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Education Nationale :
l'organisation du système éducatif à améliorer ?

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection structurée d'extraits d'articles de presse de référence :

Enseignement public, privé sous contrat, privé hors contrat : pour le bien des élèves, dépassons le stade stérile de la guerre scolaire et du sectarisme !

L'enseignement catholique pourrait fermer 1000 écoles

Le Figaro - 18 mars 2011 - Marie-Estelle Pech
Face aux suppressions de postes, le secrétariat général de l'enseignement catholique estime que la «liberté de choix» des familles est menacée.
L'enseignement catholique se dit «inquiet » alors qu'il négocie actuellement le montant précis des suppressions de postes avec le gouvernement pour la rentrée prochaine. Celle-ci sera «extrêmement difficile, voire impossible » dans plusieurs académies, à moins de fermer des classes pourtant pleines, pronostique Éric de Labarre, pour qui «la liberté du choix des familles, inscrite dans la Constitution, est remise en cause ».
Paradoxalement, alors que les parents sont de plus en plus nombreux à frapper à la porte des écoles catholiques, ces dernières supportent une réduction de 4 800 postes d'enseignants depuis quatre ans. La situation serait particulièrement tendue dans les académies de Versailles, de Poitiers, de la Réunion et de Guyane et dans certaines grandes villes du Sud comme Nice et Montpellier ou encore dans les Pays de la Loire. Sainte-Geneviève à Asnières vient par exemple de refuser 800 demandes d'inscription pour la rentrée de septembre, Sainte-Jeanne-d'Arc, à Colombes, 700.
Faute de places, les établissements catholiques sous contrat qui totalisent un peu plus de deux millions d'inscrits refusent chaque année entre 30 000 et 40 000 élèves. En dépit de son attractivité, l'enseignement catholique devrait encore perdre 1 633 emplois à la rentrée 2011. [...] Luc Chatel, le ministre de l'Éducation nationale, avait justifié le choix du gouvernement, affirmant que les suppressions de postes étaient «équilibrées » entre l'enseignement public et privé.
Contractuels de droit public, les professeurs de l'enseignement catholique sous contrat passent le même concours que ceux du public et sont rémunérés par l'État.

Rennes. Le musée de l’école publique refuse d’accueillir des élèves du privé

Ouest France - 18 avril 2012 - Ouest France
Polémique autour du conservatoire de l’école publique implanté au centre Alain Savary, 4, boulevard Volclair, à Rennes. Les élèves des écoles privées ne peuvent y accéder.
Créé par les délégués départementaux de l’éducation nationale d’Ille-et-Vilaine (DDEN 35), une association loi 1901, ce conservatoire propose aux enfants de redécouvrir à quoi pouvait ressembler une salle de classe à l’époque de Jules Ferry et d’assister à un cours version « un siècle plus tôt ».
Un conservatoire ouvert à tout le monde sauf… aux élèves des écoles privées. « C’est dans nos statuts, se défend Jean-Louis Robert, président de la DDEN 35. Ce conservatoire est réservé aux élèves du public et nous refusons que des élèves des écoles catholiques s’y rendent. C’est notre droit et c’est comme ça. »
Un sectarisme dont a été victime une professeur de l’école Saint-Joseph de Chantepie. « Je trouvais intéressant de faire découvrir à mes élèves cette classe d’antan. Mais quand j’ai téléphoné pour réserver, on m’a expliqué que l’accès m’était interdit. C’est incroyable ! Est-il concevable qu’en 2012 on puisse encore vivre un tel sectarisme et une telle discrimination ? »
Contactés, l’inspection d’académie ainsi que le maire de Rennes et le président du conseil général d’Ille-et-Vilaine condamnent et s’étonnent de l’attitude de la DDEN.

