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L'idéologie gauchiste imprègne l'ensemble de la société française culturelle, intellectuelle, médiatique et politique

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence :

Une prise de pouvoir irrésistible : la matrice gauchiste imprègne depuis les années 60 les milieux intellectuel, culturel, médiatique, politique de la société française

Comment ils ont pris le pouvoir - Quel rôle jouent-ils ? Pourquoi certains sont-ils passés à droite ?

Marianne - 13 août 2001 - Guy Konopnicki
Ils se sont tant révoltés. Aujourd'hui, ils ont le pouvoir. En politique, mais aussi dans les médias, les loisirs, et même le business... Récit de l'irrésistible ascension d'une génération «idéaliste».
La révélation du passé trotskiste de Lionel Jospin réveille une polémique vieille de vingt ans sur les positions de pouvoir que les anciens gauchistes, assagis ou non, ont fini par occuper dans presque tous les secteurs de la société.[...]
Au long des années 60, les générations montantes étaient déjà imprégnées d'une culture dont les maîtres étaient identifiés comme des gauchistes, ou, plus exactement, comme des «contestataires» opposés aux deux forces politiques dominantes, le parti gaulliste au pouvoir et le Parti communiste dans l'opposition. Il y avait eu Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, il y avait Michel Foucault, Roland Barthes et Louis Althusser... Cette culture était celle des «enfants de Marx et du Coca-Cola», selon l'expression de Jean-Luc Godard, et ces enfants-là découvraient pêle-mêle Sigmund Freud et Charlie Parker, Herbert Marcuse et les Beatles, ils allaient en blue-jeans applaudir les pièces de Bertolt Brecht ou de Jean Genet. Les plus jeunes pouvaient s'identifier à Jean-Pierre Léaud, des 400 Coups à Baisers volés; ils étaient la nouvelle vague version Truffaut, et même telle que la chantait Richard Anthony ! [...]
Le pouvoir culturel fut, très tôt, identifié à ce que l'on nomme le «gauchisme», terme péjoratif pour son inventeur qui n'était autre que Lénine. Etait gauchiste, selon Vladimir Illitch, «le petit-bourgeois pris de rage devant les horreurs du capitalisme» et qui n'adhérait pas pour autant à la ligne du Parti ! Retournée positivement, cette définition s'appliquait aux nombreux intellectuels qui dénonçaient le capitalisme et, plus encore, le colonialisme, tout en récusant le stalinisme. Le surréalisme était passé par là, symboliquement prolongé par l'alliance Trotski-André Breton. Fondée en 1944, la galerie Denise René porte la marque de cette influence, par la personnalité même de Denise Bleibtreu, soeur de Marcel «Favre» Bleibtreu, principal dirigeant de la section française de la IVe Internationale trotskiste, et, bien sûr, par les artistes qu'elle a réunis au fil des années, de Max Ernst, qui resta toujours fidèle à son engagement trotskiste, à Miro ou Calder, anars libertaires s'il en fut. De la même manière, on rien finirait plus d'énumérer les écrivains gauchistes, anars ou trotskistes, tels André Breton, Jean Malaquais, Michel Leiris, Benjamin Péret, Jacques Prévert... sans même parler de ceux qui avaient cessé de l'être pour devenir staliniens, comme Aragon et Eluard. Ou encore l'ancien anar Léo Malet et le surréaliste Marcel Duhamel, fondateur de la «Série noire».
La victoire culturelle du gauchisme a précédé et non suivi Mai 68. Dans l'édition, les grands découvreurs des années 50 et 60 se nommaient Maurice Nadeau pour la littérature et Dyonis Mascolo pour les idées. Proche des surréalistes et, avec eux, du mouvement trotskiste, Nadeau a, entre autres, fait découvrir aux Français Georges Perec, dans le sillage de Raymond Queneau, l'auteur de Zazie [...]