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Refus du risque et principe de précaution

Dossier d'information et de réflexion - basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse - sur l'aversion au risque de la société :

Le principe de précaution est nécessaire et légitime

Dans un «coma» depuis 23 ans, il était en réalité conscient

Le Figaro - 23 novembre 2009 - Jérôme Bouin
Un Belge de 46 ans a passé 23 années allongé dans un lit d'hôpital dans un état qualifié de végétatif. Des analyses menées en 2006 ont montré qu'il était conscient depuis le début. Un cas qui ne serait pas isolé.
Cet événement pourrait relancer le débat sur l'opportunité de mettre fin à la vie de personnes plongées dans le coma depuis des années et dont on estime qu'elles ne recouvriront jamais leurs facultés.

...vidéo témoignage de quelqu'un qui était conscient durant son coma

Le refus systématique de la prise de risque conduit à la sclérose et à l'immobilisme de la société

Principe de précaution ou de paralysie sociale ?

Marianne - 20 janvier 2011 - Elie Arié
Le hasard fait que je viens de terminer deux livres que deux amis m’ont envoyé avant leur parution : La France est-elle finie ? (Fayard), de Jean-Pierre Chevènement, [...] et La peur est au-dessus de nos moyens : pour en finir avec le principe de précaution (Plon), de Jean de Kervasdoué, ancien directeur des Hôpitaux, directeur de l’Ecole Pasteur/CNAM de Santé Publique, économiste de la santé, mais aussi agronome ; et que je tire une leçon de ce télescopage dû au hasard.
Le livre de Jean de Kervasdoué pose une question fondamentale, presque philosophique: « Face à un risque, faut-il toujours nécessairement choisir de l’éviter ? Ne faut-il pas parfois le prendre ? » ; s’il est stupide et irrationnel de prendre certains risques (exemple récent du Mediator®, médicament à la fois un peu risqué - sans doute moins qu'on ne l’a dit - mais parfaitement inutile, et, de ce fait, faisant donc courir un risque inacceptable parce qu’absurde), il n’y a pas de vie possible sans risques ; décider qu’il faut toujours éviter le risque, même non démontré, ce qui est à la base du « principe de précaution », c’est choisir la mort, choisir de « sortir de l’Histoire », mettre volontairement un pied dans la tombe avant d’être totalement mort et enterré : c’est faire un choix de vieux, décider d’aller se réfugier en maison de retraite pour ne plus en sortir, refuser d’affronter les risques liés à toute innovation qui constituent la nature même et le charme de la vie. Le « principe de précaution », c’est l’application de l’abominable proverbe « Pour vivre heureux, vivons cachés » - vivons enterrés vivants.
Si le « principe de précaution » est mortifère, ce n'est pas parce qu'il impose de prendre certaines précautions : oui, il faut boucler sa ceinture de sécurité lorsqu'on se met au volant de sa voiture ; c’est parce qu’il recherche un impossible « risque zéro » : non, même avec ceinture de sécurité, voiture entièrement révisée, pneus neufs, etc, il n’y aura jamais de trajet en voiture - ni de trajet tout court - sans aucun risque : alors, ne bougeons plus, momifions-nous !
« Le principe de précaution est non seulement une gigantesque péché d’orgueil qui laisse croire que l’on peut tout prévoir et tout contrôler, même l'incertain, mais il donne un fondement juridique à ce que l'on appelait autrefois la preuve "diabolique". Pas plus qu'une victime de la Grande Inquisition ne pouvait démontrer qu’elle était innocente des péchés qu’on lui attribuait, on ne peut affirmer qu’une technologie n’aura jamais d’effet néfaste. Karl Popper démontrait à la fin des années 1920 qu’un propos était "scientifique", si l’on pouvait démontrer qu’il était faux. Il est donc scientifiquement impossible de dire par exemple que les antennes relais n’auront jamais d’effet sur la santé des populations même si, jusqu’à aujourd’hui, tous les tests ont été négatifs. Ce principe demande donc l’impossible. » (Jean de Kervasdoué).
« Le Principe de précaution, présenté comme destiné à instaurer la confiance publique est, en réalité, un principe de peur et de paralysie sociale ... Il est un principe immodeste, arrogant même, postulant pouvoir atteindre la vérité du Bien par éradication du Mal. Sartre dirait que c’est un principe de "salaud", c'est-à-dire un principe qui donne bonne conscience, qui permet de prendre au sérieux, qui oublie la contingence ... c’est du sérieux qui ne s’adresse à personne ». (Francine Demichel, professeur émérite de droit à Paris VIII ) Combien de milliards d’Euros, combien de dizaines de milliers de chômeurs faudra-t-il pour découvrir, enfin la coûteuse prétention de la précaution et revenir à la prudence qui, elle, dans certains cas, conduit à prendre des risques ?
La peur, la peur, la peur, comme unique principe directeur, comme unique valeur morale ! Je laisse le lecteur découvrir tous les exemples concrets qu'en donne Jean de Kervasdoué, et me borne à citer cette phrase de sa conclusion : « Comme la peur, le principe de précaution est tout, sauf un bon conseiller [...]. Le principe de précaution serait interdit si on l’appliquait à lui-même, tant il est dangereux ».
Ce qui nous renvoie au livre de Chevènement : comment espérer rester dans l'Histoire, si on vit sous la règle du principe de précaution ? Faire une Révolution, comme en 1789 ? Vous n'y pensez pas, voyons ! Trop d'inconnues, trop inédit, trop risqué !

