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Précarité économique et lutte contre la pauvreté monétaire et financière en France

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Seuil de pauvreté : pauvreté relative et pauvreté absolue

Etre pauvre au XXI e siècle

Les Echos - 23 septembre 2010 - Gérard Moatti
Vaincre la pauvreté : au cours du dernier quart de siècle, ce thème s'est imposé dans les agendas politiques. Il a dominé la récente assemblée générale de l'ONU, qui a dressé le bilan des objectifs du Millénaire pour le développement, solennellement proclamés il y a dix ans. Bilan mitigé, et surtout difficile à interpréter, car la pauvreté n'est pas une réalité simple. Julien Damon, spécialiste reconnu de la question, guide le lecteur dans cette forêt de concepts et d'indicateurs qui donnent aux politiques anti-pauvreté une allure technocratique, mais qui sont nécessaires pour cerner la diversité des situations.[...]
Les difficultés commencent avec les définitions : pauvreté « relative » ou « absolue » ? Dans la plupart des pays européens, sont considérés comme pauvres les ménages dont les revenus sont inférieurs à 50 % ou 60 % du revenu médian. Les Etats-Unis, eux, prennent comme critère un seuil de revenus exprimé en dollars - définition adoptée aussi pour les pays en développement : selon l'ONU, la part de la population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour est passée de 46 % en 1990 à 27 % en 2005. Mais la pauvreté n'est pas seulement monétaire : pour le Nobel d'économie Amartya Sen, elle se définit par l'étroitesse des « capacités » dont disposent les individus pour choisir leur vie. Cette approche a inspiré la confection d'une batterie d'indicateurs, utilisés par les Nations unies, prenant en compte l'état sanitaire du pays, le statut des femmes, le niveau d'éducation, etc., et synthétisés dans l'indice de développement humain (IDH).

En Inde, la pauvreté commence à moins de 0,38 euro par jour

Le Monde - 21 septembre 2011 - Lemonde.fr avec AFP
La commission économique au plan en Inde a affirmé qu'un villageois gagnant au moins 0,38 euro par jour n'était pas pauvre et ne pouvait, de facto, bénéficier d'aides sociales. Quiconque vivant avec un salaire supérieur à ce seuil peut subvenir à ses besoins en "nourriture, éducation et santé", a assuré l'organisme. Un chiffre contesté par les experts, et bien en deçà du seuil fixé par la Banque mondiale.
Les personnes ayant un salaire quotidien de 25 roupies (0,38 euro) à la campagne et de 32 roupies (0,48 euro) en ville ne devraient pas pouvoir bénéficier des plans d'aide gouvernementaux, a indiqué la commission au plan dans une note adressée mardi 20 septembre à la Cour suprême.
Cette recommandation de la commission au plan était une réponse à une requête de la Cour suprême concernant une réactualisation des chiffres du seuil de pauvreté en Inde dans un contexte d'envolée des prix fragilisant encore davantage les plus défavorisés. Les derniers chiffres du seuil de pauvreté, fondés sur des niveaux de prix datant de 2004-2005, étaient de 19 roupies par jour pour un citadin et de 15 roupies pour un villageois.
La révision proposée par la commission au plan – et approuvée par le cabinet du premier ministre, Manmohan Singh – reste néanmoins bien loin du seuil de pauvreté de 0,91 euro fixé par la Banque mondiale. Le chiffre réactualisé a été contesté par des experts qui y voient une tentative gouvernementale de réduire articiellement le nombre de pauvres. Selon la commission au plan, environ 360 millions de personnes, soit plus d'un tiers de la population, de 1,2 milliard d'habitants, bénéficient actuellement d'aides alimentaires.

