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Le scandale de l'abandon des minorités chrétiennes opprimées et persécutées dans l'indifférence générale

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Le silence sur les persécutions contre les chrétiens du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Asie (catholiques, chrétiens orientaux, coptes orthodoxes, évangéliques), grands oubliés de l'indignation sélective droit-de-l'hommiste

Le nouveau martyre des chrétiens

Marianne - 21 décembre 1998 - Martine Gozlan
Dans un atelier parisien tapissé d'icônes byzantines, trois hommes sont réunis au crépuscule. Ils jettent sur la table des photos de corps torturés, fouettés, de nourrissons battus, de popes au doigt pointé, accusateur, sur les torses striés de sang. Un peu plus loin, à Bercy, la grande fête des droits de l'homme bat son plein. Mais leurs morts, leurs blessés, leur histoire n'intéressent personne. Ils sont chrétiens. Chrétiens d'Egypte. Coptes, accrochés à leur identité qui - sacrilège - a précédé de longs siècles l'islam conquérant. On les abaisse, on les traque, on les massacre: silence. Silence encore, dans le grand vacarme de Noël, sur les chrétiens du Pakistan, d'Inde, d'Arabie Saoudite, d'Indonésie, du Vietnam, de Chine, du Soudan, qu'on agresse, emprisonne, liquide. Silence, au milieu des guirlandes et des crèches d'Occident, sur ces églises des catacombes. Leur martyre ne vaut pas une messe pour un militantisme à fleur de peau sur d'autres causes. Ils sont chrétiens, voilà. Les professionnels de la protestation prendront un ton gêné en allant fouiller dans leurs dossiers à la recherche d'une enquête enterrée comme cet obscur objet du non-désir de solidarité.
analyse De nombreux cas réels sont rapportés dans le corps de l'article de presse et illustrent ces propos

La chasse aux chrétiens

Le Nouvel Observateur - 14 octobre 2010 - Jacques Julliard
Ce n'est rien. Rien que des chrétiens qu'on égorge. Des communautés religieuses que l'on persécute. Mais où cela ? - Un peu partout. En Inde, au Bangladesh, en Chine, au Vietnam, en Indonésie, en Corée du Nord. Là où ils sont minoritaires. Et surtout en pays musulman. Et pas seulement en Arabie Saouditele culte chrétien est puni de mort. Mais en Egypte, en Turquie, en Algérie. Dans le monde actuel, le christianisme est de loin la religion la plus persécutée.
Mais c'est au Proche-Orient, là même où le christianisme a pris naissance, que la situation est la plus grave. En Turquie, les communautés chrétiennes qui sont les plus anciennes, antérieures à l'islam, sont menacées de disparition. En Egypte (coptes), au Liban (maronites en particulier), elles se replient sur elles-mêmes ou émigrent en Occident. En Irak, la guerre a précipité les chrétiens dans le malheur. Près de 2 000 morts, des populations déplacées par centaines de mille, notamment vers le Kurdistan turc, plus accueillant. On ne compte plus, à travers le Proche-Orient, les communautés attaquées, les dignitaires religieux assassinés, les églises brûlées, les interdictions professionnelles, de droit ou de fait, dont sont victimes les chrétiens. Un génocide religieux à la petite semaine.
Ajoutez à cela que les divisions internes sont innombrables et donnent le vertige, rapportées à la faiblesse des effectifs. Sur environ 14 millions de chrétiens d'Orient, environ 5 millions sont catholiques. Les autres, orthodoxes, monophysites, nestoriens, portent la trace de l'immense débat christologique des IVe et Ve siècles de notre ère. Les nestoriens affirment la dualité des personnes dans le Christ : une personne divine, le logos, une personne humaine, Jésus.
En sens inverse, les monophysites affirment que l'humain et le divin constituent dans le Christ une seule nature. C'est le cas des coptes orthodoxes.
[...] Pendant des siècles, les musulmans, venus ensuite mais devenus majoritaires, et les chrétiens ont fait bon ménage. Que se passe-t-il donc depuis cinquante ans ? D'abord, le réveil de l'islam sous une forme agressive et identitaire, comme si le Proche-Orient appartenait exclusivement aux musulmans. Ce sont les Frères musulmans qui mènent les attaques contre les coptes égyptiens : à Nag Hammadi, à 60 kilomètres de Louxor, en Haute-Egypte, une voiture a mitraillé les fidèles qui sortaient de la messe de Noël (6 janvier 2010). Bilan : sept morts. Par un paradoxe qui n'est qu'apparent, la démocratisation des régimes renforce l'intolérance et l'exclusivisme musulmans : les chrétiens d'Irak étaient moins menacés sous la dictature de Saddam Hussein qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les despotes étaient le plus souvent héritiers du pluralisme traditionnel [...]. Dans la quasi totalité de ces pays, l'islam est désormais la religion d'Etat. Et le djihad anti-occidental ainsi que l'agression américaine en Irak ont transformé les chrétiens en représentants de l'Occident maudit. [...]
C'est à la lumière d'une disparition prévisible à court terme, si rien n'est fait, que le pape a convoqué un synode des évêques d'Orient (10 au 24 octobre 2010) pour tenter d'attirer l'attention sur ces persécutions et de passer un nouveau pacte pacifique avec les populations musulmanes.
[...]
Pendant ce temps, l'Occident fait l'autruche. Pour ma part, ayant passé la plus grande partie de ma vie militante à défendre des populations musulmanes (Tunisie, Algérie, Bosnie, Darfour), j'ai pu constater que, chaque fois qu'il fallait le faire pour des chrétiens (Liban, Sud-Soudan), on voyait, à quelques exceptions près (Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner), les professionnels des droits de l'homme se défiler. Une sorte de Yalta culturel d'un type nouveau est en train de s'instaurer de fait : en Orient, le monopole d'une religion unique de plus en plus intolérante, l'islam. En Occident, le pluralisme, la tolérance et la laïcité. Ce Yalta est, comme l'autre, générateur de guerre froide, pour ne pas dire davantage. Il faut donc, sans arrière-pensée ni faiblesse complaisante, défendre le droit des chrétiens d'Orient à l'existence.

Noël : cent millions de chrétiens sous surveillance

Le Figaro - 25 décembre 2009 - Jean-Marie Guénois
Plus de cent millions de chrétiens, soit 5 % d'entre eux, vivent en effet un Noël sous contraintes. Sans oublier que ce calcul ne retient que les pays où la restriction de liberté est visible avec son cortège de brimades publiques, d'emprisonnements ou de violences, à cause de la foi chrétienne. Il n'intègre pas des pays comme l'Arabie saoudite où toute célébration chrétienne est purement et simplement interdite et où bon nombre d'expatriés, philippins notamment, célèbre un Noël clandestin.
Pour inquiétant que soit le tableau au Soudan, en Irak, au Pakistan, et pour complexe qu'il soit en Chine, il faut relever des signes d'améliorations au Vietnam. Les catholiques y sont devenus la seule force de résistance contre le régime. Un gouvernement qui semble d'ailleurs vouloir composer puisque des relations diplomatiques sont en vue avec le Vatican et l'on va jusqu'à évoquer un voyage du Pape… Améliorations sensibles, également, en Inde où, après une année 2008 dramatique, la situation s'apaise sauf dans les États où le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) - vitrine politique du mouvement extrémiste hindou - figure dans les coalitions de gouvernement.[...]
Irak : exode et attentats
L'Irak est sans conteste le pays où les chrétiens, ou ce qu'il en reste, sont non seulement chassés par intimidation, mais aussi par attentat.L'année 2009 semblait plus clémente, mais cinq attentats en moins d'un mois contre des lieux de culte chrétiens à Mossoul démentent cette accalmie. Celui d'hier a fait un mort et six blessés. À cela s'ajoute la situation tragique de centaines de milliers de réfugiés chrétiens.
Chine : des évêques emprisonnés
Mgr John Tong Hon, évêque du diocèse catholique de Hongkong, a réitéré lors d'une visite à Pékin en septembre dernier son appel à libérer les membres du clergé emprisonnés. À commencer par Mgr Su Zhimin, évêque de Baoding, détenu depuis 1996 et dont on est sans nouvelles, Mgr Cosme Shi Enxiang, évêque de Yixian, arrêté en avril 2001, ou Mgr Jia Zhiguo, interpellé le 30 mars dernier.[...]
Soudan : le règne de la charia
Même si les accords de paix prévoient des élections en 2010 et un référendum sur une éventuelle indépendance du sud du Soudan où vit une majorité de chrétiens et d'animistes face à un Nord musulman, les évêques catholiques sont très pessimistes sur les chances de paix. L'évêque auxiliaire de Khartoum, Daniel Adwok Kur, a confié en avril que «le gouvernement est toujours concentré sur un processus d'islamisation».
Inde-Pakistan : assassinats en série
Au Pakistan les chrétiens sont harcelés par la loi «anti-blasphème» censée protéger le Coran mais souvent prétexte à des violences. A Koriam, le 30 juillet dernier, des musulmans on détruit une centaine de maisons et brûlés vifs dix chrétiens dont trois femmes et trois enfants. En Inde, ce sont les extrémistes hindous qui persécutent les chrétiens comme dimanche dernier à Gwalior. La situation a toutefois été plus calme cette année. En 2008, 60 chrétiens avaient été assassinés dans l'État du Orissa.
Vietnam : sous le signe de la méfiance
Malgré un rapprochement diplomatique - le chef de l'État Nguyen Minh Triet ayant rencontré Benoît XVI, le 11 décembre dernier - et un dynamisme hors du commun des catholiques, leur développement est sous haute surveillance quand il n'est pas bridé par des conflits juridiques avec l'administration pour l'acquisition de propriétés ou la restitution de biens spoliés. «Les religions et les catholiques en particulier n'ont pas encore de vraie liberté au Vietnam [...]».

Christianophobie

Valeurs Actuelles - 28 avril 2011 - Denis Tillinac
Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui. Tel est le titre d’une étude circonstanciée d’Alexandre Del Valle sur les persécutions recensées quasiment aux quatre coins du monde. Sous-titre : « La nouvelle christianophobie ». Il est souvent question d’islamophobie et d’antisémitisme – deux faces d’une même médaille peu reluisante. Nos politiques, nos intellectuels, nos médias en dénoncent les effets à juste titre.
Ils sont nettement moins enclins à l’indignation lorsque des chrétiens sont assassinés (en Irak, en Inde, en Égypte, en Indonésie, au Soudan, au Nigeria, en Algérie) ou terrorisés au jour le jour (dans le Golfe, en Iran, en Palestine, en Turquie, au Pakistan, au Sri Lanka, en Malaisie, en Chine, en Corée du Nord, au Viêtnam, à Cuba). Aucune autre confession n’est à ce point victime de la haine fanatique dans des pays où ses fidèles, minoritaires, sont totalement pacifiques.
Pourquoi cette haine ? Et pourquoi le mutisme des institutions internationales, celui des consciences brevetées, celui des dirigeants occidentaux, voire celui des hiérarchies catholique, protestante, copte, orthodoxe ? Les chrétiens martyrisés, explique l’auteur, paient au prix fort une complicité imaginaire avec l’ancien colonisateur : ils sont perçus comme les collabos de l’Occident, et les gouvernants des pays concernés entretiennent cyniquement ces fantasmes avec le concours actif de religieux et de pédagogues. Ils seraient moins nocifs si les puissances occidentales, Europe ou États-Unis, émettaient des protestations plus franches. Or, elles ne s’y résolvent pas, tant elles ont intériorisé la culpabilité inoculée par les théoriciens des persécutions.
D’une certaine façon, un chrétien est coupable par essence, en tant qu’héritier présumé des croisés et des inquisiteurs. En France, ce sentiment absurde est relayé par un fond de sauce anticlérical : l’Église décriée par les intégristes de la laïcité reste au mieux celle de Pie IX et de Louis Veuillot. En vérité, c’est de l’islam que les laïcistes ont peur, mais ils n’osent se l’avouer ; alors ils dissimulent leur hantise en établissant une fausse symétrie entre les disciples de Ben Laden et les fidèles de Benoît XVI. Moyennant quoi les tueurs de chrétiens jouissent de l’impunité morale dans leur fausse conscience. C’est un déni de réalité et une abdication morale scandaleuse. [...] Que peuvent espérer les chrétiens d’Orient acculés à l’exil dans nos banlieues si un Occident frappé d’amnésie feint d’ignorer leur sort ? Que peut espérer un Occidental s’il renie les sources chrétiennes de sa morale ? De sa raison d’être, qu’il soit croyant ou pas ?