Les effets néfastes d'un excès de précaution : amoindrissement de la capacité de résistance, perte de conscience par rapport au risque et déresponsabilisation

Trop d'hygiène pourrait nuire à la santé

Le Figaro - 15 janvier 2010 - Sandrine Cabut
Faut-il laisser les enfants se salir pour les protéger des maladies cardiovasculaires à l'âge adulte ? C'est ce que suggère une étude conduite aux Philippines, publiée récemment dans la revue médicale Proceedings of the Royal Society B. «Nos recherches laissent penser que des environnements ultrahygiéniques dans l'enfance peuvent augmenter le risque d'inflammation à l'âge adulte, ce qui à son tour accroît le risque de contracter un grand nombre de maladies, notamment cardiovasculaires», a déclaré Thomas McDade (Northwestern University, Evanston).

Une Française tuée par un requin

Le Figaro - 2 juin 2009 - AFP
La Française, dont le nom n'a pas été révélé, se trouvait hier matin à bord d'un bateau de plongée, "quand, apercevant un poisson de grande taille, elle a sauté en mer pour s'en approcher", selon cette source. Le requin s'est alors rué sur elle, la tuant sans que l'équipage et les autres passagers du bateau ne parviennent à lui porter secours.

La jeune navigatrice de 16 ans retrouvée saine et sauve

Le Monde - 11 juin 2010 - lemonde.fr avec AFP
Grosse frayeur pour Abby Sunderland, cette Californienne de 16 ans partie le 23 janvier dernier pour un tour du monde en solitaire et sans assistance sur le Wild Eyes, un voilier de 12 mètres, dont la balise de détresse avait été déclenchée jeudi 10 juin. La jeune fille a finalement été retrouvée saine et sauve, a indiqué son père vendredi 11 juin dans la matinée.
"Nous avons été alertés par le déclenchement de sa balise de détresse qui dérivait au sud de l'île Saint-Paul", située à 3 000 km au sud-est de la Réunion, a déclaré un officier du Centre opérationnel de secours et de sauvetage (Cross) de la Réunion. "Un bateau de pêche, un patrouilleur des affaires maritimes de la Réunion et un navire de commerce qui se trouvaient dans la zone avaient ont été déroutés pour se porter au secours de la jeune navigatrice", selon le Cross de la Réunion.
Un avion australien devait également participer aux recherches, vendredi, le lieu présumé de la disparition du voilier se situant à la limite de la zone de responsabilité de sauvetage entre la France et l'Australie. La direction des affaires maritimes australiennes (AMSA) a indiqué qu'un avion de la compagnie Qantas devait s'envoler de Perth (sud-ouest du pays) vendredi matin et être sur place aux alentours de 5 heures, heure française. Les vents "soufflent jusqu'à 90 km/h dans cette région [...]. C'est donc assez dangereux", a averti Carly Lusk, le porte-parole de l'AMSA.
[...] "Abby dispose de tout l'équipement nécessaire pour surmonter une situation de crise comme celle-ci", avait assuré la famille de la jeune fille sur le blog de la navigatrice. Son périple autour du monde avait été critiqué dans les milieux maritimes américains qui jugeaient son itinéraire trop risqué, notamment la traversée de l'océan Indien, en plein hiver austral.
Le frère de la jeune Américaine, Zac Sunderland, avait également effectué l'an dernier un tour du monde à la voile, en solitaire et sans assistance, en huit mois, alors qu'il était âgé, lui aussi, de 16 ans. Le 15 mai, une jeune Australienne de 16 ans, Jessica Watson, avait été accueillie en héroïne dans son pays après un tour du monde en 210 jours, dans les mêmes conditions. Elle était entrée dans l'histoire comme la plus jeune navigatrice ayant réussi un tel exploit.

analyse En protégeant trop, on fait croire qu'il n'y a plus de risques. Et on prend des risques inconsidérés sans vouloir en assumer les conséquences.
... Ce qui conduit in fine à la perte de la notion de prudence et de tempérance.

