rôle marginal et ne pourront jamais satisfaire 25 % des besoins de la France, ce qui est l'objectif annoncé maintenant par le nouveau gouvernement. Ce programme est voué à un échec. Dans le cas exemplaire de l’éolien, les promoteurs ont en effet oublié de préciser que compte tenu de l’intermittence du vent, l’énergie éolienne doit être compensée par une électricité thermique au charbon, au gaz ou au pétrole génératrice d’émissions de gaz à effet de serre. L'Allemagne cité comme exemple a les prix de l'électricité déjà parmi les plus élevés d'Europe. Pour sécuriser sa production électrique intermittente basée sur les éoliennes, ce pays essaye de sortir de ce piège en construisant le plus « discrètement possible » 23 centrales à charbon fortement polluantes.

Concernant les emplois, le lobby industriel des énergies renouvelables s’est substitué à l’Etat
Les chiffres mirifiques de création qui sont annoncés à longueur d’antenne reposent sur une définition floue et complaisante, permettant de comptabiliser n’importe quel emploi dès lors qu’il est susceptible de contribuer en partie à la sauvegarde de l’environnement. Ils ne prennent surtout pas en compte les destructions d’emplois induites.
Les promoteurs d’énergies renouvelables se sont présentés non comme des businessmen, mais comme des ONG salvatrices de l’humanité. Or, les estimations faites par des organismes indépendants démontrent que ces emplois coûtent une fortune au contribuable. Pour certains, le chiffre serait même de 200.000 euros d’argent public par emploi créé, soit beaucoup plus que la valeur ajoutée tirée de ces mêmes emplois, ce qui se traduira automatiquement par des disparitions dans d’autres filières. .
De plus, cette production d’électricité « renouvelable » est ultra-subventionnée et elle va, selon la Cour des Comptes, accroître de 30 % le prix de l'électricité des consommateurs alors que plus de 4 millions d'entre eux ne peuvent aujourd'hui assumer la facture énergétique de leur habitation. Pour les industriels consommateurs d’électricité, elle va gravement pénaliser la compétitivité de la France c'est-à-dire détruire bien plus d'emplois que ceux qu’elle ne créera. Elle risque d’entrainer une augmentation des délocalisations vers des pays aux coûts de production plus compétitifs.
D’autres analyses indépendantes confirment ces faits. L’impact sur l’emploi des mix électriques programmés par les nouvelles orientations gouvernementales (entre 2012 et 2015) implique des fortes hausses du prix de l’électricité et des conséquences très fortement négatives sur l’emploi. Certains prédisent même qu’à l’horizon 2030 ce seraient 140000 à 200000 emplois qui seraient détruits. L’Ademe, agence gouvernementale pourtant totalement inféodée aux promoteurs des énergies renouvelables, a également fourni des estimations sur les destructions d’emplois qui pourraient atteindre 85.000 pour les mêmes scénarios définis précédemment. Les résultats ne sont pas directement comparables mais ils vont dans la même direction.

Un audit du prix de l’électricité est indispensable
Ce que montrent en réalité ces analyses macro économiques, c’est surtout que le prix de l’électricité est déterminant et que les chiffres d’emplois induits ou détruits sont d’un ordre de grandeur bien supérieur aux simples emplois directs créés. Comme le demande depuis 2 ans la Fédération Environnement Durable, le nouveau gouvernement devrait faire de toute urgence un audit concernant l’électricité en France depuis 10 ans. Dans le cas de l’éolien, il constaterait le bilan déplorable engendré par l’implantation des 4000 éoliennes actuellement sur le territoire. Il découvrirait que leur taux réel de fonctionnement est beaucoup plus faible que prévu, qu’elles ont engendré une forte dégradation de la balance commerciale et enclenché une augmentation catastrophique programmée du prix de l’électricité masquée dans les comptes d’ EDF.
Le gouvernement semble avoir découvert le « pot aux roses » car il vient de lancer un chantier concernant les énergies renouvelables, dont d’après lui « le développement rapide pèserait de plus en plus sur les factures d'électricité » (dépêche AFP du 21 septembre). Ce chantier vise à désamorcer la bombe à retardement que constitue pour les consommateurs la contribution au service public de l'électricité (CSPE), une taxe prélevée sur les factures d'électricité qui a déjà été doublée en deux ans. Et cette tendance va encore s'accélérer dans les années qui viennent. Le régulateur du secteur, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a également tiré la sonnette d'alarme à de nombreuses reprises. EDF avait annoncé en juillet que le déficit cumulé de la CSPE avait encore gonflé de 700 millions d'euros au premier semestre, atteignant un total de 4,5 milliards d'euros. Une somme pour le moment à sa charge, mais que les consommateurs sont censés régler tôt ou tard, via de futures hausses de la CSPE. La décision d'ouvrir ce chantier suit l'une des recommandations d'un rapport administratif publié en pleine conférence environnementale, qui avait jeté un pavé dans la mare en pointant l'envolée du coût de l'éolien et du solaire, et a été qualifié par leurs défenseurs de "brûlot". Selon ce rapport, le besoin de financement de la CSPE lié aux seules énergies renouvelables devrait atteindre 8 milliards d'euros en 2020, ce qui nécessiterait d'augmenter la taxe au-delà de 20 euros le mégawattheure, le double de son niveau actuel.
Dans un contexte mondial de crise où la recherche de la compétivité de notre pays est une donnée vitale, il est difficile d'imaginer une manière plus inadaptée que la poursuite de ce programme de « transition énergétique ».