Près de 8 millions de personnes pauvres en France

Le Figaro - 28 septembre 2010 - Anne-Hélène Pommier
Le niveau de pauvreté stagne en France. Selon l'Enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS) publiée ce mardi par l'Insee, l'institut français des statistiques, 13% de la population vivait au dessous du seuil de pauvreté en 2008. Soit un peu plus de 7,8 millions de personnes, dont 1,6 million (30%) de familles monoparentales.
S'il reste considérable, ce chiffre s'inscrit pourtant en léger recul par rapport à l'année précédente: 13,4% des Français avaient des revenus inférieurs au seuil de pauvreté en 2007. C'est-à-dire plus de 8 millions de personnes.
[...] D'apès les statistiques, le seuil de pauvreté se situait en 2008 à 949 euros mensuel, contre 910 euros un an plus tôt. Ce montant est égal à 60% du niveau de vie médian, c'est-à-dire qu'il y a autant de Français qui disposent de revenus supérieurs que de personnes ayant un niveau de vie inférieur. En 2008, ce revenu médian s'établissait à 1580 euros mensuel (environ 19. 000 euros par an) contre 1510 en 2007 (18.700 euros).
Quant aux 10% les plus aisés de la population, leur niveau de vie annuel est supérieur à 35.550 euros. Soit 3,4 fois plus élevé que les revenus des 10% les moins riches (10.520 euros). Un rapport qui reste le même qu'en 2007. L'Insee relève d'ailleurs que les inégalités ont globalement peu évolué ces dernières années. «En 2008, les 20% des personnes les plus aisées détiennent 38,3% de la masse des niveaux de vie, soit 4,2 fois celle détenue par les 20% des personnes les plus modestes».

Qui sont les nouveaux pauvres ? La précarisation croissante des jeunes, catégorie de la population la plus touchée par la pauvreté

Les jeunes sont les plus touchés par la pauvreté, selon le Secours catholique

Le Monde - 8 novembre 2011 - LEMONDE.FR avec AFP
Les jeunes de 18 à 25 ans sont les plus touchés par la pauvreté, souligne le Secours catholique dans son rapport annuel 2010, rendu public mardi 8 novembre. L'association constate une hausse régulière des personnes ayant eu recours à ses services, dont une majorité de familles.
Près d'1,5 million de personnes ont bénéficié en 2010 de l'aide du Secours catholique (+2,3 % par rapport à 2009), dont 702 000 enfants. Les familles représentent plus de la moitié des situations. Malgré une hausse du niveau de vie moyen des ménages accueillis par le Secours catholique (576 euros en 2010, +5 % par rapport de 2009), cela "n'est pas suffisant pour qu'ils puissent sortir de l'extrême pauvreté. Plus de 90 % des ménages rencontrés vivent au dessous du seuil de pauvreté (954 euros pour une personne seule, selon l'Insee en 2009)", note le rapport.
Autre constat : pour la première fois, la proportion de personnes ayant un niveau d'étude supérieur (39,8 %) est plus importante que celle n'ayant pas dépassé le primaire (36,6 %). Cela démontre que "même le niveau d'étude supérieur ne met pas à l'abri de la pauvreté", souligne Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique.
Les 18-25 ans représentent 12 % des bénéficiaires, alors qu'ils représentent environ 10 % de la population française totale, précise le rapport. Ils "sont aujourd'hui les plus touchés par la pauvreté, bien plus que les personnes âgées", assure Bernard Thibaud, estimant que "près d'un jeune sur cinq" est concerné.
"Le passage du jeune à l'âge adulte est devenu plus difficile car les trois facteurs qui soutenaient son autonomie (la famille, l'emploi, le logement) sont fragilisés", explique-t-il. "La pauvreté croissante des jeunes est d'abord liée à la pauvreté des familles. Les familles en difficultés gardent tout autant que les autres leurs enfants avec elles tant qu'ils ne sont pas indépendants, mais cette prise en charge pèse lourdement sur le budget quand elles ne perçoivent plus d'allocations familiales pour eux", rappelle-t-il.
Plus d'un tiers de ces jeunes (36,1 %) vit dans des "substituts de logement" (hôtel, amis, centre d'hébergement, abris de fortune, caravane...). Peu accèdent à des logement sociaux. Ils rencontrent "de vraies difficultés à stabiliser leur vie professionnelle", ont peu de ressources (784 euros par mois en moyenne) et des contrats de travail précaires, insiste le Secours catholique qui préconise la création d'une allocation de soutien à l'autonomie des jeunes et l'extension du RSA "activité" (qui vient s'ajouter à un petit salaire) dès 18 ans.
Par ailleurs, plus de 30 % des 18-25 ans rencontrés sont sans ressource et plus de 40 % au chômage. Le Secours catholique distingue les jeunes "en extrême précarité (17 %)", souvent des hommes d'Europe de l'Est et d'Afrique subsaharienne sans titre de séjour et des jeunes Français en rupture familiale et à la rue.
Mais les jeunes en recherche d'emploi, étudiants ou en formation, sans soutien familial suffisant ni logement stable, sont également nombreux (21 %). L'association recense aussi les jeunes travailleurs (14 %), majoritairement des femmes au chômage indemnisé ou en emploi précaire, les jeunes mères bénéficiaires du RSA (22 %), qui ne vivent que de transferts sociaux, les jeunes familles étrangères, en habitat très précaires (9 %) et les jeunes familles françaises qui basculent dans la pauvreté après un accident de vie (17 %).

