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Le combat culturel des militants de la théorie du genre pour imposer une idéologie scientifiquement dépassée

Une lutte juste à mener contre l'obscurantisme de l'idéologie des queer studies

Dossier d'information et de réflexion - basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse - sur l'une des idéologies récentes les plus dangereuses, largement combattue par les scientifiques, mais que ses partisans cherchent par tous les moyens à imposer en France pour des raisons idéologiques :

Des différences sexuelles neurobiologiques significatives entre hommes et femmes

Les meilleurs extraits du livre événement de la neurobiologiste Lise Eliot "Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe?"

Le Figaro Magazine - 19 août 2011 - Lise Eliot (neurobiologiste, auteur de Cerveau rose, cerveau bleu : Les neurones ont-ils un sexe ? éd. Robert Laffont, traduit de l'anglais par Pierre Reignier), extraits choisis par Sophie Roquelle
Garçons et filles sont différents. Cette donnée, évidente pour toutes les générations qui nous ont précédés, fait aujourd'hui l'effet d'une révélation étonnante à de nombreux parents. Nous qui avons été élevés dans l'idée de l'égalité des sexes, nous considérons ou nous espérons, à tout le moins, que les différences entre les sexes ne sont pas innées, mais fabriquées par la société. Nous nous côtoyons sans difficulté entre personnes des deux sexes, nous échangeons nos points de vue aussi bien sur le sport que sur la cuisine et nous sommes joyeusement en compétition les uns avec les autres sur nos lieux de travail en faisant constamment semblant de considérer qu'hommes et femmes sont plus ou moins identiques. Jusqu'à ce que nous ayons à notre tour des enfants et que les différences entre les sexes deviennent impossibles à ignorer! (...)
Oui, garçons et filles sont différents. Ils ont des centres d'intérêt différents, des niveaux d'activité différents, des seuils sensoriels différents, des forces physiques différentes, des styles relationnels différents, des capacités de concentration différentes et des aptitudes intellectuelles différentes ! Les différences ne sont pas quantitativement très importantes et, dans de nombreux cas, bien plus modestes que celles, parfois énormes, qui existent entre hommes et femmes adultes. Les petits garçons pleurent, les petites filles tapent et donnent des coups de pied. Mais les différences s'additionnent -et c'est cela qui provoque l'apparition de certaines statistiques alarmantes qui influencent notre façon de penser l'éducation des enfants. (...) Ces différences entre les sexes ont de réelles conséquences et posent d'énormes défis aux parents. Comment soutenir aussi bien nos fils que nos filles, les protéger et continuer de les traiter de manière équitable, alors que leurs besoins sont manifestement si différents?

Déjà, dans le ventre de la mère...
Les tests de grossesse vendus dans le commerce sont excellents, mais ils ne sont pas encore capables d'annoncer le sexe du futur bébé. Cette limitation est en partie due au fait que plus on est tôt dans la grossesse, moins il est possible de différencier les fœtus. Les bébés des deux sexes sont identiques pendant les six premières semaines de leur développement intra-utérin. Le processus de différenciation sexuelle s'enclenche vers le milieu du premier trimestre, mais il n'apparaît pas clairement à l'échographie avant la fin du troisième mois (au plus tôt). Les fœtus prennent leur temps pour révéler leurs organes génitaux au monde extérieur. Et à l'intérieur de leurs toutes petites têtes, la différenciation est encore plus lente.
Cependant, il y a des différences qui s'impriment dans le cerveau, et sans doute dans l'esprit, avant la naissance. Vous ne pouvez ni les voir à l'échographie ni les entendre dans les battements de cœur du fœtus, mais elles sont bien là: garçons et filles sont influencés dans l'utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres. (...)
Parmi toutes ces influences, celle que les chercheurs connaissent le mieux est celle de la testostérone, la célébrissime hormone stéroïde contre laquelle les mères adorent se lamenter quand elles surprennent leurs fils à se pourchasser à travers la maison ou à se bagarrer trop près de la table basse du salon.
Les parents, en général, ne savent pas à quel point la testostérone intervient tôt dans le développement de leur enfant. La première poussée de testotérone démarre six semaines après la conception, pour se terminer avant la fin du second trimestre. Ensuite, et jusqu'au moment de la naissance, le niveau de testostrérone des garçons n'est guère différent de celui des filles. Une autre poussée survient alors, plus modeste que la première, qui s'étend sur les six premiers mois de la vie. En tout état de cause, la brève période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, suffit à les masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires. (...)
Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l'embryon sera mâle ou femelle rien qu'en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d'heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L'évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance - avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros.
Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l'utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l'accouchement. (...)
Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d'un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (...)
Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d'embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d'eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l'enfance.

