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L'influence de l'intelligentsia : la politique française soumise à l'emprise des intellectuels mondains parisiens

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence sur le rôle politique de l'intelligentsia française (Bernard-Henri Lévy, Philippe Sollers, Fred Vargas, ...), son indignation sélective qui se permet de défendre l'indéfendable, de tolérer l'intolérable, et son pouvoir d'influence :

Appartenir à l'intelligentsia de gauche parisienne : des passe-droits et des privilèges à vie ? L'exemple de l'affaire Cesare Battisti

Cesare Battisti, un coupable

Le Monde - 15 janvier 2011 - Antonio Tabucchi (écrivain et essayiste)
Maintenant que l'affaire Battisti est devenue une affaire internationale qui provoque une crise entre deux pays et bouleverse les règles du droit qui prévalent en Occident, le groupuscule de leaders d'opinion qui a soutenu le terroriste fait la fête. Car c'est de la France que l'embrouille est partie, et les penseurs médiatiques locaux sont fiers du chaos provoqué. Ils sont inspirés par une conception petite-bourgeoise du surhomme, un "nietzschéisme" bas de gamme et mal interprété. Mais leur confusion ne fait qu'alimenter celle qui règne déjà, la crise actuelle de la démocratie, et une situation internationale toujours plus funèbre.
Cesare Battisti, sanctifié par quelques intellectuels français, a été condamné en Italie à la perpétuité pour quatre homicides dont deux qu'il a commis directement en abattant ses victimes d'un coup de revolver dans la nuque. Il a débuté comme criminel de droit commun volant dans les supermarchés pour son bénéfice personnel jusqu'au moment où, en prison, il eut l'idée de mettre son expérience au service d'un groupe terroriste (les PAC, Proletari Armati per il Comunismo). Il s'évada en compagnie du terroriste qui l'avait formé et d'un criminel mafieux dont les deux compères étaient amis. A partir de là, les vols changèrent de "nature" : il ne s'agissait plus d'attaques à main armée, mais de ce qui s'appelait désormais des "expropriations prolétariennes". Et si quelqu'un était tué, tant pis.
M. Battisti s'enfuit clandestinement en France en abusant de la loi dite "doctrine Mitterrand" qui accorde le droit d'asile, à la condition toutefois que l'hôte n'ait pas commis de crimes de sang. M. Battisti aurait donc dû être aussitôt arrêté et restitué à l'Italie, car des crimes de sang, il en avait commis quatre. Au lieu de quoi il fut déclaré "réfugié politique". La question fondamentale est : pourquoi ? Ma réponse coïncide avec celle écrite par Bruno Tinti dans le Fatto Quotidiano du 8 janvier : "On entre dans le terrain des hypothèses, qu'on pourrait définir comme des certitudes hypothétiques, car il n'y a pas d'alternatives : Battisti collabore avec les services secrets français auxquels il vend tout ce qu'il sait sur le terrorisme international. Il l'admettra lui-même en racontant avoir été aidé par les services français dans sa fugue au Brésil."
Les procès par contumace intentés à M. Battisti se sont déroulés avec les meilleures garanties, car l'institution judiciaire italienne, à la différence de la française, prévoit que le fugitif soit de toute façon assisté d'avocats, avantage dont M. Battisti a amplement profité. Je souligne que, dans le cas du terrorisme contre l'Etat, en Italie, l'acte est jugé par un tribunal ordinaire qui rend une sentence avec motivations. En France, au contraire, un cas comme celui-ci relève d'un tribunal spécial, à huis clos, qui rend des sentences sans motivations. C'est une des raisons pour lesquelles la France a plusieurs fois subi des blâmes de la part de la Cour européenne des droits de l'homme.
Mais venons-en aux intellectuels. Bernard-Henri Lévy, qui sur son propre blog a mis l'image de M. Battisti à côté de celle de l'Iranienne condamnée à la lapidation, Sakineh, devrait réfléchir à l'irresponsabilité dont il fait preuve. Quand il se lance dans la défense de M. Battisti, il démarre ainsi : "J'ignore si Battisti a commis ou non les crimes qui lui sont imputés" (Le Point, 19 février 2009).