Les écoles différentes plébiscitées

Le Figaro - 2 juin 2010 - Natacha Polony
Les récents rapports sur l'état du système scolaire français, et notamment celui de la Cour des comptes dénonçant son inefficacité et son incapacité à atténuer les inégalités sociales, ont rendu plus actuelle que jamais l'idée d'une crise de l'école. Au point que les parents non initiés semblent prêts à tout pour sortir de la jungle scolaire par le haut.
L'association Créer son école, mouvement de soutien à la fondation d'écoles catholiques hors contrat prônant l'instruction et les savoirs, rend public, à l'occasion de son colloque au Sénat «École, comment Innover?», un sondage Ifop réalisé auprès de 1 287 personnes. Et les résultats, pour surprenants qu'ils soient, prouvent la méfiance croissante envers une école en échec. Ils seraient donc 74% à plébisciter un paysage éducatif plus varié, et 87% à souhaiter un renforcement des pouvoirs du chef d'établissement, que ce soit en matière de discipline ou d'organisation des enseignements.
Enfin, 81% des personnes interrogées se prononcent pour la possibilité accordée aux directeurs d'établissement de recruter leur équipe en fonction de leur projet éducatif. Si pour chacune de ces questions, les sympathisants de droite sont plus nombreux à donner leur assentiment que les sympathisants de gauche, ces derniers sont tout de même 70 à 90% à se prononcer en faveur de cette plus grande souplesse. Une contradiction avec les propositions des partis et syndicats dont ils se sentent proches?
Pour Anne Coffinier, présidente de Créer son école, «ce sondage marque une évolution vers une forme de banalisation» de ces idées historiquement associées à la droite ultralibérale «mais qui, dans les autres pays, sont portées par les sociaux-démocrates». Cette diplomate, énarque et normalienne, qui défend le modèle très marginal des établissements hors contrat (privé non financé par l'État) contre le modèle du privé sous contrat, propose même une lecture sociale des résultats du sondage, qui montrent que les ouvriers seraient davantage tentés que les cadres par un système de libre choix des établissements. «Les gens qui ont des moyens ont leurs réseaux pour échapper à la faillite de l'école, plaide-t-elle. Ils peuvent se payer le privé sous contrat et n'ont pas envie que les pauvres les rejoignent dans les mêmes établissements.»

Organisation du système éducatif : la gestion inadaptée de l'affectation et du remplacement des enseignants et des professeurs par l'Education Nationale

Les profs français travaillent moins que les autres

Le Figaro - 29 février 2012 - Marie-Estelle Pech
Les enseignants français du secondaire donnent en moyenne un peu moins d'heures de cours que leurs alter ego à l'étranger: 642 heures par an au collège contre 701 en moyenne dans les pays de l'OCDE et 756 heures en Allemagne. Ils sont également moins bien payés. En Allemagne, un enseignant touche par exemple presque le double de ce que reçoit un Français.
Le statut et la formation des Français sont atypiques par rapport à ce qui se passe dans le reste de l'Europe. Selon Bernard Hugonnier, expert auprès de l'OCDE, partout ailleurs, les contrats signés entre l'État et les municipalités concernant les enseignants englobent les cours mais aussi des activités pédagogiques, des échanges avec les parents, le soutien scolaire, les tâches administratives, etc.
«Si on incluait dans les contrats des enseignants français toutes ces tâches qu'ils font déjà pour partie, quitte à les payer davantage, leur investissement serait meilleur », estimait-il récemment. Selon les diverses enquêtes disponibles, les enseignants français assurent travailler au total 40 heures par semaine, essentiellement chez eux, pour préparer leurs cours et corriger leurs copies...
La réglementation du temps de travail des enseignants varie énormément, aussi une comparaison internationale est-elle difficile. Dans certains pays comme en France, seul le nombre d'heures de cours est spécifié dans la réglementation, tandis que dans d'autres, le temps de travail global l'est également. Parfois, la répartition du temps de travail entre l'enseignement proprement dit et les autres activités est indiquée, détaille le rapport annuel 2011 de l'OCDE sur l'éducation.
Contrairement à la France, l'Angleterre, l'Australie, le Brésil, l'Espagne, les États-Unis, la Norvège, le Portugal ou la Suède spécifient tous le temps que les enseignants doivent passer dans leur établissement, tant à enseigner qu'à se livrer à d'autres activités. Et ces pays offrent souvent des locaux particuliers, voire des bureaux, à leurs enseignants pour accomplir ces tâches…
Dans vingt pays particulièrement auscultés par l'OCDE, le nombre d'heures de cours que les enseignants doivent donner représente moins de 40 % de leur temps de travail (en Islande, au Japon ou en Pologne notamment), contre 100 % au Brésil. Le cas de la France se rapproche de celui de la Belgique, de la Finlande ou de l'Italie où le temps que les professeurs doivent consacrer à des activités autres que l'enseignement n'est pas réglementé.
En Autriche, les dispositions légales concernant le temps de travail des enseignants se fondent sur l'hypothèse que les tâches qui leur incombent nécessitent un total de 40 heures par semaine. En Belgique (communauté flamande), le nombre d'heures à consacrer à des activités autres que l'enseignement au sein de l'établissement est fixé par chaque établissement. Le modèle français, lui, n'est pas unique mais minoritaire. Dans une majorité de pays, le temps de travail ne se comptabilise plus uniquement en heures d'enseignement depuis longtemps.

