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Substitution du capitalisme financier au capitalisme industriel et dérives de la financiarisation excessive de l'économie

L'économie au service de la personne ? Ou l'individu au service de l'économie ?

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Actifs financiers, matières premières, immobilier : spéculation et financiarisation de l'économie déconnectées de la réalité

Comment les milliards de la Bourse sont partis en fumée

Le Journal des Finances - 14 février 2009 - Yannick Roudaut
La hausse des cours crée une richesse qui peut parfois rester virtuelle. Depuis le début de la crise boursière, c'est la valse des milliards. Chaque jour, des centaines de millions, voire des milliards d'euros disparaissent. Ils « s'évaporent » ou « partent en fumée ». Au total, la capitalisation boursière mondiale (qui correspond à la somme de tous les cours de Bourse multipliés par le nombre d'actions propre à chaque société) a vu son montant fondre de moitié en 2008. Plus de 25.000 milliards de dollars auraient été détruits en quelques mois...
La valorisation des Bourses mondiales repose sur des transactions entre acheteurs et vendeurs. Plus les acheteurs sont prêts à payer cher un titre, et plus son cours monte. C'est la loi de l'offre et de la demande. Il suffit cependant qu'un petit nombre « tire les cours vers le haut » pour créer une richesse virtuelle générale. Prenons un exemple extrême. Une action cote 100 euros, mais une transaction portant sur un seul titre s'effectue sur la base de 130 euros. Tous les actionnaires de la société en cause voient leur ligne se valoriser de 30 % en une opération. Et pourtant, ils ne pourront jamais vendre à ce prix si les acheteurs ne sont pas présents en nombre... Le gain est virtuel. Et la perte de valeur qui s'ensuit aussi. Le thermomètre donne une température générale, mais il n'est pas un baromètre de la richesse individuelle.
Tel est le cas également du marché immobilier.

analyse La spéculation des particuliers sur le marché immobilier, cherchant 5 ans après avoir acheté un appartement ou une maison à le revendre deux fois plus cher que leur prix d'achat, suit la même logique que la spéculation sur les marchés financiers. On ne peut condamner l'une sans condamner l'autre. Si l'on accepte l'une de ces formes de spéculation, on ne peut qu'accepter l'autre.

Les profits insolents d'une poignée de hedge funds

Le Monde - 5 février 2009 - Claire Gatinois
Certains avaient prédit, avec la crise, la mort des hedge funds, ces fonds spéculatifs adeptes des stratégies d'investissement souvent agressives et audacieuses, avec un recours massif à l'endettement.
De fait, la tempête financière a entraîné la faillite de près d'un quart d'entre eux. Ils étaient plus de 10 000 en 2007 et seraient aujourd'hui moins de 8 000, avec des actifs sous gestion qui ont fondu de 2 300 milliards de dollars à 1 200 milliards. Et l'affaire Madoff, ce gérant de hedge funds accusé d'une fraude de 50 milliards de dollars (38,9 milliards d'euros), a mis à mal leur réputation.
Il n'empêche. Malgré le chaos observé sur les marchés financiers, malgré le krach boursier, une poignée de hedge funds (10 % environ) a réussi à dégager des performances spectaculaires.
C'est le cas de l'américain John Paulson, rebaptisé le "sultan des subprimes" et conseillé par l'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Alan Greenspan. Son fonds vedette, Paulson Credit, a affiché un rendement de 19 %. Il s'était déjà distingué en 2007, avec une performance de... 590 % !, qu'il avait obtenue en misant, avant tout le monde, sur l'effondrement des crédits hypothécaires à risques.
Pour l'année 2008, c'est son compatriote Jim Simons, spécialisé dans les stratégies fondées sur des calculs statistiques sophistiqués, qui lui a volé la vedette. Son fonds Medallion, créé en 1983, qui pèse 8,5 milliards de dollars, affiche un rendement de 84 %. Dans son sillage, le fonds de Paul Tudor Jones, Tudor Tensor (+ 36 %), celui de John Horseman, Horseman Global (+ 33 %), ou encore le fonds Brevan Howard (+ 20 %) d'Alan Howard.
[...] La plupart des gérants qui se sont illustrés ont [...] des stratégies dites "discrétionnaires". Dans ce cas, la décision d'investissement dépend de l'intuition du gérant, de son "flair", de son analyse du marché et de la conjoncture. Et peu importe la santé de l'économie, il peut spéculer sur la hausse comme la baisse d'un marché en jouant de ses imperfections et ses importantes variations et sa "volatilité". Ces gérants, en outre, utilisent peu l'effet de levier, c'est-à-dire de recours à l'endettement, pour doper leurs performances. [...]
[...] Mais d'autres fonds dits "CTA" (Commodities trading advisers) qui ont aussi bien fonctionné, avec un rendement moyen de 15,65 % selon l'Edhec risk, n'ont, pour la plupart, pas ce "biais psychologique". Leurs décisions d'achat ou de vente sont en effet déclenchées automatiquement à partir de modèles mathématiques. Les fonds CTA, qui regorgent d'ingénieurs des grandes écoles, cherchent à capter et anticiper les tendances du marché, sans qu'intervienne l'opinion personnelle du gérant.
En 2008, ces fonds ont notamment profité de la flambée, puis de l'effondrement du pétrole. "On a gagné deux fois !", commente François Bonnin, du fonds John Locke.