. Mascolo sera aussi l'initiateur d'un grand acte de révolte, le Manifeste des 121, pour le droit à l'insoumission contre la guerre d'Algérie. Lequel manifeste constitue, aussi, un panorama saisissant de l'intelligentsia gauchisante en 1961 et donne ainsi la mesure du pouvoir intellectuel qui se dessine à l'université et dans le monde culturel. La culture du refus, vieille tradition française, s'exprimait du haut des chaires universitaires et dans toutes les formes d'expressions artistiques. Léo Ferré animait alors des galas libertaires et Bobby Lapointe venait chanter pour ses amis trotskistes. Une sorte de parti multiforme, inorganisé, divisé en de multiples chapelles, prenait le terrain délaissé par une gauche démocratique déshonorée par Guy Mollet, par ce gouvernement socialiste qui avait envoyé les appelés en Algérie et couvert la torture et les massacres. Mais, à cette époque, la montée en puissance des intellectuels contestataires demeurait liée à leurs positions, à leurs travaux, à leurs batailles politiques. Les métamorphoses individuelles des militants étaient rares. Un ex-garde du corps de Trotski, Max Théret, avait bien fondé la Fnac - avec André Essel, enfant d'une sulfureuse aventure libertaire, celle de Jules et Jim. Un secrétaire de Trotski, Fred Zeller, avait bien gravi les échelons de la franc-maçonnerie, jusqu'à devenir grand maître du Grand Orient de France. Mais, à ces rares exceptions près, on ne s'éloignait pas de l'extrême gauche sans s'enfoncer dans d'effroyables compromissions. Il y avait bien Guy Mollet lui-même, issu de la Gauche révolutionnaire, tendance trotskisante de la SFIO, ou, pis, Jacques Soustelle, gauchiste de 1936 et admirateur de Zapata et de Trotski, rallié à la cause de l'Algérie française, au point de devenir l'un des chefs de l'OAS.[...] Et il y avait, bien sûr, André Malraux, personnage mythique, aventurier de la révolution, aviateur de la guerre d'Espagne devenu ministre de De Gaulle. La personnalité, le ministère et l'action de Malraux dessinaient un partage du pouvoir: les gauchistes étaient les bienvenus s'il s'agissait d'art contemporain, de poésie ou de théâtre, s'ils n'entraient pas dans le jeu politique !
[...] Fondée sur le refus du compromis avec Mitterrand, sur le rejet de toute alliance avec le Parti socialiste SFIO de Guy Mollet, la LCR ignorait sans doute, à ses débuts, qu'elle allait se transformer plus tard en pépinière du PS. Henri Weber, Julien Dray, Harlem Désir et Gérard Filoche en sont issus.[...]
Ce retournement n'est pas l'apanage des seuls anciens de la LCR. Mais sans doute est-il moins surprenant quand il s'agit des anciens dirigeants de la formation trotskiste rivale de la LCR, l'OCI (Organisation communiste internationaliste) de Pierre Boussel, dit «Lambert».[...] En dépit de sa position marginale dans le mouvement étudiant des années de braise, l'OCI est l'organisation qui compte, aujourd'hui, le plus grand nombre d'élus socialistes. A commencer par Lionel Jospin, à continuer par Jean-Luc Mélenchon et Jean-Christophe Cambadélis. Nombre de personnalités socialistes en furent, au moins, des compagnons de route, comme le ministre de l'Agriculture, Jean Glavany, le maire de Lyon, Gérard Collomb, le député de Paris Jean-Marie Le Guen. Et, en dépit de ses dénégations et du démenti de Jean-Christophe Cambadélis, Marc Blondel doit son élection à la tête de Force ouvrière au soutien du trotskiste Lambert lui-même et à l'appoint des syndicats dirigés par des militants de l'OCI. De fait, l'OCI aura été le refuge des idées sociales-démocrates quand la SFIO mollettiste se trouvait frappée d'infamie. Dans tout autre groupe de l'extrême gauche, les énarques étaient suspects. A l'OCI, Lionel Jospin était le bienvenu. Les trotskistes sont à peu près les seuls gauchistes à avoir produit et formé des cadres politiques.[...]
Les anciens «maos» enthousiasmés par la révolution culturelle sont plus surprenants.[...] A quelques individualités près, le maoïsme s'est évaporé sans laisser beaucoup de traces en politique, et il est peu présent au PS. Figure de la Gauche prolétarienne dans ses combats pour briser l'université «de classes» et auteur, avec Serge July, d'un hymne à la guerre civile, Alain Geismar a rejoint plus tard le PS, devenant conseiller de Jospin alors ministre de l'Education nationale, et a joué un rôle déterminant au sein du cabinet de Claude Allègre. Seule la filière christiano-maoïste qui, issue de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) et du PSU, avait créé la Gauche ouvrière et paysanne s'est réinvestie en rejoignant les Verts, avec Alain Lipietz, député européen et candidat écolo à la prochaine présidentielle, et Alain Rist, vice-président de la région Ile-de-France. Du maoïsme, Lipietz a gardé une méfiance pour les «opportunistes» que sont, à ses yeux, Noël Mamère et Daniel Cohn-Bendit et une certaine prévention vis-à-vis des trotskistes, comme le ministre Vert de l'Environnement, Yves Cochet, ancien de la LCR.