20 000 profs sous-employés dans le collimateur

Le Figaro - 24 avril 2008 - Aude Sérès
En 2005, un rapport de la Cour des comptes avait fait grand bruit, chiffrant à quelque 32 000 le nombre d'enseignants sans classes et sans affectation pédagogiques. Dans ce chiffre était aussi comptabilisées des réalités fort différentes comme des arrêts maladie et les décharges pour activités syndicales. Aujourd'hui, on estime le phénomène à quelque 20 000. Le ministère travaille à la diminution des remplaçants auxquels il n'est jamais fait appel. Estimés à l'époque à 9 500 postes par la Cour des comptes, ils seront toujours 7 000 à la rentrée. Grâce à un travail déjà engagé et qui sera intensifié par le ministre, ils seront dans les années à venir de moins en moins nombreux. En 2004, le taux d'occupation des enseignants remplaçants était de 74,14 %, il est passé à 82,15 en 2007 avec un objectif de 90 % en 2010.
Autre chantier du ministère : les sureffectifs jugés inutiles dans certaines matières. Dès que, pour une discipline donnée, les effectifs dépassent une marge de remplacement de 6 % des besoins, il faut rationaliser le système. Or, ces enseignants étaient encore en fin d'année au nombre de 2 662 à la rentrée 2007. Ils enseignent principalement les lettres en lycée professionnel (546), l'Éducation physique et sportive (300) ou encore l'allemand (196). Après une forte progression les deux années précédentes, une optimisation a consisté à faire effectuer aux enseignants des cours sur des disciplines connexes à leur spécialité, à mieux adapter les offres de places aux concours mais aussi à mieux gérer les affectations par académies. À la rentrée 2009, les «surnombres» devraient être réduits à 900 postes, avec de fortes diminutions en allemand, éducation physique et sportive ou encore génie électrique. Reste un débat de taille, qui a connu un premier épilogue il y a juste un an. Il s'agit des avantages accordés aux enseignants, couramment appelé «décharges», qui représentent des heures payées mais non effectuées devant les élèves. Hors activités syndicales, ces heures regroupent des heures dites de «première chaire».
Selon une mission d'audit de modernisation réalisée en 2006 par l'Inspection générale des finances et l'Inspection générale de l'Éducation nationale sur le système des décharges, «il paraît possible d'estimer les gains potentiels à 11 880 équivalents temps plein».

Absentéisme des profs : les pistes de Luc Chatel

Le Figaro - 21 janvier 2010 - Natacha Polony
Selon la FCPE, le non-remplacement des professeurs absents ferait perdre en moyenne une année de cours sur l'ensemble de la scolarité d'un enfant.
Le ministère insiste sur la nécessaire gestion des ressources pour limiter la casse. Trois pistes seront donc développées [...]. La première : la suppression du délai de carence qui fait qu'une absence est signalée au rectorat au bout de quatorze jours ouvrables. En deçà, l'absence est gérée en interne par l'établissement. «C'est ce qui explique que nous ayons un taux de remplacement de 96% dans le second degré, reconnaît-on au ministère, alors que la réalité est tout autre. À partir de maintenant, une absence sera signalée immédiatement, pour éviter le cas du professeur absent douze jours, qui revient une journée et repart : ça, c'était jusqu'à présent ingérable.»

L'auteur du Livre vert sur le métier d'enseignant dénonce la collusion syndicats-ministère