Les meilleurs traders touchent le jackpot

Le Figaro - 7 avril 2008 - Le Figaro
Trois milliards de dollars de prime pour John Paulson et son équipe. Le chiffre a de quoi faire rêver.
Il rémunère «le cran, l'instinct et la détermination à se maintenir sur des positions contraires aux autres», pour le mensuel Trader Monthly. Car la débâcle du secteur immobilier, qui pourrait coûter au moins 400 milliards de dollars aux banques a parfois été une aubaine pour ceux qui ont su anticiper le mouvement. Ainsi, dès 2006, John Paulson mise sur un effondrement des produits financiers adossés aux crédits subprime. En août 2007, les faits lui donnent raison.
D'autres ont touché le gros lot, comme Phil Falcone, 45 ans, également de New York. Les revenus de cet ancien de Barclays Capital, qui dirige désormais le fonds Harbinger Capital Partners, sont estimés à 1,75 milliard de dollars. La crise du subprime aurait aussi rapporté 325 millions de dollars à Richard Perry, 27e plus grosse prime, ou 275 millions à John Burbank, de San Francisco.
Quelle que soit leur stratégie gagnante, en 2007, les 100 courtiers les plus payés au monde, travaillant pour la plupart dans des hedge funds , un type de fonds très spéculatifs, ont gagné en moyenne 303,6 millions de dollars. Cinq d'entre eux ont vu leur rémunération dépasser le milliard.

Quand les spéculateurs ne savent plus quoi faire de leurs matières premières

La Tribune - 14 mai 2011 - Marc Fiorentino
Après une année 2010 de hausse ininterrompue, le consensus en 2011 était parfait : les matières premières ne pouvaient que continuer à flamber. Et c'est ce qu'elles ont fait pendant le premier trimestre. Pétrole, or, argent et toutes les matières premières agricoles ont enchaîné les records, jour après jour, menaçant chaque fois un peu plus la reprise de la croissance dans les pays développés et provoquant une véritable panique inflationniste dans les pays émergents.
Les fonds spéculatifs, les hedge funds, ont continué à accumuler des réserves impressionnantes de contrats à terme sur les matières premières et 2011 aurait dû ressembler à 2010. Mais, depuis quelques semaines, on assiste à des mouvements d'une violence spectaculaire sur ces marchés. Le coton et le sucre ont chuté de plus de 25 % par rapport à leurs records, le pétrole et l'or se sont légèrement repliés mais l'argent, la matière première favorite des spéculateurs depuis un an, a perdu plus de 20 % en un mois. Et le doute s'est installé.
Il faut dire tout d'abord, malgré les grands débats pompeux sur le thème de savoir si la spéculation a un rôle majeur dans la hausse des matières premières (comment peut-on encore sérieusement se poser la question ?), que les cours sont absurdes par rapport à l'offre et la demande sur les marchés physiques.
Il n'y aura peut-être plus de pétrole dans trente ans mais aujourd'hui les cuves sont pleines. Il n'y a pas non plus de pénurie d'or ou d'argent. Et sur les matières premières alimentaires, ce sont les grandes banques, les hedge funds et les firmes spécialisées de trading qui gagnent des fortunes en s'amusant à rendre impossible le droit à un repas par jour pour les centaines de millions de défavorisés de la planète. Cette indécence atteint des sommets quand on voit les chiffres faramineux de profit de Glencore qui s'introduit en Bourse en ce moment et qui va permettre, grâce à son activité sur les matières premières, à son président de « peser » 10 milliards de dollars et d'entrer directement dans le top 100 des fortunes dans le classement du magazine Forbes.
Autre élément amusant si la hausse des matières premières n'avait pas des effets aussi dévastateurs, c'est le duel qui se joue sur les marchés. Un duel purement "Wall Streetien". Il y a un mois, Goldman Sachs a conseillé à ses clients de prendre leurs profits en se mettant à la vente sur les matières premières. Voici quelques jours, Morgan Stanley a répliqué en conseillant, au contraire, à ses clients de profiter de la baisse actuelle pour se remettre à acheter massivement.
Du coup, chaque jour, on assiste à des "swings" de 3 ou 4 % sur toutes les matières premières. Et tous les spectateurs, y compris les politiques qui nous promettent depuis des mois de « briser la spéculation » sur les matières premières, comptent les coups. Un jour, un point pour Goldman Sachs, le lendemain Morgan Stanley égalise, le surlendemain c'est Goldman qui reprend l'avantage. Cette bataille d'influence et d'ego, dans la tradition pure des marchés financiers, bat son plein.
On connaîtra le gagnant de ce match "passionnant" dans les semaines qui viennent. En attendant, Glencore aura fait quelques milliardaires, un G8 ou un G20 aura sûrement encore fait des déclarations qu'il n'appliquera jamais, le prix de l'essence aura atteint de nouveaux records même si le cours du pétrole baisse et quelques milliers d'enfants seront morts de malnutrition. Vive la spéculation sur les matières premières...

