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Ecole publique, gratuite, laïque et obligatoire :
l'Education Nationale en situation d'échec dans sa mission d'enseignement de service public ?

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Une égalité des chances à la dérive : l'école est jugée de plus en plus injuste en France, avec un niveau en baisse par rapport aux autres pays

L'école française mal classée et jugée injuste

Le Monde - 7 décembre 2010 - Maryline Baumard
La France a raté son PISA 2009. Ce Programme international pour le suivi des acquis des élèves montre un pays tout juste dans la moyenne OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). [...] L'évaluation du niveau des élèves de 15 ans laisse apparaître une France très largement devancée. Les Etats-Unis réussissent mieux que nous en lecture et en sciences. Quant à l'Allemagne, derrière nous il y a dix ans, elle s'est ressaisie et nous passe devant en lecture, en sciences et aussi en mathématiques.
[...] Pour la France, les résultats de PISA 2009 sont mauvais à plusieurs titres. D'abord parce que les résultats bruts sont juste à la moyenne des pays de l'OCDE, ensuite parce que la courbe depuis la première session, en 2000, est à la baisse, et aussi parce qu'ils montrent un système de plus en plus injuste. Alors que la moyenne des pays de l'OCDE tourne autour de 500 points, la France obtient 496 en compréhension de l'écrit, 497 en mathématiques et 498 en sciences. En compréhension de la lecture, les élèves français chutent de 9 points et de 6 places, passant de la 12e à la 18e places en dix ans. [...] En mathématiques, toutefois, impossible de masquer la chute. La France descend de la 13e à la 16e place, et surtout perd 14 points depuis 2003. C'est beaucoup. Surtout quand l'Allemagne en gagne 10 en six ans, l'Italie 17 et le Portugal 21. En sciences, en revanche, la France campe toujours à la 21e place avec un score stable de 498 points.
Ces résultats masquent un autre indicateur inquiétant : notre école ne corrige que très mal les injustices de naissance. "En France l'impact du milieu socio-économique sur la performance est plus grand que dans la moyenne des pays de l'OCDE. Les diverses caractéristiques du milieu familial expliquent 28 % de la note", rappelle Eric Charbonnier, le responsable de PISA France. Un pourcentage en hausse, qui montre que l'école ne joue plus son rôle d'ascenseur social.
Autre révélation de PISA 2009, ils sont de plus en plus nombreux à rester au pied de l'ascenseur. "Le groupe des moins bons élèves en maîtrise de la langue augmente de 5 %. Ce sont souvent des garçons et leur niveau scolaire à 15 ans - qui est significatif de la suite de leur parcours - n'est pas ce qu'on peut attendre dans une société de la connaissance", souligne M. Charbonnier.
Aujourd'hui, ce sont 22,5 % des jeunes Français - soit 2 % de plus que dans la moyenne des pays de l'OCDE - qui peinent à extraire des informations d'un texte, à comprendre les liens entre les personnages, voire à dégager l'idée force d'un écrit. En mathématiques, c'est la même chose. La proportion des élèves les moins performants a aussi augmenté de façon significative entre 2003 et 2009, passant de 16,6 % à 22,5 %. Ce qui signifie que ces élèves ne savent s'y prendre avec un problème que si celui-ci ne nécessite pas d'étape intermédiaire pour sa résolution. Ils sont capables d'appliquer une formule, pas d'échafauder une stratégie qui conduirait à la résolution d'un problème.
[...] PISA met en évidence qu'avec parfois moins d'argent, d'autres réussissent mieux que nous. Et justement, autour de nous s'esquissent quelques jolies montées. L'Italie a connu des améliorations ; l'Allemagne, le Portugal et la Hongrie aussi. L'Allemagne, qui avait vécu son classement en 2000 comme une véritable atteinte à sa grandeur, a rattrapé son retard en injectant des moyens, certes, mais surtout en apportant de l'aide aux élèves en difficulté, en augmentant la durée de la journée.

...plus d'informations sur la baisse du niveau des études et la dévalorisation des diplômes

...plus d'informations sur l' échec de l'Education Nationale à réduire les inégalités

L'intérêt de l'élève n'est pas au centre de l'organisation et de la gestion des remplacements en cas d'absence de l'enseignant

45% des instituteurs ont posé un congé maladie l'an dernier

Le Figaro - 29 juin 2009 - Bastien Hugues
Selon une enquête du ministère de l'Education nationale portant sur les écoles maternelles et primaires et révélée lundi par RTL, 45% des professeurs des écoles ont posé au moins un congé maladie l'année dernière, une proportion deux fois plus importante que chez les salariés du privé (22%).
Dans le détail, les 283.772 enseignants titulaires du primaire ont été absents en moyenne 11 jours par an (contre 9 pour les salariés du privé) et ont cumulé quelque 3 millions de jours d'absence. [...] Ces absences ont connu des pics avant et après les vacances de Noël (12.000 enseignants absents par semaine), ainsi qu'autour des ponts du mois de mai, qui concentrent à eux seuls 80% des arrêts de courte durée. Quant aux 30.000 professeurs des écoles remplaçants, leur absentéisme est encore plus élevé, avec 17 jours déclarés en moyenne. Et selon l'enquête du ministère, sur dix jours d'absence d'un enseignant titulaire, seuls six sont réellement remplacés.

Absentéisme des profs : les pistes de Luc Chatel

Le Figaro - 21 janvier 2010 - Natacha Polony
Selon la FCPE, le non-remplacement des professeurs absents ferait perdre en moyenne une année de cours sur l'ensemble de la scolarité d'un enfant.
Le ministère insiste sur la nécessaire gestion des ressources pour limiter la casse. Trois pistes seront donc développées [...]. La première : la suppression du délai de carence qui fait qu'une absence est signalée au rectorat au bout de quatorze jours ouvrables. En deçà, l'absence est gérée en interne par l'établissement. «C'est ce qui explique que nous ayons un taux de remplacement de 96% dans le second degré, reconnaît-on au ministère, alors que la réalité est tout autre. À partir de maintenant, une absence sera signalée immédiatement, pour éviter le cas du professeur absent douze jours, qui revient une journée et repart : ça, c'était jusqu'à présent ingérable.»