Au niveau mondial, de véritables mesures "100% vertes", au risque d'être déshumanisées, pour "sauver la planète" seraient extrêmement coûteuses et douloureuses pour les populations concernées

analyse Faux écolos ou vrais hypocrites ? Les objectifs annoncés par certains écologistes radicaux impliqueraient des mesures touchant essentiellement les populations, que ce soit en France ou dans le monde. Et non seulement l'indignation simpliste contre un bouc-émissaire désigné responsable de tous les maux environnementaux (les USA ou les grandes entreprises - au choix). Donc à l'encontre des programmes politiques officiels façon "bisounours" des écologistes, qui ne traitent pas des vrais sujets, mais sont construits pour être populaires.

Yannick Jadot : les dessous d'une démission

Le Point - 23 novembre 2011 - Le Point.fr
Expliquant ne plus partager la "ligne politique" de prise de distance avec les socialistes, Yannick Jadot, le porte-parole d'Eva Joly, a annoncé à la surprise générale qu'il quittait sa fonction. […]
Voilà qui ajoute encore un peu plus à la confusion qui règne au sein d'Europe Écologie-Les Verts, de plus en plus tiraillé entre les soutiens à la ligne radicale de la candidate à la présidentielle et ceux qui se verraient bien ministre une fois François Hollande élu président.
"Il y a effectivement un hiatus entre notre candidate issue de la société civile et un parti qui s'est professionnalisé", reconnaît Patrick Farbiaz, membre du staff d'Eva Joly et membre historique de l'écologie politique. C'est un euphémisme : selon un chiffre qui circule dans les rangs militants, plus de 50 % des adhérents d'EELV (peu nombreux, il est vrai) tireraient leur principale source de revenus du parti. EELV est devenu un parti d'élus. Dans ce milieu, Eva joly détonne. "Elle n'est pas une professionnelle de la politique. Elle est combative et ne jette pas l'éponge", insiste Farbiaz.

L'état de l'environnement en France reste préoccupant

Le Monde - 5 juin 2010 - Gaëlle Dupont
Alors que l'industrie a beaucoup réduit son impact sur l'environnement, sous la pression des pouvoirs publics, et que l'agriculture commence à faire de même, la consommation des ménages pèse davantage. Les pratiques - recours majoritaires à la voiture, demande de biens livrés rapidement (donc par la route), aspiration à la maison individuelle, multiplication des voyages - sont "en décalage" avec le souci de protection de l'environnement exprimé. Les séjours à l'étranger ont augmenté de 25 % entre 2000 et 2007, avec une forte croissance des courtes durées.