Le Monde de l'Education - 7 mars 2008 - Marcel Pochard, propos recueillis par Brigitte Perucca
Quatre semaines après la remise de son rapport sur l'évolution du métier enseignant, Marcel Pochard est un homme en colère. Chargé en septembre 2007 par le ministre de l'éducation nationale Xavier Darcos d'exposer dans un Livre vert les changements possibles pour revaloriser la condition enseignante, le conseiller d'Etat a particulièrement insisté sur la nécessité d'une autonomie plus grande pour les établissements et d'un rôle accru des chefs d'établissement, mais aussi sur le besoin de clarifier les missions des professeurs et d'annualiser leur temps de travail.
Ces pistes, souvent déjà connues mais jamais appliquées, suscitent la résistance des syndicats enseignants et notamment du premier d'entre eux dans les collèges et de lycées, le SNES-FSU, qui appelle à la grève le 18 mars prochain.
[...] Marcel Pochard se dit victime d'"une certaine arrière-pensée tactique" du ministère. Il dénonce une collusion entre les syndicats et le ministère qui préfèrent l'"inéquité au désordre", et craint que sa contribution ne soit enterrée, et avec elle, une occasion de réformer le système éducatif français.
Quel regard portez-vous sur le travail de la commission sur l'évolution du métier enseignant un peu plus d'un mois après la remise de votre Livre vert ?
[...] Ce qui est important, c'est que la commission ait fait son travail en allant au fond des choses. Si dans les résultats, de nombreuses pistes recoupent des idées déjà avancées par d'autres, rien de contradictoire : il ne s'agit pas de réinventer la roue ; mais sur de très nombreux sujets, les scénarios préconisés comportent de véritables novations.
Un autre risque, probablement plus lourd, pesait sur la commission : le risque de s'en tenir à une sorte de langage commun et largement codé qui existe entre l'administration de l'éducation nationale et les organisations syndicales.
Car il y a des points sur lesquels on peut avoir le sentiment que les deux ne souhaitent pas que la réalité des choses soit dite explicitement et écrite. Car ils peuvent redouter d'être mis dans une situation qui les obligent à changer et à sortir du bois.
C'est-à-dire ?
Il y a des constats que l'institution scolaire n'aime pas faire. Par exemple qu'il n'est pas acceptable de confier systématiquement aux nouveaux titulaires la majorité des postes vacants dans les zones difficiles dites prioritaires mais si peu prioritaires en matière d'affectation des ressources humaines. Admettre ce constat, c'est s'obliger à agir. Mieux vaut en quelque sorte une inéquité qu'un désordre.
Vous avez buté sur le fait que les syndicats détiennent un certain pouvoir, comme celui d'informer les enseignants sur les affectations, ce que l'administration ne fait pas toujours…
Nous sommes effectivement là dans un domaine type que l'on peut qualifier de cogestion. Le langage tenu par les deux partenaires est sensiblement le même. A savoir : ce système n'est pas très bon mais, dans le fond, il est possible de limiter les dégâts par des mesures d'accompagnement.
On peut effectivement estimer qu'en matière d'affectation, l'administration a trop renoncé à exercer ses prérogatives de puissance publique. Le principe même du service public veut qu'il soit d'égale qualité sur tout le territoire et c'est à la puissance publique de faire respecter ce principe.
Il ne doit pas être impossible d'amener les partenaires sociaux à comprendre qu'ils ne peuvent méconnaître à ce point certains des principes fondamentaux de ce service public.
Craignez-vous une négociation faussée ?
Le gouvernement s'est fixé lui-même des contraintes. Le ministère s'est engagé à déboucher sur un Livre blanc d'ici à l'été. Il ne peut pas ne pas agir.
Si risque il y a, il touche à la méthode : la politique actuelle est de commencer par se mettre d'accord avec les organisations syndicales sur les thèmes qui vont faire l'objet des discussions.
Il ne faudrait pas qu'à ce stade des thématiques centrales passent à la trappe, comme la refondation de la politique d'affectation des agents ou celle de leur évaluation.
Cela serait regrettable car à partir de ces sujets, c'est toute la gestion des ressources humaines qui peut être abordée et rebâtie.

