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Blues et mal-être des enseignants et des professeurs
de l'enseignement primaire et secondaire

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Un malaise visible chez les enseignants : absentéisme, burn-out, épuisement, usure, démissions, baisse des candidatures aux concours de l'enseignement primaire et secondaire

Un professeur sur six en «burn-out»

Le Figaro - 21 octobre 2011 - lefigaro.fr
Les professeurs de collèges et lycées sont 17% à être touchés par le «burn-out», ce phénomène d'épuisement physique, mental et émotionnel, contre 11% dans les autres professions, révèle une étude de deux spécialistes [Georges Fotinos, ancien inspecteur général de l'Education nationale, et José-Mario Horenstein, médecin psychiatre de la Mutuelle générale de l'éducation nationale (MGEN)] publiée dans Le Monde. «Près de 30% des enseignants interrogés ont dit songer, souvent, à quitter le métier», explique Georges Fotinos, [...] coauteur de cette enquête réalisée auprès de 2100 personnels de 400 établissements. «Les différences entre les sexes et entre les établissements -en zone urbaine, en zone rurale, en ZEP...- sont moins déterminantes que le facteur âge. Les jeunes en dessous de 30 ans sont plus exposés», ajoute-t-il.
Crise de l'autorité, classes parfois surchargées et plus hétérogènes qu'il y a 20 ans, manque de soutien de l'institution, difficultés face au rythme des réformes, quasi-absence de médecine de prévention, manque d'organisation des enseignants eux-mêmes en collectifs de travail... Telles sont les raisons avancées par les professeurs pour expliquer ces sentiments d'impuissance et de solitude.
Ce n'est pas un hasard si les enseignants sont les seuls, avec la police, à bénéficier des services d'un établissement psychiatrique dédié, l'Institut Marcel-Rivière surnommé «la Verrière», dans les Yvelines. Près de 1000 patients s'y font soigner chaque année.
Les souffrances et l'épuisement de nombreux enseignants ont été largement mis en lumière depuis le suicide la semaine dernière d'une professeure dans son lycée de Béziers.
Au-delà des syndicats, qui pour beaucoup ont parlé d'un «drame révélateur du malaise enseignant», le père et les collègues de Lise Bonnafous, 44 ans, ont dit que son geste dépassait sa seule personne. «Son message désespéré était celui-ci: il faut refonder, à tout prix, une nouvelle et authentique école de la République, celle où primaient les valeurs du civisme et du travail; celle où le professeur était au centre de tout; celle où l'enfant du peuple pouvait devenir fils de roi», a écrit le père dans un mail adressé à Midi Libre et publié mercredi. «Son geste appelle à la solidarité de l'ensemble des personnels et témoigne de notre difficulté à accomplir notre mission. Nous attendons donc l'engagement responsable de nos autorités. Nous pensons très fort à Lise», avaient déclaré ses collègues dès vendredi.
Selon Françoise Lantheaume, sociologue à Lyon-2, «il y a des souffrances extra-ordinaires, comme celle de cette femme, mais elles sont rares. Et il y a des souffrances ordinaires: les enseignants français expriment massivement des sentiments d'usure, d'impuissance et d'abandon». «Je l'ai constaté il y a une dizaine d'années déjà en collèges et lycées, je le vois maintenant en primaire», a-t-elle ajouté.

45% des instituteurs ont posé un congé maladie l'an dernier

Le Figaro - 29 juin 2009 - Bastien Hugues
Selon une enquête du ministère de l'Education nationale portant sur les écoles maternelles et primaires et révélée lundi par RTL, 45% des professeurs des écoles ont posé au moins un congé maladie l'année dernière, une proportion deux fois plus importante que chez les salariés du privé (22%).
Dans le détail, les 283.772 enseignants titulaires du primaire ont été absents en moyenne 11 jours par an (contre 9 pour les salariés du privé) et ont cumulé quelque 3 millions de jours d'absence. [...] Ces absences ont connu des pics avant et après les vacances de Noël (12.000 enseignants absents par semaine), ainsi qu'autour des ponts du mois de mai, qui concentrent à eux seuls 80% des arrêts de courte durée. Quant aux 30.000 professeurs des écoles remplaçants, leur absentéisme est encore plus élevé, avec 17 jours déclarés en moyenne. Et selon l'enquête du ministère, sur dix jours d'absence d'un enseignant titulaire, seuls six sont réellement remplacés.