Absentéisme des profs : la grogne des parents d'élèves

Le Figaro - 9 février 2011 - Natacha Polony
Ils se mobilisent contre un phénomène récurrent et plus fréquent à l'approche du week-end ou des vacances...
[...] La polémique sur les absences des enseignants ressurgit régulièrement, mais elle prend désormais une tournure nouvelle: les quelque 50.000 postes supprimés depuis trois ans expliqueraient, selon les syndicats enseignants, les difficultés rencontrées par les chefs d'établissement pour pallier une absence.
Du côté du ministère, on met en avant le plan pour l'amélioration des remplacements développé par Luc Chatel à la rentrée 2010: suppression du délai de carence qui laissait quatorze jours avant que le rectorat ne recherche un remplaçant, assouplissement des barrières administratives au remplacement par un enseignant d'une académie voisine... Selon la Rue de Grenelle, le vivier des remplaçants aurait été utilisé en décembre 2010 à 84%, contre 81,9% en 2009. Mais on murmure dans les couloirs du ministère qu'amplifier ce vivier ne servirait à rien, puisque les absences sont concentrées sur certaines périodes: «On sait déjà début septembre quels seront les pics d'absence de l'année scolaire, ironise un haut responsable, puisqu'on a le calendrier des vacances, et que cela se concentrera autour de ces dates...»
De fait, les quelques chiffres disponibles ne présentent pas, si l'on excepte les congés maternité, nombreux dans un métier largement féminisé, le tableau d'une profession plus absentéiste que les autres: entre 3,4 et 5,8% de professeurs absents sur un jour donné, pour une moyenne nationale de 4,5% des salariés. Mais un audit révélé par le journal Le Monde en décembre 2009 soulignait que «55% des congés de 24 heures et 81% des congés de 48 heures ont lieu juste autour du week-end et suggèrent un léger potentiel de réduction». D'autant que les arrêts maladie augmentent au mois de mai. Or, les cas de professeurs qui appellent le matin pour prévenir qu'ils sont souffrants sont évidemment les plus difficiles à gérer. Dans le secondaire, ces absences-là ne font l'objet d'un remplacement que dans 19% des cas. Pour Philippe Vrand, président de la PEEP, deuxième fédération de parents, «le problème n'est pas vraiment nouveau, mais il devient inquiétant, et il est logique que les parents, dans les régions les plus touchées par les baisses de postes, soient méfiants. Mais comme il est impossible d'obtenir des chiffres précis, nous sommes dans le flou. On peut juste dire que les parents d'élèves du privé semblent ne pas rencontrer ces difficultés».
Pour la fédération de parents, la solution serait dans le développement des prises en charge par les collègues. Ce qui implique une réflexion sur le temps de présence des enseignants dans les établissements; ou comment traiter une question taboue en ébranlant un autre tabou.

Des vacataires pour remplacer les instits absents?

Libération - 2 décembre 2009 - AFP
Le rapport du cabinet d'audit «révèle des dysfonctionnements du système de remplacement des maîtres du primaire», selon Le Monde, qui indique que les remplaçants sont eux-mêmes absents 17,4 jours par an en moyenne, soit plus que les titulaires! 45% des enseignants du primaire ont au moins un arrêt maladie par an, 8,3% en ont plus de trois, avec une durée moyenne de 6,2 jours par arrêt maladie, soit un total de 2 millions de jours de congés maladie par an, selon Le Monde, citant ce rapport dont certaines données avaient été dévoilées en juin par RTL. Lorsqu'on inclut les congés maladie ou de formation, la moyenne est de 11,1 jours d'absence par enseignant et par an dans le primaire.
L'absentéisme dans l'enseignement public est deux fois plus élevé que dans le privé, précise Le Monde. «55% des congés de 24 heures et 81% des congés de 48 heures ont lieu juste autour du week-end et suggèrent un léger potentiel de réduction», plaide le rapport, qui souligne par ailleurs la remontée des maladies au mois de mai, selon Le Monde.

20 000 profs sous-employés dans le collimateur

Le Figaro - 24 avril 2008 - Aude Sérès
En 2005, un rapport de la Cour des comptes avait fait grand bruit, chiffrant à quelque 32 000 le nombre d'enseignants sans classes et sans affectation pédagogiques. Dans ce chiffre était aussi comptabilisées des réalités fort différentes comme des arrêts maladie et les décharges pour activités syndicales. Aujourd'hui, on estime le phénomène à quelque 20 000. Le ministère travaille à la diminution des remplaçants auxquels il n'est jamais fait appel. Estimés à l'époque à 9 500 postes par la Cour des comptes, ils seront toujours 7 000 à la rentrée. Grâce à un travail déjà engagé et qui sera intensifié par le ministre, ils seront dans les années à venir de moins en moins nombreux. En 2004, le taux d'occupation des enseignants remplaçants était de 74,14 %, il est passé à 82,15 en 2007 avec un objectif de 90 % en 2010.
Autre chantier du ministère : les sureffectifs jugés inutiles dans certaines matières. Dès que, pour une discipline donnée, les effectifs dépassent une marge de remplacement de 6 % des besoins, il faut rationaliser le système. Or, ces enseignants étaient encore en fin d'année au nombre de 2 662 à la rentrée 2007. Ils enseignent principalement les lettres en lycée professionnel (546), l'Éducation physique et sportive (300) ou encore l'allemand (196). Après une forte progression les deux années précédentes, une optimisation a consisté à faire effectuer aux enseignants des cours sur des disciplines connexes à leur spécialité, à mieux adapter les offres de places aux concours mais aussi à mieux gérer les affectations par académies. À la rentrée 2009, les «surnombres» devraient être réduits à 900 postes, avec de fortes diminutions en allemand, éducation physique et sportive ou encore génie électrique. Reste un débat de taille, qui a connu un premier épilogue il y a juste un an. Il s'agit des avantages accordés aux enseignants, couramment appelé «décharges», qui représentent des heures payées mais non effectuées devant les élèves. Hors activités syndicales, ces heures regroupent des heures dites de «première chaire».
Selon une mission d'audit de modernisation réalisée en 2006 par l'Inspection générale des finances et l'Inspection générale de l'Éducation nationale sur le système des décharges, «il paraît possible d'estimer les gains potentiels à 11 880 équivalents temps plein».