Il reste que, contrairement à ce que l'on pouvait imaginer, ce n'est pas en politique mais dans la presse, les médias et la culture que la prise de pouvoir a été le plus spectaculaire.[...] Michel Rotman (ex-LCR) et Jacques Kirsner (Charles Berg à l'OCI) ne sont pas les premiers trotskistes à devenir producteurs de cinéma. Les cinéastes Romain Goupil (LCR), Alain Corneau et Bertrand Tavernier (OCI), le metteur en scène de théâtre Bernard Murat retrouvent sur les plateaux des camarades d'autrefois, comme Pierre Arditi, Jean Benguigui ou Alex Métayer.[...] Pour Jacques Higelin comme pour Coluche et Renaud, les sympathies gauchistes relevaient de l'évidence. Fils de républicain espagnol, le parolier Etienne Roda-Gil affichait et affiche toujours sa fidélité aux «anars». L'arrivée d'une génération marquée par Mai 68 a seulement multiplié le nombre d'artistes ayant fréquenté des groupes politiques.[...] On pouvait toujours annoncer la mort du cinéma, cela n'arrêtait pas Marin Karmitz, ancien de la Gauche prolétarienne (GP), dans sa décision de devenir producteur et patron d'une chaîne de distribution, les cinémas MK2. Certains phénomènes culturels ont été générés directement par le gauchisme et le situationnisme. Ancien de la Voix communiste puis situationniste, Jean-Patrick Manchette était, dans le gauchisme, un expert en slogans décalés. On lui doit le superbe «Que les pro-Chinois aillent vivre en pro-Chine». Premier gauchiste à entrer dans la «Série noire», il provoqua une véritable vague. Après lui, Frédéric Fajardie, Thierry Jonquet, Jean-Bernard Pouy, Jean-François Vilar, Gérard Delteil, Serge Quadrupani passèrent au polar. Dans ces conditions, il était tout naturel que Gallimard confie la direction de la «Série noire» à Patrick Raynal, auteur de romans policiers qui a, lui aussi, passé sa jeunesse à la GP. Il y a eu, dans le polar, un renouvellement du genre et les gauchistes s'y sont retrouvés, par goût de la contre-culture.
On ne peut pas dire que le reste de la littérature ait été bouleversé par l'arrivée de la génération gauchiste. D'excellents romanciers en sont issus, comme Jean Rollin ou Michel Le Bris, anciens maoïstes, Geneviève Brissac, ex-trotskiste, Gérard Guégan, ancien situ, Patrick Rambaud, vieux gaucho devenu maître du roman historique revisitant les guerres napoléoniennes, et, bien sûr, Régis Debray [...]. Les évolutions, encore, surprennent.[...] Philippe Sollers, qui fit le pèlerinage en Chine, soutient, certes, qu'il n'y avait pas alors deux maoïstes comme lui. Mais il a joué de la radicalité pour s'imposer, au point de devenir incontournable - en termes de pouvoir intellectuel plus que de littérature.[...] Inspirateur du Monde des livres et conseiller des éditions Gallimard, Sollers est devenu un homme ultra-influent sans pour autant faire école.[...]
En littérature, le passé gauchiste peut aussi servir de caution et l'on finira bien par rééditer Rebatet et Brasillach, écrivains collabos, avec des préfaces d'anciens combattants de Mai 68 qui dédouaneront ainsi les éditeurs de tout soupçon. En vérité, la République des lettres est bien moins marquée par l'extrême gauche aujourd'hui que dans les années 60, époque de l'apogée du nouveau roman et de la gloire des surréalistes vieillissants.