Des vacataires pour remplacer les instits absents?

Libération - 2 décembre 2009 - AFP
Le rapport du cabinet d’audit «révèle des dysfonctionnements du système de remplacement des maîtres du primaire», selon Le Monde, qui indique que les remplaçants sont eux-mêmes absents 17,4 jours par an en moyenne, soit plus que les titulaires! 45% des enseignants du primaire ont au moins un arrêt maladie par an, 8,3% en ont plus de trois, avec une durée moyenne de 6,2 jours par arrêt maladie, soit un total de 2 millions de jours de congés maladie par an, selon Le Monde, citant ce rapport dont certaines données avaient été dévoilées en juin par RTL. Lorsqu’on inclut les congés maladie ou de formation, la moyenne est de 11,1 jours d’absence par enseignant et par an dans le primaire.
L’absentéisme dans l’enseignement public est deux fois plus élevé que dans le privé, précise Le Monde. «55% des congés de 24 heures et 81% des congés de 48 heures ont lieu juste autour du week-end et suggèrent un léger potentiel de réduction», plaide le rapport, qui souligne par ailleurs la remontée des maladies au mois de mai, selon Le Monde.

Absentéisme des profs : les pistes de Luc Chatel

Le Figaro - 21 janvier 2010 - Natacha Polony
Selon la FCPE, le non-remplacement des professeurs absents ferait perdre en moyenne une année de cours sur l'ensemble de la scolarité d'un enfant.
Le ministère insiste sur la nécessaire gestion des ressources pour limiter la casse. Trois pistes seront donc développées [...]. La première : la suppression du délai de carence qui fait qu'une absence est signalée au rectorat au bout de quatorze jours ouvrables. En deçà, l'absence est gérée en interne par l'établissement. «C'est ce qui explique que nous ayons un taux de remplacement de 96% dans le second degré, reconnaît-on au ministère, alors que la réalité est tout autre. À partir de maintenant, une absence sera signalée immédiatement, pour éviter le cas du professeur absent douze jours, qui revient une journée et repart : ça, c'était jusqu'à présent ingérable.»

Perçu comme plus éprouvant, l'enseignement suscite moins de vocations

Le Monde - 21 décembre 2010 - Luc Cédelle
La baisse drastique du nombre de postes offerts aux concours d'enseignants 2011 était connue : seulement 3 000 postes ouverts dans l'enseignement primaire contre 6 500 à la session précédente, 8500 postes dans le secondaire contre un peu plus de 10 000 à la session 2010.
Ce qui est plus étonnant, et plus inquiétant quant à l'avenir des métiers d'enseignement, c'est que les candidatures à ces concours sont également en forte baisse. Les chiffres communiqués par le ministère de l'éducation après les épreuves écrites, dites d'admissibilité, qui se sont terminées fin novembre, le montrent : dans le second degré, 21 000 étudiants contre 38 249 lors de la précédente session ont passé ces épreuves ; dans le premier degré, ils étaient 18 000, contre 34 952 précédemment.
Dans certaines disciplines de l'enseignement secondaire, cette baisse des candidatures est tellement marquée qu'elle pose le problème de la sélectivité des concours. C'est en mathématiques que le phénomène est le plus aigu, avec 1303 candidats pour 950 postes, soit environ 1,4 candidat par poste contre 3,3 lors de la session précédente. En lettres, avec 1 491 candidats pour 800 postes, le taux n'est plus que de 1,9 candidat par poste, contre 3,7 précédemment. En anglais, le taux est tombé à 2 candidats pour un poste, contre 3,3 à la dernière session.
D'autres disciplines sont moins touchées et la philosophie reste un cas à part avec 14 candidats pour un poste à la session 2011. Pour maintenir la qualité du recrutement dans les disciplines les plus touchées, le ministère assure qu'il n'entend pas baisser le niveau des concours et prévient : "Là où n'avons pas assez de candidats, il y a des postes qui ne seront pas pourvus ".

