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Le Japon, à l'histoire et à la culture millénaire, aujourd'hui à la recherche d'un nouveau modèle de société

Dossier d'information et de réflexion, basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse :

Le malaise de la société nippone, symbole des difficultés rencontrées par une culture moderne et matéraliste en période de crise économique

Les dépressions et suicides coûtent cher au Japon

Le Monde - 7 septembre 2010 - lemonde.fr avec AFP
Près de 25 milliards d'euros. Voilà le coût engendré, l'an dernier au Japon, par les arrêts de travail des dépressifs et les manques à gagner dus aux personnes qui ont mis fin à leur jour, ajouté au prix des diverses allocations et coûts médicaux pour soigner les personnes souffrantes, selon une étude gouvernementale inédite publiée mardi 7 septembre.[...]
Le taux de suicide au Japon dépasse 25 pour 100 000 habitants, soit presque le double de la moyenne mondiale, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le pays connaît une nette poussée suicidaire depuis le milieu des années 90. [...] Parmi les causes du phénomène, les spécialistes évoquent les conséquences des difficultés économiques connues depuis les années 90, la fin du modèle social japonais protecteur et l'effritement des liens familiaux. Le tout sur un fond de culture bouddhiste où le suicide n'est pas stigmatisé.

La crise sociétale, culturelle et identitaire des nouvelles générations nippones, victimes de la perte des valeurs et des repères dans un contexte de crise économique

Le désarroi identitaire des jeunes Japonais

Le Monde - 18 septembre 2009 - Pierre Prier
Des «herbivores» presque asexués aux «Neets» sans emploi ni formation, les nouvelles générations nippones se cherchent dans un pays en crise.
Yukio, 25 ans, vit toujours chez ses parents. Diplômé de la prestigieuse université publique de Tokyo, il n'a pas cherché à se faire embaucher par les grandes sociétés japonaises qui recrutent les élèves avant leur di­plôme. La mèche dans l'œil, vêtu d'un jean et d'un tee-shirt de chez Uniqlo, une chaîne de magasins de vêtements stylés mais bon marché, Yukio préfère faire des courses avec sa mère. Il ne s'intéresse ni aux voitures, ni aux montres de prix. Et pas trop aux filles.[...] Yukio est un «herbivore», une expression inventée par la journaliste et éditrice Maki Fukasawa. «En japonais, explique-t-elle, le caractère utilisé pour décrire l'acte sexuel ressemble à celui qui veut dire “manger de la viande”. Je me suis aperçue que beaucoup de jeunes Japonais ne sont plus des “carnivores”.»
[...] «Il y a aussi un élément de crise identitaire. Ces jeunes tentent de retrouver des valeurs japonaises d'avant la crise, des valeurs de solidarité, de convivialité. Ils se méfient de l'Occident. Ils sont un peu nationalistes. Ils redécouvrent les classiques du cinéma japonais plutôt que de regarder des films français, comme c'était la mode il y a encore quelques années.» La tendance «herbivore» frappe d'ailleurs un peu partout, parfois en mode mineur, ajoute Maki Fukasawa. «Même chez les banquiers et les hommes d'affaires, on commence à voir des gens qui abandonnent les objets de luxe, qui se recentrent sur leur vie de famille…»
Aucun doute pour cette «pop-sociologue», les «herbivores» participent sans doute à la dénatalité qui frappe le Japon. Et les filles ? «Elles s'affirment, elles sont plus sûres d'elles, moins prêtes à se conformer au rôle de mère au foyer…» 60 % des Japonaises de moins de 30 ans ne sont pas mariées, et les enfants nés hors du lien conjugal restent une rareté.[...] Ayaka, 23 ans, elle aussi sortie de l'université de Tokyo, se reconnaît dans ce profil. Étudiante en dernière année de philosophie, passionnée par Kant, elle a déjà un contrat d'embauche dans une grande banque japonaise, qu'elle intégrera à la fin de l'année scolaire. Peu importent les matières étudiées, la réputation de l'université des élites permet souvent à elle seule de décrocher un bon job. Les «herbivores» ? «C'est vrai, il y a beaucoup de garçons comme ça autour de moi. Ils sont satisfaits de ce qu'ils ont, ils disent que les jeunes femmes sont agressives.» Ayaka, pour sa part, est déterminée à mener sa vie comme elle l'entend. «Je ne resterai sans doute pas toute ma vie dans cette banque ; j'ai envie de travailler à l'étranger, aux États-Unis peut-être…»
L'ambition d'Hiroyuki et de Yugi, c'est de survivre. Ces deux jeunes hommes à l'air un peu paumé, rencontrés au siège de l'association Sodateage, représentent une autre catégorie qui monte en flèche : les Neets, en anglais «Not in education, employment or training» ( ni étudiants, ni employés, ni en formation). Timides et embarrassés, Hiroyuki, costaud en chemise à carreaux, et Yugi, qui regarde souvent vers le plafond, sont les victimes de la crise japonaise, laissés sur le côté de la route par une stagnation qui dure depuis vingt ans. Loin du mythe d'une classe moyenne universelle et de l'emploi à vie, disparu au début des années 1990. «Un tiers des moins de 35 ans n'a pas d'emploi fixe», rappelle le directeur adjoint de l'association, Imura Yoshihido.[...]
Hiroyuki a perdu toute confiance en lui-même. À 30 ans, diplômé en droit depuis 2003, il n'a jamais travaillé et cherche aujourd'hui «n'importe quel travail, même un job en usine». Qu'apprend-il ici ? «En particulier les bonnes manières.» Le jeune homme, qui effectue la courbette de rigueur, semble pourtant se conformer aux stricts canons de la politesse nippone. «Au Japon, on n'est jamais assez poli», explique-t-il.[...] Yugi, 34 ans, celui qui regarde le plafond, se présente lui-même comme un ex-hikikomori. Il a fait partie de ces jeunes hommes qui cessent tout contact social et se retranchent dans leur chambre, n'ouvrant la porte que pour accepter les repas préparés par leurs parents. Encore un phénomène répandu au Japon… «Tout était trop dur…», soupire-t-il.