Quand collèges et lycées choisissent leurs professeurs

Le Figaro - 20 septembre 2010 - Natacha Polony
Clair: si l'acronyme signifie, de façon assez anodine, «Collège, Lycées, Ambition, Innovation, Réussite», le dispositif qu'il désigne a une portée bien plus importante que son nom ne le laisse penser. Le programme avait été annoncé en conclusion des États généraux de la sécurité à l'école, en avril 2010, comme une réponse aux difficultés connues par certains établissements: une expérimentation dans 105 collèges et lycées suivie par un inspecteur dans chaque académie concernée. L'idée est de mettre l'accent sur les ressources humaines et les actions pédagogiques pour mieux adapter les réponses de l'institution à la spécificité de chaque établissement.[...]
Première nouveauté, un préfet des études est nommé pour chaque niveau. Il est chargé de coordonner les actions en suivant individuellement les élèves et en repérant en amont les éventuels décrocheurs. Il établit un lien avec les familles, envisage avec l'équipe pédagogique des solutions spécifiques pour chaque élève… Deuxième nouveauté, le chef d'établissement jouit d'une liberté nouvelle pour recruter ses professeurs sur des postes à profil, c'est-à-dire en fonction du projet d'établissement. Les professeurs reçoivent une lettre de mission pour cinq ans, et des rémunérations spécifiques sont mises en place pour toute «fonction d'intérêt collectif». Enfin, les aménagements du temps scolaire sont encouragés, que ce soit pour la pratique de sports ou d'activités artistiques ou pour un suivi particulier des élèves.
[...] Les deux chefs d'établissement se félicitent, même prudemment, d'avoir pu s'entourer de quelques collaborateurs choisis par eux, «avec l'accord des enseignants», précise Mireille Durafour. «Pour un chef d'établissement, il est intéressant d'avoir affaire à une personne que l'on a validée, reconnaît Laurent Jacquet. Et c'est aussi plus sécurisant pour la personne.» C'est le point le plus sensible du programme Clair: un régime dérogatoire qui exclut les postes à pourvoir du sacro-saint «mouvement» où ne jouent que les points accumulés par les enseignants à l'ancienneté. Et même si le nombre de postes concernés cette année était extrêmement faible, de l'ordre d'un ou deux par établissement, le bouleversement est majeur, puisqu'il consacre l'autonomie croissante des collèges et lycées, sous l'égide d'un chef d'établissement aux pouvoirs pédagogiques et managériaux.

Le scandale tabou du rythme scolaire et de l'orientation à l'école : l'Education Nationale est-elle organisée en fonction de l'intérêt des enfants ?

"La réduction du temps de travail des élèves est un formidable gâchis"

Le Monde - 30 mai 2012 - Antoine Prost (historien de l'éducation, auteur de Regards historiques sur l'éducation en France : XIXe-XXe siècles)
J'avais, dans ces colonnes, dénoncé la semaine de quatre jours et la lâcheté qui avait entouré son adoption (Le Monde du 29 mai 2008). C'était plus qu'une erreur, une faute, tout le monde le savait et personne ne disait rien. Personne pourtant n'osait défendre cette soi-disant réforme. Le ministre lui-même n'a pas prétendu qu'elle était bonne pour les élèves ; il s'est contenté de répondre qu'avec 864 heures de classe par semaine (36 semaines à 24 heures), la France était dans la moyenne européenne. Comme si toutes les heures se valaient !
Libérer le samedi matin n'est pas en cause ici, et je ne propose pas de le rétablir. Mais on pouvait le libérer sans réduire le temps de travail. On pouvait le remplacer par le mercredi matin. On pouvait aussi compenser la perte du samedi matin par une réduction des grandes vacances. C'était l'organisation des villes et départements qui pratiquaient la semaine de quatre jours. Elle était bien acceptée par les parents, comme par les enseignants. Pourquoi l'avoir supprimée ?
Résultat de cette mesure adoptée non seulement sans concertation mais sans réflexion : une réduction du temps de travail des élèves qui, par son ampleur et ses modalités, handicape durablement les apprentissages élémentaires. Inutile de verser des larmes de crocodile sur les élèves qui entrent en sixième sans être capables de la suivre. Nous avons organisé l'échec.
Le problème est double : quantitatif et qualitatif. Nous sommes passés d'abord, entre la guerre et les années 1960, de 40 semaines de classe à 36, car l'extension des vacances de la Toussaint et d'hiver n'a pas été compensée par une réduction des grandes vacances. Mais laissons cette première réduction de 10 % du temps scolaire. Les semaines de classe comptaient en 1968 cinq jours pleins, soit 30 heures par semaine.
Nous sommes passés de 30 à 27 en 1969, par libération du samedi après-midi, puis à 26 et, depuis 2008, à 24. Avec le 11-Novembre, le 1er et le 8-Mai, le jeudi de l'Ascension et le lundi de Pentecôte, sans compter les ponts, nous sommes à 140 jours de classe par an, contre 175 en 1968, et à 840 heures dans l'année, contre 1 050. C'est un cinquième de moins. Les élèves ne passent pas plus de temps en classe aujourd'hui en cinq années d'école primaire qu'ils n'en passaient en quatre ans il y a une génération. C'est comme si l'on avait obligé tous les élèves à sauter une classe.
Mais les heures de classe ne se valent pas toutes. Nos voisins européens n'ont pas beaucoup plus d'heures de classe, mais ils les répartissent sur 180 à 200 jours. La première demi-heure de la matinée est peu productive : les élèves se réveillent, se mettent en train. Les capacités d'attention des enfants de 6-8 ans sont de l'ordre de 3,30 heures à 4 heures dans une journée. Elles augmentent avec l'âge, et se situent autour de 5 heures par jour à 12 ans.
On le sait depuis très longtemps : le rapport des professeurs Debré et Douady le montrait déjà et Hubert Montagnier ou François Testut le confirment. Dans la journée de travail actuelle des élèves, il y a une ou deux heures stériles, où ils n'apprennent plus parce qu'ils sont saturés.
Le rythme hebdomadaire aggrave les choses. La rupture des horaires de sommeil lors des week-ends perturbe le lundi matin. Ajouter une seconde rupture le mercredi provoque une autre perturbation du jeudi matin. Et l'on voudrait que nos élèves apprennent bien ?
En outre, nous ne cessons de vouloir qu'ils apprennent davantage. Nous avons introduit à l'école une langue vivante notamment, mais aussi l'histoire de l'art, la sécurité routière, la sauvegarde de l'environnement, etc.
Soyons sérieux : nous prétendons vouloir que nos enfants apprennent plus et mieux, et nous avons fait jusqu'ici tout ce qu'il fallait pour qu'ils apprennent moins, et moins bien. Je dis "nous", car pour que la semaine de quatre jours, cette monstruosité, se soit installée, il a bien fallu que certains lui trouvent des avantages.
[...] L'adoption de rythmes scolaires conforme aux intérêts des enfants pose des problèmes pratiques dont le profane ne soupçonne pas la complexité.
[...] "Les élèves d'abord", tel devrait être notre unique mot d'ordre.