Il s'agit d'une nouvelle doctrine des temps qui courent : une doctrine qu'ont déjà épousée Silvio Berlusconi en Italie, le ministre Brice Hortefeux en France, et George W. Bush aux Etats-Unis, quand Colin Powell affirma, il y a quelques années, qu'il n'avait absolument rien à faire des preuves concrètes des observateurs de l'ONU sur l'Irak. [...] Mais aucun intellectuel italien n'a jamais critiqué les choix de la France.
Certains intellectuels français, en se référant avec arrogance à la justice italienne, ignorent les précieux services que les magistrats ont rendus à la démocratie et à la Constitution italiennes. Ils ne savent pas que les magistrats ont fait arrêter un grand nombre de mafieux, de terroristes et d'hommes politiques corrompus. Et ils ne savent pas que beaucoup de ces magistrats l'ont payé de leur vie. [...]
L'auteur de polars Fred Vargas est devenue la philosophe du droit la mieux préparée de France sur le cas Battisti. Le magistrat Armando Spataro, dans Le Monde du 12-13 décembre 2004, avait répliqué comme il se devait à son manque d'information. Pour l'information des lecteurs, Armando Spataro est un magistrat à qui l'on doit des enquêtes judiciaires très délicates et très importantes : Mafia, corruption du personnel politique, services secrets italiens "déviés", opérations illicites de la CIA sur le territoire italien durant la présidence Bush.
Mme Vargas a ses "convictions", et il ne m'appartient pas de la convaincre, elle qui s'est rendue au Brésil pour développer son oeuvre de conviction. En suivant son héros, et en critiquant les lois sur les collaborateurs de justice du système italien, pourquoi a-t-elle cependant oublié la repentie Frédérique Germain, dite Blond-Blond, qui, en 1988, fit condamner les terroristes français d'Action directe et qui n'a jamais purgé sa peine parce qu'elle avait collaboré avec la justice ?
Dans le respect de la loi, ce groupe terroriste fut condamné à perpétuité, et après cela l'Etat français aurait aussi pu montrer son indulgence ; mais Nathalie Ménigon, hémiplégique depuis 1996 à la suite de deux attaques cérébrales, a attendu jusqu'en 2008 dans la prison de Bapaume (Pas-de-Calais) pour obtenir la semi-liberté, tout comme Georges Cipriani, enfermé depuis 2001 à l'hôpital psychiatrique de Sarreguemines (Moselle), et qui n'en est sorti qu'en 2010 pour bénéficier lui aussi de la semi-liberté. La loi Kouchner sur les prisonniers âgés et malades a été appliquée en priorité à l'ex-préfet collaborationniste Maurice Papon qui en a bénéficié.
Un autre intellectuel très désinvolte sur cette affaire se trouve être Philippe Sollers. Voici quelques-unes de ses affirmations dans un entretien donné à un journal italien : "Puisque la France s'est prononcée sur le droit d'asile il ne doit pas y avoir d'extradition, le droit d'asile ne consiste pas à juger sur le fond [...]. En Italie, il y a eu aussi un terrorisme d'Etat très important dans ces années-là : il s'est agi d'une vraie guerre civile et sociale."
Et il conclut en s'adressant au journaliste qui l'interroge : "Pour nous c'est seulement une question de droit. Si vous étiez français vous comprendriez facilement" (La Repubblica, 5 mars 2004). [...]
Quant à ses autres affirmations, je me dois de les démentir. Il y eut en effet un terrorisme d'Etat, mais il n'y eut aucune guerre civile, et les Brigades rouges, que quelques intellectuels français continuent de voir comme des héros romantiques, étaient des assassins qui tiraient dans le dos des magistrats, des journalistes, des intellectuels et des policiers.
Mais ce qui est le plus offensant, c'est que des gens qui n'ont pas vécu ce qu'ont vécu les Italiens se permettent si superficiellement de demander à l'Italie de mettre un voile sur notre histoire tragique qui n'est pas encore éclaircie. Il pourra y avoir un pardon juridique, mais avant cela la vérité historique doit voir le jour : les citoyens de la Péninsule savent encore trop peu de chose.
J'écris cet article en France, pays que j'aime et où je vis souvent. J'aime la France parce que je connais bien sa langue, sa littérature, son histoire. Mais ces intellectuels connaissent-ils vraiment l'Italie ? Et connaissent-ils l'italien ? Et ce n'est pas une question anecdotique : pour lire les actes des procès d'un tribunal italien, il faut bien connaître la langue italienne.