Sauvons les chrétiens d’Orient

Valeurs Actuelles - 23 décembre 2010 - Guillaume Roquette, Max Gallo (écrivain), Jean Raspail (écrivain), Jean-Claude Guillebaud (Essayiste, chroniqueur au Nouvel Observateur), Bernard-Henri Lévy (écrivain et philosophe), père Pascal Gollnisch (directeur général de L’Œuvre d’Orient), Mgr Louis Sako (archevêque chaldéen de Kirkouk, en Irak), Jean de France (président de l’association Gens de France), Jacques Julliard (journaliste et écrivain, éditorialiste à Marianne), Marc Fromager (Directeur d’Aide à l’Église en détresse AED), Frigide Barjot
Persécutions. Victimes d’attentats, interdits de culte ou seulement tolérés, les chrétiens d’Orient ne peuvent plus vivre leur foi librement.
Associations, intellectuels et politiques dénoncent [...] la répression dont sont victimes les chrétiens d’Orient. Lisez ci-dessous les appels exclusifs de Max Gallo, Jean Raspail, Jean-Claude Guillebaud, Bernard-Henri Lévy, du père Pascal Gollnisch, de Mgr Louis Sako, Jean de France, Jacques Julliard, Marc Fromager et Frigide Barjot.
Aucune religion, aucune communauté n’est aujourd’hui plus persécutée que celle des chrétiens. Pourquoi alors ce silence en Occident ? Sommes-nous devenus si étrangers à nous-mê­mes que nous puissions contempler sans broncher ce déchaînement de violence ? ou si aveugles que nous espérions acheter la paix avec le monde musulman au prix du sacrifice de la liberté religieuse ? Comme si on pouvait construire nulle part la paix sur les décombres de la liberté…
Nous sommes heureux d’avoir pu réunir [...] des voix si différentes pour pousser un même cri : “Il faut sauver les chrétiens d’Orient.” Et d’avoir ouvert nos pages à deux associations exemplaires, Aide à l’Église en détresse et L’Œuvre d’Orient, pour que vous puissiez par vos dons agir à votre tour.

analyseContributions passionnantes - à lire sur le site de Valeurs Actuelles en cliquant sur le titre de l'article

Ils se battent pour rester chrétiens

Le Figaro Magazine - 4 janvier 2011 - Jean Sevillia
De l'Irak à la Chine et de l'Algérie au Pakistan, le christianisme est aujourd'hui, dans l'indifférence quasi générale, la religion la plus constamment et la plus violemment persécutée. Pourtant, partout dans le monde, il est des catholiques, des orthodoxes et des protestants qui ne capitulent pas devant le fondamentalisme musulman, l'hindouisme sectaire ou le marxisme militant. Les reporters et les correspondants du Figaro Magazine sont allés à la rencontre de ces héros silencieux qui luttent pour défendre leurs droits - et leur foi.
Dans son message annuel pour la paix, rendu public le 16 décembre et qui sera lu dans toutes les églises le 1er janvier, Benoît XVI appelle les responsables politiques à «mettre fin à toute brimade contre les chrétiens» vivant «en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et spécialement en Terre sainte». Et le pape d'ajouter: «Les chrétiens sont à l'heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi.»
Du sang, des cris, des larmes. Nul n'a oublié les scènes d'horreur qui se sont déroulées à Bagdad, le 31 octobre dernier, dans l'église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, la cathédrale syriaque catholique. Bilan de l'attentat perpétré par un commando d'al-Qaida: 2 prêtres et 44 fidèles tués, de même que 7 membres des forces de sécurité et 5 assaillants, ainsi que 60 blessés. C'était il y a deux mois. Mais depuis, combien de victimes anonymes parmi les chrétiens d'Irak?
Quand il est question de la persécution des chrétiens dans le monde, c'est ce pays qui vient immédiatement à l'esprit. Il n'y a pas qu'en Irak, pourtant, que l'appartenance au christianisme se paye au prix fort. Les témoignages que nous avons réunis dans ce dossier l'illustrent abondamment: de l'Afrique à l'Asie et de l'Amérique à l'Europe (songeons au Kosovo), être chrétien, en 2010, peut coûter cher.
Au mois de juin, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui réunit 56 États d'Europe, d'Asie centrale et d'Amérique du Nord, tenait une conférence à Astana, la capitale du Kazakhstan, sur « la tolérance et la non-discrimination ». A l'issue de ce sommet international, le chef de la délégation du Saint-Siège, Mgr Toso, soulignait que «plus de 200 millions de chrétiens, partout dans le monde, subissent sous une forme ou une autre la haine, la violence, la menace, la confiscation de leurs biens et d'autres abus, en raison de leur religion, faisant d'eux le groupe religieux le plus discriminé».
Persécutions et discriminations anti-chrétiennes? C'est une impression fondée, mais avec ce qu'il peut y avoir de subjectif dans ce constat. Cerner la réalité sur des bases objectives nécessite des faits, des chiffres, des courbes et des statistiques, capables de rendre compte d'une tendance générale. La carte que nous publions, et qui traduit (en la simplifiant) la situation globale des chrétiens à travers le monde, n'a pas été conçue à partir d'éléments fortuits, mais de deux documents établis selon une méthode scientifique, dont nous avons opéré la synthèse.
L'Aide à l'Église en détresse (AED) est une association catholique qui dépend du Saint-Siège et dont l'action d'entraide envers les communautés chrétiennes s'étend à 130 pays. Fin novembre, elle a fait paraître un Rapport 2010 sur la liberté religieuse dans le monde. [...] De ce tour d'horizon, il ressort que 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens, dont la condition se détériore en de nombreux endroits. En tête de liste, outre le Moyen-Orient, l'AED place la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l'Inde, le Pakistan, le Soudan et Cuba.
Second document que nous avons utilisé, L'Index mondial de la persécution 2010, réalisé par Portes ouvertes, une association protestante. Son indice est calculé d'après différents paramètres, dont le statut juridique et politique des chrétiens dans les pays concernés, et la réalité de leur condition observée. Au sommet de cet affligeant palmarès figure la Corée du Nord («persécution très sévère»). Suivent 9 pays caractérisés par l'«oppression» des chrétiens: l'Iran, l'Arabie saoudite, la Somalie, les Maldives, l'Afghanistan, le Yémen, la Mauritanie, le Laos et l'Ouzbékistan. Puis 18 États où l'on relève de «fortes restrictions» au christianisme, et 21 autres, coupables de «discriminations» antichrétiennes.
Si l'on tente de classer ces phénomènes de christianophobie en fonction de leur origine, il ressort que leur premier vecteur, à l'échelle de la planète, est constitué par l'islam politique ou le fondamentalisme musulman. Sans doute l'islam s'étend-il, du Maghreb à l'Indonésie, sur des États et des aires culturelles différents. Néanmoins, ainsi que le souligne le rapport de l'AED, un trait commun caractérise les pays à majorité musulmane: en sont citoyens, disposant de l'intégralité des droits afférents, uniquement ceux qui professent la religion dominante. Les habitants du pays qui appartiennent aux confessions minoritaires sont, au mieux, tolérés, au pire, regardés comme un danger pour la cohésion sociale, et partant, vite suspects.
Dans le monde musulman, il est ainsi des États dont la Constitution garantit la liberté religieuse, comme l'Algérie, la Tunisie ou la Libye, et où le christianisme est autorisé en théorie. Dans la pratique, cependant, les chrétiens se trouvent sous surveillance, et traités comme un corps étranger. Les autorités algériennes se targuent par exemple d'avoir assuré la restauration de Notre-Dame-d'Afrique, basilique historique qui surmonte la baie d'Alger et dont l'inauguration des travaux vient d'avoir lieu, mais il n'y a plus que 5000 catholiques dans le pays, et les protestants y sont poursuivis. Dans la péninsule arabique (Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, Arabie saoudite, Yémen et Koweït) vivent 3 millions de chrétiens, mais tous sont des travailleurs immigrés, doublement marginalisés. En Mauritanie, dans le nord du Nigeria ou en Somalie, c'est le règne de la charia, où des actes condamnés par l'islam peuvent entraîner des peines comme la flagellation, l'amputation ou la lapidation. Au Pakistan, la Constitution garantit l'égalité des citoyens devant la loi «sans distinction de race ni de croyance», mais la loi sur le blasphème a permis d'inculper un millier de personnes depuis 1996, sous des prétextes qui n'avaient fréquemment rien à voir avec le Coran.
Même s'il est géographiquement limité, l'hindouisme constitue un deuxième facteur de persécution antichrétienne. Si cette idéologie politico-religieuse est rejetée par le gouvernement central de New Delhi, elle inspire des forces actives dans plusieurs États de la fédération indienne, provoquant des violences qui ont culminé en 2009, mais qui n'ont pas cessé depuis.
Troisième vecteur antichrétien: le marxisme. En Corée du Nord, toute activité religieuse est qualifiée de révolte contre les principes socialistes, et des milliers de chrétiens sont emprisonnés. En Chine, le Parti communiste fait paradoxalement bon ménage avec le capitalisme, mais les vieux réflexes sont loin d'avoir disparu: l'État tient à contrôler les religions. Passé les Jeux olympiques de Pékin et l'Exposition universelle de Shanghaï, où il fallait séduire les Occidentaux, la mécanique s'est remise en marche. Protestants et catholiques disposent de la marge de liberté que les autorités veulent bien leur laisser. Et, après une période de détente, un évêque de l'Église officielle a été nommé dans la province du Hebei, le 20 novembre dernier, sans l'aval du pape, ranimant le contentieux avec le Saint-Siège.
Le Moyen-Orient forme la région du monde où les difficultés s'amoncellent le plus. Dans la mesure où il s'agit du berceau du christianisme, un symbole est en jeu. Bien sûr, il faut prendre garde à ne pas simplifier un état des lieux complexe, et à ne pas l'interpréter selon des schémas occidentaux préconçus, car des surprises peuvent se révéler: c'est ainsi que dans certains pays, les chrétiens servent de tampon entre chiites et sunnites, dont les relations ne sont pas tendres. Mais la tournure générale des événements est évidente: les Églises d'Orient sont en recul. Spécialiste du Moyen-Orient et de l'islam, auteur d'un livre éclairant sur la question (Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître? aux Éditions Salvator), Annie Laurent dresse un constat frappant: «Au VIIe siècle, quand l'islam est arrivé, tout l'espace correspondant à l'Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l'exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17pays et 350millions d'habitants, les chrétiens sont 14millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd'hui. Le déclin est considérable.»
Soumis à une pression constante, les chrétiens d'Orient choisissent souvent l'exil, menaçant d'extinction leurs propres communautés. Du 11 au 24 octobre, Benoît XVI a réuni en synode, à Rome, les délégués des sept Églises catholiques du Moyen-Orient, afin que celles-ci se connaissent mieux et, retrouvant le sens de leur vocation, envisagent ensemble les conditions de leur pérennité. Annie Laurent, nommée experte auprès de ce synode et qui y était la seule femme laïque, rappelle que les communautés d'Orient ont un rôle à jouer non seulement pour elles, mais pour tous les habitants de la région: «Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l'amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion.»
Le contexte géopolitique aggrave la situation des chrétiens d'Orient, car ils font les frais du conflit israélo-palestinien. Sans le rétablissement d'une paix juste et durable, leur condition ne s'améliorera pas. Mais ils sont aussi victimes d'eux-mêmes: leurs divisions historiques, quand ce ne sont pas leurs rivalités, brouillent le message évangélique. Si l'œcuménisme progresse - Benoît XVI est très soucieux du rapprochement avec les orthodoxes -, un long chemin reste à parcourir. Quand les confessions chrétiennes d'Orient fêteront-elles toutes Pâques à la même date?
Lors de la clôture du synode, le pape a appelé les pays de la région à «élargir l'espace de la liberté religieuse». Face aux États ou aux groupes fanatiques qui aspirent à se débarrasser du christianisme, dans une aire de civilisation où le concept de laïcité, tel qu'il est entendu ici, est incompréhensible, les chrétiens disposent d'une arme: réclamer la réciprocité avec les musulmans, demander l'égalité de tous les citoyens, défendre la liberté de conscience. Pour cela, ils ont aussi besoin du soutien occidental. «C'est bien d'accueillir les blessés irakiens, commente Annie Laurent, mais la compassion n'est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d'Orient, qui sont nos coreligionnaires
Encore faut-il que, chez nous, cette volonté se manifeste. Le 10 décembre dernier a été publié, à Vienne, un rapport de l'Observatoire sur l'intolérance et les discriminations contre les chrétiens en Europe, concernant les années 2005-2010. Ce document recense les actes de vandalisme contre les églises et les symboles religieux, les manifestations de haine et les brimades contre les chrétiens observées sur le continent européen au cours des dernières années. La liste est impressionnante, mais les faits incriminés ont suscité une émotion bien discrète ici. Aux facteurs aggravants de la situation des chrétiens dans le monde, peut-être faudrait-il ajouter l'indifférentisme religieux en Occident: si les Européens ne respectent pas le christianisme chez eux, comment aideraient-ils les chrétiens persécutés aux quatre points de l'horizon?

analyseInfographie à voir sur le site

Algérie : intolérance, intimidations, pressions et discriminations de la justice d'Etat contre les chrétiens catholiques et évangéliques (condamnations, emprisonnements, expulsions)

Quand l'Algérie s'en prend aux chrétiens

L'Express - 12 juin 2008 - Dominique Lagarde
Pressions, condamnations... Le durcissement récent crée un climat d'intolérance contre ceux qui pratiquent une autre religion que l'islam. L'Algérie est depuis quelques mois en campagne contre les chrétiens. En février 2006, sous couvert de combattre une « campagne évangélique agressive », les autorités ont promulgué une ordonnance qui prévoit des peines de deux à cinq ans de prison pour toute personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ».
Le 30 janvier dernier, un prêtre catholique, le Français Pierre Wallez, était condamné à un an de prison avec sursis. Le 15 mars, deux églises protestantes étaient fermées à Tizi Ouzou, en Kabylie. [...] Début avril, enfin, quatre jeunes gens étaient condamnés à des peines de prison de deux à six mois avec sursis pour conversion au christianisme et prosélytisme. Mais l'affaire qui a fait le plus de bruit, déclenchant les réactions indignées d'une partie de la presse et des défenseurs des droits de l'homme, est sans conteste celle d'Habiba Kouider. Cette éducatrice de 37 ans a été arrêtée le 29 mars alors qu'elle était en possession d'un lot de Bibles. Le 20 mai, le procureur a requis contre elle trois ans de prison ferme. Le tribunal a préféré demander un complément d'enquête.