Le financier "Chocolate Finger" tente d'assécher le marché mondial du cacao

Le Monde - 21 juillet 2010 - Alain Faujas
Culotté Anthony Ward ! Le cofondateur d'Armajaro, une société londonienne de services financiers spécialisée dans les investissements en matières premières, a misé 1 milliard de dollars (776 millions d'euros) pour acquérir non pas des contrats à terme sur le cacao comme d'habitude, mais 240 100 tonnes de vraies fèves qui permettraient de fabriquer 5 milliards de vraies tablettes de chocolat. Soit 6,3 % de la production annuelle mondiale et la plus grosse transaction physique sur ce marché depuis 1996.
L'opération menée à terme vendredi 16 juillet par M. Ward est un énorme corner, comme disent les spécialistes, c'est-à-dire une manipulation du marché et une raréfaction de l'offre (il ne resterait plus que quelques milliers de tonnes stockées dans le monde) destinées à faire monter les prix.
Le pari est jouable. Côté offre, les deux premières cacaoyères du monde, l'ivoirienne et la ghanéenne, sont sur le déclin. Côté demande, la Chine et l'Inde se sont mises au chocolat avec voracité.

Nationalisation des pertes et privatisation des profits : manque de leçons de la crise financière et indécence des banquiers

Stiglitz: la crise financière est due au système des primes aux banquiers

Le Point - 24 mars 2008 - AFP
L'actuelle crise financière puise en grande partie son origine dans le système "déraisonnable" des primes aux banquiers qui les pousse à prendre trop de risques, estime le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz dans une interview publiée lundi dans le quotidien britannique The Independent.
"Le système des indemnités a très certainement contribué d'une manière importante à la crise. Il a été conçu pour encourager la prise de risques mais il a encouragé la prise de risques excessifs. En fait, il les paie à faire des paris", a déclaré l'économiste.
"Quand les choses tournent bien, ils s'en tirent avec des primes énormes. Quand les choses tournent mal, comme maintenant, ils ne partagent pas les pertes. Même s'ils perdent leur emploi, ils s'en sortent avec d'importantes sommes d'argent", a-t-il ajouté au quotidien.
Selon l'Independent, les bonus accordés cette année aux banquiers de la City dépasseront les six milliards de livres (7,7 milliards d'euros) en dépit de dépréciations d'actifs bancaires qui s'élèvent jusqu'à présent à plus de 60 milliards de livres (77 milliards d'euros) en raison de la crise du crédit.
"La solution n'est pas tant de plafonner les primes mais de faire en sorte que les pertes soient partagées, tout comme les bénéfices, par exemple bloquer les primes pendant dix ans: s'il y a des pertes la deuxième, la troisième ou la quatrième année, les primes seraient réduites de manière appropriée", a poursuivi l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale.
Le Prix Nobel 2001 a par ailleurs stigmatisé les autorités de régulation financières qui "n'ont pas fait ce qu'elles auraient dû faire". "Les réglementations elles-mêmes n'ont pas suivi les innovations intervenues sur les marchés financiers", a-t-il estimé.
Les marchés financiers ont été "mauvais dans l'évaluation des risques". "Ils n'ont pas compris la nature du risque systémique (et) sous-estimé les corrélations", a jugé M. Stiglitz.
La politique monétaire ne pourra pas à elle seule dénouer la crise, croit M. Stiglitz, qui ajoute: "Il nous faut une plus importante dose de politique budgétaire afin d'empêcher l'économie de dégringoler."