L'ignorance crasse des intellectuels français

La Repubblica, in Courrier International - 7 janvier 2011 - Barbara Spinelli
Bernard-Henri Lévy aurait dû [...] s'être informé sur l’histoire italienne. Il ne me semble pas qu’il l’ait fait. Le geste le plus difficile, le plus ardu, aurait été de rendre visite non seulement à Cesare Battisti, mais aussi à ses victimes. Mais il ne me semble pas non plus qu’il l’ait fait. Ni lui, ni Philippe Sollers, ni Daniel Pennac, ni Fred Vargas, ni aucun de ces Français qui considèrent l’Italie comme un pays de singes dépourvu de magistrats dignes de ce nom. [...] Les Français en question sont des esthètes pour le moins sélectifs. Jamais ils n’élèvent la voix contre la mafia ou contre la culture de l’illégalité propagée par Berlusconi. Avec ses déclarations tonitruantes, Bernard-Henri Lévy, persuadé d’avoir produit une pensée, enferme son raisonnement dans un bocal comme un plat que l’on réchauffe de temps à autre. Il danse à la surface des choses, s’en tient aux arguments les plus faciles, qu’il présume anticonformistes. Il croit chanter en solo, loin du chœur. Sur son site, le voisinage du visage de l'Iranienne Sakineh et de celui de Battisti est indigne. Il est symptomatique d’une incapacité à comprendre le mal infligé à l’innocent. Ce n’est pas celui qui souffre vraiment qui l’intéresse, la fascination qu’exerce un assassin est irrésistible, bien plus passionnante.
Pour ceux qui le soutiennent, Battisti n’est pas même un terroriste. Bernard-Henri Lévy le qualifie d'"ancien enragé devenu écrivain". Les "enragés" avaient été, au temps de la Révolution française, les plus extrémistes. Philippe Sollers le baptise "héros révolutionnaire". Le seul fait d’être devenu écrivain le transfigure, l’absout, fait de lui un "intello", comme si ce titre suffisait à le hisser au niveau d'un Zola et de ceux qui, entre 1895 et 1906, prirent la défense du capitaine Dreyfus. Le fait est – si ce sont bien, ici, les faits qui comptent – que Cesare Battisti n’est pas seulement un "intello". Il fut un criminel de droit commun jusqu’à ce que, par commodité, il prenne le masque du révolutionnaire en adhérant aux PAC (Prolétaires armés pour le communisme). Il a été condamné par contumace pour avoir tué trois hommes et participé à un quatrième meurtre en 1978 et 1979, et il fuit pour échapper à la prison. Ces intellectuels français se voient en héritiers des dreyfusards et même des moralistes français des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Mais les moralistes ne faisaient pas la morale. Ils décrivaient la nature retorse des hommes – à commencer par la leur – avec une ironie impitoyable. Je pense à Montaigne, à La Rochefoucauld, à Pascal, à Vauvenargues, à Chamfort. Leurs prétendus héritiers eurent eux aussi ce regard impitoyable et anticonformiste quand ils fustigèrent leurs propres convictions communistes.
Certes, ces "nouveaux philosophes" ont compris Soljenitsyne bien avant les Italiens ou les Allemands. Mais, dès qu'ils manient le concept de révolutionnaire ou d’intellectuel, ils sont affligés d’un strabisme étrange, leur acuité s’émousse. Le fait d'avoir guillotiné un roi leur donne un motif d'orgueil immuable, les rend prétendument supérieurs à tout Européen. Même l'universalisme, dont les Français se font volontiers les chantres, les rend aveugles à leurs propres limites. Leur contribution à l’Union européenne est un mélange d’universalisme décoratif et de nationalisme effectif. Certains principes sont sacralisés à tel point qu’ils se sont ossifiés et en sont morts, comme ces étoiles qui pour nous continuent à briller bien qu’elles soient mortes depuis longtemps. De nombreuses polémiques intellectuelles agitent les Français les uns contre les autres, mais ils ne s’adressent ni à l’Europe, ni au monde, vis-à-vis desquels leur ignorance est souvent abyssale, une ignorance militante.
Les intellectuels français cultivent leur ignorance du fonctionnement de la justice italienne, de son indépendance, bien plus solide qu’en France, oublient la lutte que les magistrats mènent contre la mafia, contre la corruption, contre une politique réduite à des intérêts privés. Bernard-Henri Lévy nous invite à "tourner la page des années de plomb", du moins à les penser "sans passion, avec équité et en évitant la terrible logique du bouc émissaire". C’est une rengaine que les Italiens connaissent bien : mieux vaut tourner les pages du fascisme, des massacres, de l’opération "Mains propres", de l’assassinat des juges Falcone et Borsellino ainsi que de leurs escortes héroïques. Mais on tourne les pages en se remémorant et en faisant justice (la clémence vient après les verdicts), faute de quoi elles restent là et propagent leur infection mortelle. Ou bien on tourne la page et on oublie, comme le font les imbéciles ou les petits soldats de l’Ignorance, deux catégories si proches.
[...] Nous n’avons pas besoin de l’ignorance militante et ahurie qui vient d’ailleurs : nous en avons largement notre dose chez nous. L'amalgame qu’on a fait entre terrorisme, mafia, corruption et mépris de la magistrature n’est pas une page obsolète qu’il s’agit de tourner. C’est le présent dans lequel nous sommes embourbés. Toutes ces choses, les Français ne les comprennent pas. Ils ont beau avoir fait la révolution et appeler chaque homme par le même nom – citoyen –, l’esprit de caste est tenace. Si vous êtes un intellectuel, vous jouissez d’une immunité particulière, même si vous avez tué votre femme, comme le philosophe Louis Althusser. Tocqueville, déjà, trouvait intolérable le flirt tellement français entre hommes politiques et gens de lettres. Considérer les terroristes d’hier comme des vaincus, comme les perdants de l’Histoire, relève de l’abstraction littéraire la plus ignominieuse [...]. Les années de plomb n’ont pas été une guerre civile. Elles ont été une histoire criminelle, comme l’a été une grande partie de l’histoire italienne.

L'indignation sélective des intellectuels français : forte mobilisation pour DSK mais indifférence indigne envers des minorités persécutées

analyse Au regard de la mobilisation des intellectuels en faveur de l'ancien terroriste Cesare Battisti, d'un Roman Polanski accusé de viol sur mineure, ou même de Dominique Strauss-Kahn, on ne peut que s'étonner de leur silence au sujet d'enjeux et de persécutions bien plus graves...

Le nouveau martyre des chrétiens

Marianne - 21 décembre 1998 - Martine Gozlan
Dans un atelier parisien tapissé d'icônes byzantines, trois hommes sont réunis au crépuscule. Ils jettent sur la table des photos de corps torturés, fouettés, de nourrissons battus, de popes au doigt pointé, accusateur, sur les torses striés de sang. Un peu plus loin, à Bercy, la grande fête des droits de l'homme bat son plein. Mais leurs morts, leurs blessés, leur histoire n'intéressent personne. Ils sont chrétiens. Chrétiens d'Egypte. Coptes, accrochés à leur identité qui - sacrilège - a précédé de longs siècles l'islam conquérant. On les abaisse, on les traque, on les massacre: silence. Silence encore, dans le grand vacarme de Noël, sur les chrétiens du Pakistan, d'Inde, d'Arabie Saoudite, d'Indonésie, du Vietnam, de Chine, du Soudan, qu'on agresse, emprisonne, liquide. Silence, au milieu des guirlandes et des crèches d'Occident, sur ces églises des catacombes. Leur martyre ne vaut pas une messe pour un militantisme à fleur de peau sur d'autres causes. Ils sont chrétiens, voilà. Les professionnels de la protestation prendront un ton gêné en allant fouiller dans leurs dossiers à la recherche d'une enquête enterrée comme cet obscur objet du non-désir de solidarité.
analyse De nombreux cas réels sont rapportés dans le corps de l'article de presse et illustrent ces propos