A la naissance: si semblables... et si différents
Comme les chatons, les nouveau-nés se ressemblent à peu près tous. (...). N'empêche, il existe quelques différences entre les sexes, constantes et fiables, qui influencent sans doute réellement le démarrage de chaque garçon et de chaque fille dans la vie. Les bébés filles devancent les garçons par le nombre de gestes qu'elles produisent. En moyenne, elles commencent quelques semaines avant eux à pointer du doigt, à saluer de la main et à lever les bras vers les adultes pour être soulevées. Mais là encore, leur avantage est assez réduit: dans une importante étude suédoise, il est apparu que les filles de 18 mois produisaient... 5% de gestes en plus que les garçons. D'un autre côté, les gestes ne sont pas tout à fait les mêmes. Certains des gestes des bébés sont déjà marqués sexuellement: les filles de 8 à 16 mois ont davantage tendance à imiter les comportements parentaux (par exemple, elles étreignent ou bercent leurs poupées); les garçons de la même tranche d'âge font le geste de lire un journal, de conduire une voiture ou de donner des coups de marteau.
Après les gestes vient la prononciation des mots, premiers outils d'expression verbale des bébés. Les filles conservent leur modeste avancée, tout au long de la petite enfance, pour produire en moyenne trois cents mots à l'âge de 22 mois, tandis que les garçons atteignent ce seuil à 23 ou 24 mois.
Passé l'âge de 2 ans, les enfants commencent à parler pour de bon. Ils se mettent à associer les mots en petites phrases simples telles que Maman maison, Encore lait ou Aller parc. Là encore, les filles prennent la tête: huit mots consécutifs d'un souffle, à deux ans et demi, contre environ six mots pour les garçons. Et à l'émergence des phrases grammaticalement justes, celles des filles sont plus longues et plus complexes que celles des garçons - une différence qui se maintient durant toute la période préscolaire. (...)
Les écarts entre garçons et filles se creusent énormément entre 2 et 6 ans -et certains sont plus marqués à cette période qu'à aucun autre moment de la vie. Les coupables ne sont pas les hormones, puisque les gonades des enfants se sont calmées et resteront tranquilles jusqu'à la puberté. Mais il est vrai, comme nous l'avons vu, que certaines influences génétiques et hormonales pré et postnatales ont projeté les enfants sur des trajectoires légèrement différentes. Longtemps avant qu'ils n'entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement. Et une fois le processus amorcé, ils s'épanouissent selon un modèle rose ou bleu qui caractérisera de bien des façons la suite de leur développement. (...)