Manque de préparation des professeurs à gérer des classes difficiles et déni de réalité de l'Education Nationale sur les conditions réelles des cours donnés aux élèves

Professeurs de lettres au bord de la crise de nerfs

Le Figaro - 17 septembre 2009 - Marie-Estelle Pech
Ancienne enseignante, Charlotte Charpot décrit une école en perdition dans un témoignage cru. [...] Parachutée pour sa première affectation dans la banlieue de Nîmes, il y a six ans, rien ne lui a été épargné : les élèves qui défèquent derrière les portes, les enfants battus par leurs parents, les caillassages de voiture et l'indifférence de sa hiérarchie. «Ce qui est le plus terrible, c'est le choc des cultures, l'absence de mixité sociale, la misère et la tristesse qui suintent, l'absence totale de sourires sur le visage des enfants. Je suis allée travailler dans un ghetto alors que je ne viens pas de ce milieu et le décalage a été immense».

Profs au bord de la crise de nerfs

Le Nouvel Observateur - 21 février 2008 - Caroline Brizard
Face à la violence qui s'installe durablement à l'école, les enseignants sont désespérés. Comment transmettre la connaissance au milieu du chahut, des insultes et des agressions physiques ? Rien ne les a préparés à ce rôle de shérif.

Cours d'autorité : SOS profs chahutés

Le Figaro - 31 janvier 2009 - Véronique Grousset
Pour aider ses collègues de banlieue parisienne, parfois déstabilisés par des élèves difficiles, Sébastien Clerc, professeur dans un lycée classé «prévention violence», donne des cours de «tenue de classe».
Ce qui frappe à première vue chez Sébastien Clerc, c'est qu'il n'a rien d'imposant : ni dans la carrure, ni dans la voix, ni dans les gestes. [...] Ce jeune enseignant de 32 ans, professeur de français et d'histoire-géographie en lycée professionnel, s'apprête pourtant à dispenser son tout premier cours de « tenue de classe » à une vingtaine de ses collègues, à peine moins âgés que lui, parfois plus diplômés. Et tout va très bien se passer. D'une part, en raison de sa maîtrise du sujet, forgée en huit années d'expérience personnelle dans un établissement spécialement difficile, classé en ZPV (zone de prévention violence). Et, de l'autre, parce qu'il a préparé son cours en ne négligeant aucun de ses propres conseils.
[...] Un démarrage crucial pour la bonne tenue de la classe : «L'autorité n'est pas une fin en soi. Si vous devez absolument instaurer et préserver le calme, c'est pour capter l'attention de vos élèves et leur offrir de bonnes conditions d'apprentissage.»
Ce qui suppose évidemment de ne pas se montrer soi-même brouillon. «Le mieux est de tout avoir à portée de main, disposé bien en vue sur votre bureau», ajoute-t-il, schéma à l'appui, astuce en prime. «En plus du plan de classe, de l'agenda, des polycopiés et des fiches incident, je vous recommande d'étaler une montre, réglée à la seconde près sur la sonnerie du lycée. Comme ça, la première fois que vous aurez droit au "m'sieur! ça va sonner!", un coup d'œil vous suffira pour répondre calmement: "Pas du tout, il nous reste sept secondes". Non seulement vos élèves ne vous embêteront plus jamais avec ça, mais vous pourriez y gagner la réputation de quelqu'un d'incroyablement rigoureux.»
Très important, ça : l'image, l'idée que les élèves se font d'un enseignant et qu'ils répandent ensuite dans tout l'établissement. D'où l'intérêt de surveiller sa pratique et les réactions immédiates qu'elle suscite, mais avec un handicap de taille : seuls face à leurs élèves, les enseignants ne se voient pas et ils ne voient pas non plus tout ce qui se passe dans leurs classes. «Si vous pouvez le faire discrètement, filmez-vous », leur conseille donc Sébastien Clerc. «Sachant que le mieux, ajoute-t-il toutefois, c'est le compagnonnage. Essayez de vous entendre avec l'un de vos collègues pour qu'il accepte de vous observer depuis le fond de votre classe et faites ensuite la même chose pour lui. Cela vous en apprendra beaucoup à tous les deux sur la meilleure façon de faire cours ainsi que sur les erreurs que vous commettez sans vous en rendre compte et sans en mesurer les effets.»
Des conseils concrets, fondés sur l'expérience
[...] C'est [...] sur l'initiative de Jean-Michel Blanquer [recteur de Créteil] que Sébastien Clerc a dû s'improviser cette année professeur à temps partiel en « tenue de classe ». «Ce qui m'a plu chez lui, c'est son expérience et le côté très concret, très pratique, des leçons qu'il s'est efforcé d'en tirer, explique le recteur. Je sais bien qu'il n'a pas de baguette magique et j'apprécie qu'il ne prétende pas en avoir trouvé une, mais j'ai eu envie de lui dire: "Chiche!"»
Un défi que le jeune enseignant semble avoir plus qu'honorablement relevé. A la sortie de son premier cours (sur une série de quatre, qui s'achèvera fin avril), ses élèves d'un jour semblaient plutôt satisfaits : «Cela nous change de la formation "Comment se présenter aux élèves", qui n'a été donnée que quinze jours après la rentrée, ou de celle sur "Le bon usage du conseil de discipline", programmée en juin, observe Baptiste, un jeune Auvergnat, professeur de mathématiques à Fontainebleau. J'en retiens quelques trucs, comme la meilleure façon de se positionner et de se déplacer dans la salle ou la nécessité d'avoir un comportement à la fois chaleureux et "vaguement inquiétant" pour que la majorité des élèves ne basculent pas du côté des leaders. J'ai bien aimé aussi le rappel de "l'inégalité pédagogique": "Ils doivent m'obéir parce que je suis le prof et eux sont les élèves"... Point barre! Et, surtout, sa façon de nous expliquer que rien ne marche jamais à 100% et que, de toute façon, les premiers mois seront chaotiques. On sent qu'il sait de quoi il parle et qu'il en est passé par là, lui aussi.»