Les jeunes sont mal partis

Le Monde - 3 janvier 2011 - Louis Chauvel (sociologue, professeur à Sciences Po)
Dans les sociétés vieillissantes, la surdité aux problèmes sociaux des générations à venir peut devenir un vrai souci. Mais c'est là un symptôme plus que la cause profonde du mal, qui n'a rien de nouveau. Ce qui est inédit, en revanche, relève de la profondeur du déni d'un phénomène qui s'amplifie. Mon expérience, douze ans après la première édition du Destin des générations, me permet d'en établir le constat : depuis 1998, nous n'avons rien fait, alors que nous savions. Chaque fois, les périodes de rémission ont donné l'illusion du rétablissement, mais, en réalité, la situation s'est dégradée.
Quels sont les symptômes de ce mal-être collectif ? Les plus visibles relèvent des difficultés de la jeunesse. Nous le savons, trente-cinq ans après l'extension du chômage de masse, la jeunesse a servi de variable d'ajustement. Chômage record, baisse des salaires et des niveaux de vie, précarisation, développement de poches de travail quasi gratuit (stages, piges, free-lance, exonération de charges, etc.), nouvelle pauvreté de la jeunesse, état de santé problématique et faible recours aux soins, absence d'horizon lisible.
[...] Nous observons un triple déclassement. Scolaire d'abord, la jeunesse étant maintenant de classe moyenne du point de vue des diplômes, mais en deçà de la classe ouvrière du point de vue des revenus. Au-delà de la valeur des diplômes, le déclassement est aussi intergénérationnel, avec une multiplication attendue des trajectoires sociales descendantes par rapport aux parents.
Il est aussi systémique, puisque, avec la chute des nouvelles générations, ce sont leurs droits sociaux futurs qui sont remis en cause : leur développement humain aujourd'hui, leur capacité à élever leurs enfants demain, et leurs retraites après-demain. Il s'agit donc de la régression du système social dans son entier, et pas simplement celui d'individus. Par-dessus tout, une frustration générale envahit les esprits devant l'accumulation des promesses non tenues : celle du retour au plein-emploi grâce au départ à la retraite des premiers-nés du baby-boom (rapport Teulade de 1999), de meilleurs emplois par la croissance scolaire, dans un contexte où le travail seul ne permet plus de se loger. Il s'ensuit une colère, voire une haine, qui se détecte clairement dans la jeunesse de 2010 et que le mouvement sur les retraites a paradoxalement canalisée.
Il reste que la symptomatologie n'est pas un diagnostic. Celui-ci relève du refus collectif de regarder lucidement notre long terme, et du caractère profondément conservateur, rentier, de la société française dans son entier. [...]
A droite comme à gauche, l'enjeu est de servir les droits acquis plutôt que de développer ceux de demain. Depuis plus de dix ans, la première information sur les sites Internet des grandes centrales syndicales relève de la retraite, et celui des banques vante les placements à bons taux et sans risques auprès de leurs clients. Notre économie est un capitalisme d'héritiers de énième génération où les nouvelles fortunes peinent à faire leur place, et notre Etat-providence nourrit les jeunes pauvres au travers des retraites de leurs ascendants.
[...] Faut-il s'étonner dès lors que notre Assemblée nationale, la plus vieillie au monde, fondée sur la quasi-absence des moins de 50 ans, professionnalisée autour de députés mâles sexagénaires réélus depuis plus de vingt ans, cumulant souvent un mandat et de généreuses retraites, réforme les pensions en conservant ses propres droits acquis et fait porter l'ajustement sur les députés de demain, absents des débats.
Il s'agit de comprendre que ce jeu est "idéal-typique" de notre pays, où les derniers retraités aisés du début du baby-boom décident de l'appauvrissement des générations nées trop tard, victimes muettes d'enjeux où leur absence est sciemment organisée. C'est là une racine de notre mal : le diagnostic de 2010 montre que les "nouvelles générations" nées après 1955, celles entrées dans le monde du travail après 1975 dans le contexte du plein chômage, ont été affectées de façon durable, voire définitive. Derrière ces premières cohortes de vétérans de la guerre économique, les suivantes ont accumulé des handicaps croissants qui forment des cicatrices durables sur le corps social.
[...] Les seniors de 2010, qui sont propriétaires sans remboursement d'emprunt dans plus de 70 % des cas, ont été les grands bénéficiaires - par les plus-values longues, et donc non imposables - de la crise du logement payée au prix fort par les jeunes actifs. Les seniors urbains des classes moyennes supérieures n'ont jamais vécu aussi à l'aise dans des logements sous-occupés, le couple type de 60 ans vivant à deux dans un cinq-pièces, alors que les jeunes familles sont tenues de s'entasser dans de petites surfaces.