Les chrétiens pourchassés en Algérie

Le Figaro - 25 février 2008 - Arezki Aït-Larbi
Les évêques d'Algérie ont été reçus par le ministre des Affaires religieuses pour exprimer leur inquiétude face aux expulsions, radiations et condamnations qui ciblent l'Église depuis l'adoption, en février 2006, de la loi réglementant les cultes non musulmans. [...] Officiellement, cette loi adoptée en février 2006 visait à garantir «la tolérance et le respect entre les différentes religions». Dans les faits, elle prévoit une peine de 5 ans de prison et une amende de 1 million de dinars (10 000 euros), contre toute personne qui «incite ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion».

Chrétiens et «mauvais» musulmans traqués en Algérie

Le Figaro - 21 septembre 2010 - Arezki Aït-Larbi
Le tribunal d'Aïn-el-Hammam (Kabylie, 150 km à l'est d'Alger) abrite [...] un procès bien singulier : celui des «dé-jeûneurs» du Ramadan. Hocine Hocini et Salem Fellak, ouvriers dans le bâtiment, ont été interpellés par la police le 12 août, deuxième jour du Ramadan, lors de la pause déjeuner, à l'intérieur d'une maison en construction. Arrêtés en «flagrant délit de consommation de denrées alimentaires», et présentés au parquet, ils ont été mis en examen pour «atteinte et offense aux préceptes de l'islam». Lorsque Hocine Hocini décline sa foi chrétienne et invoque la Constitution qui «garantit la liberté de conscience», la procureure, en colère, lui aurait conseillé de «quitter ce pays, qui est une terre d'Islam»...Mardi, trois mois de prison ferme ont été requis contre eux. Verdict le 5 octobre.
Cette opération n'est pas isolée. A Ighzer Amokrane, en Petite Kabylie, la police a donné l'assaut à un local commercial fermé, pour interpeller une dizaine de jeunes, coupables d'avoir consommé de l'eau et du café ; leur procès est prévu pour le 8 novembre prochain.
Toujours en Kabylie, quatre chrétiens comparaîtront, le 26 septembre, devant les juges de Larbâa-Nath-Irathen pour «pratique d'un culte non musulman sans autorisation».
[...] En agitant le chiffon rouge des «évangélistes et des mécréants», notamment en Kabylie, le pouvoir tente d'endiguer les conversions au christianisme. Mais aussi de casser l'islam traditionnel jugé trop «tiède avec les apostats», pour y incruster une pratique plus rigoriste. Des «brigades vertes», ouvertement financées par l'Arabie saoudite via des associations religieuses, ont été recrutées dans plusieurs localités, avec la complicité de l'administration. A Aghribs (40 km au nord de Tizi-Ouzou), ces néomissionnaires se sont heurtés à la résistance de la population. Fidèles à leur mosquée traditionnelle, où l'on prêche la tolérance et le respect d'autrui, les villageois ont bloqué la construction d'une mosquée intégriste, en brûlant les matériaux, que des inconnus ont déposés, la nuit, sur la place du village.

En Algérie, des dé-jeûneurs poursuivis en justice

Le Monde - 21 septembre 2010 - lemonde.fr avec AFP
Le procureur du tribunal d'Aïn El-Hammam, dans l'est de l'Algérie, a requis mardi trois ans de prison ferme contre deux chrétiens jugés pour non-jeûne lors du ramadan. [...] L'un des deux accusés, Hocine Hocini, à sa sortie du tribunal, [a ajouté] : "Je n'ai pas de regret, je suis chrétien et je l'assume." Agé de 44 ans et père d'une fillette d'un mois, cet ouvrier a été interpellé par la police le 13 août avec un collègue, Salem Fellak, 34 ans, alors qu'ils venaient de finir de manger dans un lieu discret sur un chantier, selon leur version. Ils avaient été déférés immédiatement devant la justice de Aïn El-Hammam. Inculpés d'atteinte à un précepte de l'islam, ils ont été laissés en liberté.
Ce cas n'est pas isolé. Selon le collectif SOS Libertés (des intellectuels algériens qui se sont constitués en collectif en 2008), une dizaine de personnes d'Ighzer Amokrane (wilaya de Béjaïa, à l'est d'Alger) répondront le 8 novembre devant le tribunal d'Akbou (Petite Kabylie) de la même accusation d'avoir interrompu le jeûne musulman. A Tébessa, également dans l'Est, deux jeunes gens, arrêtés en "flagrant délit de consommation de denrées alimentaires", ont été placés sous mandat de dépôt, affirme encore ce groupe. [...]
Le christianisme s'est implanté au Maghreb vers le IIIe siècle, avant d'être supplanté par l'islam au VIIe siècle, et il a eu ses martyrs et penseurs célèbres, tel Saint Augustin, né à Thagaste-Souk-Ahras dans l'Est en l'an 354 et mort en 430 à Hippone-Annaba (est) comme évêque de la toute naissante Eglise catholique.

Algérie : «Être chrétien, c'est un combat quotidien»

Le Figaro Magazine - 23 décembre 2010 - Nadjet Cherigui
Depuis 1998, Mahmoud Yahou est pasteur d'une communauté chrétienne en Kabylie. Il affronte la justice de son pays, qui lui reproche de ne pas être musulman. En s'en prenant à lui, les autorités espèrent disperser son petit troupeau. Témoignage d'un converti.
«Vous serez jugés devant les tribunaux et les rois.» C'est écrit dans la Bible, et elle ne m'a pas trompé: j'étais prévenu! Depuis 1998, je suis pasteur au sein d'une petite communauté protestante, dans le village d'Aït Atelli, en Kabylie, à 30 kilomètres au sud de Tizi Ouzou. Parmi les 6000 habitants musulmans, nous sommes une petite centaine d'irréductibles chrétiens.
En tant que pasteur, je suis harcelé depuis des mois par les autorités algériennes. J'ai été traîné devant la justice pour ouverture de lieu de culte illicite. Les réquisitions du procureur ont été sévères: un an de prison ferme et 20.000 dinars d'amende. La sentence est tombée le 12 décembre: trois mois de prison avec sursis et 10.000 dinars d'amende. Ce procès n'est pas le mien, c'est celui de tout le monde, car il rappelle que, dans ce pays, nous ne sommes pas libres.
Mon seul tort est d'avoir fait l'acquisition d'une maison pour célébrer le culte. Le maire a mis en demeure la communauté chrétienne de renoncer à pratiquer: selon lui, nous sommes dans l'illégalité. Et pourtant, nous sommes affiliés à l'Eglise protestante d'Algérie, reconnue par l'Etat depuis 1975.
Je ne suis coupable que d'une chose, en réalité: j'ai renié l'islam pour me convertir au christianisme. Ici, on naît arabe et forcément musulman. Faire le choix d'une autre religion est perçu comme un acte contre-nature ou de haute trahison. C'est ma foi qui est en procès, mais rien ne me fera plier. Pourtant j'ai été un fervent musulman. Mais au fond, quelque chose me dérangeait: cette religion faisait de moi un être fermé et intolérant.
En 1993, à 26 ans, je suis parti en France. Installé à Marseille, j'ai fait la connaissance d'un groupe de jeunes protestants. Ils m'ont parlé de Jésus, de l'amour de Dieu et de la Bible. Je me suis montré très agressif à leur égard, mais ne cessais de les rencontrer. Nous avons fini par discuter de nos croyances respectives. J'étais intrigué par leur façon de prier, en agitant les bras et en chantant. Un jour, ils m'ont fait lire un passage de la Bible. Je l'ai fait par curiosité avant de m'enfuir. Je me suis senti traître à ma foi. J'ai fait la chahada (attestation de la foi musulmane) pour me débarrasser de ce sentiment de péché, mais rien n'y faisait: cette religion m'attirait, car elle m'apaisait. Après six mois de lecture et d'étude, je me suis décidé et je suis rentré en Algérie avec l'intention d'y rester. J'avais enfin trouvé la joie. Dès lors, il était inutile de chercher la fuite ou l'exil. Je me suis fait baptiser par immersion, le 4 novembre 1994, au temple protestant de Ouadhia, en Kabylie.
Etre chrétien dans ce pays, c'est un combat quotidien. Il faut se battre pour être accepté, pour trouver le juste équilibre dans notre pratique, sans déranger les musulmans dans la leur. Pendant le ramadan, par exemple, je fais attention de ne pas manger devant eux. L'essentiel, pour nous, est de respecter notre prochain. Le temple du village n'est pas marqué d'une croix. [...] Notre quotidien est fait de vexations et de brimades. Il y a les regards, la violence de certains propos, les rumeurs les plus folles sur les mœurs de notre communauté. Mais aussi la surveillance et les contrôles incessants des policiers. Je me suis récemment rendu à la préfecture afin de faire renouveler mon passeport. Le fonctionnaire m'a répondu qu'il m'était refusé, car, en tant que chrétien, j'étais un traître à la patrie et indigne d'être algérien. Que répondre face à tant d'ignorance et d'intolérance? Ils ne savent pas ce qu'ils font, car ils sont manipulés par les extrémistes religieux mais aussi par l'Etat. Je leur pardonne.

Egypte : la minorité copte (orthodoxe ou catholique) cible de pogroms, d'attentats et de violences de l'armée dans une société soumise à la pression croissante des islamistes (Frères Musulmans, salafistes)

Quand l'Egypte abat les porcs, seuls les coptes dégustent

Libération - 5 mai 2009 - Christophe Ayad
Les coptes, qui font l'objet de discriminations non écrites, sont aussi régulièrement la cible de «pogroms» plus ou moins spontanés, comme en Haute-Egypte en 2000 et à Alexandrie en 2005.

L'attentat d'Alexandrie suscite l'indignation

Le Figaro - 31 décembre 2009 - lefigaro.fr
Un attentat a fait 21 morts et 79 blessés [...] devant une église copte d'Alexandrie, en Egypte. L'explosion s'est produite vers minuit et demi devant l'église d'al Kidissine, où des fidèles assistaient à une messe pour le Nouvel An.
Cette attaque a conduit des centaines de chrétiens à se regrouper dans la rue pour manifester leur colère. [...] Samedi soir, ils étaient plus de 5.000 à assister aux funérailles des victimes, au monastère Marmina à King Mariout [...]. Les slogans fusaient, tels que «O croix, nous nous sacrifions pour toi par notre âme et notre sang», «O Moubarak, le coeur des Coptes est en feu», en référence au président égyptien Hosni Moubarak, ou bien encore : «Lâches terroristes, le sang des Coptes n'est pas bon marché».
Le président égyptien Hosni Moubarak a condamné un «acte criminel odieux qui a visé la nation, Coptes et musulmans», et dénoncé dans une allocution télévisée un acte de «terrorisme aveugle» qui porte selon lui la marque de «mains étrangères».
[...] Barack Obama a pour sa part condamné «fermement (...) cet acte barbare et abject». «Les instigateurs de cet attentat visaient clairement des fidèles chrétiens, et n'ont aucun respect pour la vie et la dignité humaine», a-t-il déploré.

« Ils ne veulent plus de chrétiens en Égypte !»

La Croix - 10 octobre 2011 - Nina Hubinet
Au moins 24 personnes ont été tuées. Des émeutes ont ensuite éclaté dans la capitale égyptienne.
Dans la petite salle de la morgue, l’air est suffocant. Douze corps sont allongés, épaules contre épaules. L’un a le crâne défoncé, les yeux exorbités. « Tantawi assassin ! », hurlent les hommes et femmes qui se pressent pour voir et embrasser les « martyrs ».
[...] Autour de lui, la foule est hystérique : les femmes lèvent les bras au ciel en pleurant, les hommes aux tee-shirts tachés du sang des blessés scandent des slogans hostiles à l’armée. « Est-ce que l’on n’est pas égyptien ? Est-ce que l’on n’est pas des humains ? », s’exclame Romani Samir, un bijoutier de 30 ans. « Ils ne veulent plus de chrétiens en Égypte ! Que n’importe quel pays nous offre l’asile et nous partirons ! »
Un prêtre copte note minutieusement les noms des défunts. Au moins 24 victimes des violences de la veille avaient été identifiées lundi 10 octobre, parmi lesquels des soldats. Certains ont été tués par balles, d’autres écrasés par des véhicules de l’armée. « Cela rappelle les pires moments de la révolution, lorsque les manifestants de Tahrir étaient directement attaqués par la police », commente Mohsen Isaaq, 27 ans, qui était dans la marche. Il y a eu par ailleurs au moins 328 blessés.