La chasse aux chrétiens

Le Nouvel Observateur - 14 octobre 2010 - Jacques Julliard
Le christianisme est devenu, de loin, la religion la plus persécutée. Mais l'Occident fait l'autruche.
Ce n'est rien. Rien que des chrétiens qu'on égorge. Des communautés religieuses que l'on persécute. Mais où cela ? - Un peu partout. En Inde, au Bangladesh, en Chine, au Vietnam, en Indonésie, en Corée du Nord. Là où ils sont minoritaires. Et surtout en pays musulman. Et pas seulement en Arabie Saoudite où le culte chrétien est puni de mort. Mais en Egypte, en Turquie, en Algérie. Dans le monde actuel, le christianisme est de loin la religion la plus persécutée.
Mais c'est au Proche-Orient, là même où le christianisme a pris naissance, que la situation est la plus grave. En Turquie, les communautés chrétiennes qui sont les plus anciennes, antérieures à l'islam, sont menacées de disparition. En Egypte (coptes), au Liban (maronites en particulier), elles se replient sur elles-mêmes ou émigrent en Occident. En Irak, la guerre a précipité les chrétiens dans le malheur. Près de 2 000 morts, des populations déplacées par centaines de mille, notamment vers le Kurdistan turc, plus accueillant. On ne compte plus, à travers le Proche-Orient, les communautés attaquées, les dignitaires religieux assassinés, les églises brûlées, les interdictions professionnelles, de droit ou de fait, dont sont victimes les chrétiens. Un génocide religieux à la petite semaine.
[...] Pendant ce temps, l'Occident fait l'autruche. Pour ma part, ayant passé la plus grande partie de ma vie militante à défendre des populations musulmanes (Tunisie, Algérie, Bosnie, Darfour), j'ai pu constater que, chaque fois qu'il fallait le faire pour des chrétiens (Liban, Sud-Soudan), on voyait, à quelques exceptions près (Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner), les professionnels des droits de l'homme se défiler. Une sorte de Yalta culturel d'un type nouveau est en train de s'instaurer de fait : en Orient, le monopole d'une religion unique de plus en plus intolérante, l'islam. En Occident, le pluralisme, la tolérance et la laïcité. Ce Yalta est, comme l'autre, générateur de guerre froide, pour ne pas dire davantage. Il faut donc, sans arrière-pensée ni faiblesse complaisante, défendre le droit des chrétiens d'Orient à l'existence.

...plus d'informations sur les persécutions contre les chrétiens dans le monde

Goldnadel : «Sarkozy a apaisé la communauté juive»

Le Figaro - 3 février 2010 - William Goldnadel (président de France-Israël et d'Avocats sans frontières, élu au comité directeur du CRIF), propos recueillis par Judith Waintraub
"Je me réjouis que cette année encore, ni les Verts ni le PCF ne soient conviés au dîner du Crif. Cela nous sort de l'hémiplégie intellectuelle et politique que je dénonce depuis vingt ans, qui consiste à vouloir exclure l'extrême droite et excuser l'extrême gauche.[...]
N'en déplaise à ces mauvais perdants, mon élection [au comité directeur du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF)] est moins une victoire de la droite qu'une défaite de la gauche ringarde et courtisane ! Quand cette gauche était en majesté dans la communauté [juive], elle a monté en épingle un antisémitisme largement fantasmé en faisant entendre des bruits de bottes. Elle a crié au loup au risque de perdre toute crédibilité. Et lorsque l'antisémitisme nouveau est arrivé, elle s'est mise aux abonnés absents, parce que cet antisémitisme venait de la partie soi-disant la plus réprouvée du corps social. Celle qui ne pouvait pas incarner le mal. Ce faux angélisme, comparable à celui qui sévit dans une certaine gauche sur la délinquance, a été censuré par la communauté lorsqu'elle a élu ses représentants, comme par le peuple français quand il a élu ses dirigeants."

Les anglo-saxons écoeurés par ces intellectuels qui défendent DSK

Le Nouvel Observateur - 20 mai 2011 - Laura Thouny
De BHL à Robert Badinter, les observateurs étrangers raillent les intellectuels français qui dépassent selon eux les bornes.
"Hypocrisie", "nausée", "ridicule"…. Les éditorialistes et les commentateurs de la presse anglo-saxonne n'ont pas de mots assez forts pour dire leur stupeur face à l'attitude des intellectuels français qui soutiennent Dominique Strauss-Kahn.
Leurs foudres s'abattent surtout sur Bernard-Henri Lévy, auteur d'un plaidoyer pour DSK traduit en anglais dans le Daily Beast. "Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé (...) dans la chambre du désormais fameux hôtel Sofitel de New-York", écrit le philosophe français.
"En revanche, il serait bon que l’on puisse le savoir sans tarder – comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des brigades de ménage composées de deux personnes, dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète", ajoute-t-il.
Et d'affirmer qu'il sait qui est vraiment son ami Dominique Strauss-Kahn, "séducteur", "charmeur", mais certainement pas "l'homme des cavernes que l'on nous décrit désormais un peu partout". Bernard-Henri Lévy met enfin en cause le système judiciaire américain, et le traitement infligé à l'ex-patron du FMI lors de son incarcération.
"Si un écrivain ne sait pas, la meilleure chose qu'il ou elle peut faire est de se taire et d'attendre une audience judiciaire pour entendre les faits", raille Nick Cohen, éditorialiste à l'hebdomadaire britannique The Observer. Et de s'insurger contre "l'hypocrisie" et la "mauvaise foi" de BHL.
Malgré "sa déclaration d'ignorance", "Lévy laisse fortement entendre que la femme [la victime présumée, ndlr] ment", relève ainsi le journaliste. Et de se moquer de l'argument déployé par l'intellectuel français : sa "vaste expérience" des grands hôtels.
"Sa sympathie va à son ami […] et à la femme de son ami", mais "Lévy n'a pas de larmes pour la victime présumée, une pauvre immigrée venue d'Afrique, qui a eu besoin d'un traitement hospitalier après l'agression présumée selon la presse", dénonce enfin Nick Cohen.
L'actrice américaine Amy Davidson fustige elle l'"irrationnalité" de Bernard-Henri Lévy en matière de droit américain dans le New Yorker. Lévy "est supposé être très éduqué, mais il se trompe complètement sur le système judiciaire américain, en laissant entendre qu'il n'y a pas de présomption d'innocence", écrit-elle.
"[...] Les défenseurs de Strauss-Kahn, dont l'éminent Bernard-Henri Levy, apparaissent non comme des humanistes raffinés, mais comme les membres d'une clique de personnalités narcissiques dotés d'un sentiment démesuré de ce qui leur est dû", lance pour sa part Michelle Goldberg dans Newsweek.
La journaliste américaine s'insurge aussi contre les critiques de BHL sur le traitement de Strauss-Kahn : " Si notre système de justice criminelle refuse effectivement d'accorder un traitement de faveur à un officiel étranger riche et puissant accusé d'avoir agressé une femme de ménage, cela doit être porté à son immense crédit", lui répond-elle.
Les éditorialistes anglo-saxons ne manquent pas non plus de rappeler que Bernard-Henri Lévy a âprement défendu Roman Polanski, accusé d'avoir violé une mineure aux Etats-Unis dans les années 1970 : "Comment Bernard-Henri Lévy peut-il excuser le viol et toujours être pris au sérieux ?", s'interroge ainsi le jeune éditorialiste Asher Smith dans l'Huffington Post.
Le reste de l'intelligentsia française n'est pas épargnée par cette fronde. De façon générale, pour David Rieff de The New Republic, "De Bernard-Henri Lévy à Jean Daniel, l'éditorialiste du Nouvel Observateur, en passant par l'éminent avocat des droits de l'homme Robert Badinter", en estimant que "Dominique Strauss-Kahn lui-même [...] est la vraie victime de ce drame"", les intellectuels français "vont trop loin".