Taxe carbone : en Suède, les entreprises sont exonérées, pas les ménages

Le Figaro - 10 septembre 2009 - Marielle Court
Pionnière de la taxe sur le CO2, la Suède ne tient pas compte des critères sociaux et géographiques. Mais les entreprises voient leurs charges allégées.
Comparaison ne vaut pas raison. Si la France, tous partis confondus, ne tarit pas d'éloges sur le modèle suédois, elle n'entend pas pour autant le transposer tel quel. «C'est un modèle qui marche en termes de diminution de gaz à effet de serre et de croissance», reconnaît Chantal Jouanno, secrétaire d'État à l'Écologie, en visite à Stockholm cette semaine, même si le système n'est pas transposable en France, pour des raisons sociales.
«Depuis 1990, les émissions de CO2 ont diminué d'au moins 9 %, alors que le produit intérieur brut s'est accru de 44 %», a expliqué Maria Wärnberg qui, en 1991, était conseillère du ministre de l'Environnement en charge de ce dossier. Sans l'introduction de la taxe, les émissions de CO2 seraient aujourd'hui supérieures de 20 % à leur niveau actuel, assure le ministère suédois des Finances.
À l'époque, en l'absence d'un quelconque marché du carbone, le prix de la tonne de CO2 avait été fixé à 27 euros ; aujourd'hui, elle atteint 108 euros, bien plus que les 14 euros - le prix du marché - préconisés par Matignon comme point de départ pour la France.
Lorsque Chantal Jouanno demande si cette nouvelle taxe a été introduite en tenant compte de critères sociaux et géographiques, la réponse est sans ambiguïté : c'est non. Chaque Suédois, quels que soient son revenu et son lieu de résidence, supporte 100 % de la taxe carbone lorsqu'il fait le plein de sa voiture ou remplit sa cuve de mazout.
Les industries en revanche - à l'exception notamment des entreprises de service et du chauffage urbain - en sont très largement exonérées. Pour l'heure, elles ne paient que 21 %, concurrence internationale oblige, expliquent les autorités suédoises. Mais dans le cadre du plan climat adopté au printemps, une hausse a été annoncée. Ce taux devrait passer à 30 % en 2011 et à 60 % en 2015.
Il n'existe par ailleurs aucun mécanisme de redistribution de type «chèques verts». Les sommes récoltées sont versées au budget général. «En termes absolus, un ménage dans les intervalles les plus élevés de revenu paie une facture énergétique plus élevée. Mais en proportion au revenu disponible, ce sont les ménages à plus faible revenu qui ont subi la plus grande augmentation des coûts énergétiques», précise une étude.
Comment expliquer alors que cela soit passé si facilement dans l'opinion publique ? Les autorités suédoises avancent deux réponses. La première est liée à la conscience écologique forte et ancienne des habitants. «Les Suédois sont traditionnellement soucieux de protéger leur environnement», insiste Maria Wärnberg. Mais, surtout, la taxe carbone a vu le jour dans le cadre d'une réforme générale de la fiscalité. Son institution progressive s'est faite en échange d'allégement d'autres charges. La taxe sur l'énergie mais surtout les charges pesant sur le travail.

Halte à l'écolomania !

Marianne - 10 juin 2009 - Malakine
Il n'y a pas message plus simple à faire passer, d'idée plus facile à comprendre et plus consensuelle que de vouloir « sauver la planète ». Tout le monde n'est pas nécessairement d'accord pour vouloir libéraliser et flexibiliser, accorder davantage d'aides aux plus fragiles, pour quitter l'Union Européenne ou au contraire « faire l'Europe », reconstruire une économie à l’intérieur de frontières commerciales ou au contraire renforcer notre compétitivité dans la mondialisation. Mais pour protéger la nature, éviter les dérèglements climatiques, ou pourquoi pas l'apocalypse, puisque le film Home laissait entendre, avec le ton tragique du commentaire et ses musiques de science fiction, ni plus ni moins que la prochaine disparition de toute vie sur terre... ça tout le monde est pour ! Même les enfants de 8 ans.
Pourtant, un programme réellement écologiste n'aurait pas grand chose de consensuel. Le traitement pour lutter contre la consommation des ressources, freiner les émissions de gaz à effet de serre et anticiper sur la fin des hydrocarbures, serait même plutôt douloureux. La véritable doctrine de ce courant de pensée, c'est la décroissance, c'est-à-dire, consommer moins, produire moins, gagner moins, être moins nombreux, quand ce n’est pas, pour les plus radicaux, de vivre dans une yourte au fin fond de la Corrèze, se nourrir avec les produits troqués contre quelque productions artisanales à un producteur bio du village, s'éclairer à la bougie, ne pas se chauffer en hiver et chier dans un compost au fond du jardin ! La littérature des penseurs de la décroissance ne fait pas vraiment envie. Pour ceux qui s'y intéressent vraiment, je ne peux que conseiller la lecture de Jean Marc Jancovici. Personnellement, son « économie de guerre » et projet ruraliste m'a plutôt fait froid dans le dos, mais il y en a qui aiment.
Rien de tel dans le programme d'Europe Ecologie. Pas une mesure impopulaire ! Les dépenses nouvelles jaillissent à chaque page du programme, mais aucune hausse de la pression fiscale nulle part. Les taxes nouvelles seront bien évidemment compensées pour les plus fragiles. Vous travaillerez moins mais, vous verrez, vous gagnerez autant... L'élevage produit autant de gaz à effet de serre que les transports. Pourtant les écolos se sont bien gardé d'annoncer que la viande (re)deviendrait un produit de luxe pour jour de fête. On parle de véhicules propres, mais on se fait discret sur le doublement du prix de l'essence que préconisait pourtant Cohn-Bendit il y a 10 ans…! Même du point de vue qui est le sien, on cherche désespérément dans le programme d'Europe Ecologie, ce qui pourrait réellement constituer une rupture pour éviter la catastrophe annoncée. Marianne2 n'a pas tort de qualifier le programme d'Europe Ecologie de programme Bisounours.
La politique c'est l'art d'arbitrer entre des intérêts divergents. Un programme qui ne comporte aucune mesure susceptible d'être impopulaire, qui ne s'en prend à aucune position acquise, qui ne crée aucun clivage idéologique, n'est pas une doctrine politique. C'est un prêche, une profession de foi, un mensonge, une tromperie, une escroquerie intellectuelle, une manipulation démocratique, un discours pour les enfants ou les débiles, tout ce qu'on veut, mais ce n'est pas une offre politique !