Rectorat cherche professeur pour conditions extrêmes

Le Figaro - 9 mars 2012 - Natacha Polony
La FCPE s'insurge contre une fiche de recrutement de professeur dans le rectorat de Lille décrivant crûment les parents d'élèves d'un collège difficile.
Le recrutement des professeurs par les chefs d'établissement est un des grands bouleversements de l'organisation du système scolaire telle qu'elle se met en place dans les collèges et lycées du programme «Éclair». En recrutant sur des profils spécifiques, l'Éducation Nationale entend adapter la pédagogie aux besoins du terrain. Mais encore faut-il pouvoir établir un constat serein sur l'établissement en question.
Le rectorat de Lille vient de provoquer l'ire de la FCPE, principale fédération de parents, classée à gauche, en diffusant une fiche de recrutement pour des postes de professeur dans un collège difficile de Boulogne-sur-Mer. «Carence éducative, culturelle, laxisme», ainsi sont décrits les maux qui frappent ce collège et compliquent la relation éducative. Les familles, écrit la fiche, «ne véhiculent pas les valeurs de respect du travail, de l'effort et couvrent souvent les absences ou les incivilités de leurs enfants». Et de conclure: «Les parents ne voient souvent pas l'intérêt de travailler à l'école et de s'engager dans des études».
Pour la FCPE, il y a là «stigmatisation des familles». Ce qui serait, selon elle, une cause d'échec scolaire. Le rectorat a donc, à sa demande, retiré la fiche incriminée et reconnu une «maladresse». Impensable de prévenir le futur professeur, censé faire valoir un profil adapté au terrain, de ce qui l'attend réellement. Impensable, également, de reconnaître, comme le prouve toutes les études, que ce n'est pas une éventuelle violence symbolique de l'institution, mais bien le manque d'adhésion de la famille au projet de l'école, qui détermine une grande part de l'échec scolaire.

analyse Vidéo interview de Natacha Polony sur ce déni de réalité à l'Education Nationale

Un blues peut-être encore plus important chez les professeurs agrégés et normaliens, recrutés parmi l'élite des étudiants

Les agrégés n'ont plus le moral

Le Monde - 21 mai 2010 - Marc Dupuis
L'enquête sur le moral des professeurs du second degré, intitulée " Y a-t-il un malaise enseignant ? " dresse un tableau peu reluisant du moral des agrégés, autrefois aristocratie enseignante du secondaire, et qui se trouvent mis à bas de leur piédestal. Réalisée par la Société des agrégés (8 000 adhérents sur environ 45 000 agrégés en France), elle repose sur les témoignages de plus de 400 de ses adhérents qui ont répondu à son questionnaire. Mais beaucoup de questionnaires retournés étaient inutilisables, car incomplets par crainte de représailles. Ce qui en dit long sur le moral des agrégés.