Les Coptes d'Égypte accusent l'armée de «massacre»

Le Figaro - 10 octobre 2011 - Tangi Salaün
Au moins 24 chrétiens ont été tués dimanche soir dans la répression d'une manifestation au Caire.
«C'est le pire jour de ma vie.» Il a la voix blanche et le regard égaré de celui qui en a trop vu. Depuis plus de dix ans qu'il se bat pour les droits des minorités en Égypte, le militant des droits de l'homme Hossam Bahgat a été témoin de bien des horreurs. Mais en sortant de l'hôpital copte du Caire, où ont été transportées de nombreuses victimes des violences qui ont éclaté dimanche soir pendant une manifestation de Coptes, c'est un homme sous le choc qui témoigne. Sans épargner aucun détail, il raconte les corps affreusement mutilés, broyés, décapités par des blindés. Le bilan officiel fait état de 24 morts et de centaines de blessés, mais des témoins disent avoir compté jusqu'à quarante corps dans le seul hôpital copte.
La manifestation de plusieurs milliers de chrétiens avait pourtant commencé pacifiquement dans le quartier de Choubra, au nord du Caire. Les protestataires entendaient dénoncer la mollesse de la réaction des autorités après l'incendie d'une église près d'Assouan, dans le sud du pays, et réclamer des droits égaux pour tous les citoyens. Mais devant la télévision d'État, la situation a soudain dégénéré. «Les manifestants étaient contenus par un important cordon policier, dans le calme, quand des militaires sont brutalement intervenus pour les disperser», raconte Mohammed, employé d'une chaîne de télévision privée dont les bureaux surplombent la scène. «Des coups de feu ont éclaté. Je ne sais pas qui tirait sur qui, mais les tirs se sont intensifiés et des véhicules blindés de l'armée ont foncé dans la foule. Ça a été une boucherie. On a ramassé des corps jusque dans la cage d'escalier de notre immeuble.»
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par l'ancien ministre de la Défense de Hosni Moubarak, a accusé les Coptes d'avoir tiré les premiers sur les militaires et tué trois appelés, une information démentie par plusieurs médias égyptiens. L'Église copte a par la suite mis en cause des «inconnus infiltrés», attisant la colère des milliers de fidèles rassemblés lundi à la cathédrale du Caire pour les funérailles. Alors que les militaires ont interrompu dès le début des violences les retransmissions des chaînes privées, la télévision d'État a retrouvé ses réflexes de propagande des heures les plus sombres de la révolution, incriminant des «mains étrangères» et appelant les Égyptiens à protéger les soldats contre leurs agresseurs.
Les affrontements se sont poursuivis pendant des heures entre manifestants coptes, rejoints par des musulmans, et les forces de l'ordre soutenues par des civils. Parmi eux, des «baltageyas», ces hommes de main payés pour effectuer la basse besogne, et des groupes de jeunes qui scandaient la «ilaha illallah» («il n'y a d'autre Dieu qu'Allah») et d'autres slogans religieux. «C'était une ambiance de pogrom, c'est presque un miracle que ça n'ait pas dégénéré davantage», soupire Paul Geddaï, un graphiste copte.

Un risque d'exode des chrétiens d'Egypte

Le Monde des Religions - 15 avril 2011 - Florence Quentin
Le temps où les manifestants de la place Tahrir, scandaient ensemble : "Les musulmans et les chrétiens, c’est la même chose" aurait-il fait long feu? Face à la montée des islamistes égyptiens - plus ou moins modérés comme les Frères Musulmans ou ultra-légalistes comme les Salafistes -, l’exode des coptes, régulièrement victimes de violence, se dessine.
La Révolution du Nil et la chute de l’ancien Raïs, en Février dernier, seraient-elles en train de modifier profondément la donne dans la société égyptienne? Au Caire, pendant trois semaines sur la Place Tahrir, épicentre de la contestation, on a vu Coptes et musulmans manifester coude à coude avec une commune détermination et dans une proximité inconnue jusqu’alors. Mais cette union sacrée face à un régime à abattre a-t-elle fait long feu?
Il semble que les vieux conflits intercommunautaires ne soient pas éteints : Le 8 mars dernier, au Caire, dans le quartier du Moqattam, 12 personnes avaient été tuées et 110 blessées, dans des affrontements entre coptes et musulmans. Des milliers de musulmans salafistes avaient alors encerclé ce quartier misérable, majoritairement chrétien, qui abrite la corporation des éboueurs, pour exiger la libération de deux chrétiennes qui, selon eux, s’étaient converties à l’Islam et qui auraient été retenues prisonnières dans un monastère.
Une église avait aussi été incendiée à Sole, dans la province d’Hélouân, au sud du Caire, à cause de la relation amoureuse qu’entretenaient deux jeunes gens de confessions différentes : le mariage entre musulmans et chrétiens est en effet illégal, à moins que le ou la fiancée ne se convertisse à l’Islam. Ces événements ont conduit plus d’un millier de chrétiens (mais aussi de musulmans, tous issus du quartier mixte de Shoubra) à manifester au nom de la "Révolution de la croix et du croissant", devant l’immeuble de la radio-télévision publique pour demander au gouvernement de protéger leur communauté et pour réclamer un Etat laïque.
Depuis ces affrontements, il semble que beaucoup de coptes - environ 10% des 80 millions d'Egyptiens - veulent désormais quitter le pays, inquiets devant l’instabilité du pouvoir mais aussi face à la montée en puissance des groupes politiques islamiques et la possible participation des Frères musulmans au gouvernement. Chaque jour, de nouvelles demandes d’émigration sont ainsi déposées par ceux qui appartiennent à l’une des plus anciennes communautés chrétiennes d’Orient et qui veulent vivre désormais dans des pays qui reconnaissent la liberté de culte.
Destinations les plus demandées : les Etats-Unis et le Canada qui, pour ce dernier pays, dénombre 50 000 coptes - mais aussi le Liban où se sont déjà réfugiées certaines familles. Il semble pourtant qu’une certaine frange de la nouvelle génération ne l’entende pas de cette oreille: les jeunes coptes, dont beaucoup se sont battus Place Tahrir, n’ont plus aussi peur que leurs parents, qui ont vécu 30 ans sous le régime autoritaire d’Hosni Moubarak.
Si la situation empire, ils se résoudront sans doute à partir. Mais pour l’heure, ils croient encore aux espoirs qu’a fait naître la "Révolution du lotus" parmi la jeunesse égyptienne, quelle que soit sa confession. "Muslims and Christians are one hand" …

Conflits religieux, persécutions et violences anti-chrétiennes en Inde et en Malaisie (Asie)

En Inde, un professeur catholique est mutilé par des islamistes pour un exercice de ponctuation

Le Monde - 23 septembre 2010 - Julien Bouissou
Quelques mois après avoir distribué à ses élèves leur sujet d'examen de ponctuation où se glissait le nom "Muhammad", Thenganakunnel Joseph, professeur dans un collège catholique du Kerala, un Etat du sud de l'Inde, a été violemment agressé. Sa main droite a été mutilée, ses bras et jambes fracturés.
Quel meilleur exercice qu'un dialogue pour vérifier les connaissances des élèves en matière de ponctuation en malayalam, la langue officielle du Kerala ? Le professeur Joseph s'inspira en l'occurrence d'un dialogue entre un fou et Dieu, tiré d'un film local. Mais c'est le fou qu'il choisit d'appeler "Muhammad", le nom du Prophète de l'islam, comme des milliers d'habitants dans un Etat où le quart de la population est musulman. Quelques semaines plus tard, le 4 juillet, des hommes l'ont attaqué à coups de haches et de barres de fer à la sortie de la messe. La police soupçonne le Front populaire indien, un groupuscule islamiste local, d'avoir organisé cette attaque, et a arrêté vingt-sept de ses membres.
Plutôt que de venir au secours de son professeur, le collège Newman, placé sous protection policière à la suite de manifestations de musulmans, a préféré le renvoyer, l'accusant d'avoir porté atteinte au sentiment religieux de la communauté musulmane.[...]
Thenganakunnel Joseph se retrouve désormais invalide, sans emploi, avec une famille à nourrir. "Je me suis déjà excusé et je ne voulais offenser quiconque en utilisant le nom "Muhammad"", assure le professeur. La Ligue musulmane indienne et des organisations catholiques ont demandé, en vain, la réintégration du professeur.
"Cet incident est symptomatique de l'influence rampante du fondamentalisme religieux qui mène à la violence dans le pays en général, et plus récemment des violences dans le Kerala", observe l'historien KN Panikkar dans une tribune publiée par le quotidien The Hindu.

Violences anti-chrétiennes en Malaisie

Le Nouvel Observateur - 10 janvier 2010 - Nouvelobs.com
En Malaisie, des pyromanes ont attaqué une institution religieuse ainsi qu'une cinquième église, alors que les tensions s'exacerbent entre musulmans et chrétiens, à propos de l'emploi du mot "Allah" pour désigner le dieu chrétien [...]. A Taiping, à 300 km de Kuala Lumpur, la police a annoncé qu'un cocktail molotov avait été jeté sur le poste de garde d'une institution catholique.
Les frictions ont commencé lorsqu'un tribunal a autorisé à un journal catholique d'utiliser le mot "Allah" dans son édition en langue malaise. Des musulmans ont d'abord manifesté devant les mosquées, avant de lancer des attaques incendiaires sur quatre églises. La Malaisie est un pays principalement musulman et malais, cependant que l'on trouve d'importantes minorités chinoise et indienne, qui suivent surtout les cultes bouddhiste, hindouiste et chrétien. Le journal Catholic Herald dit avoir besoin d'utiliser le mot "Allah" pour désigner le dieu chrétien dans son édition destinée aux chrétiens de langue malaise de Bornéo. Mais certains musulmans du pays estiment que le journal cherche avant tout à créer la confusion dans leur communauté religieuse afin de susciter des conversions.

Pakistan : condamnations à mort pour blasphème, assassinats de responsables politiques musulmans modérés et chrétiens

Une chrétienne condamnée à mort au Pakistan

Le Figaro - 10 novembre 2010 - Thomas Vampouille
Comme en Irak, les chrétiens du Pakistan souffrent de persécution. Une femme y a même été condamnée à mort lundi pour avoir blasphémé le prophète Mahomet [...]. Asia Bibi, 37 ans, est chrétienne et mère de plusieurs enfants. Un jour de juin 2009, alors qu'elle travaille aux champs en compagnie d'autres femmes, un incident survient.[...] On demande à Asia d'aller chercher de l'eau mais quand celle-ci s'exécute, les autres femmes refusent de toucher au liquide qu'elles estiment «impur». S'ensuit une conversation animée autour de la religion. Alors qu'Asia est pressée par ses collègues «de renoncer à sa foi chrétienne et d'embrasser l'Islam», [...] elle répond «avec ses mots à elle» [...]. Asia aurait alors fait l'erreur de risquer une comparaison entre Jésus et Mahomet. «Qu'a fait ce dernier pour les hommes quand Jésus s'est sacrifié pour les péchés des hommes ?», lance-t-elle en substance à ses contradictrices [...]. Les versions des différents journaux rapportant l'affaire divergent quelque peu sur la suite des évènements. Quoi qu'il en soit, il semble qu'après cette discussion, Asia a été prise à partie par une foule agressive. Elle se réfugié alors auprès de la police qui, sous la pression de la foule, se retourne contre elle en l'arrêtant pour blasphème.
Depuis plus d'un an, Asia a donc été maintenue en détention. Jusqu'à ce jugement du tribunal de Sheikhupura, une ville de la province du Punjab dans le nord du pays, la condamnant lundi à la peine capitale. Au Pakistan, les lois antiblasphème qui existent servent surtout, d'après les associations chrétiennes, à persécuter leur communauté estimée à environ trois millions de personnes.
Aussitôt, plusieurs associations chrétiennes sont montées au créneau. Le Pakistan Christian Congress a demandé au président d'intervenir et appelle à l'abrogation des lois antiblasphème. «Le Pakistan a franchi une limite», a réagi Andy Dipper, directeur exécutif de Release International, qui appelle à la libération d'Asia. D'après le Pakistan Christian, c'est en effet la première fois qu'une femme est condamnée à une telle peine pour ces faits.