A Epinay-sur-Seine, des parents exaspérés par le non-remplacement des enseignants veulent saisir la Halde

Le Monde - 17 janvier 2011 - Maryline Baumard
A l'école Jean-Jaurès d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), il n'y a pas classe tous les jours. Depuis le début de l'année, ce groupe scolaire cumule 49 journées avec au moins une classe sans maître. En fait, l'école a connu 57 journées d'absence et seulement huit jours de remplacement. Non seulement les parents en ont assez, mais ils pressentent qu'ils sont victimes d'une discrimination territoriale. [...] Les parents vont déposer un recours pour discrimination territoriale auprès de la Halde. Ils travaillent à sa rédaction dans le bureau de la directrice de l'école Jaurès qu'ils occupent depuis le 11 janvier.
[...] Sont-ils plus mal lotis qu'ailleurs ou bien seulement victimes de l'épidémie de grippe qui touche le pays ? Un rapport secret établi en octobre 2008 par le cabinet d'audit Roland Berger du temps où Xavier Darcos était ministre de l'éducation nationale, intitulé "Etude sur le dispositif de remplacement et de suppléance des enseignants du premier degré", explique les dessous du remplacement. Un inspecteur y confie comment "en période de pic, on a une gestion politique du dossier. On gère en priorité les écoles où les élus et les parents d'élève sont remuants. Une fois la crise passée, on démonte le cirque et on replante le chapiteau ailleurs", alors qu'un autre ajoute "notre priorité, c'est plutôt l'élémentaire par rapport à la maternelle".
De son côté, l'inspecteur d'académie, Daniel Auverlot, estime que l'école Jaurès et la Seine-Saint-Denis en général sont traités comme les autres territoires. "Pour mes 7 200 classes de Seine-Saint-Denis, je dispose de 700 remplaçants. Un potentiel de 10%, donc. Depuis le début janvier, j'ai 15% d'absents. Evidemment, ça ne passe pas", rappelle-t-il avant de préciser qu'à l'école Jaurès, un remplaçant supplémentaire pourrait être affecté après le retour dans les classes des stagiaires actuellement en formation.
Pour optimiser un peu plus le potentiel de remplaçants, les parents aimeraient que la circonscription voisine du Val-d'Oise puisse intervenir sur leur secteur. Chose qui n'est toujours pas possible, même si Luc Chatel avait annoncé la "possibilité de faire appel à des remplacements interacadémiques" [...]. Un an après, les rigidités du système sont au mieux de leur forme et il n'est toujours pas question de faire travailler un remplaçant du secteur d'à côté.
[...] Avec ses 250 enfants de 23 nationalités, l'école n'est pas favorisée. Comment, dans ces conditions, les enfants peuvent-ils acquérir une maîtrise de la langue et quelle image cette scolarité en gruyère leur donne-t-elle de l'école.

L'orientation scolaire des élèves ne répond plus à son objectif de service public

Les 16-25 ans, génération qui a perdu foi en l'avenir

Le Monde - 9 mars 2009 - Benoît Floc'h
"Toutes les enquêtes montrent que la jeunesse française va mal, dit le sociologue de la jeunesse Olivier Galland. Les jeunes Français sont les plus pessimistes de tous les Européens. Ils n'ont confiance ni dans les autres, ni dans la société. Ils apparaissent repliés sur leur classe d'âge et fatalistes. Pour une société, surtout en période de crise, c'est un handicap énorme."
L'un des sujets les plus sensibles est la réorganisation annoncée du système d'information et d'orientation des élèves, réforme que plusieurs gouvernements ont tentée en vain. "C'est un enjeu absolument central, poursuit le chercheur. Dans un système éducatif aussi complexe que le nôtre, l'information est une ressource fondamentale. Les inégalités entre les jeunes sont ici énormes, et elles s'accroissent."

Le naufrage de l'orientation à l'école

Le Figaro - 18 septembre 2009 - Natacha Polony
Les conseillers d'orientation-psychologues sont en première ligne. Ils sont 4 256, répartis entre les établissements scolaires et 600 centres d'information et d'orientation. Ils doivent être titulaires d'une licence de psychologie, et poursuivent, après un concours comportant des épreuves de psychologie et de connaissance du système éducatif, des filières et de l'emploi, deux années de formation, dont 6 à 8 semaines de stage en entreprise.
Leur mission : donner aux élèves les informations sur les différentes formations et les aider à définir un projet professionnel. Une mission qu'ils peinent visiblement à remplir. Pas de chiffres, bien sûr : un mauvais conseil ne se vérifie pas par des statistiques. Mais les 50 % d'échec en première année d'université résume les carences du système ; que l'on peut aussi expliquer par le maquis des formations : les seules licences professionnelles sont au nombre de 1 620. Luc Ferry, ancien ministre de l'Éducation, déclarait le 24 mars 2009 : «La grande erreur est d'avoir confié l'orientation professionnelle aux conseillers d'orientation-psychologues, qui sont incompétents pour cela et ne connaissent rien à l'entreprise. Ce n'est pas leur faute, mais ce n'est pas leur métier. Ce choix a été fait pour résorber le chômage des filières universitaires de psychologie.» Pour compenser, donc, certaines erreurs d'orientation…

Orientation : «Il faut se recentrer sur les débouchés»

Le Figaro - 16 septembre 2009 - Natacha Polony
Claire Mazeron, vice-présidente du syndicat national des lycées et collèges, explique que la formation des conseillers d'orientation-psychologues les incite à privilégier les envies des jeunes.
"Dans la façon dont ils conçoivent leur mission, les copsys mettent en avant le «projet» de l'élève. De même que la pédagogie prescrit que l'enfant «construise son savoir», on décrète qu'il doit «construire son parcours», en dehors de toute réalité. On voit d'ailleurs des modes, en fonction des références télévisuelles ou autres. En ce moment, c'est le théâtre. Mais personne ne dit au gamin qu'avec un 3 en français, le théâtre n'est pas envisageable, et que même avec un 18, les places seront chères. On est dans l'ordre de la foi. Et parallèlement, les copsys ont des consignes pour remplir certaines filières un peu vides. De sorte qu'au mois de juin, quand il faut trouver une place en urgence, on envoie tout le monde en CAP comptabilité-secrétariat, alors même que le recrutement ne se fait plus qu'au niveau BTS."

« Privilégier les formations par alternance »

Ouest France - 9 janvier 2010 - Michel Desroziers (directeur général de Sadex embrayages à Fougères et vice-président délégué à la CCI), propos recueillis par Marie Toumit
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes ? "Il faudrait qu'ils s'orientent vers des formations qui proposent ce côté pratique, qu'ils frottent les théories à la réalité. Quel que soit le niveau d'études, les formations en alternance sont intéressantes pour cela. Je conseillerais aussi de bien se renseigner sur les débouchés avant de se lancer dans une filière. L'idée de s'épanouir dans son métier d'accord, mais encore faut-il travailler ! Il faut parfois accepter de faire d'autres choix et suivre une autre filière, pas trop éloigné de sa première envie, mais qui a des débouchés."