Sécurité routière : les Français insouciants

Le Figaro - 6 avril 2011 - Angélique Négroni
Après les mauvais chiffres de janvier et février faisant apparaître une augmentation du nombre des tués sur les routes, un autre indicateur inquiétant est communiqué jeudi matin. Axa Prévention, qui livre pour la septième année consécutive son baromètre sur le comportement des automobilistes, indique que «les Français n'ont plus conscience des dangers de la route». Un oubli des risques qui se traduit par une hausse des infractions et de nouvelles habitudes inquiétantes au volant.
Réalisée en février auprès de 1000 personnes, cette enquête TNS Sofres fait apparaître que la conduite en ville se dégrade. Deux conducteurs sur trois notamment ne s'arrêtent pas au feu orange. Ils ne sont plus que 55% à juger cette pratique dangereuse alors qu'ils étaient 63% en 2004, selon l'étude. Chez les moins de 25 ans, le feu orange est ignoré. 94% d'entre eux ne marquent pas d'arrêt, contre 71% il y a sept ans.
De même, le clignotant est de plus en plus délaissé: 54% des usagers admettent ne pas l'utiliser. «Alors qu'avec la multiplication des voies pour les bus ou les vélos il est plus que nécessaire d'indiquer son trajet», souligne Éric Lemaire, président d'Axa Prévention. Le risque de perdre trois points pour cette infraction est sans influence sur le comportement. Enfin, en ville, la vitesse reste toujours excessive. Même si 69% des personnes interrogées estiment qu'il y a des risques à rouler à 65 km/h, 49% d'entre eux le font.
La deuxième préoccupation porte sur ces nouveaux comportements dangereux liés au «boom des smartphones». En 2010, ces portables aux multiples fonctionnalités «représentaient déjà près de 30% des téléphones vendus en France», souligne l'enquête. Le téléphone au volant - utilisé par 34% de conducteurs - ne se limite plus à une simple conversation. Les données de l'étude sont inquiétantes: «Un Français sur six envoie ou consulte des SMS en conduisant.» Les jeunes sont particulièrement touchés: 34% des 25-34 ans admettent écrire ou lire en conduisant. Le chiffre monte à 39% chez les moins de 25 ans. Axa Prévention n'est d'ailleurs pas seule à se préoccuper de ces dérives. Dans une étude remise cette semaine au gouvernement, des scientifiques de l'Institut français des sciences et technologies des transports (Ifsttar) et de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pointent la même évolution inquiétante.
Mais ce septième baromètre fait état d'un relâchement général sur la route. Peu de domaines sont épargnés. Ainsi, 33% des automobilistes conduisent sans s'arrêter pendant cinq heures d'affilée, contre 23% en 2004. Les campagnes contre la somnolence au volant, première cause de mortalité sur autoroute, semblent sans effet. Enfin, 27% des Français continuent à prendre le volant après deux verres d'alcool. Pour Éric Lemaire, cette dégradation générale a une explication: «2003, l'année au cours de laquelle la sécurité routière avait été désignée grande cause nationale, devient de plus en plus lointaine. Les conducteurs se sont habitués à la répression, aux radars et oublient les règles de prudence.» On se fait donc à tout, même à la peur du gendarme.

"Qui est responsable ? Qui est le coupable ?" Une judiciarisation croissante due au refus d'assumer l'existence du risque