En revanche, si les ex de toutes les tendances ont conquis un formidable pouvoir dans la presse et les médias, cela tient à l'incroyable situation qui résultait de la férule gaulliste. Radio et télévision tenues en laisse, presse d'opposition quasi inexistante: le gauchisme a rencontré le désir de liberté de toute une profession. Avant, pendant et après Mai 68, les gauchistes s'exprimaient à coups de «petits journaux» militants. Des feuilles fastidieuses d'organisation aux brulôts les plus créatifs, le mouvement n'a cessé de faire naître des journaux - «organes de presse», comme on dit -, qu'il s'agisse de Rouge, de l'Enragé, d'Actuel, de Tout, de J'accuse ou de la Cause du peuple. Sans parler de Hara-kiri puis de Charlie Hebdo, qui n'étaient pas issus du mouvement lui-même, mais qui en portaient l'esprit et l'humour.
Si bien que le journalisme fut, pour beaucoup de militants, la porte de sortie du gauchisme. Collectivement pour ceux de la GP, qui fondèrent Libération, réunissant ainsi d'anciens de la Cause du peuple, tels Serge July et Philippe Gavi, et des Cahiers de Mai, comme Marc Kravetz, Jean-Louis Peninou et Jean-Marcel Bouguereau. Même bricolé et improbable, Libé fut une petite révolution. On n'osait plus se révolter mais on osait créer un journal, quand Smadja et Tesson avaient jeté l'éponge, fermant tour à tour Combat et le premier Quotidien de Paris. Incroyable miroir de l'évolution des esprits, Libération n'a pas gardé grand-chose du gauchisme, sauf un prurit libertaire dans le domaine social. Mais ce journal novateur est arrivé à une époque où le choix matinal était des plus difficile et il a révélé des talents que l'on a retrouvés ensuite dans toute la presse. Autre aventure collective issue du gauchisme, et menée par Jean-François Bizot, la transformation moderniste de l'ancienne culture underground a trouvé pour support Actuel, puis Radio Nova, puis Nova Magazine.
Ecrire et prendre la parole, tels étaient les modes d'intervention du gauchisme. Il était donc normal que cela produise des journalistes et des producteurs d'émissions de télévision, et donc que Michel Field, leader LCR des grèves lycéennes, passe du gueulaphone au micro et à la caméra. Tout comme Guillaume Durand, gauchiste de base à Censier, ou Bruno Masure, délégué Unef à Lille. Chez les trotskistes, on se passionnait pour l'histoire de l'URSS: ce fut une bonne école pour Bernard Guetta, qui devint ensuite correspondant du Monde à Moscou. Les maos espéraient, eux, reprendre l'oeuvre révolutionnaire là où Staline l'avait laissée en 1953. Passé de cette espérance aux leçons d'anticommunisme de l'ex-stalinienne Annie Kriegel, le mao-Spontex Stéphane Courtois, auteur du Livre noir du communisme, n'a jamais quitté son hobby et n'a pas, non plus, appris le sens de la nuance. Mais, sans l'attendre, André Glucksman, Bernard-Henri Lévy et autres étaient passés de l'admiration plus ou moins nuancée du communisme chinois à la critique du système totalitaire, retrouvant une voie ouverte trente ans plus tôt par Claude Lefort et Cornélius Castoriadis ou, plus tôt encore, par Victor Serge, Arthur Koestler et George Orwell.
Le gauchisme affichait aussi une volonté de comprendre les vérités cachées, ce qui suscitait naturellement des vocations de journalistes d'investigation chez Sorj Chalandon à Libé ou Georges Marion, «Simon» à la LCR, qui mena des enquêtes pour le Canard enchaîné avant d'entrer au Monde. Ce goût du dévoilement est aussi à l'origine de la nouvelle ligne rédactionnelle du Monde, qui se méfiait des révélations de scandales quand Edwy Plenel, ex de la LCR, n'était pas encore directeur de la rédaction. Les lignes de force des idéologies se retrouvent souvent dans les nouveaux engagements.[...] D'autres, qui furent «internationalistes», se prennent à rêver d'un monde unifié par la Bourse, passion d'Alain Minc, ancien sympathisant de la LCR, ou par ce gouvernement mondial que Bernard Kouchner croyait représenter au Kosovo, pour la plus grande joie des ex-trotskistes éditorialisant dans les grands journaux.
On n'en finirait plus d'énumérer les lieux de pouvoir des anciens gauchistes. Il s'en trouve jusqu'au Medef, autour de Denis Kessler, ex de l'Unef-Union des grandes écoles, marxiste-léniniste. Il était naturel que les éléments les plus remuants d'une génération se retrouvent un jour aux commandes, au prix de compromis ou glissements parfois inattendus.