Japon : les cybercafés, asile des naufragés de la crise

Le Figaro - 16 septembre 2009 - Pierre Prier
Un phénomène en pleine expansion. On les appelle les neto nanmin, les «réfugiés du Net». (…) Les «réfugiés» des cafés Internet sont en augmentation dans un Japon où 30 % des travailleurs sont des intérimaires, y compris dans les grandes entreprises, où le fameux «emploi à vie» n'est plus la règle. Difficile, dans ces conditions, de trouver un appartement à louer. Le logement social n'est pas une priorité au Japon, et les propriétaires rechignent à louer à des employés en CDD. Les moins bien armés dans la vie, ceux qui ne trouvent pas d'amis pour les héberger, échouent dans les cybercafés.[...]
Pour le manager du cybercafé, les «réfugiés» ne représentent pas une nuisance, mais une clientèle somme toute normale. «C'est du business, dit-il. Nous avons mis en place des tarifs dégressifs. C'est 100 yens l'heure, ( 0,70 euro), mais à partir de 15 jours, c'est 90 yens ( 0,66 euro), et 80 yens ( 0,60 euro) à partir de 30 jours». Les neto nanmin sont des gens discrets, ils viennent là pour dormir et évitent le contact. Outre le gîte, le café Internet leur fournit une adresse, indispensable pour les démarches administratives, une façon de ne pas disparaître complètement.[...]
Le phénomène n'est pas près de disparaître. M. Sato s'est trouvé un rôle social à bon compte. Il emploie trois balayeurs de 70 ans en quête d'un supplément de retraite. Le manager est content : «Les vieux vont dans les coins, ils nettoient mieux que les jeunes.»

Relations hommes-femmes et crise démographique au Japon : la dénatalité et la bombe à retardement du veillissement de la population

Pourquoi les Japonaises ne font-elles pas d’enfants ?

Figaro Madame - 28 août 2009 - Marine Deffrennes
Les Japonaises font moins d’enfants qu’elles ne le désireraient. Quand on les interroge, dans l’idéal, elles en auraient deux ou trois. Dans la réalité, elles en ont beaucoup moins ou pas du tout. Mais avoir un bébé hors mariage est quasi impensable ici. Or l’âge du mariage recule sans cesse. Les femmes ont beau être en campagne permanente pour trouver un conjoint, elles sont aussi de plus en plus exigeantes.