Jouets: Barbie vs camion-benne
La plupart des parents ont des récits (...) sur les activités ludiques «typiques de leur sexe» de leurs très jeunes enfants. Et les recherches confirment que cette différence est remarquablement universelle. Qu'ils grandissent aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et probablement n'importe où dans le monde, les garçons de 2 à 5 ans choisissent à une écrasante majorité le camion, la petite voiture, le ballon ou tout autre jouet « masculin » quand on leur offre le choix entre ces objets et une poupée. Les fillettes du même âge sélectionnent la poupée, les ustensiles de cuisine ou le nécessaire à maquillage (surtout si l'un de ces jouets est rose). (...) «Il doit y avoir un gène de la bagnole sur le chromosome Y!» Voilà comment de nombreux parents expliquent le fait indéniable, universel. (...)
Bien sûr, ni les camions ni les poupées n'existaient il y a cent mille ans, quand le génome humain s'est stabilisé sur la séquence qu'il a aujourd'hui. Mais il ne paraît pas absurde de croire que certaines propriétés intrinsèques des jouets «garçons» et des jouets «filles» séduisent profondément, et différemment, les garçons et les filles.
L'argument contraire, c'est que non, non, trois fois non, il n'y a strictement rien d'inné à tout cela. C'est nous, les parents, qui imbibons les enfants de ces préférences à travers les choix que nous faisons très consciemment quand nous leur achetons des jouets et à travers les présupposés inconscients sur les garçons et les filles. Cette théorie de la prééminence de l'acquis sur l'inné, des facteurs culturels sur la nature, n'a plus autant la cote qu'il y a quelques décennies, notamment parce qu'elle est contredite par les tentatives des parents pour intéresser leurs fils aux poupées et leurs filles aux camions. Mais la vérité est quelque part entre les deux idées: les préférences des garçons et des filles pour telle ou telle sorte de jouets sont clairement biaisées par certaines tendances innées, mais elles sont amplifiées par divers facteurs sociaux au premier chef desquels la prise de conscience qui s'impose à l'enfant qu'il est un garçon ou une fille. (...)
Deux études récentes - une sur les jolis petits vervets, l'autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s'est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu'aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d'images). Les résultats sont similaires dans l'étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l'université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d'inné.
Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu'ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu'elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu'elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (...) L'attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l'étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. (...)

L'école: elles écrivent, ils comptent
S'ils insistent parfois pour porter des robes bien roses ou des jeans bien bleus pour l'école, ils ont beaucoup de choses en commun une fois en classe. Oui, les filles sont plus précoces sur le plan verbal. Mais en réalité, il s'agit là d'une des différences entre les sexes les moins importantes: elle se traduit par un simple écart de deux points de QI avant 6 ans et elle diminue beaucoup au cours des premières années du primaire (sans aucun doute parce que les enfants se mettent tous à parler énormément une fois qu'ils sont scolarisés). En d'autres termes, il y a des tas de petits garçons très loquaces. Et s'il est vrai que davantage de garçons que de filles ont des difficultés à apprendre à lire, il ne faut pas en conclure que tous les garçons peineront dans ce domaine ou, pis, qu'aucune fille n'a besoin d'aide supplémentaire pour apprendre à s'exprimer ou à lire. En outre, les filles ne sont pas en avance dans toutes les mesures de l'aptitude verbale. Pour le vocabulaire, en particulier, on n'observe pas de différence entre les sexes à partir de l'âge de 6 ans, en tout cas, et pendant toutes les années qui suivent.
Les garçons ont l'avantage dans d'autres domaines. Dès le primaire, ils ont des résultats un peu supérieurs aux tests d'aptitudes visio-spatiales et ils distancent de plus en plus les filles tout au long de l'enfance et de l'adolescence. Ils sont également tout aussi bons, sinon meilleurs qu'elles en maths. (...) En maths et en sciences, à vrai dire, les filles démarrent tout à fait du bon pied. Au début du primaire, elles connaissent leurs nombres et savent compter aussi bien que les garçons. Les filles et les femmes sont même meilleures que les garçons et les hommes en calcul mental. Au bout du compte, pourtant, ce sont les garçons qui obtiennent les meilleurs résultats dans la plupart des examens de mathématiques, dont ceux de géométrie, de mesures, de probabilités et pour les très redoutés «problèmes».
Considérons les données des tests d'évaluation passés par des centaines de milliers d'élèves américains. Les filles ont des résultats inférieurs à ceux des garçons, en maths comme en sciences, dans les classes de CM1 et de quatrième quoique la différence (deux à trois points) soit considérablement moindre que la différence, au désavantage des garçons, relevée aux tests de lecture et d'écriture. Les filles sont encore un peu plus en retard en terminale. A cet âge, cependant, il est encourageant de constater que les écarts se sont réduits presque de moitié par rapport à ce qu'ils étaient il y a dix ou vingt ans.