Paroles d'agrégés qui ont le blues

Le Monde - 21 mai 2010 - Propos recueillis par Marc Dupuis
AndréA. : "J'ai une agrégation de musique. Ce n'est pas facile de se reconvertir en dehors de l'éducation nationale. Je ne démissionne pas, car je n'ai pas trouvé. Je cherche depuis trois ans un détachement dans un établissement culturel. Aujourd'hui, je n'assure pas un travail d'agrégé. Je suis un gentil animateur qui doit faire plaisir à tout le monde : les élèves, les parents, l'administration. C'est un gâchis énorme. A la limite, je pourrai enseigner dans un lycée, à des élèves qui ont choisi l'option musique. On a beau faire des efforts pour s'adapter aux élèves, on a l'impression que ce n'est jamais assez."
[...] Hagop D. : "J'ai une agreg de chimie. Après mon doctorat, j'ai tout fait pour éviter d'aller faire de la 'garderie' en collège-lycée. Après divers postes où je n'avais pas à enseigner, j'ai demandé une disponibilité pour convenance personnelle. J'en ai profité pour changer et faire de la musique en semi-professionnel. J'ai fini par démissionner en 2010. Aujourd'hui, je fais de la musique dans un groupe manouch. Si j'avais décroché un poste en prépa, j'enseignerai aujourd'hui. Mais pas question de collège ou de lycée."

Les normaliens veulent de moins en moins être profs

Le Figaro - 26 février 2010 - Marie-Estelle Pech
Les places à l'université sont devenues plus difficiles à obtenir en raison de la diminution des postes dans la fonction publique. Aussi le service carrière de l'association des anciens élèves, élèves et amis de l'ENS a-t-il vu ces dernières années se présenter un «nombre croissant de jeunes en difficulté», ou simplement déçus des possibilités qui leur sont offertes, certains «pouvant même être en total désarroi». Tel est particulièrement le cas des littéraires, admis à l'agrégation, souvent dans un bon rang, mais n'ayant pas réussi à intégrer une université, faute de places. Aussi se retrouvent-ils parfois affectés dans des établissements secondaires, situés dans des zones difficiles. «Sauf pour ceux qui ont la vocation, c'est d'autant plus un gâchis que le lycée n'est plus aussi élitiste qu'autrefois. Les normaliens sont en total décalage. De plus, ils ne sont pas sélectionnés sur leur sens de la pédagogie…»

Attitude consumériste de la société face à l'Education Nationale et dégradation des relations parents-professeurs

Mots d'excuse des parents : les perles notées par un prof

Le Figaro - 30 août 2010 - Marie-Estelle Pech
En plus de trente ans de carrière, Patrice Romain a enseigné dans de nombreux établissements scolaires, «des chics», «des bobos» et «des déshérités», précise-t-il. Partout, il constate une évolution dans l'attitude des parents, de plus en plus «au courant de leurs droits», mais aussi de «plus en plus consommateurs». Autant de changements que l'on devine à travers les mots d'excuse des parents qu'il a collectionnée au fil des ans. «Les parents ont davantage tendance à négocier», observe-t-il. Mais depuis toujours, on défend son enfant, «ce petit chéri, le meilleur qu'il ne faut pas embêter», plaisante Patrice Romain.

La cohabitation parents-profs est de plus en plus difficile

Le Figaro - 1 septembre 2009 - Natacha Polony
Parents laxistes et intrusifs, prenant systématiquement la défense de leur enfant, parents consuméristes, rappelant que «ce sont mes impôts qui vous payent»… Si les enseignants n'ont pas toujours bonne presse dans l'opinion, les parents d'élève, eux, sont une des cibles préférées de professeurs souvent confrontés à leurs revendications et récriminations. Et la question fatidique se pose : ces parents qui contestent l'autorité des enseignants, les dénoncent parfois à l'administration et, dans certains cas à la justice, ne sont-ils pas le vrai fléau qui mine l'école et la condamne à n'être qu'une vaste garderie ?

Enseignants et parents ne se comprennent plus

Le Figaro - 2 juin 2010 - Marie-Estelle Pech
L'autorité des enseignants est de plus en plus contestée : «Hier, lorsqu'un enfant était puni par son professeur, il avait droit à une deuxième punition à la maison. Aujourd'hui, c'est l'enseignant qui risque un procès, le parent d'élève vient avec un avocat.».
[...] Les situations familiales et les contraintes du quotidien sont les principales raisons pour lesquelles les parents se disent démunis pour exercer leur autorité. L'éclatement des familles et ses conséquences, divorce, monoparentalité, recomposition, arrive en tête pour expliquer un déficit d'autorité dans les familles.