Au-delà des savoirs, une mission d'intégration sociale et d'intégration culturelle qui n'est plus réalisée : la question de la violence à l'école et de la montée du communautarisme

Un rapport souligne les difficultés de l'école à intégrer les enfants de l'immigration

Le Monde - 24 octobre 2010 - lemonde.fr avec AFP
L'école a de plus en plus de difficultés à assurer ses missions d'intégration d'enfants d'immigrés, notamment dans les départements où ces populations sont surreprésentées, pointe le Haut conseil à l'intégration (HCI) dans un avis rendu public dimanche 24 octobre. Dans ce document de travail - mis en ligne par le Journal du Dimanche (et qui doit être remis dans sa version définitive au premier ministre en novembre) - le HCI rappelle que "l'école républicaine" constitue "un espace d'intégration sociale" et que "l'école française doit exercer sa mission d'intégration culturelle". "Toutefois, force est de constater qu'aujourd'hui, l'école française a de plus en plus de mal à exercer ces missions", déplore le HCI.
"Les transformations économiques et la paupérisation de populations, concentrées sur des territoires repérés, que des politiques pourtant volontaristes n'ont pas sortis de la précarité, mettent l'école en difficulté dans sa visée d'intégration", souligne l'avis. Le HCI observe qu'en France, la "proportion de jeunes issus de familles dont au moins un des parents est immigré, s'élève à moins de 20 %". Mais, caractéristique de l'Hexagone, cette répartition est très inégale sur l'ensemble du territoire. "Ainsi, en 2005, les plus fortes concentrations départementales sont en [...] Seine-Saint-Denis (57 %), Paris (41 %), Val-de-Marne (40 %) et Val-d'Oise (40 %)", selon le HCI.
Là, "l'espace scolaire est fortement exposé aux tensions ethno-culturelles. L'école donne des signes de souffrance. Elle est aujourd'hui le lieu de revendications nouvelles qui ressortent de l'expression du communautarisme, d'une identité religieuse, voire, au rejet de la culture et des valeurs de la République française", s'inquiète le Haut conseil à l'intégration. Le rapport relève par exemple, dans certains collèges, les difficultés pour les professeurs d'histoire-géographie d'enseigner la Shoah ou l'histoire du Proche-Orient.

L'école fragilisée par le communautarisme

Le Figaro - 24 octobre 2010 - Cécilia Gabizon
L'école peine désormais à intégrer les enfants d'immigrés, affirme le Haut Conseil à l'intégration (HCI) dans un document de travail [...] qui sera remis au gouvernement en novembre. Durant plusieurs mois, le HCI a rencontré des professionnels de l'Education nationale et s'inquiète de voir l'«espace scolaire fortement exposé aux tensions ethno-culturelles. [...] Elle est aujourd'hui le lieu de revendications nouvelles qui ressortent de l'expression du communautarisme, d'une identité religieuse, voire, au rejet de la culture et des valeurs de la République française».
L'intégration par l'école «ne va plus de soi». Car les élèves d'origine étrangère se trouvent concentrés. Alors qu'ils représentent 20% de la jeunesse française, ils constituent 57% des mineurs en Seine-Saint-Denis, 41 % à Paris, 40% dans le Val-de-Marne et le Val d'Oise.
«Cette surreprésentation dépasse les 60% dans vingt communes, pour l'essentiel en Ile-de-France. En 2005, en Seine-Saint-Denis, un jeune sur cinq est d'origine maghrébine et plus d'un sur six est originaire d'Afrique subsaharienne. Cette concentration de jeunes issus de l'immigration est encore plus forte à l'échelon communal, et dans certaines villes comme Clichy-sous-Bois, Aubervilliers ou La Courneuve, les trois quart de la jeunesse est d'origine étrangère».
Les effets démographiques de l'immigration ne se font pas sentir qu'en région parisienne. C'est aussi le cas de l'ouest de la France dans des villes comme Angers ou Blois. Dans cette dernière, un tiers des jeunes est aujourd'hui d'origine immigrée, contre un sur vingt en 1968. Plus de 80% d'entre eux sont d'origine maghrébine, subsaharienne et turque. «Aussi, certains établissements scolaires accueillent une majorité d'élèves d'origine immigrée».
Dans ces classes, les revendications identitaires sont fortes. Certains se disent «100% musulmans». Les cours d'histoire sont parfois chahutés lorsque l'on parle du Moyen Orient, de la Shoah ou de religion. Les sciences naturelles sont également contestées au profit d'une vision religieuse de la création. Cet «effet ghetto» nuit clairement à l'apprentissage. Les élèves d'origine étrangère pâtissent également de la précarité économique qui touche souvent leurs familles et du manque de diplômes de leurs parents, note le rapport. Les aides à la scolarité se sont multipliées : elles sont souvent utiles, mais mal coordonnées, selon le HCI, qui préconise l'entrée en maternelle obligatoire, afin d'équilibrer les chances scolaires. Aujourd'hui, certains enfants arrivent en primaire avec seulement 400 mots de vocabulaire, contre 1500 pour les enfants de cadres.

Un «dictionnaire des enfants» rattrapé par les préjugés

Le Figaro - 1 juillet 2010 - Natacha Polony
L'académie de Créteil a mis en ligne l'ouvrage élaboré par ses élèves, avant de le retirer.
le dictionnaire illustre le mot «arabe» par l'exemple : «Je suis arabe et je fais l'Aïde (sic, corrigé dans la version papier)», la conjonction de coordination induisant une nuance de conséquence qui laisse entendre que tout Arabe devrait célébrer l'Aïd. Plus gênant, la définition des mots «juif», «chrétien» ou «bouddhiste». Dans la version validée par les professeurs après délibération de la classe, on lit : «Juif, juive : nom commun. Ce sont des personnes dont la religion est le judaïsme. Ils ne croient qu'en un seul dieu. Exemple : Un juif va s'installer dans notre immeuble. » Pour «chrétien», l'exemple est : «Les chrétiens partent en croisade pour défendre le tombeau du Christ en Terre Sainte», étonnamment formulé au présent. Les bouddhistes, eux, sont censés croire en «le dieu Bouddha ». Les musulmans se voient gratifiés d'une définition précise, d'une origine et d'une étymologie, de même que le mot «ramadan», qui est défini comme un «mois de jeun (sic)» dans la version numérique. Grands absents du dictionnaire, les mots «république» et «laïcité». Le français, lui, n'est que la discipline scolaire, et pas la langue parlée en France.