Asia Bibi, chrétienne du Pakistan, condamnée à mort pour blasphème

Le Monde - 1 juin 2011 - Anne-Isabelle Tollet (grand reporter au Pakistan), propos recueillis par Mathilde Gérard
Chrétienne du Pendjab, Asia Bibi, ouvrière agricole, ramassait des baies rouges, des falsas, le 14 juin 2009 dans le village d'Ittan Wali, lorsqu'elle commit l'irréparable aux yeux de ses voisines : boire de l'eau dans un puits supposé réservé aux musulmans. Parce qu'elle a répondu aux femmes qui l'accusaient d'avoir sali l'eau, Asia Bibi a été accusée de "blasphème", un acte passible de la peine de mort au Pakistan. Aussitôt jetée en prison, Asia Bibi a été jugée en novembre 2010 et condamnée à la peine capitale par pendaison. Dans l'attente d'un second procès un appel, cette mère de famille, qui clame son innocence, a livré son témoignage à la journaliste Anne-Isabelle Tollet, qui publie son récit en France (Blasphème, d'Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, Oh ! Editions, 192 p.).
Comment boire de l'eau dans un puits peut conduire à une condamnation à mort pour "blasphème" ?
C'est à partir de deux simples altercations de voisinage que la vie d'Asia Bibi a basculé. Avant l'épisode du puits, il y avait eu une autre altercation, quelques semaines plus tôt. [...] Mais le simple fait de répondre quand on est chrétien au Pakistan est plus qu'audacieux ; c'est une forme d'insulte. Même si les chrétiens vivent bien avec les musulmans, ils sont considérés par certains comme des citoyens de seconde zone et doivent garder la tête basse.
Après l'incident du puits, Asia a une nouvelle fois tenu tête à ses voisines et le ton est monté. "Pauvre chienne, sais-tu que ton Jésus est un bâtard", lui a-t-on dit, ce à quoi elle a répondu : "Je ne veux pas me convertir, j'ai foi en ma religion. Qu'a fait votre prophète pour sauver les hommes ? Pourquoi devrais-je me convertir et pas vous ?" On l'a accusée de parler à la place du prophète. "Je pense que Jésus aurait un point de vue différent de celui de Mahomet sur la question" de la pureté de l'eau du puits, et on lui a demandé de se convertir, ce qu'elle a refusé. En réponse à son audace, les voisines d'Asia l'ont alors accusée de blasphème, sachant qu'il s'agissait là d'une arme redoutable.
Comment s'est passé son procès en novembre 2010 ?
Son procès a été très court. Elle s'est rendue au tribunal du district de Nankana ; il y avait beaucoup de villageois présents au procès, mais aussi des mollahs venus exercer une pression sur le juge pour qu'Asia soit condamnée. On ne peut pas vraiment jeter la pierre au juge : s'il avait acquitté Asia, il aurait signé son arrêt de mort et aurait été assassiné le lendemain. Il n'avait pas d'autre choix que de la condamner à mort.
Depuis, Asia Bibi et son avocat ont fait appel à la Haute Cour de justice de Lahore qui, ils l'espèrent, sera moins sous la pression des mollahs et plus objective. Ils entretiennent donc l'espoir que la condamnation à mort sera annulée et transformée en peine de prison.
Comment êtes-vous entrée en contact avec Asia Bibi ?
C'est grâce au ministre des minorités, Shahbaz Batti, qui jusqu'à son assassinat en mars avait pris la famille d'Asia Bibi sous sa protection. Quand Philippe Robinet, de Oh ! Editions, m'a demandé si un livre pouvait aider Asia Bibi, j'ai tout de suite pris contact avec Shahbaz Batti et sa famille pour discuter et décider si un livre pouvait la servir ou la desservir. Nous sommes arrivés à la conclusion que sa situation – condamnée à mort, croupissant dans une cellule, sa famille en danger et menacée – ne pouvait empirer et nous sommes donc partis dans l'aventure du livre. [...]
Quelles sont ses conditions de détention ?
Elles sont terribles. Depuis l'assassinat du gouverneur du Pendjab, Salman Taseer [qui avait pris son parti], Asia Bibi a été placée en isolement. C'était une demande de Shahbaz Batti, pour son bien, car elle était menacée de mort – le mollah de Peshawar avait mis sa tête à prix à hauteur de 50 000 euros, il y avait donc un risque qu'un geôlier décide de la tuer pour toucher la prime. Elle est donc sous surveillance vidéo, avec sa nourriture apportée crue, pour qu'elle-même la cuisine afin d'éviter un empoisonnement. Elle n'a plus le droit à la promenade, elle ne marche pas donc elle s'ankylose. Les toilettes se résument à un trou dans la terre... Il est urgent qu'elle sorte de là, car si elle ne meurt pas par pendaison, elle pourrait mourir de maladie ou de fatigue. En ce moment, il fait 45°, il n'y a pas d'aération, pas de ventilation, elle est bouffée par les moustiques.
En outre, elle a attrapé la varicelle il y a deux mois. [...] Elle n'a pas de suivi médical.
La famille d'Asia Bibi est-elle toujours menacée ?
Oui, c'est pour cela que son mari et ses enfants changent régulièrement de maison. Ils vivent reclus, cachés, ne sortent jamais de chez eux, sauf en cas de nécessité. Asia Bibi a cinq enfants, dont trois en âge d'être scolarisés, qui ne peuvent plus aller à l'école. Elle a aussi une fille adolescente handicapée qui, par manque de ressources, ne peut plus bénéficier de soins, ni se rendre à l'hôpital car ce serait trop dangereux.
On sait qu'Asia Bibi a perdu deux soutiens politiques de taille, après les meurtres de Salman Taseer, le 4 janvier, et de Shahbaz Bhatti, le 2 mars. Y a-t-il encore des voix politiques au Pakistan pour la soutenir et condamner la loi sur le blasphème ?
Il reste Sherry Rehman, une députée qui avait essayé de modifier la loi au Parlement, mais elle a écopé d'une fatwa et vit maintenant recluse chez elle à Karachi. Le premier ministre, Youssouf Raza Gilani, lui a même conseillé de partir à l'étranger et affirmé qu'il n'était plus question pour le gouvernement de réformer cette loi sur le blasphème, par peur des représailles.
La classe politique se réfugie dans le silence le plus complet : les deux seuls politiques qui ont publiquement défendu Asia Bibi ont été assassinés dans les semaines qui ont suivi leur prise de position. Tout le monde a peur.

Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème au Pakistan

Le Figaro Magazine - 24 décembre 2010 - Célia Mercier
Le 8 novembre dernier, cette chrétienne a été condamnée à la peine capitale au nom de la loi sur le blasphème en vigueur dans la République islamique du Pakistan. Ayant fait appel, elle attend son sort en prison. C'est là qu'elle nous a raconté son effrayante histoire.
[...] Dans la journée, Asia Bibi est séparée des autres prisonnières. «Elle est seule dans sa cellule et ne peut sortir dans la cour qu'une fois les autres rentrées, précise nerveusement l'un des gardes. Nous veillons tout particulièrement sur elle.» Car la vie de la jeune femme est en danger: même au sein d'une prison, tout peut arriver. Au Pakistan, cette affaire dérange, cristallisant les tensions entre islamistes et libéraux, divisant le pays et inquiétant le gouvernement. La villageoise est devenue un symbole.
Lorsqu'on l'interroge sur ce qui s'est passé le jour où tout a basculé, Asia explique fébrilement: «Nous ne sommes que trois foyers chrétiens, sur un millier de familles musulmanes. Mais nous avons toujours vécu là-bas, depuis plusieurs générations. Un jour de printemps, je suis allée récolter des baies avec d'autres villageoises, pour gagner un peu d'argent. Une de mes voisines avait soif, et je suis allée chercher de l'eau chez moi. Ma voisine était furieuse parce que j'avais utilisé son verre et elle a déclaré qu'il était souillé parce que je suis chrétienne. Cela m'a énervée.»
Un incident malheureusement banal, qui s'explique par l'histoire religieuse de la région: les chrétiens, avant de se convertir, étaient des intouchables dans le système de castes hindoues dont a hérité malgré lui le Pakistan. Mais dans le verger, l'altercation tourne au vinaigre. «Mes deux voisines ont insisté pour que je me convertisse à l'islam, explique Asia. Elles disaient que c'était le seul moyen d'être sauvée. Nous avons débattu sur la religion, le ton est monté, et elles sont parties en colère.» En rentrant, la jeune femme raconte l'incident à son mari. Peu après, elle est arrêtée par la police. Elle apprend qu'une plainte pour «blasphème» a été déposée contre elle, à l'instigation du mollah du village, très proche de ses voisins.
La mère de famille va croupir un an en prison. Personne n'entend parler de son histoire. Elle n'est qu'un cas parmi des centaines d'autres, dans ce pays où la loi sur le blasphème ravage silencieusement des vies. Une loi instaurée en 1986. [...]
Au Pakistan, plus d'un millier de personnes ont ainsi été accusées de blasphème. Un prétexte fréquemment utilisé pour régler des comptes personnels, se débarrasser de rivaux ou extorquer de l'argent. La moitié des accusés sont des musulmans, les autres appartiennent aux minorités religieuses. Si la peine de mort n'a encore jamais été appliquée dans ce cadre, plus d'une trentaine d'hommes soupçonnés de blasphème ont été assassinés. Et les personnes acquittées, continuellement menacées, restent stigmatisées.
«Dans le cas des minorités religieuses, si un individu est accusé, c'est toute la communauté qui souffre», constate Shahbaz Bhatti, le ministre des Minorités. Ainsi, durant l'été 2009, une vague de terreur s'est répandue sur les quartiers chrétiens de Gojra et de Koria. Un journal dans lequel étaient imprimés des versets coraniques a été retrouvé souillé par terre. «Un chrétien a profané le Coran!» La rumeur a enflé, relayée par les haut-parleurs des mosquées. Des milliers de musulmans se sont rassemblés, saccageant le quartier chrétien, incendiant les habitations. Sept personnes, dont trois enfants et deux femmes, sont mortes brûlées vives dans leur maison.
«On assiste à une radicalisation de la société, constate Peter Jacob, directeur de la Commission nationale pour la justice et la paix, une organisation catholique. L'intolérance augmente, les organisations extrémistes se développent, avec des jeunes fanatisés, des mosquées qui prêchent la violence. La haine contre les minorités de notre pays fait partie du fonds de commerce de ces groupes qui prétendent "protéger l'islam". Face à ce danger, les chrétiens et les hindous qui en ont les moyens quittent le pays
Le mois dernier, Asia Bibi [...] a été convoquée devant le tribunal. «Des mollahs étaient assis à l'entrée, je suis sûre qu'ils voulaient intimider la cour. Le juge m'a alors annoncé que j'étais condamnée à la mort par pendaison, murmure la jeune femme. Je me suis mise à pleurer.» Mais cette décision de justice a fait la une des journaux: Asia Bibi est une femme, et la peine capitale a été prononcée...
Le ministre des Minorités la prend alors sous son aile. «Shahbaz Bhatti est venu me rendre visite, raconte Asia, et il aide ma famille. Mon mari et mes enfants ont dû quitter le village à cause des menaces.» Mais les passions se déchaînent. Quand le gouverneur du Pendjab réclame la grâce présidentielle pour la jeune femme, il est traité d'«infidèle» par des islamistes. Et lorsque Sherry Rehman, député, présente un projet visant à amender la loi sur le blasphème, les partis religieux battent le pavé dans plusieurs villes du pays, pour dénoncer une atteinte à la loi «sacrée».
À Peshawar, c'est le mollah Yousuf Qureshi qui, lors d'un prêche du vendredi, promet une récompense (équivalente à 4.500 euros) à quiconque tuera Asia Bibi. Dans sa prison, la jeune femme sourit tristement: «Qu'est-ce que je peux vous dire... Je suis innocente, je le sais. Mais je n'ai pas peur, et maintenant je me sens moins seule. On m'a dit que beaucoup de gens me soutiennent, même à l'étranger. Cela me donne de l'espoir.»
Asia a fait appel de la décision de justice. La Haute Cour de Lahore va bientôt examiner l'affaire. Cependant, même si l'acquittement est prononcé, Asia et sa famille devront se cacher. Dans son village, lorsqu'on interroge les habitants, certains proclament: «Si elle est relâchée, nous la tuerons de nos propres mains. Elle a commis un crime et elle doit le payer.».