Les parents d’élèves, premiers auteurs d’incivilités envers les chefs d’établissement

Le Monde - 27 avril 2011 - Maryline Baumard
Si globalement le climat des établissements d'enseignement secondaire reste bon, les incivilités, voire les violences dont sont victimes les chefs d'établissement ne sont plus des phénomènes marginaux.
Durant l'année scolaire 2009-2010, un chef d'établissement sur huit a déposé plainte pour des violences verbales. Un sur sept a été menacé physiquement une fois et un sur vingt à plusieurs reprises. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas des inconnus qui s'en prennent le plus souvent à eux, mais les parents d'élèves. "Ils sont auteurs de 41 % des insultes, contre 33 % pour les élèves et 10 % pour des jeunes entrés sans autorisation", rappelle Georges Fotinos. Une situation qui dit l'évolution du rapport des familles à l'école.

Les autres causes de l'exaspération et du ras-le-bol des enseignants et des professeurs : violence, crise de l'autorité, crise de la transmission du savoir, dévalorisation du métier, sentiment d'abandon, ...

Enseignants du primaire : vocation en hausse, reconnaissance en baisse

Le Monde - 15 juin 2010 - Luc Cédelle
Comment vont les enseignants du primaire ? Plutôt bien mais avec des soucis croissants en terme de charge de travail et un sentiment de manque de reconnaissance qui s'aggrave, selon l'Observatoire des professeurs des écoles débutants, un sondage réalisé tous les trois ans pour le SNUipp-FSU auprès d'un échantillon de jeunes enseignants.
Au palmarès des satisfactions apportées par le métier, 65 % citent en premier "la réussite des élèves" et 61 % "le fait de transmettre des connaissances". Dans la liste des "problèmes les plus importants", 65 % citent au premier rang "les différences de niveaux" au sein de la classe et 63 % "l'échec persistant de certains élèves".
Dans les manières d'enseigner, le classicisme est une valeur en hausse : 49 % déclarent faire "plutôt confiance aux méthodes qui ont fait leurs preuves" (contre 47 % en 2007, 40 % en 2004 et 36 % en 2001). Ceux qui cherchent "plutôt à utiliser des méthodes innovantes" sont 45 % en 2010, alors qu'ils étaient 54 % en 2004.
Le sentiment d'exercer un métier "plutôt dévalorisé" aux yeux de la société est en hausse : 88 % disent l'éprouver en 2010. Ils étaient 82 % en 2007, 78 % en 2004 et seulement 59 % en 2001.

La crise éducative, symptôme et creuset de la crise sociétale, par Anne Fremaux

Le Monde - 5 avril 2010 - Anne Frémaux
En plaçant "l'élève" et non plus le "savoir" au centre des préoccupations éducatives, les artisans des réformes pédagogistes avaient cru résoudre le problème en jouant sur les mots, comme si la question n'était que sémantique. L'élève ou plutôt "l'apprenant" n'a jamais été aussi pris en considération formellement et pourtant, jamais il ne s'est senti aussi factuellement abandonné.
[...] Hannah Arendt, dans un texte célèbre – La Crise de la culture, qui n'a pas perdu de sa vigueur –, s'interroge sur ce que la crise de l'éducation révèle de notre société. Loin d'être un symptôme isolé, local, elle traduit la désorientation d'un monde tourné exclusivement vers des buts marchands, des valeurs individualistes (au détriment du collectif), vers le faire-savoir plutôt que vers le savoir. La préoccupation principale des familles est alors que leurs gamins "s'en sortent", quel que soit le moyen : "Star Ac", "Nouvelle Star", football, peu importe ! [...]
La mode du débat participatif a rendu le rapport au savoir difficile : tout le monde a le droit de donner son avis ("à chacun ses opinions") et certains ne voient pas pourquoi ils s'obligeraient à la lecture de tel ou tel auteur qui contredit le leur. [...] C'est là le résultat inévitable d'une relativisation des sources du savoir et de la réduction de la fonction de l'enseignant à celle d'"animateur pédagogique". Réussite éducative, crieront certains ! L'élève s'est enfin émancipé de la tutelle de l'enseignant pour penser par lui-même. Sauf que tout comme la liberté, la pensée n'est pas une "donnée immédiate", mais nécessite médiation, travail et apprentissage.