Une paupérisation qui menace la démocratie

Le Monde - 3 janvier 2011 - Louis Chauvel (sociologue, professeur à Sciences Po)
Le logement est le lieu d'observation idéal d'un phénomène plus général. Les jeunes seniors aisés habitent les centres-villes, où sont les emplois et les médecins, quand les jeunes actifs doivent se loger toujours plus loin, disposer de plusieurs automobiles (d'occasion), assurances, pleins d'essence, pour trianguler maison, école et travail. Prise dans le ciseau des salaires et du logement, leur capacité à élever leurs enfants est mise en défaut [...].
Il en résulte une multiplication des jeunesses avec la prolongation de la crise : à la première jeunesse aux études [...], succède la deuxième, entre l'âge de 23 et 28 ans, dans la transition douloureuse vers l'emploi, la précarité ou le chômage. Une troisième jeunesse se structure, qui se prolonge souvent bien au-delà de 30 ans, faite du constat que le travail ne permet plus de se loger décemment sans le soutien patrimonial de parents riches et généreux (ou morts). Eloignée des centres de décision, cette "tiers-jeunesse" voit son revenu grevé en loyers ou remboursements, son temps libéré évaporé dans les transports et les loisirs pauvres.
Ces jeunes, de moins en moins jeunes, découvrent, à 40 ans, que, si nous sommes jeunes de plus en plus vieux, ils sont vieux de plus en plus jeunes, ce que leur DRH (direction des ressources humaines) sait rappeler à temps.
Cette dynamique de vieillissement se développe dans le silence sidéral des victimes. Les soulèvements n'ont jamais été le fait des acteurs les plus faibles. C'est ainsi que la société française s'est enfermée sans bruit dans une "seniorisation" de son Etat-providence, de son patrimoine (on hérite en moyenne à l'orée de la retraite), mais aussi de ses institutions décisionnaires (le renouvellement du Conseil économique, social et environnemental laissant perplexe). Le pronostic qui en résulte est réservé : isolées dans un non-rapport à la politique, les victimes de ces transformations ont perdu en information, en relation aux syndicats et aux partis censés les représenter, et l'intelligentsia relaie plus souvent le déni que la réalité des faits.
Le scénario noir est écrit : vieillissement des victimes, qui, de jeunes chômeurs et de travailleurs précarisés, deviendront, en 2020 et au-delà, les retraités paupérisés.
Il n'y aura donc pas de deuxième chance pour ceux qui n'ont pas eu la première, jusqu'au redémarrage qui fera émerger une nouvelle jeunesse qui brisera la chaîne de la dette vis-à-vis des générations passées. Ou, bien sinon, l'enfermement sur le passé nous promettra au déclassement systémique, si ce n'est les deux.

Au-delà du manque de moyens, de ressources ou de revenus : la pauvreté de la solitude

analyse Pauvreté et solitude sont fortement liées. Remettre la famille au coeur de la société, positionner la famille durable en valeur intangible, serait donc un moyen efficace et peu coûteux de lutter simultanément contre la pauvreté et la solitude.