Pakistan:le gouverneur du Pendjab tué

Le Figaro - 4 janvier 2011 - AFP et AP
Le gouverneur de la province pakistanaise du Pendjab, Salman Taseer, a été tué mardi par un de ses gardes près de son domicile d'Islamabad, ont annoncé la police et le gouvernement. [...] L'assassion présumé s'est rendu à la police, en expliquant avoir tué Taseer car celui-ci était opposé à la loi sur le blasphème défendue par de nombreuses organisations islamistes.
"Il a avoué avoir lui même tué le gouverneur car il avait dénoncé la loi sur le blasphème. Il a confessé son crime et donné son arme à la police après l'attaque", a déclaré Malik. Le premier ministre Yousuf Raza Gilani a condamné l'attaque et annoncé trois jours de deuil national après la mort de Taseer, considéré comme une voix modérée du Parti du peuple pakistanais (PPP) du président Asif Ali Zardari et de son Premier ministre Yousuf Raza Gilani. Il s'agit de l'assassinat de la plus importante personnalité politique au Pakistan depuis celui de l'ex-premier ministre Benazir Bhutto en décembre 2007.
[...] La loi controversée sur le blasphème est revenue sur le devant de la scène en novembre dernier avec la condamnation à mort d'Asia Bibi, une paysanne mère de famille, accusée d'avoir blasphémé contre le prophète Mahomet. Actuellement emprisonnée, elle a fait appel de ce verdict et la haute cour de Lahore doit se prononcer prochainement. La plupart des condamnations à mort pour blasphème au Pakistan ont jusqu'ici toutes été commuées. A la lumière de ce cas, de nombreux pays et organisations internationales ainsi que des personnalités politiques et associations au Pakistan ont pressé le président Asif Ali Zardari de la gracier, et de modifier la loi.
Mais ces appels ont été dénoncés par les puissants partis et autres groupes conservateurs religieux, qui ont rassemblé des milliers de manifestants dans plusieurs villes du pays et appelé à la grève générale fin décembre en prévenant que l'anarchie s'installerait si la loi était modifiée. Seuls 3% des 167 millions de Pakistanais ne sont pas musulmans et appartiennent à des minorités qui se plaignent de discrimination.

L'assassinat du gouverneur du Pendjab aggrave la crise au Pakistan

L'Express - 5 janvier 2011 - Catherine Gouëset
L'assassinat [...] du gouverneur de la province du Pendjab, Salman Taseer, illustre l'extension du fondamentalisme au Pakistan. Membre en vue du Parti du peuple pakistanais (PPP), au pouvoir, et proche du président Asif Ali Zardari, le gouverneur a été abattu par un membre de sa garde, quelques jours après le troisième anniversaire de l'assassinat de Benazir Bhutto.
Les observateurs relient le meurtre à l'opposition affichée de la victime à la législation sur le blasphème envers l'islam: Salman Taseer s'était récemment engagé dans la campagne destinée à abroger cette loi [...]. En décembre dernier, une députée du parti du peuple pakistanais (PPP) au pouvoir, Sherry Rehman, avait déclenché la fureur des cercles conservateurs en proposant d'abolir la peine de mort pour blasphème.
Salman Taseer avait reçu en novembre une chrétienne, Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème envers l'islam, qui se disait persécutée pour des motifs de voisinage et non de religion; il avait intercédé auprès du président Asif Ali Zardari pour obtenir sa grâce. Mais la justice pakistanaise avait interdit, une semaine plus tard, au chef de l'Etat de se prononcer sur cette grâce. Des conservateurs pakistanais, dont l'influent Sunni Ittehad Council, ont prévenu que toute grâce présidentielle accordée à Asia Bibi provoquerait l'anarchie dans le pays.
Les puissants mouvements religieux ont par ailleurs organisé des manifestations dans plusieurs villes du pays contre cette proposition au cours desquelles l'effigie du gouverneur du Pendjab avait été immolée.
En difficulté au sein de la coalition de gouvernement, le PPP a finalement renoncé à revenir sur cette loi, afin de retenir des partenaires prêts à faire défection [...].
Les condamnations à mort pour blasphème prises dans le cas de cette loi ont jusqu'ici été commuées, mais les défenseurs des droits de l'Homme demandaient néanmoins l'abolition d'une loi souvent utilisée pour régler des comptes personnels n'ayant rien à voir avec la religion.
Le fait que Salman Taseer ait été tué par un membre de la force d'élite du Pendjab souligne combien l'extrémiste se développe au Pakistan, relève le quotidien pakistanais The News, pour qui la liberté d'expression rétrécit chaque jour dans ce pays. Cet assassinat réveille également les craintes d'une infiltration des fondamentalistes dans les intitutions de l'Etat, comme l'armée et la police, rapporte le New York Times. C'est "un grave revers pour les forces démocratiques au Pakistan", estime de son côté le militant libéral et avocat à la Cour Suprême Anees Jillani, car il a "instillé la peur au sein de la population, et même au sein des médias, ce qui est une évolution très grave".
L'auteur du meurtre, Malik Mumtaz Hussain Qadri qui s'est aussitôt rendu, a revendiqué son acte en présentant Salam Taseer comme un "blasphémateur qui n'a eu que le châtiment qu'il méritait". Et dès mardi, plusieurs milliers d'utilisateurs du réseau social en ligne Facebook se félicitaient de cet assassinat, ce qui montre que le courant islamiste a gagné de larges couches du pays.

Le Pakistan s'enfonce dans l'intolérance

Le Figaro - 2 mars 2011 - Marie-France Calle
Les talibans revendiquent l'assassinat [...] du ministre chrétien des minorités religieuses.
Le jeu de massacre continue. Nouvel avertissement sanglant à quiconque oserait demander un adoucissement de la loi sur le blasphème? Piqûre de rappel pour la poignée de libéraux qui espèrent encore voir éclore au Pakistan un semblant de tolérance? Mercredi, Shahbaz Bhatti, le jeune ministre pakistanais des Minorités religieuses, a été abattu en plein jour au cœur d'Islamabad par quatre hommes armés. Il était le seul ministre chrétien du gouvernement d'Islamabad et ne s'était jamais privé de dénoncer la loi sur le blasphème. Il réclamait des amendements. Jugeant notamment inadmissible que la seule sentence applicable en cas de blasphème contre le prophète Mahomet soit la peine capitale. En novembre dernier, lorsque Asia Bibi, une paysanne catholique du Pendjab pakistanais, avait été condamnée à mort par un tribunal local pour avoir «insulté» le Prophète, Shah-baz Bhatti avait imploré la «clémence» du président, Asif Ali Zardari.
Mercredi, dans la matinée, Shahbaz Bhatti sortait de chez sa mère et se trouvait en compagnie de sa nièce à bord de sa voiture officielle lorsque le véhicule a été braqué par quatre jeunes gens. Vêtus du traditionnel shalwar kamiz (longue tunique à pans arrondis sur un pantalon bouffant), les assassins avaient pris place dans une Suzuki Mehran de couleur blanche. Ils ont extirpé manu militari le chauffeur et la nièce de la voiture avant de tirer à vingt-cinq reprises sur le ministre. Cet assassinat ressemble à s'y méprendre à celui du gouverneur du Pendjab pakistanais, Salman Taseer, le 4 janvier dernier, sur un marché chic d'Islamabad. Même précision dans l'exécution; même explication: aux yeux de ses bourreaux, Bhatti était, lui aussi, un «blasphémateur» . Avec une nuance de taille pourtant: cette fois, ce sont les talibans qui ont revendiqué l'attaque, et tous les assaillants ont réussi à s'enfuir. «La police dit avoir trouvé sur les lieux de l'attentat des indices confirmant que le Tehrik-e-Taliban (TTP, le Mouvement des talibans pakistanais) est bien impliqué dans cet assassinat, indique par téléphone un observateur étranger à Islamabad. Des tracts ont été retrouvés sur les lieux du crime. On pouvait y lire: “Il n'y a qu'une punition pour celui qui se rend coupable de blasphème, la peine de mort”
On est donc loin du baroud d'honneur auquel s'était livré Mumtaz Hussain Qadri, le meurtrier de Salman Taseer -qui était aussi son garde du corps- avant de se laisser arrêter. Ses déclarations grandiloquentes sur son «devoir» de tuer le gouverneur «blasphémateur» avaient fait forte impression sur nombre de Pakistanais. Emprisonné, il reste un héros aux yeux de beaucoup, y compris une partie du corps juridique.
[...] À l'unisson de la communauté internationale, la France a exprimé son «horreur et son indignation» devant «ce crime révoltant». Le Vatican a une nouvelle fois sonné l'alarme, lançant un «appel pour que chacun se rende compte de l'urgence dramatique de la défense de la liberté religieuse et des chrétiens objets de violences et de persécutions» au Pakistan.

Irak : assassinats, meurtres et attentats terroristes perpétrés par des extrémistes fondamentalistes islamistes contre les communautés chrétiennes (chaldéens, syriaques ou assyriens, catholiques ou orthodoxes)

Prise d'otages meurtrière dans une église de Bagdad

Le Figaro - 1 novembre 2010 - lefigaro.fr avec AFP et Reuters
Un groupe d'al-Qaida a attaqué dimanche soir la cathédrale syriaque catholique, en plein coeur de la capitale irakienne. L'opération s'est soldée par la mort de 52 personnes, 67 autres ont été blessées.
C'est l'une des plus meurtrières attaques commises contre les chrétiens en Irak. La prise d'otages a été revendiquée par un groupe de la mouvance d'al-Qaida qui a donné un ultimatum de 48 heures à l'Eglise copte d'Egypte pour libérer des musulmanes «emprisonnées dans des monastères» de ce pays. Une centaine de fidèles se trouvaient dans la cathédrale Sayidat al-Najat (Notre-Dame du Perpétuel secours) au moment de l'attaque. [...] Selon l'évêque chaldéen de Bagdad, Shlimoune Wardouni, deux prêtres de l'église ont été tués et un troisième a reçu une balle dans les reins. «C'est un immense sentiment de tristesse qui m'envahit. Que peut-on dire? C'est inhumain. Même les animaux ne se comportent pas ainsi entre eux», a-t-il déclaré.
Le déroulé des opérations reste flou. [...] Les assaillants armés de grenades et de gilets d'explosifs [...] ont fait irruption en pleine messe. «Des hommes, portant des habits militaires, ont pénétré dans l'église avec leurs armes et ont immédiatement tué un prêtre. Je me suis réfugié dans une petite salle où se trouvaient quatre autres fidèles», a raconté un otage, âgé de 18 ans, qui n'a pas voulu donner son nom. «Peu après, deux des hommes armés sont entrés dans la pièce, ont tiré en l'air et sur le sol, blessant trois personnes, puis nous ont poussés dans la nef. Il y a eu ensuite des échanges de tirs et nous avons entendu des bruits d'explosions. Des vitres sont tombées sur les gens», a-t-il ajouté. [...] Les forces de sécurité irakiennes ont donné l'assaut vers 21h (20h à Paris), avec les troupes américaines -qui malgré la fin de leur mission de combat fin août, peuvent toujours utiliser la force, si elles sont attaquées ou si l'Irak sollicite leur aide.
La cathédrale ressemble à un champ de bataille. Le sol et les murs sont maculés de sang et criblés de balles. Des morceaux de chair sont visibles dans ce lieu saint. Les pupitres sont détruits ou renversés, et il y a partout du verre brisé. Pour le père Yousif Thomas Mirkis, responsable de l'ordre des Dominicains, «l'opération a été préparée de longue date, au vu des armes et des munitions qui ont été retrouvées dans la cathédrale. Cela prend du temps pour les introduire».
Le vicaire épiscopal des syriaques catholiques, Mgr Pios Kasha, qui s'est rendu dans la cathédrale dévastée, a déploré «un vrai carnage». «Ce qui est certain, c'est que les membres de ma communauté vont tous quitter l'Irak», a-t-il dit.

Le requiem sans fin des chrétiens d'Irak

L'Express - 29 novembre 2010 - Vincent Hugeux
Quatre semaines après le massacre de Notre-Dame du Perpétuel Secours, les chrétiens de Bagdad demeurent tétanisés par la peur et le chagrin.
A la fin de l'office, ce dimanche, on dénombrait sous la nef 46 fidèles. Soit, à l'unité près, le nombre de chrétiens massacrés quatre semaines plus tôt ici même, en la cathédrale syriaque catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours de Bagdad. Le 31 octobre, en pleine messe, un commando terroriste prend d'assaut cet édifice moderne, au coeur du quartier commerçant de Karrada. A la clé, un épouvantable carnage, à coups d'armes automatiques et de grenades, bientôt revendiqué par "l'Etat islamique d'Irak", filiale locale d'al-Qaeda. Des femmes, des vieillards et des nourrissons froidement abattus d'une balle dans la tête. Puis, tandis que les forces de l'ordre assiégent l'église, l'ultime tuerie, lorsque l'un des barbares déclenche l'explosion de sa ceinture de mort.
[...] Parmi les martyrs, deux jeunes prêtres, Wassim Sabih, 27 ans et Taher Saadallah Boutros 32 ans, dont les portraits, placardés partout, et les chasubles, exposées derrière l'autel, commémorent le sacrifice: l'un et l'autre se sont offerts aux tueurs, les implorant en vain d'épargner leurs ouailles.