Salvano Briceno : L'homme transforme l'aléa naturel en catastrophe

Le Monde - 27 août 2010 - Salvano Briceno (directeur de la Stratégie internationale pour la réduction des catastrophes des Nations Unies), propos recueillis par Grégoire Allix
Villes et villages se vident dans la vallée de l'Indus. Des centaines de milliers de Pakistanais continuent de fuir les inondations qui ont déjà fait 1 500 morts depuis un mois. Au Pakistan comme en Russie, en Chine ou en Inde, les catastrophes naturelles ont rendu l'été meurtrier. Mais sont-elles si naturelles ? Plus que le climat ou l'environnement, "c'est l'intervention de l'homme qui crée la catastrophe", estime le Vénézuélien Salvano Briceno, qui dirige à Genève la Stratégie internationale de réduction des catastrophes des Nations unies.
"Au Pakistan comme ailleurs, on ne tient pas compte des risques naturels, vus à tort comme inévitables. On a permis aux gens de s'installer sur les bords des fleuves, dans les plaines d'inondation. Des endroits où les risques étaient pourtant bien connus. C'est la principale cause de la catastrophe. Ce n'est pas l'aléa naturel qui tue les gens. Si la plupart des victimes sont mortes dans le nord, c'est parce que la guerre avait rendu la région vulnérable et fait de nombreux déplacés."
"L'aménagement du territoire et la politique de construction portent une responsabilité essentielle dans la fabrication des catastrophes. Elles ne sont pas naturelles. C'est l'action de l'homme qui transforme l'aléa naturel en désastre."
"En Russie, la mauvaise gestion des forêts a été une des causes principales des incendies qui ont ravagé le pays. En Chine, la croissance urbaine incontrôlée et la déforestation favorisent les glissements de terrain. En Haïti, le 12 janvier, les habitants de Port-au-Prince ont été tués par leur pauvreté, pas par le tremblement de terre. Un mois plus tard, un séisme équivalent a frappé le Chili, avec infiniment moins de morts. La différence, c'est la misère, l'urbanisation des terrains à risque, l'absence de normes de construction. Chaque année, un même ouragan fait des ravages mortels à Haïti mais aucune victime à Cuba ou en République dominicaine."

analyse Réduire le risque climatique et de catastrophes naturelles majeures au niveau mondial impliquerait des déplacements de population de l'ordre de plusieurs millions, voire dizaines de millions de personnes. Et de résister durablement aux pressions sociales, démographiques, économiques, politiques, qui ne manqueraient de s'y opposer... Ce qui est bien moins moins facile et populaire que la posture simpliste et populiste de s'indigner contre un bouc-émissaire comme les Etats-Unis ou les grandes entreprises.

Le populisme vert : le risque antidémocratique et la tentation extrémiste de l'écologisme politique radical

analyse Les verts et les écologistes radicaux, dans leur posture comme dans leurs positions, se veulent incontestables. A l'inverse de l'attitude scientifique, qui accepte des limites à toute théorie.