...plus d'informations sur l'importance de la famille pour la société

Les Français les plus pauvres sont aussi les plus seuls

La Croix - 5 juillet 2011 - Franck Berteau
La pauvreté multiplie par deux le risque de solitude. C’est ce que montre une étude de la Fondation de France [...]. Selon cette enquête, menée auprès de 4 006 personnes, 18 % de ceux qui déclarent des revenus cumulés du ménage inférieurs à 1 000 € par mois ne développent aucune relation stable, que ce soit avec leur famille, leurs amis, leurs voisins, ou bien au travail ou au sein d’une association.
En moyenne, les Français ne sont que 9 % dans ce cas. Selon Odile de Laurence, responsable de l’Observatoire de la Fondation de France, cela peut s’expliquer par le fait que « la déficience de moyens financiers engendre un accès restreint aux transports, à des lieux de sociabilité et une réticence à accueillir des invités à domicile, par manque de place notamment ».
Autre enseignement de cette étude : l'incidence de la précarité économique sur l'isolement se révèle aux alentours de 30 ans. Une période durant laquelle la réussite financière devient cruciale pour l’insertion sociale. La vie étudiante s'achève et, avec elle, un mode de vie collectif dans lequel les divergences de revenus n’entrent pas en ligne de compte.
L'arrivée sur le marché du travail et la construction d’un foyer familial changent la donne. Ainsi, 20 % des personnes de 30 à 39 ans vivant sous le seuil de pauvreté n'entretiennent que des rapports épisodiques – quelques fois par an – avec leur famille, leurs amis, leurs collègues ou encore leurs voisins. « Durant cette tranche d'âge se manifestent les premières ruptures socio-économiques, comme les pertes d'emploi, les divorces ou les séparations », précise Odile de Laurence.
Des facteurs qui pèsent d'autant plus qu'ils touchent des individus en situation précaire. L'enquête montre ainsi que la pauvreté accroît les risques induits par les autres causes d'isolement - comme le handicap ou le veuvage, qui influent négativement sur la vie sociale. Quant au départ des enfants du foyer familial, il fragilise les structures monoparentales.
« Les enfants représentent un puissant vecteur de sociabilité », commente la responsable de l’Observatoire de la Fondation de France. À tel point que 26 % des foyers précaires monoparentaux se retrouvent en situation d’isolement lorsque cette étape de la vie survient.
Julien Damon, sociologue et professeur associé à Sciences-Po, diagnostique « une monoparentalisation de la pauvreté : auparavant, on était pauvres mais dans certaines familles, on était très nombreux. Aujourd’hui, ce sont les familles monoparentales qui sont particulièrement exposées à la pauvreté. »
La famille, justement, ne constituerait pas un rempart efficace contre l’isolement, s’il faut en croire cette étude. 23 % des personnes interrogées déclarant un revenu mensuel inférieur à 1 000 € n’ont accès qu’à un seul réseau de sociabilité. Et pour 41 % d’entre elles, c’est le réseau amical, alors que seulement 13 % se tournent vers les parents proches ou éloignés.
Avec 29 %, le voisinage arrive même devant la famille. « On peut imaginer que la précarité économique réduit les déplacements, interprète Odile de Laurence. La capacité à se sociabiliser dépend alors de la proximité géographique. »
Si la pauvreté convoque la solitude, l’inverse se vérifie également. « Aujourd’hui, l’isolement conduit aussi à la précarité, analyse Julien Damon. Ces deux dynamiques s’auto-entretiennent. D’ailleurs, il ne faut jamais oublier que la pauvreté ne doit pas être uniquement envisagée sur le plan monétaire : l’absence de lien social la définit autant que l’argent. »
Ce déficit de lien social, les relations virtuelles ne viennent pas le compenser. À l’heure où l’offre de réseaux sociaux et de sociabilité sur Internet explose, les plus pauvres ne semblent pas en profiter. Selon l’étude, seuls 6 % des personnes disposant d’un revenu inférieur à 1 000 € par mois ont recours aux réseaux virtuels.
« Finalement, ces solutions Internet d’échange constituent plutôt des éléments d’activation de sociabilités existantes, analyse Odile de Laurence, et non des éléments de resocialisation de personnes esseulées. »