Série d'attaques contre des chrétiens à Bagdad

Le Figaro - 30 décembre 2010 - lefigaro.fr
Au moins deux personnes ont péri et 12 ont été blessées jeudi soir dans six attentats commis en moins de deux heures contre des maisons appartenant à des chrétiens de Bagdad.
Le traumatisme de l'attaque de la cathédrale syriaque catholique de Bagdad n'est pas prêt d'être oublié. Jeudi, des chrétiens de la capitale irakienne, déjà visés à de nombreuses reprises ces deux derniers mois, ont de nouveau été la cible d'attentats meurtriers. [...]
L'attaque la plus sanglante a eu lieu dans le quartier d'al-Ghadir, dans le centre de Bagdad [...].
Al-Ghadir est un secteur où vivent toujours de nombreux chrétiens, même si beaucoup ont récemment fui, du fait des menaces lancées par la branche irakienne d'al-Qaida contre les membres de cette communauté. Début novembre, la nébuleuse islamiste avait qualifié les chrétiens de «cibles légitimes», quelques jours après avoir revendiqué l'attaque sanglante de la cathédrale syriaque catholique Notre-Dame du perpétuel secours, où 44 fidèles et deux prêtres avaient été tués par un commando armé le 31 octobre.
[...]
Ce n'est pas la première fois que des maisons appartenant à des chrétiens sont visées lors d'attaques presque simultanées. Le mois dernier, quelques jours après les menaces proférées par al-Qaida, une série d'attentats visant les domiciles de chrétiens de la capitale avait fait six morts et 33 blessés, renforcé le profond sentiment d'insécurité et poussé davantage de membres de cette communauté à fuir vers la région autonome du Kurdistan, ou à prendre le chemin de l'exil vers l'étranger.
Le 17 décembre, le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) a dénoncé un «lent mais régulier exode» de milliers de chrétiens d'Irak à la suite du carnage du 31 octobre. Sur les 800.000 à un million de chrétiens qui vivaient en Irak avant l'invasion de 2003, il n'en reste plus que la moitié.

Nigéria : attentats islamistes contre les catholiques, volonté de la secte radicale islamiste Boko Haram d'épuration religieuse, d'imposition de la charia et d'instauration d'un Etat islamiste dans la moitié Nord du Nigéria

Nigeria : après les attaques de Noël contre les chrétiens, la population sous le choc

Le Monde - 26 décembre 2011 - LEMONDE.FR avec AFP
Des magasins tenus par des chrétiens ont été incendiés et des centaines de gens ont pris la fuite, lundi 26 décembre, après la vague de violences qui a touché le nord-est du Nigeria à la suite d'une série d'attentats meurtriers le jour de Noël. Le groupe islamiste Boko Haram a revendiqué cette série d'attentats.
[...] La série d'attentats contre des églises chrétiennes et d'autres cibles au Nigeria ont fait une quarantaine de morts le jour de Noël. Aussi, le pape Benoît XVI a-t-il exprimé sa "profonde tristesse" et déploré, lors de l'Angélus au Vatican, "les persécutions auxquelles sont exposés les chrétiens dans divers endroits du monde".

Nigeria: échoppes de chrétiens brûlées, messe dans une église visée dimanche

Libération - 26 décembre 2011 - AFP
MADALLA (Nigeria) - Des magasins tenus par des chrétiens ont été incendiés lundi dans le nord-est du Nigeria, tandis qu'une messe a été célébrée dans une église attaquée la veille lors d'une série d'attentats meurtriers le jour de Noël attribués au groupe islamiste Boko Haram.
[...] A Madalla, près de la capitale Abuja, des centaines de chrétiens ont assisté lundi à une messe célébrée dans une église visée la veille par un attentat qui a fait 35 morts, l'assaut le plus meurtrier parmi la vague d'attentats qui a secoué le Nigeria le jour de Noël.
Des tâches de sang maculaient le mur extérieur de l'église Ste Theresa et des secouristes ramassaient encore lundi des restes humains jonchant le sol devant l'édifice. L'explosion a retenti alors que les fidèles sortaient de l'édifice. Certains ont brûlé dans leurs voitures et d'autres, blessés, se sont précipités vers un prêtre pour demander l'extrême onction.
L'archevêque Martin Uzoukwu, en célébrant la messe en souvenir des victimes, a appelé les fidèles à ne pas avoir recours à la violence. "Ce dont nous avons besoin, c'est de vos prières", a-t-il dit.
A Damaturu (nord-est), par centaines, des habitants étaient rassemblés lundi matin devant des stations de taxis et arrêts de bus pour fuir la ville en proie à un nouveau cycle de violences et théâtre d'un attentat suicide dimanche. [...]
Les attentats contre des églises chrétiennes et d'autres cibles qui ont fait une quarantaine de morts le jour de Noël ont été revendiqués par un porte-parole de la secte radicale islamiste Boko Haram, qui veut instaurer un Etat islamique au Nigeria.

Les chrétiens du Nigeria craignent un retour à la guerre civile

Le Nouvel Observateur - 8 janvier 2012 - AFP
Les responsables des chrétiens du Nigeria ont averti que la multiplication d'attaques d'islamistes contre des églises et des fidèles, qualifiées de "nettoyage religieux" et qui ont fait des dizaines de morts, pourrait mener à une guerre civile comme dans les années 60.
Depuis Noël, six attaques ont visé des chrétiens faisant plus de 80 morts. La majorité d'entre elles ont été revendiquées par le mouvement islamiste Boko Haram, qui veut imposer la charia (loi islamique) dans l'ensemble du pays, le plus peuplé d'Afrique avec 160 millions d'habitants.
"Ce type d'évènements nous rappelle les débuts de la guerre civile qui a eu lieu au Nigeria", a déclaré samedi Ayo Oritsejafor, chef de l'Association chrétienne du Nigeria (CAN), regroupant protestants et catholiques. Il faisait allusion à la sanglante guerre sécessionniste du Biafra qui avait fait environ un million de morts de 1967 à 1970.
[...] Convoquée d'urgence samedi, une réunion de responsables chrétiens a conclu que "le schéma de ces tueries nous fait effectivement penser à un nettoyage ethnique et religieux systématique", avait ajouté M. Oritsejafor. "Nous avons le droit légitime de nous défendre (...) quoiqu'il en coûte", a-t-il averti.
Attentats et affrontements se sont multipliés, faisant une trentaine de morts dans plusieurs Etats du Nord-Est après l'expiration mercredi soir d'un ultimatum des islamistes exigeant que les chrétiens quittent le Nord du pays, majoritairement musulman.
Cette escalade meurtrière fait craindre une guerre des religions dans un pays qui compte autant de chrétiens que de musulmans. Les premiers sont majoritaires dans le sud et les second dans le nord.
Dans l'Etat d'Adamawa (nord-est), les autorités ont réagi aux violences en imposant samedi un couvre-feu de 24 heures. C'est dans cet Etat qu'a eu lieu l'attaque la plus meurtrière des derniers jours avec la mort de 17 personnes vendredi à Mubi, selon des témoins, lors d'un rassemblement de chrétiens en deuil. La police a établi le bilan à 12 morts.
Une autre attaque a été perpétrée vendredi soir par des hommes armés dans une église de Yola, capitale du même Etat d'Adamawa, faisant au moins 10 morts parmi les fidèles, selon un responsable chrétien.
Toujours dans le Nord, une autre attaque avait fait six morts, d'après des témoins, jeudi, parmi des fidèles réunis en prière dans une église de la ville de Gombe, dans l'Etat voisin éponyme.
Et samedi soir, des islamistes présumés ont tué trois chrétiens qui jouaient au poker près d'une église dans le nord-est du Nigeria. L'attaque a eu lieu dans la ville de Biu, dans l'Etat de Borno. [...] Trois fidèles ont été tués et sept blessés.
Les dernières attaques "sont l'une des conséquences de la fin de notre ultimatum" demandant aux chrétiens de partir des régions où ils sont en minorité, avait déclaré vendredi à la presse Abul Qaqa, porte-parole de Boko Haram.

Conversion : le chemin de croix de Joseph Fadelle, ancien musulman chiite converti à la religion catholique dans un climat de grande intolérance

Le calvaire d'un converti au christianisme en terre d'islam

L'Express - 23 mars 2010 - L'Express
Un livre poignant raconte ce que doit subir un musulman irakien qui devient chrétien. Accablant.
La puissance du christianisme réside moins dans l'énoncé du dogme que dans la force inégalable du témoignage. Celui de Joseph Fadelle a de quoi faire frémir. Né Mohammed dans une grande famille chiite (dont l'origine remonte au Prophète), il raconte dans le détail sa douloureuse conversion au christianisme, celle d'un jeune homme que tout destinait à la carrière des affaires. Au lieu de quoi, il a subi un véritable calvaire.
Durant toute sa jeunesse, Joseph entendit ses proches insulter les Chaldéens (chrétiens d'Irak) et vit ces derniers se faire traiter comme des intouchables. "J'ai en mémoire cette insulte, une des pires qui soient, celle de "face de chrétien"."
De fait, Mohammed pensait, à l'instar de tous les siens, qu'il n'y avait rien de plus bas qu'un infidèle. Jusqu'à ce jour où, convoqué pour effectuer son service militaire, il se retrouve dans la même chambre que Massoud, conscrit chrétien qui montre d'entrée une grande bienveillance à son endroit. C'est la rencontre qui fait basculer sa vie. Massoud, garçon posé et réfléchi, a beau dissimuler ses lectures, son camarade de chambrée est attiré par sa paix intérieure et par sa profondeur. De fil en aiguille, Mohammed se plonge dans les Evangiles et se prépare à un martyre qui culmine au moment où, entouré de ses quatre frères qui le condamnent, il voit son propre oncle menacer de le tuer en posant un revolver sur sa poitrine. Car le Coran pourfend le converti.
Ce récit poignant n'emprunte rien à la fiction. Il est la démonstration écrite de ce que subissent chaque jour des millions de chrétiens d'Orient. Mohammed, devenu Joseph, nous fait découvrir la persécution de l'intérieur, celle dont on ne parle pas assez. Du Nigeria à la Malaisie, en passant par le Pakistan, l'Egypte, l'Irak, le Maroc et l'Algérie, on tue chaque semaine des chrétiens. Il est juste de dénoncer les discriminations dont sont victimes les musulmans d'Europe. Mais, Dieu merci, il n'existe pas un seul pays chrétien au monde où les fidèles de Mahomet sont aussi maltraités que les chrétiens en terre d'islam.

Exode et émigration des minorités historiquement chrétiennes : les risques d'une épuration religieuse dans de nombreux pays musulmans

L'exode des chrétiens de Mossoul, en proie à des violences quotidiennes

Le Monde - 3 mars 2010 - Guillaume Perrier
La présence des chrétiens sur ces terres bibliques de Mésopotamie est menacée. A Mossoul, la ville la plus dangereuse du pays avec une moyenne de six attentats par jour et la présence d'une insurrection sunnite, les minorités religieuses sont prises en étau. Ici, plus des deux tiers des chrétiens ont déjà fui. "Ceux qui restent sont les plus pauvres, ceux qui n'ont nulle part où aller".

Coptes: "épuration religieuse" (Sarkozy)

Le Figaro - 7 janvier 2011 - AFP
Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il n'admettrait pas "ce qui ressemble de plus en plus à un plan particulièrement pervers d'épuration religieuse" au Moyen-Orient, à propos des persécutions à l'égard des communautés chrétiennes.
"Nous ne pouvons pas admettre (...) et donc faciliter ce qui ressemble de plus en plus à un plan particulièrement pervers d'épuration du Moyen-Orient, d'épuration religieuse", a affirmé le chef de l'Etat en faisant notamment allusion aux chrétiens d'Orient, dont les Coptes.

Mgr Fouad Toual : «Nous ne disparaîtrons pas !»

Le Figaro - 11 octobre 2010 - Mgr Fouad Toual (d'origine jordanienne ; 9° patriarche latin de Jérusalem depuis le rétablissement du patriarcat dans la Ville sainte, en 1847), propos recueillis par Adrien Jaulmes
Il y a de tristes points communs à toutes les églises du Moyen-Orient, que ce soit en Irak, au Liban, en Palestine ou ailleurs: l'émigration, qui réduit la taille des communautés, et la peur des chrétiens d'Orient.
[...] Nous risquons de voir le nombre de chrétiens se réduire, mais pas au point de voir disparaître leurs communautés. Ma certitude est que la Terre sainte ne sera jamais vide de chrétiens. Dans le patriarcat de Jérusalem, qui couvre Israël et la Palestine mais aussi la Jordanie, nous avons heureusement encore des familles nombreuses.
[...] En Jordanie et Palestine, toutes Églises confondues, nous arrivons à environ 500.000 personnes [chrétiennes]. Il ne faut pas oublier que, si des chrétiens locaux émigrent, nous assistons aussi à l'arrivée de nouvelles populations. Nous avons en Israël et en Palestine une nouvelle communauté d'environ 40.000 Philippins, et autant en Jordanie, sans parler des Indiens et des Soudanais.
[...] La peur que suscite la montée du radicalisme, qu'il soit musulman ou juif, d'ailleurs, est la troisième raison de l'émigration, après les problèmes économiques et politiques. [...]
Nous souffrons de deux côtés. Les Israéliens nous considèrent comme des Arabes palestiniens à 100% et nous infligent le même traitement qu'aux musulmans. Les musulmans fondamentalistes nous identifient avec l'Occident chrétien, qui d'ailleurs ne l'est pas toujours tellement, et voudraient nous en faire payer le prix. Nous devons avoir le courage d'accepter d'être arabes et chrétiens, et d'être fiers de cette identité. Notre belle mission est d'être un pont entre l'Orient et l'Occident, pour aider au dialogue.