Violence à l'école : le rapport qui inquiète

Le Figaro - 7 avril 2010 - Christophe Cornevin
Tirs d'arme à feu, agressions et menaces à l'arme blanche, découverte d'engins explosifs... Alors que le gouvernement organise jusqu'à mercredi les états généraux sur la violence à l'école, de graves incidents continuent d'empoisonner la vie des collèges et lycées. Un état des lieux dressé par la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) témoigne de cette haine devenue banale et ordinaire.[...] L'édifiante chronique égraine quelques «faits marquants récents» recensés le mois dernier dans les établissements sur l'ensemble du territoire. Ainsi, le 12 mars, une mère d'élève de 47 ans fait irruption peu avant midi dans le collège Jean-Jaurès d'Albi (Tarn) : «munie de deux couteaux de cuisine», elle a forcé la porte de la salle de classe de son fils pendant un cours de mathématiques et a ordonné aux élèves de quitter les lieux. «Elle a alors manifesté son intention de tuer l'enseignante qui, selon elle, harcelait son fils de 12 ans», révèle la note policière. Une patrouille, intervenue in extremis, a empêché le drame en maîtrisant et plaçant en garde à vue la mère souffrant de «troubles psychologiques». La professeur, quant à elle, est «fortement choquée».
Le même jour, vers 18 heures, devant le collège Notre-Dame de Reims (Marne), une jeune enseignante de 24 ans s'est retrouvée avec «un couteau à cran d'arrêt, à hauteur du visage». Motif ? Elle «s'interposait dans une bagarre entre plusieurs élèves». Là encore, il a suffi de rien pour que le sang coule. «Raisonné par un comparse», l'individu lâchait sa proie . Entre-temps, vers 14h30 à Sartrouville (Yvelines) cette fois, un lascar encagoulé «fait irruption dans une salle de classe, où après avoir crié, il a d'abord jeté une pierre en direction d'une enseignante, sans la toucher, avant de la frapper à coups de poing et de pied devant ses élèves». L'agresseur, en fuite, est toujours recherché.[...] Ainsi encore, le 26 mars vers 9h20, un adolescent de 16 ans faisait exploser deux bouteilles «contenant de l'acide chlorhydrique de batterie» dans une classe du lycée hôtelier Raymond-Mondon de Metz. «Fasciné par les explosifs et les faits de guerre», l'artificier amateur, extérieur à l'établissement, dit avoir «voulu distraire un ami durant un cours».
La violence a, semble-t-il, atteint un nouveau seuil le 31 mars dernier, quand à 10 heures, une détonation a retenti sous le préau du lycée Louis-Here, à Laxou (Meurthe-et-Moselle). Sur place, les policiers ont trouvé la douille de calibre 9 mm. Fou, le tireur avait fait feu quand le hall était bondé : neuf lycéens de 16 à 19 ans , interrogés en raison de «leurs ricanements» au moment des faits, ont été relâchés faute de preuve. Le même matin, à Strasbourg (Bas-Rhin), un homme porteur d'une cagoule faisait irruption en pleine salle de cours d'allemand. «Exhibant une arme de poing devant le professeur et les élèves, il avait fait feu sur l'enseignante», avant de se volatiliser.

Echec scolaire et immigration: Guéant suscite un tollé dans le monde éducatif

Le Point - 25 mai 2011 - AFP
La déclaration du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, imputant deux tiers des échecs scolaires aux enfants d'immigrés, a soulevé un tollé dans le monde éducatif, qui conteste la réalité de cette statistique.
"Contrairement à ce qu'on dit, l'intégration ne va pas si bien que ça: le quart des étrangers qui ne sont pas d'origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés", a dit Claude Guéant dimanche au Grand rendez-vous Europe 1/Le Parisien.
En réaction, les principaux syndicats d'enseignants des écoles primaires, les lycéens de l'UNL et les parents d'élèves de la FCPE ont condamné ces propos, relevant pour eux d'une vision "haineuse" qui ne s'appuyait sur "aucune réalité statistique".
"Cette politique de mise à l'index des familles immigrées et de leurs enfants est indigne d'un ministre de la République. Claude Guéant cherche-t-il à masquer la réalité de sa politique ? Le véritable échec, c'est celui de son gouvernement, incapable de lutter contre les inégalités et l'exclusion sociales", a écrit le SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.
Réagissant à son tour, Claude Guéant a déclaré mardi à l'AFP que ces propos étaient "tout le contraire d'une stigmatisation, mais le constat de difficultés de notre politique d'intégration".
Il a ajouté que "ces chiffres sont tout simplement ceux que donnent tant l'Insee que l'OCDE". Selon son porte-parole, il faisait référence à des études de l'Institut national de la Statistique et des Etudes économiques de 2005 et 2006 [...]. La veille, le ministère avait mentionné le "rapport 2010 du Haut Conseil à l'Intégration (HCI) sur les défis de l'intégration à l'école".
Dans un communiqué mardi, le HCI a surtout expliqué que "les immigrés connaissent plus fréquemment des difficultés dans leurs parcours scolaires", mais sans reprendre le chiffre de Claude Guéant.
[...] Encore faut-il savoir si l'échec scolaire est mesuré en fin de primaire, ou bien par les redoublements, ou bien encore à 15 ans, âge choisi par l'OCDE pour bâtir son enquête internationale Pisa, désormais très suivie.
Selon Pisa 2009 en tout cas, les élèves issus de l'immigration sont en France 42% de la première génération et 35% de la deuxième à être d'un niveau très faible en compréhension de l'écrit. Cette faiblesse concerne 20% de l'ensemble des élèves.
[...] L'autre enseignement tiré des comparaisons internationales que permet Pisa est qu'en France, l'école parvient en moyenne moins qu'ailleurs à corriger les inégalités de départ, car "l'impact du milieu socio-économique" des parents sur la réussite des élèves y est "plus grand que la moyenne de l'OCDE". Or les familles immigrées sont plus pauvres que la moyenne des Français.
[...] Le HCI a lui recommandé un effort dès la maternelle sur la maîtrise du français par les enfants issus de l'immigration.

Des enseignants massivement engagés politiquement et idéologiquement à gauche, une institution au passé anti-religieux : quelle neutralité pour l'école publique et laïque ?