Les plus pauvres sont aussi les plus seuls

Le Monde - 7 juillet 2011 - Le Monde.fr
La solitude touche quatre millions de personnes de plus de 18 ans en France. Mais être pauvre accentue encore le risque d'isolement, révèle une étude publiée mercredi 6 juillet par la Fondation de France.
"Globalement, et nous le savions, la précarité économique multiplie par deux le risque d’isolement relationnel. Nous apprenons désormais qu’elle accélère son arrivée : si l’on est en situation de pauvreté, l’exposition à l’isolement est forte dès trente ans, alors qu’en moyenne nationale, les risques ne sont significatifs qu’à partir de quarante ans", indique Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France.
Selon l'étude, 18 % des personnes déclarant des revenus inférieurs à 1 000 euros par mois sont en situation objective d'isolement, contre 9 % dans l'ensemble de la population française. Et entre 30 et 39 ans, 20 % des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté sont en situation d’isolement relationnel, contre 3 % en moyenne. "La déficience de moyens financiers engendre un accès restreint aux transports et à des lieux de sociabilité ainsi qu'une réticence à accueillir des invités à domicile, par manque de place notamment", avance Odile de Laurens, responsable de l'observatoire de la Fondation de France, dans le journal La Croix, mercredi.
La pauvreté amplifie également les effets négatifs générés par d'autres facteurs. "Si elle s’ajoute à une situation de handicap, la pauvreté multiplie par trois le risque de solitude, si elle intervient dans une situation de divorce ou de veuvage, elle le multiplie par deux. Ainsi les fractures s’aggravent-elles mutuellement", ajoute Francis Charhon.
"L’insertion durable dans la vie sociale repose en grande partie sur la capacité des individus à diversifier leur vie sociale", rappelle l'étude. La solitude se définit d'ailleurs précisément par la situation des "personnes qui n'ont aucune relation sociale significative au sein des cinq grands réseaux de sociabilité : réseau familial, réseau professionnel, réseau associatif, réseau amical, réseau de voisinage".
Or, les personnes pauvres (soit celles vivant avec moins de 949 euros par mois, selon la définition de l'INSEE) ont plus de difficulté que les autres à développer plusieurs réseaux de sociabilité, ce qui les rend plus vulnérables. Parmi ces personnes, seules 21 % bénéficient d'au moins trois réseaux différents de relations, contre 36 % dans l’ensemble de la population.
Et contre toute attente, la famille n'est pas le réseau le plus commun : "il s’agit le plus souvent d’un réseau construit autour des sociabilités amicales (41 %)", indique l'étude. Et en second, pour 29 % des personnes en situation de pauvreté, la vie sociale s'organise uniquement autour de leurs relations de voisinage. Loin devant les relations familiales (13 %) ou professionnelles (4 %). Les difficultés que rencontrent les personnes en situation précaire à se déplacer pourraient favoriser une sociabilité relative à la proximité géographique.
Mais si la pauvreté accentue la solitude, la réciproque est également vraie, rappelle Julien Damon, sociologue et professeur associé à Sciences-Po, dans La Croix : "L'isolement conduit aussi à la précarité. Ces deux dynamiques s'auto-entretiennent. La pauvreté ne doit pas être uniquement envisagée sur le plan monétaire : l'absence de lien social la définit autant que l'argent."

Réxsultats de la lutte contre la pauvreté et écart entre inégalités mesurées et inégalités ressenties