La justice soupçonne Merrill d'avoir avancé en secret ses bonus

Le Point - 11 février 2009 - Reuters (Joseph A. Giannone, version française Marc Angrand)
Merrill Lynch a secrètement avancé le paiement des bonus 2008 et a distribué au moins un million de dollars à près de 700 de ses salariés alors qu'il accumulait des milliards de dollars de pertes, écrit le procureur général de New York, Andrew Cuomo dans une lettre à Barney Frank, le président de la commission des Services financiers de la Chambre des représentants.
Cette lettre devrait être évoquée mercredi par la commission lors des auditions de dirigeants de huit banques ayant reçu au total 125 milliards de dollars de capitaux publics.
Parmi les dirigeants devant être entendus figure Ken Lewis, le directeur général de Bank of America, qui a bouclé le 1er janvier le rachat de Merrill Lynch.
Merrill Lynch a distribué les bonus liés aux résultats 2008 dès le mois de décembre, donc plus tôt que d'habitude, alors que Bank of America n'avait pas encore pris le contrôle de la société et que Merrill n'avait pas rendu public des pertes de 15,3 milliards de dollars au quatrième trimestre.
[...] Cuomo qui a commencé dès octobre à interroger les grandes banques de Wall Street sur leurs pratiques en matière de primes, explique dans sa lettre à Frank que Merrill pourrait avoir fait en sorte de verser "secrètement et prématurément" de généreux bonus que le contribuable aurait plus à financer.
"Il apparaît que, au lieu de dévoiler les projets en matière de bonus de manière transparente comme demandé par mes services, Merrill Lynch a secrètement avancé la date de fixation des bonus et a ensuite richement récompensé des dirigeants qui avaient failli", écrit Cuomo dans sa lettre [...].
Merrill a versé au total quelque 3,6 milliards de dollars (2,8 milliards d'euros environ), soit en moyenne 91.000 dollars par personne, précise le procureur général, mais ces sommes n'ont pas été équitablement réparties.
Les quatre personnes les mieux récompensées se sont partagé un montant total de 62 millions de dollars et 696 personnes ont touché au moins un million chacune.

Année record pour les bonus à Wall Street

Le Monde - 12 octobre 2010 - lemonde.fr avec AFP
A Wall Street, l'argent ne dort effectivement pas bien longtemps. Selon une étude publiée mardi 12 octobre par le Wall Street Journal, les institutions financières s'apprêtent à verser un montant record de 144 milliards de dollars (104 milliards d'euros) de rémunérations variables à leurs dirigeants et employés cette année. Ce chiffre record, qui porte sur les primes, bonus et autres stock-options des dirigeants et employés de Wall Street, dépasse de 4 % ceux versés pour l'année 2009, qui s'élevait à 139 milliards de dollars, précise le journal. L'étude porte sur 35 institutions financières : des banques, des fonds d'investissements, des maisons de courtages et des sociétés de services financiers. [...] Au total, Wall Street va verser 32 % de son chiffre d'affaires à ses employés, soit le même pourcentage que l'an dernier. Ce chiffre était de 36 % en 2007.
La question de la rémunération des financiers de Wall Street fait polémique depuis la crise financière en raison de leur montant exorbitant, alors que les autorités fédérales ont injecté des milliards de dollars pour voler au secours de plusieurs grands noms de la finance.