Les maux dont souffre la vie politique et médiatique française révélateurs de l'influence ideologique dominante gauchiste chez les "élites" intellectuelles et culturelles

La victoire écrasante de l'idéologie gauchiste dans les milieux intellectuels et culturels a aujourd'hui des conséquences concrètes dans la société française, notamment dans la vie médiatique et politique qu'elle a fortement influencée (cliquez sur les liens pour accéder au thème) :

analyse Plus d'informations sur le règne de la pensée unique

analyse Plus d'informations sur les dangers menaçant la liberté d'expression

analyse Plus d'informations sur les indignations sélectives d'une intelligentsia très influente

analyse Plus d'informations sur la sphère politico-médiatique parisienne

La stratégie de diabolisation et d'ostracisation des opposants : une idéologie si profondément installée dans le système que ceux qui en sortent sont incompris et accusés comme «fascistes», «réactionnaires» ou «néo-réacs»

Les nouveaux insoumis

Valeurs Actuelles - 10 juin 2010 - Laurent Dandrieu
« Le problème, explique Élisabeth Lévy, est qu’on a des politiques qui sont à plat ventre devant les médias, et des médias qui sont dans une espèce de bulle bien-pensante – c’est le camp du Bien, complètement coupé du réel ; et que le conformisme de gauche est extrêmement répandu à droite. Un certain nombre d’opinions ont été érigées en vérité, et notre rôle est de les ramener à leur statut d’opinion, c’est-à-dire de chose contestable, discutable, sur laquelle on peut s’empailler. »

Risible procès des "néo-réactionnaires"

Le Monde - 29 avril 2011 - Elisabeth Lévy (journaliste, rédactrice en chef du site et du magazine "Causeur")
La "bande des cinq" désignée par l'appellation "nouveaux réacs". [...] c'est le chiffre que retient Le Monde au terme de son article serré sur ce passionnant phénomène ("Profession réactionnaire", Le Monde du 5 avril). Mais ni l'effectif de ce club ni l'identité de ses membres ne font consensus. En compilant les diverses listes de suspects, on parvient à une dizaine de noms (dont le mien).
Je ne voudrais pas être discourtoise mais cette affaire de "nouveaux réacs" commence à sentir le poisson. Daniel Lindenberg avait déjà levé ce lièvre en 2002, dans un petit livre judicieusement intitulé Le Rappel à l'ordre (Seuil). Dix ans plus tard, de nouveaux "nouveaux réacs" sont donc appelés à comparaître devant le tribunal médiatique. Qu'on se rassure, personne n'exige - en tout cas ouvertement - que l'on fasse taire "cette demi-douzaine de polémistes" qui, selon Le Monde, "cumulent chacun deux, trois, quatre collaborations rémunérées dans les médias les plus importants et une multitude d'invitations gracieuses dans les talk-shows", pendant que leurs valeureux adversaires résistent bénévolement dans des caves.
[...] Cette querelle picrocholine révèle une curieuse conception du pluralisme. D'éminents journalistes semblent découvrir avec stupéfaction et/ou indignation que quelques trublions qui ont le front de ne pas penser comme eux ont le droit de s'exprimer. Au temps de parole, "l'omniprésence" de ces mauvais coucheurs est très relative et plutôt instable, la plupart connaissant la précarité ordinaire des soutiers de l'audiovisuel. Surtout, personne ne songerait à se plaindre que l'on entende Jean-Michel Aphatie chaque matin sur RTL et qu'on le voie chaque soir sur Canal+. Après tout, on a bien le droit de préférer le débat entre gens du même avis. Il est cependant paradoxal de célébrer la diversité en toute chose sauf dans le domaine des idées.
L'épouvantail "néo-réac" ressort des tiroirs au moment où ceux qui savent ce qui est bon pour le peuple réalisent, paniqués, que, malgré vingt ans de prêchi-prêcha, ce peuple ingrat, notamment sa composante la plus populaire, s'obstine à voter pour un parti désigné comme antirépublicain - mais accepté, on se demande pourquoi, dans le jeu républicain.
[...] La "droitisation" de la société française inquiète nos grandes consciences, comme s'il était par nature bien d'être de gauche et mal d'être de droite. C'est précisément cette transformation inconsciente d'opinions, légitimes du reste, en dogmes incontestables, qui interdit toute discussion sur des sujets méritant mieux que des condamnations sommaires. Seulement, il est plus gratifiant d'ironiser sur les peurs des petits Blancs frileux que de se demander s'ils n'ont pas quelques raisons d'avoir peur. [...]
Notre société qui adore "la transgression" passe son temps à traquer les "dérapages", terme indiquant clairement que certains points de vue sont autorisés et d'autre pas. [...]
Le pire est que mes accusateurs ne sont même pas de mauvaise foi : ils entendent ce qu'ils attendent.

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