La France championne de la réduction des inégalités

Les Echos - 10 avril 2009 - Jean-Francis Pécresse
C'est un rapport oublié de l'OCDE. Publié en octobre 2008, il n'a trouvé aucun écho dans notre pays. Probablement parce que, à ce moment-là, les Français avaient la tête ailleurs ; ils découvraient, effarés, l'ampleur de la crise économique. Sans doute aussi parce que ses conclusions heurtent une conviction ancrée dans notre conscience collective. Intitulé « Croissance et inégalités », ce rapport montre que, loin d'être à la traîne, la France est championne de la réduction des inégalités. Parmi les trente membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques, la France est l'un des rares - avec l'Australie, la Grèce, le Mexique et le Royaume-Uni - où les écarts de revenus et le taux de pauvreté aient diminué au cours des vingt dernières années. C'est même « le pays où les inégalités ont le plus baissé », selon Martine Durand, responsable du département des affaires sociales de l'Organisation.
Cette évolution est appréhendée au travers de deux indicateurs. L'un, appelé « coefficient de Gini », est très utilisé dans les comparaisons internationales. Il mesure la dispersion des revenus. Au milieu des années 1980, il plaçait la France dans le peloton, en position moins favorable que l'Allemagne par exemple. Au milieu des années 2000, il la situe dans le groupe de tête des pays de l'OCDE. L'autre indicateur est le taux de pauvreté, retenu par l'organisation internationale comme la proportion de personnes vivant avec moins de la moitié du revenu médian (celui qui sépare la population en deux parties égales). Ce taux de pauvreté est passé en vingt ans de plus de 8 % à 7 %.
Surtout, la France a réduit ses inégalités de revenus, mais elle est aussi fort bien classée dans le palmarès des pays industrialisés. Dans l'OCDE, les 10 % de personnes les plus riches gagnent, en moyenne, neuf fois plus que les 10 % les plus pauvres. D'un pays à l'autre, les différences sont considérables. Ainsi, les revenus du décile d'Américains les plus aisés sont-ils seize fois supérieurs à ceux du décile le moins favorisé. Au Canada, en Espagne, au Japon ou au Royaume-Uni, les riches gagnent neuf à dix fois plus que les pauvres. En France, l'écart n'est que de un à six, comme dans les pays nordiques. Dans son « Portrait social 2008 », l'Insee parvient à un chiffre identique : un rapport de 6,62 entre les niveaux de vie moyens des premier et dernier déciles de population. Quant à la pauvreté monétaire, elle est moindre dans notre pays que dans 24 pays de l'OCDE.
Cette performance inattendue en matière de réduction des inégalités s'explique, en partie, par les contre-performances des autres : pendant vingt ans, le fossé entre riches et pauvres s'est creusé dans les trois quarts des pays industrialisés. Mais nos résultats sont aussi le reflet de nos politiques. Pour Martine Durand (OCDE), les inégalités de revenus ont reculé en France en raison de l'importance du salaire minimum (plus de 60 % du salaire médian), du nombre d'emplois créés (fussent-ils peu qualifiés) et de notre généreux système de redistribution. Ce n'est, toutefois, qu'une part de l'explication. Car, selon une formule de Martin Hirsch, haut-commissaire du gouvernement, « aucun pays ne peut réduire la pauvreté sans un niveau élevé de dépenses sociales, mais un niveau élevé de dépenses sociales ne suffit pas à réduire la pauvreté ». En fait, ces chiffres montrent bien, que, à l'inverse de ce qui s'est passé dans la plupart des pays développés, la croissance économique a plutôt plus bénéficié en France aux plus pauvres qu'aux plus riches.
Bien sûr, les conclusions de l'OCDE peuvent être nuancées, à la marge. Les arguments en ce sens ne manquent pas. Les inégalités ne sont pas exclusivement financières et la pauvreté pas seulement monétaire. Et en Europe, on l'évalue plutôt au-dessous de 60 % et non de 50 % du revenu médian. Certains économistes préfèrent mettre en avant les écarts de revenus, considérables, entre le 1 % de la population le plus riche et le 1 % le plus pauvre. Si elle est, par nature, sans grande portée macroéconomique, cette observation est d'un grand intérêt sociologique. Elle illustre, en effet, ce que les auteurs du rapport, Michael Förster et Marco Mira d'Ercole, appellent l'« effet "Gala" » : étalés dans la presse, les revenus d'une infime minorité témoignent, aux yeux de la majorité, d'une grande injustice. C'est une explication plausible à l'écart patent entre inégalités mesurées et inégalités ressenties.
Le sociologue Julien Damon distingue, lui, des composantes spécifiquement françaises de ce décalage : la fragilité des revenus et des protections offerts par l'accès au travail, un « lamento compassionnel collectif », des frustrations individuelles face à une offre de consommation de plus en plus abondante, une culture de « défiance sociale ». Reste une objection : si les fruits de la croissance ont été mieux répartis qu'on ne le pensait, la crise a pu récemment inverser le mouvement. Les évaluations manquent encore, mais si, d'un côté, l'explosion du chômage accroît le risque de paupérisation, de l'autre, les revenus du patrimoine se sont effondrés et la France, par exemple au travers de la « taxe RSA », amplifie plutôt qu'elle ne le réduit l'effort de redistribution.

Pour aller plus loin

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