En 2010, les traders français ont perçu deux milliards d'euros de bonus

Le Monde - 20 mai 2011 - Le Monde.fr
Les banques françaises ont versé près de deux milliards d'euros de bonus à leurs traders en 2010. Alors qu'au plus fort de la crise, elles s'étaient engagées à réduire les rémunérations de leurs collaborateurs, les quatres principales banques françaises ayant une activité sur les marchés financiers - BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et Natixis - ont versé à leurs traders des bonus équivalents à ceux de l'année 2009.
Depuis le 1er janvier, un nouveau dispositif législatif oblige les banques à publier le montant des rémunérations versées à leurs collaborateurs. Au Crédit agricole et à la BNP Paribas, ces chiffres sont similaires à ceux versés en 2009, soit respectivement un bonus moyen de 150 000 euros et 291 000 euros par collaborateur. La Société générale a versé un bonus moyen de 198 000 euros, soit 34 000 euros de moins que l'année précédente. Chez Natixis, les primes sont en nette hausse, puisqu'elles s'élèvent en moyenne à 187 000 euros en 2010, contre 142 000 euros en 2009.
Le dispositif d'encadrement des bonus, adopté en décembre 2010, oblige un paiement de ces primes différé dans le temps. Selon le Parisien, 40 à 60% de ces primes doivent être versées sur trois à cinq ans.
Si le montant global des bonus distribués en 2010 reste constant par rapport à l'année précédente, la partie fixe de la rémunération des traders a elle augmenté de plus de 40%. Elle passe de 729 millions d'euros en 2009 à plus d'un milliard d'euros en 2010.
Un phénomène montré du doigt par l'eurodéputé écologiste Pascal Canfin. Le 7 mai, il affirmait ainsi que la France ne respectait pas la directive européenne encadrant les bonus des banquiers. Cette directive prévoit que les parts fixe et variable de la rémunération totale doivent être "équilibrées". Or, "cette notion a disparu de l'arrêté du 13 décembre qui transpose le droit européen", a déclaré le député européen dans un communiqué. Une interprétation du texte contestée par le ministère de l'économie.
Selon Libération, la Commission européenne "s'apprête à procéder à une enquête approfondie pour savoir comment les pays membres de l'Union ont transposé les textes européens et surtout comment ils les ont fait respecter".

Les banquiers responsables de la crise de retour aux manettes

Le Monde - 8 mars 2011 - Marc Roche
Trois noms pratiquement inconnus du grand public ont récemment occupé le devant de la scène financière. Trois noms qui, pour beaucoup, ne disent rien, mais qui symbolisent la philosophie d'une profession n'ayant rien appris et cependant tout compris : banquier un jour, banquier toujours. [...]
Commençons par le Français du lot. Jean-Pierre Mustier doit prendre le 21 mars ses nouvelles fonctions de directeur des activités de finance et d'investissement de l'établissement italien UniCredit, "pour pouvoir pousser certaines convictions". Ce personnage énigmatique était le patron, à la Société générale, du trader fou Jérôme Kerviel. Il en avait démissionné en 2009.
Le deuxième protagoniste est l'Américain Bill Winters, membre de la commission officielle britannique planchant sur la réforme bancaire. Cet ancien banquier d'affaires vient de s'associer avec deux locomotives de la vie des affaires, le raider Lord Rothschild et l'industriel du luxe Johann Rupert, pour créer un fonds d'investissement. Winters avait été l'un des animateurs de l'équipe de JP Morgan, qui en 1994-1997 avait inventé les credit default swaps, ces produits financiers hautement toxiques qui ont contribué à l'explosion de la planète finance.