La gauche hégémonique chez des enseignants du public crispés

Le Monde - 22 février 2012 - Maryline Baumard
Les enseignants ont l'intention de voter massivement et efficacement à gauche. C'est la principale leçon du sondage réalisé par l'IFOP pour Le Monde. Au premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril, 46 % des 712 enseignants représentatifs interrogés du 13 au 15 février, comptent voter pour le candidat socialiste François Hollande. Et au second tour, 79 % de ces enseignants du primaire, des collèges et des lycées ont l'intention de faire ce même choix. Le candidat Nicolas Sarkozy, lui, recueillerait 12,5 % de leurs suffrages au premier tour du scrutin et 21 % au second. Voici les sept leçons qui se dégagent de cette enquête, à 60 jours du premier tour.
"Il n'y a pas d'autre catégorie professionnelle où 8 électeurs sur 10 ont l'intention de voter pour un même candidat au second tour. En 2007, les agriculteurs avaient opté à 70 % pour M. Sarkozy, et c'était exceptionnel", rappelle Jérôme Fourquet, directeur du département opinions à l'IFOP.
[...] Quand on additionne les intentions de vote Front de gauche et PS, on arrive à 61% dans l'enseignement public et à 31 % dans le privé. Les enseignants du privé partagent équitablement leurs voix entre François Bayrou (29 %), Nicolas Sarkozy (28 %) et François Hollande (27 %). Au second tour, ils voteraient à 54 % en faveur de M. Hollande, contre 83 % dans le public. Les enseignants du privé ont moins peur de M. Sarkozy et de ses propositions que ceux du public. L'autonomie, ils la vivent déjà au quotidien puisque leurs chefs d'établissement disposent de cette marge de manœuvre et choisissent déjà leurs enseignants.
"Le clivage entre le privé et le public a toujours structuré le paysage éducatif français. Pendant des années, le PS et le PC se sont partagé le vote des enseignants du public, le PC recueillant jusqu'à 25 % du vote des instits, et l'enseignement privé, lui, votant plus largement à droite", rappelle l'historien Claude Lelièvre. A quoi Jérôme Fourquet ajoute que "les profs du privé votent comme les Français" et que "la vraie spécificité, dans ce pays, ce sont les enseignants du public". L'écart de comportement entre ces deux catégories lui fait ajouter qu'elles répondent tout simplement "comme deux professions différentes".

«Ne pas accorder d’attention au fait religieux favorise les intégrismes»

Libération - 21 avril 2011 - Christian Defebvre (historien), propos recueillis par Catherine Coroller
Christian Defebvre, agrégé d’histoire et géographie, docteur en sciences de l’éducation, analyse la place du religieux dans le système éducatif français. Il a dirigé l’ouvrage collectif Histoire des religions en Europe (Hachette éducation) et est l’auteur des cahiers pédagogiques Sagesses et religions du monde : Cahier de travaux pratique (Bayard).
Que pensez-vous de la polémique provoquée par la demande d’aménagement des horaires d’examens d’entrée aux grandes écoles pour des candidats juifs ?
Ce fait divers, par les réactions suscitées et leur montée en puissance, révèle une frilosité de notre système éducatif sur la question des religions, ainsi que la difficulté d’aborder cette question sans éveiller les peurs des uns et l’insatisfaction de tous ceux qui aspirent à une nouvelle approche du vivre-ensemble dans la société française contemporaine.
La fête concernée par cette demande est celle de Pessah (Pâque juive), qui n’est pas la plus importante du calendrier hébraïque. L’institution doit-elle se plier à une telle demande ?
Une laïcité étroite et antireligieuse provoque parfois le monde des croyants quelle que soit leur religion. Le fait de ne pas accorder d’attention au fait religieux au nom d’une laïcité étroite favorise les réactions intégristes comme cette demande de modification des dates des examens. On couperait court à ce genre de revendication si l’Education nationale accordait une attention à chaque grande religion du pays, ne serait-ce qu’en les consultant sur leur calendrier des fêtes religieuses pour en informer ensuite les agents du système éducatif afin de ménager les susceptibilités. Ce travail de communication interne, une fois accompli, reste le fait que dans notre société les enseignants sont parfois confrontés dans leurs classes à des élèves extrémistes et qu’ils ne disposent actuellement ni d’une formation adaptée ni d’un temps scolaire leur permettant d’aborder scientifiquement la question des religions afin d’éveiller au discernement de ce qu’est l’extrémisme religieux ou un courant sectaire. Etre informé du calendrier des fêtes religieuses, considérer la question de la formation scientifique aux religions et envisager un temps pour le sens de l’existence à l’école, comme cela se pratique en Belgique, n’empêche pas un positionnement clair et ferme évitant de céder à toute injonction sectaire ou intégriste. La laïcité est une valeur fondamentale de notre République. Elle est au cœur de notre institutionnel public. Pour la faire exister en répondant aux réalités d’aujourd’hui, il faut à la fois oser la faire évoluer vers un meilleur vivre-ensemble et en même temps la protéger avec fermeté face aux courants intégristes ou sectaires.
Comment l’école a-t-elle évolué sur la question de la présence de la religion ?
Notre système éducatif a pris naissance sous la IIIe République, dans un contexte scientiste où l’on a cru pouvoir se passer des religions. Au début du siècle, on a vu apparaître au sein de l’Education nationale, des gens qui faisaient de la laïcité une quasi-religion. L’inspecteur général Louis Bérard a tenté d’enlever toute trace de religion dans les programmes. A partir des années 60, les professeurs se sont montrés de plus en plus mal à l’aise sur les questions morales, pas tant au nom de la science ou de la mort de la religion annoncée par Nietzsche, mais du respect de la vie privée. La question du foulard et des banlieues a été la première alerte : quelque chose était en train de changer. En 1984, Jean-Pierre Chevènement a réintroduit l’instruction civique - qui avait disparu au début des années 70 - au collège.
Depuis quand l’école réfléchit à la question du religieux ?
En 1990, Philippe Joutard, recteur de Besançon, a organisé un colloque sur la place des religions dans le système éducatif. Il ne s’agissait pas uniquement de réagir à la question du voile. Mais de trouver une réponse à un problème de fond qui est que les enseignants se retrouvent face à des analphabètes en matière de culture religieuse. Par ailleurs, le public scolaire d’aujourd’hui est diversifié. Chaque élève a son savoir, et celui qui vient d’une société musulmane, dans laquelle la religion est très prégnante, pose parfois des problèmes à l’enseignant. On ne peut plus se réfugier en disant que la religion est une affaire privée. Il faut au contraire se réapproprier cette question et concevoir des pédagogies ouvertes à la compréhension et au respect.
N’est-ce pas ce qu’avait préconisé Régis Debray dans son rapport sur l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque ?
Ce rapport a été rendu au moment où la gauche s’en allait. Du coup, il est tombé en désuétude, alors que Régis Debray pointait la nécessité de redonner aux religions une place dans notre système éducatif.
Quelle place ?
Il y a encore un courant laïque, scientiste, dans la société, qui considère la religion comme un phénomène passéiste. Or, tant qu’on n’aura pas viré notre cuti sur ce sujet, on sera la cible des tendances intégristes, fondamentalistes, voire des sectes. Il faut prendre en compte cette question de manière très concrète, sans polémiques. La question que nous devons résoudre ensemble est : que peut-on faire pour mieux vivre ensemble et se respecter en reconnaissant que nous avons des croyances différentes, y compris le refus de Dieu ?