Actes médicaux superflus : la peur des procès

Le Figaro - 28 décembre 2010 - Olivier Auguste
Les médecins libéraux expliquent multiplier les précautions par crainte des poursuites judiciaires. [...]
Se «couvrir». Bien plus que l'appât du gain, c'est la peur du procès qui conduit souvent les médecins à multiplier les examens complémentaires, les clichés ou les analyses en réalité peu utiles.
C'est en tout cas l'explication du syndicat d'obstétriciens libéraux Syngof. Son secrétaire général, Jean Marty, a écrit à la Fédération hospitalière de France, en réaction à son étude sur les actes médicaux superflus. «Nous partageons beaucoup de vos analyses et souhaitons nous engager dans une lutte contre ces gaspillages. Cependant, vous “mettez dans le même sac” (…) les césariennes, en voulant faire accroire que cette pratique dispendieuse incombe essentiellement au secteur privé», déplore-t-il dans ce courrier. De fait, selon la Fédération qui rassemble les hôpitaux publics, le taux d'accouchements par césarienne, en hausse constante, est 2,3 % plus élevé dans le privé. Les césariennes coûtent davantage à la «Sécu» que les accouchements classiques.
Les obstétriciens libéraux ont une «conduite défensive», argumente le Dr Marty, au vu des condamnations qui atteignent parfois 5 à 8 millions d'euros en cas de séquelles graves après des «accidents de naissance». Les praticiens sont assurés, au-delà de 3 millions, par un organisme public, mais celui-ci est théoriquement en droit de se retourner contre le médecin, d'où la crainte de la ruine. Plus couramment, les primes d'assurance des obstétriciens, qui se chiffrent de toute façon en dizaines de milliers d'euros par an - en partie couverts par une aide - s'envolent quand ils ont été attaqués en justice.
Ce problème est spécifique aux médecins libéraux puisqu'à l'hôpital public, c'est l'établissement, et non le médecin lui-même, qui endosse la responsabilité civile médicale et donc doit payer en cas de condamnation - sauf cas exceptionnel de faute «détachable de la fonction», par exemple quand un médecin d'astreinte à domicile a refusé de se déplacer malgré l'appel d'un interne.
«Nous sommes incontestablement amenés à faire beaucoup d'examens en vertu du principe de précaution : nous n'avons aucun inconvénient à prescrire beaucoup et aucun avantage à prescrire peu», conclut Jean Marty. «Nous n'avons jamais vu de condamnation pour une césarienne pratiquée à tort, abonde Nicolas Gombault, directeur général de l'assureur Le Sou Médical-MACSF. En revanche, il y a beaucoup de condamnations pour accouchement par voie basse alors qu'une souffrance fœtale justifiait une césarienne.»
[...] Un bon connaisseur du monde de la santé souligne malgré tout que d'autres raisons peuvent expliquer les césariennes. Elles sont «pratiques» pour l'obstétricien quand elles sont programmées - en journée et en semaine. Et quelques cliniques se sont constitué un véritable «marché» en répondant toujours favorablement aux demandes des futures mamans que l'accouchement par voie basse inquiète.
Les autres médecins libéraux se sentent aussi menacés par ce risque médico-judiciaire. D'où la multiplication des examens de pure précaution, et même «le refus des jeunes de choisir l'exercice libéral», assure un généraliste breton tout juste retraité. Auteur d'un tout récent rapport à Nicolas Sarkozy sur la médecine de proximité, Élisabeth Hubert reconnaît cette «crainte de la mise en cause» qui pourtant, à ses yeux, relève largement du «fantasme en ce qui concerne la médecine générale». Chirurgiens et anesthésistes, en revanche, sont régulièrement attaqués, même si les condamnations atteignent des montants moins faramineux.

Ecologie : une vision équilibrée ou excessive des risques ?

...plus d'informations sur l' approche catastrophiste de l'écologie

Les controverses du progrès - Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie politique