Enfin, il y a le cas d'Alan Schwartz, dernier patron de Bear Stearns, la banque d'affaires plombée de crédits immobiliers vérolés, dont la chute en 2007 avait été le signe prémonitoire de la tourmente à venir. Après sa sortie ignominieuse, le banquier new-yorkais avait pris la tête d'un hedge fund, Guggenheim Partners. Ce fonds a annoncé la semaine dernière la création d'un département de trading utilisant ses capitaux propres, une activité très risquée et hautement spéculative désormais interdite aux banques.
Les banquiers emportés par la crise de 2008-2009 sont donc de retour, comme si de rien n'était, et par la grande porte. Et la liste est longue, très longue, à lire quotidiennement les pages de la presse financière. Le cas le plus scandaleux demeure celui d'Antigone Loudiadis, la banquière de Goldman Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour lui permettre d'entrer dans l'euro. Ce forfait lui a valu d'être promue à la tête de la compagnie d'assurances maison de GS !
[...] La déroute financière a vu des millions de ménages perdre logement, emploi, retraite. A quelques exceptions près, on retrouve aujourd'hui les mêmes patrons à la tête des grandes institutions financières. Aucun dirigeant de banque n'a été sanctionné, même dans les cas de fraude avérée sur les crédits hypothécaires. Dans ce genre d'affaires complexes, les preuves sont difficiles à réunir, et l'incompétence n'est pas un crime : telle est l'antienne officielle pour justifier ce laxisme judiciaire.
Alors que le contribuable qui a sauvé le système bancaire doit se serrer la ceinture, l'heure est à nouveau à l'octroi en toute impunité de bonus mirobolants, à Wall Street comme à la City. A Bruxelles et à Washington, le lobby bancaire a émasculé les projets de régulation, poussant même des cris d'orfraie à l'idée d'un renforcement des normes prudentielles de capital. Au mépris du civisme le plus élémentaire, les zones offshore aident les multinationales comme les grosses fortunes à s'adonner à l'évasion fiscale légale. Pour échapper à l'impôt comme au régulateur britanniques, les hedge funds londoniens auraient trouvé leur nouvelle terre promise, Malte, pour spéculer en toute quiétude.
La profession bancaire ne voit pas en quoi elle aurait failli à l'honneur ou à la morale, nous explique le consultant londonien Amin Rajan, spécialiste du leadership d'entreprise. "Les milieux financiers ont réussi à faire passer le message que la crise est la faute du système, des régulateurs, des banques centrales, des actionnaires, voire des ménages, bref, des turpitudes des autres." Dans la lecture particulière qu'ont les banquiers de la déontologie, reconnaître ses torts serait un aveu de faiblesse ou de culpabilité.
Toutefois, il faut en convenir, les banques, dont personne ne peut se passer, ne sont pas toutes à mettre dans le même sac, et certaines remplissent les fonctions normales de financement de l'économie.
Le cardinal archevêque de Westminster, Vincent Nichols, n'a pas dit autre chose en déclarant à l'adresse des banquiers : "Votre mission consiste en priorité à servir l'intérêt public." Ce prêche ne devrait-il pas être frappé au fronton du Guildhall, l'hôtel de ville de la City ?