Enseignement privé hors contrat et chèque scolaire : des idées pour créer un modèle alternatif, viable et crédible, d'école publique gratuite et obligatoire au système actuel de l'Education Nationale

Les écoles privées hors contrat, une galaxie éclectique à la marge du système

Le Monde - 27 avril 2012 - Mattea Battiglia
« Neuf cents établissements accueillent 58 000 élèves de la maternelle au lycée. Ils séduisent surtout des parents déçus de l’éducation nationale.
Écoles « alternatives » de type Steiner ou Montessori, écoles catholiques « tradi », écoles autogérées d’inspiration altermondialiste, écoles bilingues, internationales ou régionales, écoles pour enfants précoces, dyslexiques… La galaxie des écoles dites hors contrat semble bien éclectique, et méconnue. « Un angle mort », lâche-t-on au ministère de l’éducation nationale.
Ces établissements ont vu le jour en marge du système classique, souvent à l’initiative de familles qui revendiquent le « libre choix de l’école ». Et prennent en charge leur fonctionnement. Ces écoles sont rassemblées sous l’appellation d’enseignement privé hors contrat - par opposition à l’enseignement privé sous contrat avec l’État, qui accueille 2 millions d’élèves.
Un secteur en croissance ?
« Sans conteste », répond Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école, qui défend l’essor de ces établissements et s’est vu reconnaître le statut d’utilité publique. « Trente et une écoles hors contrat ont vu le jour en 2011, contre une vingtaine par an en moyenne depuis 2004 ». Quelque 900 structures - 348 écoles, 111 collèges, 181 lycées généraux et technologiques et 259 lycées professionnels - ont été recensées à la rentrée 2011 par la Rue de Grenelle.
Elles attirent « les déçus de l’éducation nationale », assure Anne Coffinier, « des parents mais aussi des enseignants effrayés de la baisse du niveau scolaire, rebutés par un système rigide et cassant… et qui veulent en inventer un autre ».
Un besoin plus fortement ressenti en 2011, semble-t-il, année marquée par 16 000 suppressions de postes – 80 000 depuis 2007. « La création d’écoles indépendantes permet d’assurer la continuité du service public d’éducation dans les zones les plus mises à mal, comme en milieu rural », affirme la jeune énarque et normalienne, citant l’exemple de maires « convertis au hors contrat » dans l’Ariège ou le Puy-de-Dôme.
Pour qui ?
« Ces écoles se constituent sur des ‘niches’, offrant une alternative pour des familles majoritairement issues des classes supérieures et moyennes, même si les classes populaires n’en sont pas exclues », explique la sociologue Agnès van Zanten, directrice de recherches au CNRS. L’option est coûteuse : entre 60 euros et 800 euros par élève et par mois, estime-t-on.
Mais elle attire des parents d’élèves estimant avoir un rôle à jouer dans le choix des méthodes et de la pédagogie, souvent à la recherche d’un encadrement philosophique ou spirituel « différent », parfois d’un niveau de discipline « particulier », voire de non-mixité… « Les attentes sont très diverses, souligne Agnès van Zanten. C’est moins un réseau qu’une collection d’écoles qui n’entretiennent pas nécessairement de lien entre elles. »
Un ensemble au périmètre très limité : 24 860 écoliers, 32 749 collégiens et lycéens, selon le ministère. Quelque 58 000 élèves… sur 12 millions au total.
Un risque de dérives ?
« C’est une des idées fausses que l’on se fait sur le hors contrat », soutient Anne Coffinier, qui a récemment constitué un annuaire de ces établissements. « Contrairement aux idées reçues, trois sur cinq ne se réfèrent à aucune foi particulière », dit-elle. Si elle reconnaît que le « hors contrat » compte aussi des écoles traditionalistes – comme celles de la Fraternité Saint Pie X -, qu’il attire des familles parfois déçues par l’enseignement catholique « sous contrat » ou qui n’y ont pas trouvé de place – avec 30 000 à 40 000 demandes insatisfaites en 2011 -, elle juge infondés les « soupçons de dérives intégristes » pesant sur le « hors contrat ».
Infondée, aussi, la proposition de résolution déposée par des députés socialistes – Jean Glavany en tête – en mai 2011, visant à créer une commission d’enquête sur les pratiques de ces écoles – « proposition retoquée », rappelle-t-elle. « Je travaille à plein-temps sur ces établissements et je peux vous assurer qu’ils sont plus surveillés que n’importe quelle école publique. En dix ans, la Miviludes [mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires] n’a jamais trouvé un seul cas de dérive sectaire. »
Des structures hors contrôle ?
« Dans les textes, une inspection de ces établissements peut être prescrite chaque année, confirme Patrick Roumagnac, secrétaire général du SIEN-UNSA, le principal syndicat des inspecteurs de l’éducation nationale, « mais dans les faits, c’est plutôt une tous les trois ou quatre ans dans les écoles hors contrat, et une par an lorsque l’instruction est délivrée à domicile. »
C’est là « à la maison », que le risque de dérive peut exister, estiment les inspecteurs, davantage que dans les écoles hors contrat où leurs visites sont « bien accueillies ». La tâche n’est pas simple pour autant : « On doit s’assurer de l’acquisition du ‘socle commun de connaissances et de compétences’ à 16 ans, sans porter de jugement sur les étapes, la pédagogie, les manuels utilisés, car ces écoles sont libres de s’affranchir des programmes et de choisir les méthodes qui leur conviennent », rappelle M. Roumagnac. Libres, aussi, du choix de leurs enseignants, pas toujours diplômés de l’éducation nationale.
Un impact sur l’école publique ?
« Pas à mon sens, car l’essor des établissements hors contrat mérite d’être nuancé », répond l’historien de l’éducation Bruno Poucet. « La liberté d’enseignement est un principe en France. Des parents qui estiment que l’école officielle ne répond pas à leurs attentes, il y en a toujours eu, explique-t-il. Les écoles indépendantes accueillaient même deux fois plus d’élèves il y a un demi-siècle. »
En 1959, au moment du vote de la loi Debré – qui régit aujourd’hui encore les rapports entre les établissements privés et l’État -, on recensait quelque 100 000 élèves dans 310 établissements hors contrat, rappelle-t-il. [...]
Si Bruno Poucet reconnaît que les créations d’écoles disent beaucoup de l’état de tension des familles, de leurs attentes insatisfaites, « celles-ci font encore massivement confiance à l’éducation nationale », assure-t-il.
« Opposer systématiquement école publique-école privée enferme le débat », avance Anne Coffinier. La Fondation pour l’école a lancé, le 3 avril, depuis le Palais Bourbon, un appel à expérimenter des ‘charters schools’, ces écoles publiques de gestion privée en développement dans les pays anglo-saxons notamment.