Ne pleure pas, mon fils!
A vrai dire (...), les garçons seraient plutôt plus émotifs que les filles: les nouveau-nés sont plus irritables, ils pleurent plus tôt s'ils ont un problème et ils sont moins faciles à consoler que les nouveau-nées. Les choses s'égalisent assez vite, mais, comme le savent tous les parents de garçons, ceux-ci manifestent beaucoup, beaucoup leurs émotions. Pour eux comme pour les filles, le début de la vie est un méli-mélo de périodes de bonne humeur et de chutes dans la déprime la plus noire, de crises de colère et de sourires exubérants, sans oublier les poignantes déclarations d'amour qu'ils adressent à leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs animaux domestiques. Les visages des garçons, comme ceux des filles, sont très, très expressifs (voilà pourquoi les parents aiment tellement les photographier). Arrivés à l'âge de 4 ou 5 ans, les garçons pleurent peut-être un peu moins que les filles, mais ils versent encore bien assez de larmes pour vous donner envie de les prendre dans vos bras, de les bercer et de faire tout votre possible pour les réconforter.
Si les garçons éprouvent sans l'ombre d'un doute les mêmes émotions que les filles, ils apprennent cependant bien vite à ne pas les montrer. Le cliché du mâle stoïque est assez juste - en apparence, du moins. Les hommes adultes manifestent effectivement moins d'expressions faciales, ils pleurent moins et, de manière générale, ils dissimulent leurs sentiments davantage que les femmes. Mais cela ne signifie pas qu'ils ne ressentent rien, bien au contraire! Dans les études en laboratoire, les hommes réagissent d'ailleurs plus intensément que les femmes aux stimuli émotionnels frappants comme le visionnage d'un film violent ou la peur de recevoir une décharge électrique. Le truc, c'est que leurs réactions sont essentiellement internes: dans les situations émotionnellement troublantes, ils connaissent de plus fortes accélérations de leur rythme cardiaque, de plus fortes élévations de leur pression artérielle et davantage de suées que les femmes. Mais leurs émotions, même si elles sont moins visibles en surface, sont tout aussi puissantes que celles des femmes.» (...)

Les sciences humaines et sociales démentent la théorie du genre : l'avis d'un neuropsychiatre et de chercheurs en sciences de l'évolution