Dans Newsweek : ces narcisses qui défendent DSK

Le Nouvel Observateur - 20 mai 2011 - Michelle Goldberg, traduit de l'anglais par David Korn
Voici donc le côté sombre de la fameuse sophistication française en matière sexuelle. Depuis des décennies, les progressistes américains, y compris l'auteur de ces lignes, souscrivent à l'idée selon laquelle la conception française du secret en ce qui concerne la vie privée des personnages publics est supérieure au puritanisme de tabloïd des Américains. Bien souvent, après tout, les qualités même qui font des hommes d'authentiques dirigeants — ambition, goût du grandiose, amour du pouvoir et soif inextinguible d'affection — en font des maris médiocres. La conception française, qui admet cette complexité, paraissait admirable, notamment au cours des années où Bill Clinton s'était vu quasiment démis de son mandat en raison d'une liaison scabreuse, mais consentie.
Les suites de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn jettent un éclairage très différent sur cette approche française. Plus qu'une preuve de largeur d'esprit, le silence qui protégeait Strauss-Kahn ressemble à une conspiration en vue de permettre à un homme puissant d'exploiter des femmes impuissantes. Et les défenseurs de Strauss-Kahn, dont l'éminent Bernard-Henri Levy, apparaissent non comme des humanistes raffinés, mais comme les membres d'une clique de personnalités narcissiques dotés d'un sentiment démesuré de ce qui leur est dû.
Dans un article publié, hélas, dans le Daily Beast, Levy, autrefois défenseur de Roman Polanski, violeur reconnu, se déclare scandalisé par le traitement auquel son ami Strauss-Kahn a été soumis après son arrestation pour tentative de viol, abus sexuel, et séquestration illégale. "Rien au monde ne peut justifier qu'on livre ainsi un homme aux chiens", écrit-il. Si Levy entend montrer que le système judiciaire américain est brutal à l'égard de ceux qui s'y retrouvent plongés et qu'il traite les gens d'une façon contradictoire avec la présomption d'innocence, on peut le lui concéder. Mais son argumentation n'est pas si universelle.
En fait, il enrage contre le "juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d'images, prétend penser qu'il est un justiciable comme les autres". Au lieu de quoi ? Si notre système de justice criminelle refuse effectivement d'accorder un traitement de faveur à un officiel étranger riche et puissant accusé d'avoir agressé une femme de ménage, cela doit être porté à son immense crédit. Que Levy ne soit pas d'accord ne peut que compromettre définitivement sa crédibilité en tant que champion de la démocratie.
Levy insiste : Strauss-Kahn ne peut être coupable des crimes dont on l'accuse, car, eh bien, il le connaît personnellement. "De toute évidence non, c'est absurde", écrit-il. Le Guardian cite le député socialiste Jean-Marie Le Guen, qui avance un argument similaire : "Séducteur, oui, mais qui en aucune manière n'utiliserait la contrainte ou la violence".
Or, nous avons depuis appris que Strauss-Kahn a déjà été accusé de contrainte et de violence et que dans certains cercles, ses tendances au harcèlement sont un secret de polichinelle. Une jeune journaliste affirme qu'il a tenté de la violer mais qu'à l'époque sa mère, appartenant au monde politique, l'avait dissuadée de porter plainte. Quant au New York Times, il rapporte qu'une ancienne maîtresse de l'intéressé, une de ses subordonnées, s'est sentie entraînée, contrainte et forcée, dans leur relation. "J’étais perdue si j'acceptais, et perdue sinon", écrit-elle dans une lettre aux enquêteurs du FMI, où elle décrit son patron comme un "homme qui a un problème susceptible de nuire à ses capacités à diriger une institution où des femmes travaillent sous ses ordres".
Strauss-Kahn, il est vrai, n'a pas encore été condamné pour quoi que ce soit. Ses amis ont tout à fait le droit d'espérer que les faits viendront le disculper. Mais les protestations de Levy contre la diffamation publique sonnent creux quand on voit la façon dont il dénigre les accusateurs de Strauss-Kahn. D'abord, il insinue qu'il y a quelque chose de suspect dans la version de la femme de ménage. "Je ne sais pas – mais cela, en revanche, il serait bon que l’on puisse le savoir sans tarder – comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des "brigades de ménage" composées de deux personnes, dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète", écrit-il.
Cette affirmation est fausse, et cinq minutes de recherches auraient pu le lui apprendre. "Même dans les hôtels de luxe, il est très rare que deux personnes nettoient une chambre en même temps", indique Annemarie Strassel de UNITE HERE, le syndicat des travailleurs hôteliers.
Levy s'en prend ensuite à l'autre victime présumée de Strauss-Kahn, cette journaliste qui "prétend avoir été victime d'une tentative de viol du même genre ; qui s’est tue pendant huit ans ; mais qui, sentant l’aubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé". Ainsi, ce contre quoi proteste Levy, ce n'est pas qu'on condamne par avance les acteurs d'un scandale. C'est le fait qu'on condamne par avance des gens qui bénéficient de son estime personnelle quand ils se retrouvent acteurs d'un scandale.
Ne fustigeons pas la France (pas totalement) pour Bernard-Henri Levy. Mais de nombreux témoignages suggèrent que sa position n'est pas isolée.