Les controverses du progrès - Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie politique

Libération - 29 octobre 2010 - Pascal Bruckner (romancier, essayiste), Yves Cochet (député vert), débat animé par Max Armanet
Pascal Bruckner : "L’écologie est devenue l’idéologie dominante, nous avons une vision négative du genre humain et vivons sous l’épée de Damoclès d’un désastre imminent. Il y a une crise du progrès, ce n’est plus l’expansion, la joie de vivre mais l’obsession de la survie et de la longévité. Depuis un siècle, la question que se sont posé nos sociétés est «qui est mon ennemi ?» Les marxistes ont répondu le capitalisme. Les tiers-mondistes ont désigné l’occident impérialiste. L’écologie politique a apporté une réponse tout à fait nouvelle : l’homme serait coupable par nature, il doit se racheter. C’est un retour au péché originel. La notion d’empreinte carbone que vous employez me dérange, elle induit qu’en vivant, en respirant, nous laissons une marque nuisible sur la terre. Ce pessimisme culturel me rappelle les hérésies millénaristes qui ont émaillé l’histoire du christianisme."
[...] "L’idéologie politique n’emprunte pas toujours les voies de la raison. Je pense à toutes ces images de catastrophes naturelles diffusées à la télévision pour étayer la thèse du réchauffement climatique : la banquise qui s’effondre, la désertification… J’entends les médecins moliéresques du Malade imaginaire crier au poumon, aujourd’hui c’est le réchauffement climatique. Sans nier le réchauffement, je me demande ce qui justifie une telle rhétorique de la peur. Hans Jonas l’a théorisé dans son ouvrage le Principe de responsabilité, bible des Verts allemands. La peur aurait un effet heuristique et c’est uniquement par ce biais qu’on peut amener le peuple à la conscience. Il ajoute que la fête industrielle commencée au XVIIe siècle est terminée et qu’il va falloir par tous les moyens, même non démocratiques, forcer l’humanité à rentrer dans l’air de la sobriété. Cette philosophie me pose problème parce qu’elle supprime toute distance entre le possible et le réel. L’hypothèse devient plus vraie que la réalité. On le voit bien avec les films catastrophes, si prisés parce que permettant d’imaginer un malheur sans le vivre vraiment. Cette jouissance est manipulée par les politiques. Chirac a prononcé en 2002 ces paroles «la terre brûle et nous regardons ailleurs» mais sommes-nous si sûrs que la terre brûle ?"
[...] "Je me méfie des promesses politiques annonçant un monde meilleur. Nous venons de vivre une année de psychodrame tournée autour des sciences du climat et, en tant qu’observateur, je m’étonne qu’il n’y ait pas d’accord unanime au sein du Giec, organe plus politique que scientifique. Je ne comprends pas non plus cet acharnement contre Claude Allègre. Si son propos n’est pas scientifique il faut le traiter de manière dérisoire mais, si c’est une question sensible, pourquoi le priver d’espace médiatique ? Le réchauffement climatique est indéniable mais est-il d’origine humaine, solaire, géologique ou océanique ? La meilleure attitude est de s’y adapter plutôt que de vouloir refroidir la planète de manière artificielle."
[...] "Il y a tout de même une artillerie médiatique continue qui nous explique que le monde est suspendu à l’imminence d’un grand malheur et lorsqu’on en demande la preuve, on nous répond par une probabilité. Le discours catastrophique gagne à tous les coups. Si la catastrophe arrive, les prophètes auront eu raison, sinon, ils diront que le pire a été évité grâce à eux. La question est de savoir si la peur est un bon pédagogue. Il y a la peur qui divise et celle qui effraie, infantilise et nous oblige à trouver refuge entre les mains d’un tyran ou des experts. L’annonce répétée d’une situation pire que celle que nous vivons me rappelle les discours antiterroristes des pouvoirs publics. A la veille de l’invasion en Irak, sur les preuves de l’existence d’armes de destruction massive, George Bush a eu cette réponse génialement casuistique : «L’absence de preuve n’est pas la preuve d’une absence.» C’est un expert dans la fabrication médiatique de la terreur citoyenne. Nous sommes conscients des dangers écologiques qui nous guettent mais la peur d’un futur éventuel nous prive des moyens pour résoudre les défis actuels."

L'écologie est-elle le nouveau marxisme-léninisme ?