Boris Cyrulnik face au suicide des enfants

Le Point - 29 septembre 2011 - Boris Cyrulnik (neurospychiatre et éthologue), propos recueillis par Émilie Lanez
En France, entre 40 et 100 enfants de moins de 12 ans se suicident chaque année. Pourquoi un enfant veut-il mourir ? Une question à laquelle Boris Cyrulnik, à la demande de Jeannette Bougrab, secrétaire d'État à la Jeunesse, répond en explorant le monde, méconnu, dans lequel grandissent nos enfants. Le neuropsychiatre appelle à des changements radicaux.
[...]
Pourtant, les garçons se suicident plus ?
Boris Cyrulnik : Les filles font dix fois plus de tentatives, mais les garçons aboutissent plus.
Garçon ou fille, observez-vous des différences ?
L'ontogenèse sexuelle commence au stade embryonnaire. La testostérone des embryons est un puissant déterminant biologique qui crée les organes des filles ou ceux des garçons. Puis la culture, qui commence dès la naissance, entoure différemment un bébé fille et un bébé garçon.
Les partisans de la théorie du genre considèrent qu'on éduque distinctement les filles des garçons pour perpétuer la domination masculine. Les croyez-vous ?
Je ne crois pas du tout à la suprématie des garçons, bien au contraire. Vers 17 mois, les filles disposent de cinquante mots, de règles de grammaire et d'un début de double réarticulation, par exemple être capable de dire "réembarquons", au lieu de "on va encore une fois dans cette barque". Avec quatre phonèmes, les filles expriment un discours. Les garçons obtiennent cette performance six mois plus tard ! 75 % des garçons commettent de petites transgressions (chiper un biscuit, pincer un bras, etc.), contre 25 % des filles. Alors ces filles, plus dociles, parlant aisément, sont bien mieux entourées. Il est plus aisé d'élever une fille qu'un garçon. D'ailleurs, en consultation de pédopsychiatrie, il n'y a que des petits garçons, dont le développement est bien plus difficile. Certains scientifiques expliquent ce décalage par la biologie. La combinaison de chromosomes XX serait plus stable, parce qu'une altération sur un X pourra être compensée par l'autre X. La combinaison XY serait, elle, en difficulté évolutive. Ajoutons à cela le rôle majeur de la testostérone, l'hormone de la hardiesse et du mouvement, et non de l'agressivité, comme on le croit souvent. À l'école, les garçons ont envie de grimper aux murs, ils bougent, ils souffrent d'être immobilisés. Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l'excellence des résultats scolaires. Elle valorise la docilité des filles.
Pourquoi n'avoir rien dit dans cette querelle autour de la théorie du genre ?
Je pense que le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est.

Pourquoi la théorie de l'évolution de Darwin est-elle autant détestée ?

Le Nouvel Observateur - 12 juin 2012 - Peggy Sastre
Les comportements des femmes sont-ils différents de ceux des hommes pour des raisons génétiques ? Le décryptage de la vie humaine par Darwin est bien une révolution, selon Peggy Sastre, auteur de "No sex" et "Ex utero". Ceux qui la critiquent peuvent aussi mal comprendre ou sous-estimer son importance.

La théorie darwinienne de l’évolution [...] peut se résumer en quatre propositions fondamentales :
1. Il existe une compétition entre les individus car les ressources de leur environnement sont limitées et les organismes produisent en général plus d’individus qu’il ne peut en survivre.
2. Il existe une variabilité interindividuelle au sein de chaque population. Certaines de ces variations sont héréditaires.
3. Il existe, dans un environnement donné, un avantage adaptatif ("fitness") associé à certaines variations, certains individus étant en conséquence plus efficaces ("fittest") que d’autres dans la lutte pour la survie et la reproduction.
4. En vertu des deux premières propositions, les individus porteurs de traits avantageux se reproduisent plus que les autres et transmettent leurs traits héritables à leur descendance. La population se trouve donc graduellement modifiée au fil des générations. Ce processus est appelé sélection naturelle, l'adaptation en est la conséquence.

[...] Mais l'idée darwinienne est peut-être l'un des paradigmes scientifiques les plus détestés de tous les temps [...]. En France, tout particulièrement, elle est aussi l'une des plus sous-estimées, mal connues et mal comprises. Je ne compte plus les fois où, en essayant de l'exposer et de l'utiliser, on m'a répondu des trucs du genre "ce n'est qu'une théorie, rien ne la prouve", "on ne peut pas l'appliquer aux humains", "c'est juste un gros délire anglo-saxon", "en voilà des idées odieuses qui justifient l'extermination des plus faibles, on va tous finir dans un stade avec un numéro sur le bras à ce rythme-là !", etc.