Le capitalisme industriel familial présente des atouts importants mais risque de provoquer l'asphyxie de la méritocratie et de l'ascenseur social

Le triomphe des fils à papa

Marianne - 17 novembre 2007 - Marie-Dominique Lelièvre
Le capitalisme français est-il génétiquement modifiable? Leurs familles prospéraient, ils prospèrent, leurs fils prospéreront. Lorsqu'on parcourt le classement 2007 des fortunes de France du magazine Challenges Challenges no 88. , on croit lire un digest du Bottin mondain. Les trois personnes les plus riches de l'Hexagone sont des héritiers: Bernard Arnault, Gérard Mulliez, Liliane Bettancourt. Sur les 20 premiers, 14 sont des fils de famille, de Martin Bouygues à Serge Dassault en passant par Vincent Bolloré. Quant aux grands patrons qui ont fondé une entreprise sans en avoir hérité, la plupart tentent de créer une nouvelle dynastie familiale en passant le flambeau à leurs enfants. Ainsi, l'homme d'affaires François Pinault a transmis les commandes de son empire à son fils François-Henri, Francis Bouygues à son fils Martin, Marin Karmitz les commandes de MK2 à son fils Nathanaël (29 ans). Chez Gaumont, Sidonie Dumas a remplacé son père, Nicolas Seydoux, à la tête du directoire et le coiffeur Jacques Dessange a passé ses ciseaux à son fils cadet Benjamin.
Les calamiteuses tribulations d'Arnaud Lagardère à la tête du groupe légué par son papa montrent pourtant que le sens des affaires n'est pas héréditaire. [...] L'endogamie s'observe aussi dans la musique, au cinéma, à la télévision, où le talent n'est pas clonable. On se croirait à Monaco, Albert succédant à Rainier... Fils et filles à papa sont partout, et pas seulement dans les états-majors des entreprises. [...]
Capitalisme familial, les bons côtés. En France, les sociétés familiales ont le vent en poupe. Entre 1990 et 2006, elles ont progressé de 639% contre 292% pour le reste du CAC 40. «Un différentiel significatif qui prouve sur le long terme la robustesse de ces entreprises», indique une étude du groupe Oddo, qui fait de la gestion de patrimoine. Oddo propose même un fonds particulier, Oddo Génération, qui ne recèle que des valeurs familiales. Selon une autre enquête, du Crédit suisse, les entreprises exclusivement ou majoritairement aux mains d'une famille sont plus performantes que celles à l'actionnariat plus diversifié. Pour quelles raisons? Elles privilégient la stratégie à long terme sur la performance rapide, contrôlent le management et s'attachent à leur coeur de métier: ce qui guide une famille, c'est la préservation de son patrimoine. [...] Le capitalisme familial n'est pas une exception française et offre les mêmes performances dans toute la zone euro, où plus de la moitié des sociétés cotées sont des sociétés familiales. Mais le CAC 40 est l'indice européen qui compte le plus grand nombre de groupes familiaux. Et, caractéristique franco-française, les héritiers gèrent eux-mêmes l'entreprise qui leur a été transmise. Comme en Inde, en somme.
Capitalisme familial, les mauvais cotés. Rares, en France, sont les groupes comme L'Oréal dirigé non pas par l'héritière Liliane Bettancourt, mais par un véritable manager. Jean-Paul Agon, le nouveau patron, a fait toute sa carrière à l'intérieur du groupe depuis sa sortie d'HEC, comme avant lui lindsay Owen-Jones. Là, c'est le diplôme de grande école qui a servi de sésame. Dans la majorité des cas, les fils ou plus rarement les filles succèdent à leur père, lorsque celui-ci leur lègue une entreprise en bonne santé. «En France, il est quasiment impossible de léguer son entreprise à l'un de ses cadres. La législation privilégie la transmission familiale», note l'économiste Thomas Philippon, qui enseigne la finance à la Stem School Of Business de New York. Il est l'auteur du remarquable Le Capitalisme d'héritiers, la crise française du travail, de Thomas Philippon, Seuil [...] La loi, en exigeant que l'héritier exerce des fonctions dans l'entreprise, encourage le népotisme. «C'est comme si on sélectionnait l'équipe olympique de 2020 parmi les enfants aînés des médaillés d'or de 2000», selon le milliardaire américain Warren Buffett. En revanche, un entrepreneur ne peut léguer sa société à un cadre méritant sans être lourdement taxé.
[...] Pourquoi accorde-t-on une telle place au fils à papa en France? «Associé au paternalisme, il constitue une stratégie efficace pour limiter les conflits sociaux: l'entreprise familiale est bien adaptée à la jungle des rapports conflictuels», note Thomas Philippon. Il y a une autre raison. Même lorsqu'il n'a pas inventé la Lune comme Arnaud Lagardère, le président honoraire des amis de Roland Garros, le «fils de» naît avec un carnet d'adresses accroché au cordon ombilical. Ce qui aide beaucoup à faire des affaires. [...]
A quoi servent les gens créatifs, compétents ou méritants? Le problème, en fait, c'est qu'une entreprise est faite d'hommes, et que pour les plus talentueux cette situation est frustrante.[...]
Pourquoi les Français sont-ils malheureux au travail? [...] Appliquant une méthode statistique, comparative et historique de caractère scientifique à l'analyse de données fournies par l'OCDE, il arrive à une conclusion aussi simple que rigoureuse. S'il y a bien en France une crise du travail, elle n'est pas celle que l'on croit. Il n'y a pas de disparition du désir de travailler. Contrairement aux idées reçues, les Français accordent plutôt plus d'importance au travail que la plupart des Européens, et ils sont parmi les premiers à enseigner à leurs enfants à travailler dur. Bref, les Français ne sont pas des feignasses. Les travailleurs veulent travailler et les entrepreneurs veulent entreprendre. S'il y a d'un côté un désir de travailler et de l'autre une volonté d'entreprendre, où est le problème? «Les entreprises françaises ne pratiquent pas la promotion interne. En Allemagne, 60% des entreprises sont dirigées par des hommes entrés comme cadres. En France, 20%», dit Thomas Philippon. Les autres? Des fils à papa ou des parachutés de la fonction publique. [...]
Refusant de pleurer sur le passé, beaucoup de jeunes Français, aujourd'hui, choisissent de faire leur vie au Canada, en Chine, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, où leur diplôme dévalorisé dans l'Hexagone est recherché et respecté. Ces jeunes qualifiés trouvent à l'étranger ce qu'ils ne trouvent pas dans leurs pays.

Les apports de la doctrine sociale de l'Eglise au système économique : la 3° voie - centrée sur la raison et l'humain - entre ultra-libéralisme et socialisme ?