L'esprit de corps de l'intelligentsia : le pouvoir intellectuel - et la visibilité médiatique - aux mains d'une caste cooptée et idéologiquement fermée

analyse Pourquoi une telle homogénéité de pensée ? Pourquoi un tel esprit de corps des intellectuels germanopratins ? Pourquoi si peu de diversité dans les idées et les opinions ?

Comment ils ont pris le pouvoir - Quel rôle jouent-ils ? Pourquoi certains sont-ils passés à droite ?

Marianne - 13 août 2001 - Guy Konopnicki
Le pouvoir culturel fut, très tôt, identifié à ce que l'on nomme le «gauchisme», terme péjoratif pour son inventeur qui n'était autre que Lénine. Etait gauchiste, selon Vladimir Illitch, «le petit-bourgeois pris de rage devant les horreurs du capitalisme» et qui n'adhérait pas pour autant à la ligne du Parti ! Retournée positivement, cette définition s'appliquait aux nombreux intellectuels qui dénonçaient le capitalisme et, plus encore, le colonialisme, tout en récusant le stalinisme. Le surréalisme était passé par là, symboliquement prolongé par l'alliance Trotski-André Breton. [...]
La victoire culturelle du gauchisme a précédé et non suivi Mai 68. Dans l'édition, les grands découvreurs des années 50 et 60 se nommaient Maurice Nadeau pour la littérature et Dyonis Mascolo pour les idées. [...]. Mascolo sera aussi l'initiateur d'un grand acte de révolte, le Manifeste des 121, [...] lequel manifeste constitue, aussi, un panorama saisissant de l'intelligentsia gauchisante en 1961 et donne ainsi la mesure du pouvoir intellectuel qui se dessine à l'université et dans le monde culturel. La culture du refus, vieille tradition française, s'exprimait du haut des chaires universitaires et dans toutes les formes d'expressions artistiques. Léo Ferré animait alors des galas libertaires et Bobby Lapointe venait chanter pour ses amis trotskistes. [...]
Il reste que, contrairement à ce que l'on pouvait imaginer, ce n'est pas en politique mais dans la presse, les médias et la culture que la prise de pouvoir a été le plus spectaculaire.[...] Michel Rotman (ex-LCR) et Jacques Kirsner (Charles Berg à l'OCI) ne sont pas les premiers trotskistes à devenir producteurs de cinéma. Les cinéastes Romain Goupil (LCR), Alain Corneau et Bertrand Tavernier (OCI), le metteur en scène de théâtre Bernard Murat retrouvent sur les plateaux des camarades d'autrefois, comme Pierre Arditi, Jean Benguigui ou Alex Métayer.[...] Pour Jacques Higelin comme pour Coluche et Renaud, les sympathies gauchistes relevaient de l'évidence. Fils de républicain espagnol, le parolier Etienne Roda-Gil affichait et affiche toujours sa fidélité aux «anars». L'arrivée d'une génération marquée par Mai 68 a seulement multiplié le nombre d'artistes ayant fréquenté des groupes politiques.[...] On pouvait toujours annoncer la mort du cinéma, cela n'arrêtait pas Marin Karmitz, ancien de la Gauche prolétarienne (GP), dans sa décision de devenir producteur et patron d'une chaîne de distribution, les cinémas MK2. Certains phénomènes culturels ont été générés directement par le gauchisme et le situationnisme. Ancien de la Voix communiste puis situationniste, Jean-Patrick Manchette était, dans le gauchisme, un expert en slogans décalés. On lui doit le superbe «Que les pro-Chinois aillent vivre en pro-Chine». Premier gauchiste à entrer dans la «Série noire», il provoqua une véritable vague. Après lui, Frédéric Fajardie, Thierry Jonquet, Jean-Bernard Pouy, Jean-François Vilar, Gérard Delteil, Serge Quadrupani passèrent au polar. Dans ces conditions, il était tout naturel que Gallimard confie la direction de la «Série noire» à Patrick Raynal, auteur de romans policiers qui a, lui aussi, passé sa jeunesse à la GP. Il y a eu, dans le polar, un renouvellement du genre et les gauchistes s'y sont retrouvés, par goût de la contre-culture.
On ne peut pas dire que le reste de la littérature ait été bouleversé par l'arrivée de la génération gauchiste. D'excellents romanciers en sont issus, comme Jean Rollin ou Michel Le Bris, anciens maoïstes, Geneviève Brissac, ex-trotskiste, Gérard Guégan, ancien situ, Patrick Rambaud, vieux gaucho devenu maître du roman historique revisitant les guerres napoléoniennes, et, bien sûr, Régis Debray [...]. Les évolutions, encore, surprennent.[...] Sollers, qui fit le pèlerinage en Chine, soutient, certes, qu'il n'y avait pas alors deux maoïstes comme lui. Mais il a joué de la radicalité pour s'imposer, au point de devenir incontournable - en termes de pouvoir intellectuel plus que de littérature.[...] Inspirateur du Monde des livres et conseiller des éditions Gallimard, Sollers est devenu un homme ultra-influent sans pour autant faire école.[...]
Ecrire et prendre la parole, tels étaient les modes d'intervention du gauchisme. Il était donc normal que cela produise des journalistes et des producteurs d'émissions de télévision, et donc que Michel Field, leader LCR des grèves lycéennes, passe du gueulaphone au micro et à la caméra. Tout comme Guillaume Durand, gauchiste de base à Censier, ou Bruno Masure, délégué Unef à Lille. Chez les trotskistes, on se passionnait pour l'histoire de l'URSS: ce fut une bonne école pour Bernard Guetta, qui devint ensuite correspondant du Monde à Moscou. Les maos espéraient, eux, reprendre l'oeuvre révolutionnaire là où Staline l'avait laissée en 1953. Passé de cette espérance aux leçons d'anticommunisme de l'ex-stalinienne Annie Kriegel, le mao-Spontex Stéphane Courtois, auteur du Livre noir du communisme, n'a jamais quitté son hobby et n'a pas, non plus, appris le sens de la nuance. Mais, sans l'attendre, André Glucksman, Bernard-Henri Lévy et autres étaient passés de l'admiration plus ou moins nuancée du communisme chinois à la critique du système totalitaire, retrouvant une voie ouverte trente ans plus tôt par Claude Lefort et Cornélius Castoriadis ou, plus tôt encore, par Victor Serge, Arthur Koestler et George Orwell.
Le gauchisme affichait aussi une volonté de comprendre les vérités cachées, ce qui suscitait naturellement des vocations de journalistes d'investigation chez Sorj Chalandon à Libé ou Georges Marion, «Simon» à la LCR, qui mena des enquêtes pour le Canard enchaîné avant d'entrer au Monde. Ce goût du dévoilement est aussi à l'origine de la nouvelle ligne rédactionnelle du Monde, qui se méfiait des révélations de scandales quand Edwy Plenel, ex de la LCR, n'était pas encore directeur de la rédaction. Les lignes de force des idéologies se retrouvent souvent dans les nouveaux engagements.[...] D'autres, qui furent «internationalistes», se prennent à rêver d'un monde unifié par la Bourse, passion d'Alain Minc, ancien sympathisant de la LCR, ou par ce gouvernement mondial que Bernard Kouchner croyait représenter au Kosovo, pour la plus grande joie des ex-trotskistes éditorialisant dans les grands journaux.