Marianne - 28 novembre 2009 - Alexis Lacroix
Le catastrophisme succède à l'euphorie, comme la dynamique à la statique. Ce mouvement de balancier se retrouve dans l'écologie politique - ou écologisme - dont le sensationnalisme ne laisse pas de surprendre. Tout se passe comme si, depuis la naissance de ce qu'on a appelé, aux Etats-Unis la deep ecology, l'" écologie profonde ", le malentendu était voué à s'éterniser. La destruction de la prairie américaine par les engins agricoles des fermiers du Midwest aurait ainsi été, selon ces forcenés de l'ordre naturel, la première offense faite à la nature.
Ne rions pas : aujourd'hui encore, l'écologie profonde conditionne à son insu l'ensemble du discours écologique. Combien de citoyens imaginent-ils préserver la planète en fermant le robinet d'eau ? Sans égard pour le fait que le problème de l'eau est son transport, et qu'il est des endroits où elle coule à flots et d'autres où elle manque cruellement. Plus fondamentalement, ces visions d'apocalypse colorent, bien que de façon atténuée, un horizon a priori moins émotionnel - celui de l'écologie politique -, en installant au coeur de son discours les prémices terrifiantes d'un avenir sombre, que seule l'action salvatrice de l'humanité pourrait déjouer.
L'idée que le monde court à sa perte, ce fameux " syndrome du Titanic ", selon le titre du film de Nicolas Hulot, est le symptôme le plus éloquent d'un " nouvel ordre écologique ".[...]
Rarement, depuis que la " fin des grands récits " corrode et anémie toutes les idéologies politiques, une doctrine et un discours aussi cohérents avaient installé au firmament du débat public leur prétention à la fois totalisante et péremptoire.
Prétention totalisante. C'est là la prouesse, équivoque, de l'écologie contemporaine : cette sensibilité aux contours flous, à cheval sur les sciences de la nature et le discours politique, tente une jonction hasardeuse entre la vie quotidienne et le sens du devenir mondial. Elle a reçu aussi, dès les années 50, sa formulation doctrinale, sous la plume du philosophe Günther Anders, le premier mari d'Hannah Arendt devenu le théoricien d'un catastrophisme éclairé avant l'heure et le prophète crépusculaire d'un Hiroshima planétaire.[...] Pour le climatologue André Lebeau, l'auteur de L'enfermement planétaire, il n'y a nul hasard si, comme il s'en alarme, " l'écologie politique tend à se réduire à un certain nombre de slogans et tabous qui permettent d'éviter de penser. Elle a une propension à se réfugier dans des dogmes ".
L'écologie politique, outre qu'elle s'expose au danger de fétichiser la nature, manque en permanence d'abonder des discours qu'un autre philosophe, le Viennois Karl Popper, ennemi acharné du dogmatisme marxiste, désignait comme " infalsifiables ". Qu'il s'agisse, en vrac, du réchauffement climatique, des effets indésirables des téléphones portables et des organismes génétiquement modifiés, ou du débat actuel autour de la décroissance, toute une rhétorique catastrophiste excelle à instiller une frayeur indiscutable en mettant en oeuvre une exploitation de la peur. Ce trait n'a pas échappé à Robert Kandel. Le coauteur de La catastrophe climatique a en horreur les pseudo-sciences qui s'emparent de la peur pour faire passer de sombres prédictions sociales. Le risque climatique est réel, selon lui, et il nous reste peu de temps ; mais les grands problèmes de santé des prochaines décennies (qui affectent déjà des dizaines de millions de personnes) ne seront pas dus au climat. Bien sûr, le réchauffement au XXIe siècle pourrait durement éprouver les capacités d'adaptation de la biosphère naturelle et des sociétés humaines. Mais, suggère cet esprit pondéré, ce n'est pas en lançant chaque jour des appels à sauver la planète qu'on parviendra mieux à s'adapter. L'alerte écologique est déjà à son apogée. Ce n'est pas la peine de renchérir sur la panique [...].
Nul besoin de relire le démontage de la vulgate marxiste-léniniste auquel se livre un dissident comme Czeslaw Milosz dans La pensée captive, pour saisir les analogies entre les visions crépusculaires de certains écologistes et le marxisme-léninisme : il s'agit, pour les unes comme pour l'autre, d'entraver par leur autoritarisme dogmatique le libre jeu de la discussion démocratique. Avec, dans le cas de l'écologie, de possibles arrière-pensées " orwelliennes ", finement relevées par l'économiste Christian Laval, l'auteur de l'Homme économique (Gallimard). " L'écologie seule, séparée de la justice sociale, met-il en garde, pourrait être un prétexte pour une surveillance accrue des comportements - les bons gestes, les bonnes pratiques. "

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