[...] Pour couper l'herbe sous le pied de ceux pour qui la théorie de l'évolution et la France sont incompatibles [...], je me suis orientée vers Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS, responsable d'une équipe de recherche en biologie évolutive humaine à l’Institut des sciences de l'évolution de Montpellier. Au sein de son laboratoire, j'ai aussi posé quelques questions à Charlotte Faurie, spécialiste, entre autres, de l'évolution de la latéralité dans les populations humaines.
Pour eux, la situation commence tout juste à se débloquer, en particulier depuis 2009, la fameuse "année Darwin", qui célébrait les deux cents ans de sa naissance et les cent cinquante ans de la première édition de "De l'origine des espèces".
Mais pour autant, m'ont-ils expliqué, "les mécanismes qui sous-tendent l'évolution sont généralement mal connus, peu enseignés, et mal vulgarisés. Souvent caricaturé, le principe de la sélection naturelle est aussi parfois rejeté pour des raisons idéologiques. Il est pourtant nécessaire de s'accommoder des règles qui régissent le monde, puisque nos opinions ne les changeront pas. Ainsi, si l'on projette d'aller sur la Lune, quelles que soient nos opinions personnelles, il est prudent de ne pas s'inventer sa propre la loi de la gravité. Il en est de même en biologie. La compréhension du monde vivant passe par la connaissance des règles de l'évolution, et la sélection naturelle est l'une d'elles, la seule qui puisse rendre compte des adaptations du vivant et de l'existence d'organes complexes."
[...]
Des blocages idéologiques et institutionnels
C'est pourtant ce genre de mantra – que l'humain super complexe échappe à l'évolution, d'aucuns disent même que l'humain n'évolue plus – qu'on se ressasse ici ou là, et en particulier dans les articles mentionnés ci-dessus. Pour Faurie et Raymond, cela s'explique par des "blocages, d'ordre idéologique et institutionnel. Les sciences sociales, au XXe siècle, ont défendu et construit des paradigmes scientifiques fondés essentiellement sur des déterminants purement environnementaux. Les effets biologiques dans les comportements étaient inconcevables (et restent inconcevables pour certains). Évidemment, la position opposée – tout s'explique biologiquement – est aussi extrême et fausse."
[...]
Blocage d'entre les blocages : les différences sexuelles. Pour Charlotte Faurie, ce sujet fait même "l’objet d’un obscurantisme ahurissant" :
"Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques."

Ce que Michel Raymond confirme :
"La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d'hommes et de femmes est uniquement d'origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s'est effacée dans la lignée conduisant à l'espèce humaine.
À ma connaissance, il n'en existe aucun de crédible, parce qu'aucun n'a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d'années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents.
Évidemment, l'environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon."

Comment pourrait-on s'en sortir ?
Encore, et toujours, les meilleurs ennemis de l'obscurantisme sont l'éducation et l'information. Pour Charlotte Faurie, la vulgarisation doit être mise avant tout entre les mains des chercheurs, qui devraient "être incités à une implication dans des actions de vulgarisation, par une valorisation de ce travail par le CNRS et les universités (actuellement c’est plutôt considéré comme un loisir et/ou une perte de temps, qui doit être fait en dehors du temps de travail)".
Quant aux journalistes, c'est en étroite collaboration avec les universitaires qu'ils devraient travailler, sans se contenter de "passer un coup de fil de dix minutes à un chercheur avant d’écrire à la va-vite et de publier sans relecture un article sur une question scientifique".