Les écoles différentes plébiscitées

Le Figaro - 2 juin 2010 - Natacha Polony
Les récents rapports sur l'état du système scolaire français, et notamment celui de la Cour des comptes dénonçant son inefficacité et son incapacité à atténuer les inégalités sociales, ont rendu plus actuelle que jamais l'idée d'une crise de l'école. Au point que les parents non initiés semblent prêts à tout pour sortir de la jungle scolaire par le haut.
L'association Créer son école, mouvement de soutien à la fondation d'écoles catholiques hors contrat prônant l'instruction et les savoirs, rend public, à l'occasion de son colloque au Sénat «École, comment Innover?», un sondage Ifop réalisé auprès de 1 287 personnes. Et les résultats, pour surprenants qu'ils soient, prouvent la méfiance croissante envers une école en échec. Ils seraient donc 74% à plébisciter un paysage éducatif plus varié, et 87% à souhaiter un renforcement des pouvoirs du chef d'établissement, que ce soit en matière de discipline ou d'organisation des enseignements.
Enfin, 81% des personnes interrogées se prononcent pour la possibilité accordée aux directeurs d'établissement de recruter leur équipe en fonction de leur projet éducatif. Si pour chacune de ces questions, les sympathisants de droite sont plus nombreux à donner leur assentiment que les sympathisants de gauche, ces derniers sont tout de même 70 à 90% à se prononcer en faveur de cette plus grande souplesse. Une contradiction avec les propositions des partis et syndicats dont ils se sentent proches?
Pour Anne Coffinier, présidente de Créer son école, «ce sondage marque une évolution vers une forme de banalisation» de ces idées historiquement associées à la droite ultralibérale «mais qui, dans les autres pays, sont portées par les sociaux-démocrates». Cette diplomate, énarque et normalienne, qui défend le modèle très marginal des établissements hors contrat (privé non financé par l'État) contre le modèle du privé sous contrat, propose même une lecture sociale des résultats du sondage, qui montrent que les ouvriers seraient davantage tentés que les cadres par un système de libre choix des établissements. «Les gens qui ont des moyens ont leurs réseaux pour échapper à la faillite de l'école, plaide-t-elle. Ils peuvent se payer le privé sous contrat et n'ont pas envie que les pauvres les rejoignent dans les mêmes établissements.»

Le chèque scolaire sauvera l'école

Le Figaro - 13 avril 2012 - Chantal Delsol (philosophe)
Pour la première fois en France, on étudie avec sérieux et de façon approfondie un système différent de celui de l’Éducation nationale, qui pourrait répondre au naufrage, et s’imposerait comme viable et crédible. Par viable et crédible il faut entendre une autre possibilité de mettre en place un système d’instruction gratuite, laïque et obligatoire. Personne en France ne voudrait remplacer notre organisation actuelle, fût-elle moribonde, par une atmosphère de jungle où seuls les riches pourraient payer des études à leurs enfants. Il s’agit de sauver les avantages de notre organisation tout en luttant contre ses perversions. Notre problème (quand nous acceptons de le regarder droit dans les yeux) réside dans un naufrage scolaire massif de nos enfants (20 % d’illettrés en France, et 40 % d’enfants en grande difficulté en CM2), alors même que nous payons pour cela beaucoup plus cher que les pays voisins performants. Face à l’échec scolaire il faut personnaliser l’enseignement ; face aux déficits il faut responsabiliser les établissements. Cela s’appelle le chèque-scolaire : l’État finance l’enseignement pour tous les enfants de France ; mais au lieu de gérer directement l’enseignement, il délègue cette gestion aux écoles devenues autonomes ; l’État verse le financement de l’enseignement pour chaque enfant, soit aux familles qui le donneront à l’école de leur choix (d’où le nom de chèque-scolaire), soit directement aux établissements au prorata de leurs inscriptions ; le rôle de l’État consiste naturellement dans la surveillance et le contrôle de la gestion et de l’enseignement des établissements.
Le principal avantage de ce système est dans le libre choix de la famille, et on est bien loin naturellement de la carte scolaire : la mixité sociale progresse en même temps que les choix individuels ; et surtout, chaque enfant peut trouver l’école qui convient à ses besoins éducatifs particuliers. Chaque école publique se donne un esprit propre, qui peut s’adapter aux besoins spécifiques de son environnement. Les établissements se trouvant naturellement en concurrence de par la suppression de la carte scolaire, visent la qualité car ils n’existent que par la demande des parents, et non plus par la volonté du Plan.
A une époque d’individualisation, où chacun possède son mobile et son adresse-mail, l’école française demeure le seul lieu collectivisé, où les solutions publiques performantes n’existent pas pour répondre aux besoins éducatifs spécifiques : d’où un déficit exponentiel dans l’égalité des chances. Le système du chèque scolaire, qui répond à la variété croissante des familles et des situations, n’est pas une utopie d’intellectuels. Il existe dans nombre de pays du monde, sous plusieurs formes différentes (chèque éducation, crédits d’impôts, charter schools). C’est le mérite de la Fondation pour l’Ecole de proposer une lourde étude de bilan des expériences étrangères. On s’aperçoit que ces écoles sont les plus demandées par les familles – 400 000 enfants sur liste d’attente des charters schools aux États-Unis. De surcroît, elles coûtent moins cher. Tout cela n’est pas une surprise : en France les établissements privés sous contrat, dotés d’une autonomie de gestion et se donnant un esprit propre, coûtent moins cher à l’État que les établissements publics, et réussissent mieux puisque dans les cent meilleurs lycées français 62 sont privés (alors que le privé n’a droit, rappelons-le, qu’à 20 % des inscriptions scolaires). D’ailleurs depuis un demi-siècle nos gouvernants sans exception louent le public et inscrivent en cachette leurs enfants dans le privé. Quand va-t-on tordre le cou à ces hypocrisies, qui permettent aux élites de brandir une idéologie égalitaire juste bonne pour les autres ?
On se demande évidemment ce qui empêche de remplacer notre système moribond et producteur d’ignorance par une figure sui generis du chèque scolaire, qui fonctionne bien partout où il existe. La réponse est unique : il faudrait revoir le statut des enseignants. Car si les familles choisissent leur établissement, et si les établissements se gèrent de façon autonome, les enseignants seront soumis à une évaluation de… leurs résultats professionnels : chose évidente partout, mais impensable ici, en raison de la portée considérable des corporatismes.

Pour aller plus loin

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