Les nouveaux réseaux catholiques - Interview d'Augustin de Romanet

Challenges - 27 janvier 2011 - Augustin de Romanet (directeur général de la Caisse des dépôts), propos recueillis par Marc Baudriller
Challenges. Peut-on être catholique affirmé et diriger une des plus puissantes institutions républicaines ?
Augustin de Romanet. Ce qui serait gênant, c'est qu'en raison de ses convictions religieuses, quelles qu'elles soient, on ne puisse pas exercer une responsabilité au sein des institutions de la République, dès lors que l'on est attentif, comme je le suis, à la stricte distinction entre sphères privée et professionnelle. [...] Je crois que ces valeurs aident à rechercher une société humaine et équitable, et je suis heureux de les partager.
[...] Vous distinguez vie privée et vie professionnelle. La foi n'est-elle pas une affaire strictement privée ?
Bien sûr, la foi concerne la sphère privée. Mais la liberté d'exercer sa religion dans le respect des autres religions ou opinions philosophiques est un des fondements de la loi de 1905. Dès lors que, dans cet esprit, le responsable public ne mélange pas les genres, pourquoi lui interdire de se dire chrétien ? Cela le met de plain-pied avec les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Il n'existe pas de sciences, de techniques ou de solutions « chrétiennes », mais un regard sur l'homme et sur le monde qui rejoint et respecte chacun dans sa pleine dignité de personne.
En quoi être un patron chrétien influe-t-il sur la gestion d'une entreprise ?
Les valeurs chrétiennes peuvent aider dans le management d'une équipe. J'en citerai trois : la primauté de la personne humaine, le souci du long terme et le sens de la vérité.
D'abord, le christianisme place le bien de l'homme et de la femme au coeur de ses préoccupations. C'est un point essentiel : ne jamais considérer les salariés comme de simples moyens pour l'obtention d'une fin. La deuxième valeur est l'importance du long terme. Pour les chrétiens, c'est la vie éternelle qui donne tout son souffle au progrès humain. Enfermé dans une histoire courte, l'homme risque de se limiter à la croissance de l'avoir. Sans profondeur de champ, le progrès peut manquer de sens. La vision du long terme permet de « bâtir sa maison sur le roc » pour anticiper et maximiser la croissance de nos projets.
La troisième valeur qui peut servir de référence au manager est le souci de la vérité. « Sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n'y a pas de conscience ni de responsabilité sociale et l'agir social devient la proie d'intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d'entraîner la désagrégation de la société », écrit Benoît XVI dans Caritas in veritate. Sans vérité, pas de confiance et, sans confiance, il est difficile de construire la paix et la prospérité. Mais attention, vérité ne veut pas nécessairement dire transparence absolue dans l'entreprise. Le plus important est que celle-ci se donne des règles de gouvernance claires, et que le mensonge soit exclu de sa culture.
Entre libéralisme et socialisme, le Vatican prône une troisième voie, la doctrine sociale de l'Eglise. Crédible ?
S'il s'agit de rejeter à la fois le collectivisme et le système du renard en liberté dans le poulailler, alors l'Eglise voit juste. Son approche est d'ailleurs modeste. Dans la préface du document de 2005 présentant la doctrine sociale de l'Eglise, le cardinal Martino souligne que ses interventions dans le domaine social « ne semblent pas à première vue relever de sa compétence », mais qu'il est utile que chacun connaisse ses réflexions. Pour ma part, je me référerai au général de Gaulle, dont la pensée économique est proche de cette doctrine. Condamnant le laisser-faire et le communisme, il prônait une troisième voie, « la construction d'un régime économique qui règle les rapports humains de telle sorte que chacun participe directement aux résultats de l'entreprise, à laquelle il apporte son effort ». Il était attaché au développement de l'intéressement et de la participation qui apportent aux individus la dignité d'être coresponsables d'une oeuvre collective.
Les origines chrétiennes de l'Europe sont-elles un atout ?
Plus que des origines, elles sont un modèle de rapport à soi et à l'autre. Le professeur Rémi Brague a montré comment l'Europe avait pu réitérer le modèle romain fondé sur la reconnaissance de la supériorité de la culture grecque et sa réinterprétation. La chrétienté a assumé cet héritage, comme celui de la culture juive. Les origines de l'Europe, ce sont les Evangiles, mais aussi Aristote, Cicéron et la Torah. L'Europe dispose ainsi d'un logiciel intégré d'apprentissage et d'ouverture qu'elle s'est efforcée de diffuser dans le monde. Un autre apport décisif du christianisme est la distinction entre Dieu et César. Elle libère de la tentation d'absolutisme-totalitarisme qui conduit si souvent les dirigeants à vouloir se rattacher à la source ultime du pouvoir dans sa dimension religieuse.

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