"L'amour c'est chiant", "les Japonaises n'aiment pas le sexe", disent-ils

Le Point - 15 mars 2012 - AFP
"L'amour c'est chiant", "j'ai plus de 40 ans, je n'ai jamais fréquenté une seule fille", "je veux un époux qui gagne le plus d'argent possible", "les Japonaises n'aiment pas le sexe": ces réflexions de Nippons en disent long sur leur société jugée en mal de communication.
"Comment peut-on considérer que l'amour, qui est la chose la plus enrichissante que la vie ait à nous proposer soit +mendokusai+ ("barbant") et que des jeunes Japonais osent le dire", s'interroge la sociologue française Muriel Jolivet.
"Je vis au Japon depuis 1973, mais les Japonais continuent de me fasciner. J'entends et vois ici des choses incroyables que je ne verrais ni n'entendrais nulle part ailleurs", souligne l'universitaire qui, dans ses plus récents ouvrages Japon, la crise des modèles (éditions Picquier) et Tokyo instantanés (Elytis), décortique les maux de la société nippone.
"Il suffit que j'allume la télévision cinq minutes et j'ai forcément une anecdote insensée à récolter". Et de citer en exemple le cas d'un Japonais "qui fait le tour du Japon déguisé en lapin rose pour se déstresser".
[...] "Les Japonais sont des gens sensibles comme nous, qui pensent, qui souffrent, mais il y a une telle différence dans la manière d'exprimer ce qui est ressenti, dans la façon de contenir, que brusquement ils peuvent passer du contrôle absolu à la confidence totale. On dit rien ou on dit tout, et presque trop, et c'est cela qui m'intéresse", insiste-t-elle.
Dans sa quête de choses vues, lues, ou entendues, les relations amoureuses et le mariage sont un de ses thèmes de prédilection, dans un pays en mal d'enfants et où les esseulés sont de plus en plus nombreux.
"Le mariage a toujours été une obsession nationale au Japon avec des livres dissertant sur le sujet à n'en plus finir", explique-t-elle.
Aujourd'hui, l'on voit des filles de 35 à 40 ans se lancer à corps perdu dans des "campagnes de recherche de mari" ("konkatsu"), encouragées par les agences matrimoniales dont les publicités tapissent les métros, ou bien par les municipalités qui organisent de gigantesques soirées-rencontres ("machikon") de plusieurs milliers de personnes.
"Les filles qui ont aujourd'hui entre 35 et 40 ans ont été élevées par une mère qui était au foyer et qui leur a dit +surtout ne fais pas comme moi, fais des études, aie une carrière, aie les moyens d'être indépendante, libre+. Ces filles se sont défoncées pour travailler mais elles se rendent compte qu'on s'est arrangé pour qu'elles ne fassent pas ombrage aux hommes", assure Mme Jolivet.
Cette déception conduit les femmes [...] à rechercher l'époux le mieux armé pour affronter à deux un avenir incertain. Las, le mari idéal est de plus en plus rare.
"La précarité du travail fait que les hommes sont très rares à gagner 5 millions de yens (50.000 euros) par an à 30 ans", comme le souhaiteraient nombre de filles pour qui le pouvoir d'achat est, devant les sentiments, le facteur clé de sélection d'un prétendant.
"Les jeunes Japonais inquiètent en outre en raison d'une chute de libido, une baisse d'envie pour ce qui jusqu'à présent ne faisait pas l'ombre d'un doute, le chemin tout tracé vers le mariage, les enfants", souligne Mme Jolivet.
[...] "Ce désintérêt global est en train de dépeupler le pays avec un nombre croissant de célibataires à vie, individus qui n'existaient pas auparavant au Japon où 95% des personnes étaient mariées", rappelle-t-elle.
"Un des termes qui représentent le mieux les jeunes d'aujourd'hui est +atomawashi+ (reporter à plus tard), on y repensera demain", constate-t-elle.
Pour autant, en bonne connaisseuse de l'histoire du Japon et des Japonais, elle ne désespère pas car "ce qui est extraordinaire avec les Japonais c'est qu'ils retombent toujours sur leurs pieds".

Pour aller plus loin...

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La liste des sujets abordés n'est pas exhaustive, la sélection de sujets et d'articles proposée est progressivement enrichie et affinée.

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