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Rémi Brague, la voix romaine

Le Figaro - 6 juillet 2006 - Jean-Marc Bastière
Depuis une quinzaine d'années, il enseigne en effet à la Sorbonne la philosophie médiévale et arabe. Sa carrière universitaire est un maelström de diplômes, prix, traductions ou distinctions où l'on voit surnager des noms comme Aristote ou Maïmonide, mais aussi Shlomo Pinès ou Leo Strauss. Fort d'une vertigineuse érudition, ce polyglotte est soucieux de faire entrer en résonance les quatre sources de l'héritage européen : la juive, la grecque, la chrétienne et l'arabe.[...] En 1992, Rémi Brague fait paraître un ouvrage devenu depuis presque un classique et traduit dans de nombreuses langues : Europe, la voie romaine (Folio Essais), qui renouvelle la réflexion sur la singularité de notre continent. Comme dans ses autres livres, il tente de sortir des sentiers balisés, des mots piégés, des idées de seconde main ou des préjugés imposés par l'époque. [...]
Comme catholique, Rémi Brague n'a jamais craint de faire son outing. Il est l'un des fondateurs avec quelques amis normaliens de l'édition française de la revue internationale Communio. L'aventure a commencé en 1975 : Joseph Ratzinger - le futur pape Benoît XVI - et le théologien Hans-Urs von Balthazar entrent en contact : « Nous étions de jeunes c... et ils nous ont fait confiance ! », se souvient-il avec émotion. A une époque où les esprits sont encore très troublés par les remous de l'après-concile, la revue jouera un rôle essentiel de balise doctrinale et de référent intellectuel. Dans son escalier, Rémi Brague croise souvent Jean Duchesne ou Jean-Luc Marion [membre de l'Académie française], ses complices de Communio (d'autres, comme Jean-Robert Armogathe et Claude Dagens, sont devenus prêtres).
[...] Pour lui, le prétendu « silence des intellectuels catholiques » n'est qu'un manque de visibilité médiatique. « On préfère écouter les bêtises d'un Michel Homais ! (Onfray) », s'emporte-t-il. Les cathos n'échappent pas à son ire. « Pur produit de l'école laïque », il se dit extérieur au « sérail catholique » : « Pensez que L'Humanité a plus parlé de mon dernier livre (La loi de Dieu) qu'un certain grand journal confessionnel ! »

Dérive anti-démocratique et dérapages populistes de certains intellectuels n'admettant pas les opinions différentes de la leur et déniant à la diversité des idées le droit de s'exprimer