Les adolescents demandeurs de plus d'autorité

Le Monde - 1 juin 2010 - Julie Brafman
65 % des jeunes et 66 % des parents pensent que les professeurs ont du mal à affirmer leur autorité sur leurs élèves. Une situation largement aggravée par le fait que 65 % des parents ne reconnaissent ni ne défendent cette autorité.

«Je suis rentrée plusieurs fois en larmes chez moi, dépassée»

Le Figaro - 27 novembre 2009 - Marie-Estelle Pech
«Les bousculades, les jurons permanents, moi aussi c'est mon quotidien !» s'exclame une enseignante de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Comme cent vingt enseignants, proviseurs et infirmières scolaires et une poignée d'élèves, elle est venue participer volontairement à une conférence-débat des «mercredis de Créteil» organisée dans un lycée de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), sur la violence et le sexisme. [...]
Le point de départ, c'est le visionnage, cet après-midi-là, du film La Journée de la jupe. Dans la classe de l'enseignante jouée par Isabelle Adjani, une fille en jupe est forcément une «pute». Et les insultes tiennent lieu de conversation. Cette dernière, débordée par le comportement de ses élèves, craque et finit par les prendre en otage avec un pistolet.
Ce film, qui a fait débat dans la presse [...], pour sa vision «caricaturale et outrancière» des élèves, selon certaines critiques, semble faire au contraire l'unanimité auprès de ces professionnels de l'éducation. «Je ne me sens pas du tout dépaysée», intervient timidement une enseignante d'histoire expérimentée issue d'un lycée de Meaux (Seine-et-Marne), qui reconnaîtra ensuite ne pas toujours savoir comment s'y prendre face à la violence de certains élèves : «Je suis rentrée plusieurs fois en larmes chez moi, dépassée.» En aparté, une enseignante de lettres affirme que la moitié des professeurs qu'elle connaît «sont sous antidépresseurs».
«Il faudrait apprendre aux jeunes enseignants comment gérer la violence, leur expliquer ce qui peut se passer. Mais c'est impossible à prévoir. J'ai fait quinze établissements dans ma carrière et je pense que ça peut péter n'importe où, n'importe quand», s'enflamme un professeur.
[...] Dans les établissements de banlieue où beaucoup travaillent, le sexisme est, comme dans le film, «omniprésent», affirment ces professionnels. Un proviseur du Val-de-Marne explique la réalité «quotidienne» de son établissement : «Les filles portent des pantalons ou s'habillent comme des sacs, car elles n'ont pas la possibilité de dévoiler leur féminité par peur d'être mal considérées.» Professeur d'économie, Jean Latreille raconte quant à lui «la violence permanente du regard des garçons sur les filles». Il a vu circuler des photos de jeunes filles de sa classe, nues, d'un portable à l'autre. «Je l'ai observé dans plusieurs établissements différents, et pas uniquement en banlieue. La dernière fois c'était à Nantes», affirme-t-il. Un collégien de Bobigny, lui, minimise, avec une hiérarchie des valeurs qui lui est propre : «Une simple photo, c'est quand même beaucoup moins grave qu'une vidéo !» Assise à côté de lui, une autre affirme qu'elle n'a «jamais de problème quand elle vient en jupe».
L'infirmière scolaire de leur collège n'est pas du tout d'accord : «Ils ne veulent pas l'admettre, mais la situation est loin d'être aussi angélique.» À l'image de cette histoire d'attouchements dont elle a récemment dû s'occuper : «C'est complexe, car les victimes ne parlent pas forcément. Il faut les deviner à travers des absences, des retards.»
«Il n'est jamais question d'amour pour nos adolescents», regrette Frédérique Oget, professeur de lettres classiques à La Ferté-sous-Gauchet (Seine-et-Marne). Cette dernière déplore «une vision de la sexualité réduite à la pornographie et aux parties génitales». Après avoir un jour expliqué la traduction du mot «amour» en grec et en latin, avec les nuances assez subtiles de «désir» et de «manque», elle s'est entendu remercier par la meilleure élève de sa classe de troisième : «On ne nous avait jamais expliqué ça. C'est peut-être vous, madame, qui allez nous sortir de la pornographie

analyse Bande annonce du film "La journée de la jupe"

Pour aller plus loin

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