Le naufrage de l'orientation à l'école

Le Figaro - 18 septembre 2009 - Natacha Polony
Les conseillers d'orientation-psychologues sont en première ligne. Ils sont 4 256, répartis entre les établissements scolaires et 600 centres d'information et d'orientation. Ils doivent être titulaires d'une licence de psychologie, et poursuivent, après un concours comportant des épreuves de psychologie et de connaissance du système éducatif, des filières et de l'emploi, deux années de formation, dont 6 à 8 semaines de stage en entreprise.
Leur mission : donner aux élèves les informations sur les différentes formations et les aider à définir un projet professionnel. Une mission qu'ils peinent visiblement à remplir. Pas de chiffres, bien sûr : un mauvais conseil ne se vérifie pas par des statistiques. Mais les 50 % d'échec en première année d'université résume les carences du système ; que l'on peut aussi expliquer par le maquis des formations : les seules licences professionnelles sont au nombre de 1 620. Luc Ferry, ancien ministre de l'Éducation, déclarait le 24 mars 2009 : «La grande erreur est d'avoir confié l'orientation professionnelle aux conseillers d'orientation-psychologues, qui sont incompétents pour cela et ne connaissent rien à l'entreprise. Ce n'est pas leur faute, mais ce n'est pas leur métier. Ce choix a été fait pour résorber le chômage des filières universitaires de psychologie.» Pour compenser, donc, certaines erreurs d'orientation…

Orientation : «Il faut se recentrer sur les débouchés»

Le Figaro - 16 septembre 2009 - Natacha Polony
Claire Mazeron, vice-présidente du syndicat national des lycées et collèges, explique que la formation des conseillers d'orientation-psychologues les incite à privilégier les envies des jeunes.
"Dans la façon dont ils conçoivent leur mission, les copsys mettent en avant le «projet» de l'élève. De même que la pédagogie prescrit que l'enfant «construise son savoir», on décrète qu'il doit «construire son parcours», en dehors de toute réalité. On voit d'ailleurs des modes, en fonction des références télévisuelles ou autres. En ce moment, c'est le théâtre. Mais personne ne dit au gamin qu'avec un 3 en français, le théâtre n'est pas envisageable, et que même avec un 18, les places seront chères. On est dans l'ordre de la foi. Et parallèlement, les copsys ont des consignes pour remplir certaines filières un peu vides. De sorte qu'au mois de juin, quand il faut trouver une place en urgence, on envoie tout le monde en CAP comptabilité-secrétariat, alors même que le recrutement ne se fait plus qu'au niveau BTS."

Pour aller plus loin

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