Les propos d'Alain Minc sur le pape font bondir les catholiques

Le Monde - 26 août 2010 - lemonde.fr
"J'ai envie d'exploser un peu. Ce pape allemand ? Parler comme il a parlé ? En Français ?" Invité sur France inter, mercredi 25 août, le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, Alain Minc, n'a pas mâché ses mots à l'encontre de Benoît XVI. Le souverain pontife avait invité, dimanche, les pèlerins "à savoir accueillir les légitimes diversités humaines", au moment où l'Eglise catholique française dénonçait les renvois massifs de Roms dans leurs pays.
"On peut discuter (de) ce que l'on veut sur l'affaire des Roms, mais pas un pape allemand", a ajouté l'essayiste. "Jean Paul II peut-être, pas lui". "Son insensibilité qu'on a mesurée quand il a réinstallé un évêque révisionniste, son insensibilité à l'histoire, dont il est comme tous les Allemands un héritier, non pas un coupable mais un héritier", a expliqué M. Minc.
Des propos qui ont fait vivement réagir dans les milieux catholiques. Sur le site Internet de La Croix Dominique Quinio, directrice du quotidien catholique, estime que "le raisonnement est absurde – n'est-ce pas précisément en raison de son histoire allemande que Benoît XVI est bien placé pour mettre en garde contre des politiques d'exclusion ? – et la remarque raciste."
L'archevêque de Paris, André Vingt-Trois, a estimé sur Europe 1 que "ce n'est pas parce qu'on est hériter d'une longue tradition qu'on est condamné au silence". "Alain Minc est héritier de toute l'histoire de la France, mais ça ne l'empêche pas de parler [...] il pense que la France n'a rien à se reprocher dans le passé ?" a-t-il conclu.
L'ancienne ministre Christine Boutin demande à Alain Minc de présenter ses excuses. Sur sa page Facebook, elle estime que le conseiller élyséen "a insulté le pape, les catholiques, les Allemands et les Européens". "On peut se poser la question de savoir si M. Minc oserait attaquer de la même façon un imam ou le dalaï-Lama ?" s'insurge la présidente du Parti chrétien-démocrate, affilié à l'UMP.

La dérive intellectuelle d'Alain Minc

Le Monde - 3 septembre 2010 - Christian Vanneste (député du Nord)
Un célèbre conseiller du pouvoir – qu'il soit de gauche ou de droite – s'est exercé à ce sport [du boomerang] avec un manque évident de talent. Emporté par le zèle médiatico-mondain anti-Benoît XVI, Alain Minc a reproché au pape d'être "allemand", et pour cette raison, lui a enjoint de se taire. Manifestement, dans son esprit, le fait d'appartenir au peuple qui a élu Adolf Hitler, il y a un certain nombre de générations, crée pour tous les Allemands une culpabilité collective. De même qu'il y a un peuple élu, il y aurait, en quelque sorte, un peuple maudit...
Sans doute, par distraction, Alain Minc ne se rend pas compte que son discours est précisément celui qui rend le nazisme particulièrement condamnable. Le nazisme consistait à reprocher à certaines personnes d'être nées, aux juifs d'être Juif, et en tirait la conclusion que tout ce que faisaient, ce que disaient, ce qu'écrivaient les juifs, était nécessairement mauvais. C'est ainsi qu'on a brûlé les œuvres de Stefan Zweig. Alain Minc conseille-t-il de brûler les encycliques de Benoît XVI ? Juge-t-il non les actes ni les discours, mais l'homme qui en est l'auteur, parce qu'il est né Allemand ? Qu'une pareille dérive intellectuelle se produise chez une personne qui a la réputation d'éclairer les responsables politiques au plus haut niveau est assez effrayant.
[...] Il est d'ailleurs assez incroyablement irresponsable qu'une personnalité réputée proche du président de la République stigmatise ainsi l'Allemagne, c'est-à-dire aussi celle d'aujourd'hui, avec laquelle il est essentiel, dans le contexte économique actuel, que nous ayons des relations de respect mutuel et de solidarité constructive. Son dérapage est toutefois révélateur de l'hostilité pavlovienne que le pape actuel suscite dans certains milieux.

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Cohn-Bendit: «Les Suisses doivent revoter»

Le Temps - 2 décembre 2009 - Daniel Cohn-Bendit, propos recueillis par Richard Werly
Le Temps : Partie de Suisse, la question de l'interdiction des minarets déferle maintenant sur le reste de l'Europe. Est-il normal de se la poser après le vote helvétique ?
Daniel Cohn-Bendit : Cette question des minarets est un piège. Un piège parfait. Quoi qu'ils disent, les promoteurs de l'initiative visant à interdire la construction de nouveaux minarets s'en prennent à un symbole de l'islam et des musulmans. Or cet amalgame est non seulement insupportable, mais inacceptable: la démocratie directe ne doit pas être le prétexte pour s'en prendre à une communauté et la blesser. La limite démocratique est à mes yeux franchie. Je suis pour une démocratie directe "encadrée" par une Constitution qui ne permette pas de voter sur n'importe quoi. Une votation comme celle des minarets, qui cible une communauté en particulier, restera une tache noire sur la réputation de la Confédération. Pour l'effacer, les Suisses n'ont qu'une solution: se mobiliser et revoter.
Mais le peuple Suisse s'est exprimé…
Daniel Cohn-Bendit : Et alors ? Les Suisses ont voté comme le feraient sans doute une bonne partie des Européens : avec l'angoisse vis-à-vis de l'islam rivée au corps, avec en tête les images des attentats-suicides au Pakistan et en Afghanistan. Il y a en plus eu, en Suisse, l'affaire du fils Kadhafi. C'est toute la difficulté de l'islam, dont la réalité est aujourd'hui défigurée par des petits groupes extrémistes ultra-violents. Mais cela n'excuse rien car, pardonnez-moi, la Suisse nous a dans l'histoire habitués à ce genre d'attitude. Je pense évidemment à la Seconde Guerre mondiale. La Suisse n'a alors eu aucun problème à sacrifier ceux qui butaient contre ses frontières et demandaient l'asile. Le problème helvétique, c'est cet égoïsme des riches que l'on retrouve aussi en Italie du Nord. On a vu combien de temps il a fallu à vos concitoyens pour que leur pays devienne membre de l'ONU ! Cet égoïsme s'est traduit dans la votation de dimanche: on veut bien que des musulmans vivent et travaillent en Suisse. Mais à condition qu'ils se taisent et repartent un jour.

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