L'inquiétude des chrétiens du Moyen-Orient

Libération - 1 janvier 2011 - AFP
Les chrétiens du Moyen-Orient, frappés dans la nuit de vendredi à samedi par un nouvel attentat à Alexandrie (Egypte, 21 morts), sont divisés en de multiples communautés, souvent en proie à un sentiment croissant d’insécurité et d’exclusion.
Berceau du christianisme, la région compte 20 millions de chrétiens, dont 5 millions de catholiques, sur 356 millions d’habitants, selon des chiffres diffusés lors d’un synode sur le Moyen-Orient en octobre au Vatican. Conflits, instabilité politique, difficultés économiques, discrimination, persécutions ou progrès de l’islam radical engendrent pour eux un sentiment de marginalisation.
La plus importante communauté chrétienne de la région, et l’une des plus anciennes, est celle des Coptes d’Egypte, en grande majorité orthodoxes. Ils représentent, selon des estimations, entre 6 et 10% des 80 millions d’Egyptiens.
Ils sont présents à travers tout le pays et dans toutes les catégories sociales, des éboueurs misérables du Caire («zabbaline») aux grandes familles patriciennes comme les Boutros-Ghali. Mais ils s’estiment tenus à l’écart de nombreux postes de la justice, des universités ou encore de la police.
En Irak, la situation des chrétiens est jugée particulièrement préoccupante. Le 17 décembre, le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) a dénoncé un «exode» de milliers de chrétiens d’Irak depuis l’attentat qui a fait 46 morts dans une église de Bagdad le 31 octobre.
Les chrétiens en Irak sont entre 450.000 et 500.000, dont environ 300.000 catholiques [...].
Israël abrite une communauté de 143.000 chrétiens, selon des chiffres publiés la semaine dernière par le Bureau des statistiques de Jérusalem. Ils représentaient 2,9% de la population en 1948, 2,3% en 1972 et 2,1% en 2009. Les chrétiens sont environ 57.000 dans les territoires palestiniens, et 200.000 en Jordanie.
Les pays du Golfe comptent quelque 3,5 millions de chrétiens de différentes églises, majoritairement des immigrés asiatiques ou des Occidentaux catholiques. Le droit de pratiquer leur culte est reconnu dans ces pays sauf en Arabie saoudite, qui interdit toute forme de pratique religieuse autre que l’islam.
En Syrie, en l’absence de statistiques officielles, les analystes affirment que les chrétiens représentent de 5 à 10% d’une population qui s’élève à 20 millions d’habitants. On ne relève pas de menaces proférées par des groupes islamistes contre les chrétiens de ce pays.
Au Liban, les chrétiens -dont l’importante communauté maronite- constituent environ 34% de la population, estimée à 4 millions de personnes, soit le plus fort pourcentage pour un pays du Moyen-Orient. Dans ce pays, les attentats menés par des groupes extrémistes sont généralement liés à des considérations politiques, plus que religieuses.

«Les extrémistes veulent chasser les chrétiens d'Irak»

Le Figaro Magazine - 24 décembre 2010 - Sébastien de Courtois
Si la vie quotidienne des chrétiens d'Irak est menacée, notamment à Bagdad, le nord du pays reste une zone plus tranquille, où certains ont pu se réfugier. Nous avons rencontré Susan Khoshaba, qui a été élue au Parlement régional du Kurdistan sur une liste chrétienne.
En août 2009, j'ai été élue sur une liste chrétienne au Parlement d'Erbil, la capitale du Kurdistan, région autonome dans le nord de l'Irak. La constitution du gouvernement régional nous donne droit à six sièges : ce n'est pas négligeable. [...] Nous représentons les communautés chrétiennes, qu'elles soient chaldéennes, syriaques ou assyriennes, catholiques ou orthodoxes.
[...] Après les attentats de 2004, j'ai dû quitter Bagdad, ma ville. J'habitais alors Dora, un quartier martyr, où la vie est vite impossible pour les chrétiens. Nous n'étions plus seulement menacées de devoir nous voiler, pour les femmes, ou de changer de mode de vie : c'était notre sécurité quotidienne qui était en jeu. Un matin, après l'assassinat de nos voisins, j'ai décidé, avec ma fille unique, de tout abandonner. Je croyais avoir tout perdu, et que je ne retrouverais jamais une vie normale. [...]
Ne pouvant aller directement à l'étranger, c'est dans le Nord kurde que je me suis installée. Mais là, il a fallu trouver les moyens d'une nouvelle existence, de l'argent, du travail, et affronter des difficultés inattendues [...].
Aux yeux des extrémistes, nous sommes des infidèles. Ils veulent nous chasser du pays. Nous demandons, avec les autres communautés non musulmanes d'Irak, que les règles de la charia ne nous soient pas appliquées, comme elles le sont depuis 1972 pour les mariages, les divorces, ou encore l'éducation des enfants à l'école. Surtout, nous réclamons la possibilité de changer de statut personnel : qu'un enfant issu d'un mariage mixte ne soit plus obligatoirement recensé comme musulman, mais qu'il puisse choisir librement sa religion à 18 ans. Le changement de statut est très mal perçu, engendrant des discriminations et parfois des menaces de mort !

Irak, le chemin de croix des chrétiens

L'Express - 26 décembre 2010 - Vincent Hugeux
Le récent massacre de la cathédrale de Bagdad amplifie l'exode des chrétiens. Rester ou partir? Cruel dilemme dans l'un des berceaux du christianisme oriental.
A la fin de l'office, ce 28 novembre, on dénombre sous la nef 46 fidèles. Soit, à l'unité près, le nombre de chrétiens - hommes, femmes, vieillards et nourrissons - massacrés quatre semaines plus tôt ici même, en la cathédrale syriaque catholique Notre-Dame-du-Salut de Bagdad, par un commando terroriste. D'abord, un épouvantable carnage, à coups d'armes automatiques et de grenades. Puis l'hallali barbare: tandis qu'une unité spéciale de la police assiège cet édifice moderne, au coeur du quartier de Karrada, les kamikazes déclenchent la mise à feu de leurs ceintures d'explosifs.
Eclaboussés de soleil, les murs balafrés de l'église Sayidat al-Najat portent encore les stigmates de la tragédie [...]. Parmi les martyrs, deux jeunes prêtres, Wassim, 27 ans, et Taher, 32 ans, dont les portraits, placardés partout, et les chasubles, exposées derrière l'autel, commémorent le sacrifice: l'un et l'autre se sont offerts aux tueurs, les suppliant en vain d'épargner leurs ouailles. [...]
Sur le marbre de l'allée centrale, une cinquantaine de feuillets blancs dessinent une croix. Chacun porte le nom d'un des suppliciés de la Toussaint sanglante. Un alignement de cierges borde le crucifix de papier. Agenouillés, deux enfants rallument inlassablement les mèches que mouchent les courants d'air. Symboles éloquents que ces flammes vacillantes, reflets d'une chrétienté d'Irak fragile, apeurée et saignée par l'exode.
Certes, d'autres tueries ont endeuillé l'ancienne Mésopotamie, berceau du christianisme évangélisé à l'aube de notre ère, soit six siècles avant la naissance du prophète Mahomet, par saint Thomas ou ses compagnons. Notamment à Mossoul (Nord), à l'automne 2008 puis en février dernier. "Mais ce traumatisme-là restera ineffaçable, prédit un prêtre chaldéen. Il y aura un avant et un après. Pour nous, cette fois, l'espérance est morte." [...]
Revendiqué par "l'Etat islamique en Irak", filiale locale d'Al-Qaeda, le massacre des innocents du 31 octobre aura bien sûr intensifié la débandade des chrétiens de la capitale, souvent sommés par les parents et les amis de la diaspora de les rejoindre en lieu sûr. D'autant que les djihadistes lanceront dix jours plus tard contre les "infidèles", élevés au rang de "cibles légitimes", une vague meurtrière d'attentats à la bombe et au mortier.
Entre Tigre et Euphrate, on recensait encore en 2003, à l'heure de l'invasion américaine, 800 000 disciples du Christ, catholiques, orthodoxes ou protestants de toutes obédiences, contre environ 1,2 million une décennie plus tôt. Ils ne seraient plus désormais que 450 000, dont 150 000 à Bagdad. L'hémorragie a ainsi décimé la paroisse chaldéenne Saint-Joseph, à Karrada: 1200 familles voilà sept ans; guère plus de 250 aujourd'hui. Depuis la tragédie, Mgr Jean Sleiman, l'archevêque latin, a perdu sa secrétaire, contrainte de suivre père et mère dans l'exil, ainsi que huit cadres de la Caritas, le Secours catholique, qu'il préside.
La valise ou le cercueil? Pas toujours. Les persécutions, parfois orchestrées par des promoteurs immobiliers avides d'acquérir à vil prix des maisons cossues, peuvent prendre un tour plus insidieux: menaces écrites ou verbales, racket au nom de l'"impôt islamique" et diktats vestimentaires envers les femmes, astreintes au foulard et interdites de pantalon. Aux rétroviseurs intérieurs des voitures les chapelets se font rares.
"Si nous partons tous, avance le père Yousouf, pays, ses écoles, ses hôpitaux, ses ministères et son économie y perdront beaucoup. Plus du tiers des diplômés de l'enseignement supérieur viennent de nos rangs." Dire qu'à l'époque de l'âge d'or, sous la dynastie abbasside, le calife se plaisait à discuter religion et philosophie avec d'éminents adeptes de la Sainte Croix; et qu'au premier concile de Nicée (325) la Mésopotamie envoya davantage de prélats que l'Europe occidentale...
[...] "Dépourvus d'armes ou de milices, nous payons au prix fort notre pacifisme et notre vulnérabilité", constate le père Saad. Bien sûr, des "comités de défense", financés par un notable arménien, patrouillent dans la région de Karakosh, ancestral bastion chrétien de la plaine de Ninive et havre de quiétude. "Là n'est pas le remède, objecte un curé syriaque. Nous n'avons pas vocation à vivoter tels des animaux parqués dans une réserve." De plus, nul doute qu'à Bagdad, Mossoul et Bassora (Sud) l'éparpillement des foyers chrétiens rendrait l'autodéfense illusoire.
On attend de nos frères musulmans qu'ils manifestent leur désir de nous voir rester, confie un prêtre chaldéen [...]
Partir ou rester? Jamais le dilemme n'a semblé à ce point cruel. Voici les "résistants" tiraillés entre deux culpabilités. Celle du déserteur et celle du berger qui expose ses brebis à un péril fatal. Reflet de ce doute obsédant, le désarroi des clercs, hier enclins à enjoindre leurs paroissiens de rester sourds aux sirènes d'un exil sans retour, gage de déracinement. "Quand on me demande conseil, je ne sais plus que répondre", confesse Mgr Pios Kasha, vicaire épiscopal syriaque. Ami intime des deux prêtres assassinés, le père Mukhlas ne chapitre plus les candidats au départ. Ceux-là mêmes qui rechignaient à signer certificats de baptême et lettres de recommandation y consentent aujourd'hui. "Notre responsabilité est écrasante, concède un théologien chaldéen. Faute de mieux, voilà mon message: "Si tu restes, je suis avec toi; si tu pars, je prie pour toi.""
Le désespoir aurait-il asservi toutes les âmes? Pas encore.
[...] Chaldéen, le père Douglas a connu lui aussi les angoisses du captif. "Le jour, mes geôliers me soumettaient pour avis leurs différends familiaux. La nuit, les mêmes m'infligeaient un simulacre d'exécution ou me soûlaient de coups. Ma jambe, mon nez et mon dentiste s'en souviennent encore. Bien sûr, il a fallu payer. J'ai coûté très cher au patriarcat..." Investissement judicieux: le jovial Douglas dirige une école au coeur du quartier chiite de Baghdad Jedida. 800 élèves entre 4 et 12 ans. En 2005, 60 % d'entre eux venaient de foyers chrétiens; aujourd'hui, 18 %. "Il y a chez nous des enfants de hauts fonctionnaires et, selon toute vraisemblance, quelques fils de terroristes, glisse Douglas. Mais nos profs persistent à enseigner la loyauté, le respect et la non-violence." [...]
Un déclin inexorable. [...]
Il y aurait en Irak moins de 500 000 chrétiens, soit environ 2 % de la population, pour 1,2 million en 1987 et 800 000 en 2003, à l'heure de l'invasion américaine. Le christianisme irakien s'apparente à une mosaïque d'Eglises, dont certaines ont pour langue liturgique l'araméen, parlé au temps du Christ. Les deux tiers de la communauté sont de confession catholique (de rite chaldéen en majorité, mais aussi syriaque, arménien et latin). Mentionnons encore les orthodoxes (syriaques, ou jacobites, assyriens, ou nestoriens, arméniens) ainsi qu'un modeste contingent de protestants.

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