Libération - 29 octobre 2010 - Pascal Bruckner (romancier, essayiste), Yves Cochet (député vert), débat animé par Max Armanet
Pascal Bruckner : "L’écologie est devenue l’idéologie dominante, nous avons une vision négative du genre humain et vivons sous l’épée de Damoclès d’un désastre imminent. Il y a une crise du progrès, ce n’est plus l’expansion, la joie de vivre mais l’obsession de la survie et de la longévité. Depuis un siècle, la question que se sont posé nos sociétés est «qui est mon ennemi ?» Les marxistes ont répondu le capitalisme. Les tiers-mondistes ont désigné l’occident impérialiste. L’écologie politique a apporté une réponse tout à fait nouvelle : l’homme serait coupable par nature, il doit se racheter. C’est un retour au péché originel. La notion d’empreinte carbone que vous employez me dérange, elle induit qu’en vivant, en respirant, nous laissons une marque nuisible sur la terre. Ce pessimisme culturel me rappelle les hérésies millénaristes qui ont émaillé l’histoire du christianisme."
[...] "L’idéologie politique n’emprunte pas toujours les voies de la raison. Je pense à toutes ces images de catastrophes naturelles diffusées à la télévision pour étayer la thèse du réchauffement climatique : la banquise qui s’effondre, la désertification... J’entends les médecins moliéresques du Malade imaginaire crier au poumon, aujourd’hui c’est le réchauffement climatique. Sans nier le réchauffement, je me demande ce qui justifie une telle rhétorique de la peur. Hans Jonas l’a théorisé dans son ouvrage le Principe de responsabilité, bible des Verts allemands. La peur aurait un effet heuristique et c’est uniquement par ce biais qu’on peut amener le peuple à la conscience. Il ajoute que la fête industrielle commencée au XVIIe siècle est terminée et qu’il va falloir par tous les moyens, même non démocratiques, forcer l’humanité à rentrer dans l’air de la sobriété. Cette philosophie me pose problème parce qu’elle supprime toute distance entre le possible et le réel. L’hypothèse devient plus vraie que la réalité. On le voit bien avec les films catastrophes, si prisés parce que permettant d’imaginer un malheur sans le vivre vraiment. Cette jouissance est manipulée par les politiques. Chirac a prononcé en 2002 ces paroles «la terre brûle et nous regardons ailleurs» mais sommes-nous si sûrs que la terre brûle ?"
[...] "Il y a tout de même une artillerie médiatique continue qui nous explique que le monde est suspendu à l’imminence d’un grand malheur et lorsqu’on en demande la preuve, on nous répond par une probabilité. Le discours catastrophique gagne à tous les coups. Si la catastrophe arrive, les prophètes auront eu raison, sinon, ils diront que le pire a été évité grâce à eux. La question est de savoir si la peur est un bon pédagogue. Il y a la peur qui divise et celle qui effraie, infantilise et nous oblige à trouver refuge entre les mains d’un tyran ou des experts. L’annonce répétée d’une situation pire que celle que nous vivons me rappelle les discours antiterroristes des pouvoirs publics. A la veille de l’invasion en Irak, sur les preuves de l’existence d’armes de destruction massive, George Bush a eu cette réponse génialement casuistique : «L’absence de preuve n’est pas la preuve d’une absence.» C’est un expert dans la fabrication médiatique de la terreur citoyenne. Nous sommes conscients des dangers écologiques qui nous guettent mais la peur d’un futur éventuel nous prive des moyens pour résoudre les défis actuels."

L'écologie est-elle le nouveau marxisme-léninisme ?

Marianne - 28 novembre 2009 - Alexis Lacroix
Ne rions pas : aujourd'hui encore, l'écologie profonde conditionne à son insu l'ensemble du discours écologique. Combien de citoyens imaginent-ils préserver la planète en fermant le robinet d'eau ? Sans égard pour le fait que le problème de l'eau est son transport, et qu'il est des endroits où elle coule à flots et d'autres où elle manque cruellement. Plus fondamentalement, ces visions d'apocalypse colorent, bien que de façon atténuée, un horizon a priori moins émotionnel - celui de l'écologie politique -, en installant au coeur de son discours les prémices terrifiantes d'un avenir sombre, que seule l'action salvatrice de l'humanité pourrait déjouer.
L'idée que le monde court à sa perte, ce fameux " syndrome du Titanic ", selon le titre du film de Nicolas Hulot, est le symptôme le plus éloquent d'un " nouvel ordre écologique ".[...]
Rarement, depuis que la " fin des grands récits " corrode et anémie toutes les idéologies politiques, une doctrine et un discours aussi cohérents avaient installé au firmament du débat public leur prétention à la fois totalisante et péremptoire.
[...] L'écologie politique, outre qu'elle s'expose au danger de fétichiser la nature, manque en permanence d'abonder des discours qu'un autre philosophe, le Viennois Karl Popper, ennemi acharné du dogmatisme marxiste, désignait comme " infalsifiables ". Qu'il s'agisse, en vrac, du réchauffement climatique, des effets indésirables des téléphones portables et des organismes génétiquement modifiés, ou du débat actuel autour de la décroissance, toute une rhétorique catastrophiste excelle à instiller une frayeur indiscutable en mettant en oeuvre une exploitation de la peur. Ce trait n'a pas échappé à Robert Kandel. Le coauteur de la Catastrophe climatique (Hachette Littératures) a en horreur les pseudo-sciences qui s'emparent de la peur pour faire passer de sombres prédictions sociales. Le risque climatique est réel, selon lui, et il nous reste peu de temps ; mais les grands problèmes de santé des prochaines décennies (qui affectent déjà des dizaines de millions de personnes) ne seront pas dus au climat. Bien sûr, le réchauffement au XXIe siècle pourrait durement éprouver les capacités d'adaptation de la biosphère naturelle et des sociétés humaines. Mais, suggère cet esprit pondéré, ce n'est pas en lançant chaque jour des appels à sauver la planète qu'on parviendra mieux à s'adapter. L'alerte écologique est déjà à son apogée. Ce n'est pas la peine de renchérir sur la panique [...].

Pour aller plus loin

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