La notion de genre : un refus de la différence sexuelle entre homme et femme

Contre l’idéologie du “gender" - La subversion de l’identité

Valeurs Actuelles - 3 février 2011 - Elizabeth Montfort (ancien député européen, présidente de l’Alliance pour un nouveau féminisme européen)
Avec la théorie du gender, une véritable déferlante s’abat sur la France et l’Europe, dans une indifférence quasi générale. En juin dernier, l'IEP de Paris annonçait un enseignement obligatoire sur les gender studies pour septembre 2011. Début janvier, l’IUFM de Nice organisait un colloque sur “Filles et garçons au sein de l’institution scolaire” avec une place de choix pour ces études.
Cette théorie née aux États-Unis s’est développée dans les années 1990. Mais c’est vraiment la 4e conférence mondiale sur les femmes, organisée par l’Onu en 1995, qui a imposé ce concept dans le vocabulaire international, largement relayé au Parlement européen. Cette théorie est une véritable révolution anthropologique dont l’objectif est de repenser les rapports homme-femme à partir d’une déconstruction de leur identité. Ce mouvement succède à deux courants féministes : l’égalitarisme où la femme prend comme modèle l’homme pour s’affranchir de sa domination, et le différentialisme qui exalte les différences entre les sexes au mépris de ce qui est commun, c’est la revendication des droits de la femme et la guerre des sexes. Ces deux courants avaient encore un aspect pratique car leur but était d’obtenir par la loi l’égalité des droits (droit de vote, égalité salariale…).
Avec la théorie du gender, un nouveau courant idéologique apparaît. Une partie des féministes radicales, notamment dans leur composante lesbienne, ne sont pas satisfaites de l’égalité des sexes et de la parité. Pour elles, l’égalité et la parité sont un leurre car elles supposent une distinction entre les sexes, synonyme d’inégalité et de la domination de l’homme sur la femme. Leur féminisme s’inspire d’un mélange de néomarxisme, de structuralisme et d’existentialisme : d’une part, la dialectique dominants-dominés ; d’autre part, la déconstruction des stéréotypes imposés par la culture. Admettre la différence des sexes, c’est admettre la complémentarité des sexes, la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme.
Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. »
Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l'opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature.
On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel...) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine.
Il est urgent de réagir. C’est la mission que s’est donnée l’Alliance pour un nouveau féminisme européen : analyser et informer pour construire une société pacifiée, fondée sur le respect et la coopération plutôt que sur la rivalité et la compétition. Il s’agit bien de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, égaux en droits et d’une égale dignité.

Le débat interdit ? La différence sexuelle est devenue un tabou politiquement incorrect : la nécessaire lutte naissante contre l'obscurantisme de la théorie du genre et les queer studies, au nom de la raison, de la science et de la philosophie

Sylviane Agacinski : « La différence sexuelle est devenue un tabou »

Famille Chrétienne - 30 juin 2012 - Sylviane Agacinski (philosophe, professeur agrégée à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, épouse de l'ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin), propos recueillis par par Clotilde Hamon et Samuel Pruvot
Au moment où François Hollande envisage de légaliser le « mariage » homosexuel, la philosophe Sylviane Agacinski - épouse de Lionel Jospin - publie "Femmes, entre sexe et genre". Et tord le cou à l'idée reçue que la différence des sexes serait une pure construction sociale.
Depuis leur apparition dans le cursus de Sciences-Po en 2011, les « Gender studies » suscitent la controverse. Qu'est-ce qui vous a poussée à entrer dans ce débat ?
Je suis intervenue dans le débat en publiant récemment Femmes entre sexe et genre, pour dire que la notion de « genre » n'éliminait pas toute considération sur les sexes, contrairement à ce que soutiennent Judith Butler et les théoriciens du « Queer». Or je constate que cette position nuancée et longuement argumentée passe difficilement dans la presse. Quiconque ne dit pas aujourd'hui que tout est construit et artificiel est accusé d'être « naturaliste », de tout réduire à la nature et à la biologie, ce que personne ne dit!
Je ne suis nullement opposée, bien au contraire, aux recherches sur le « genre », à Sciences-Po ou ailleurs. Il y a une construction sociale et une interprétation culturelle de la différence des sexes, comme le montre la diversité des cultures, des institutions, des relations sociales.
Mais la distinction de sexe au sens strict reste pertinente si l'on considère ce que François Jacob appelle la logique du vivant, car les êtres humains sont des êtres vivants, jusqu'à preuve du contraire.
J'ai le sentiment très net que la différence sexuelle est devenue pour certains un véritable tabou, un sujet interdit. Au lieu d'une réflexion philosophique et anthropologique, on a affaire à un combat politique, comme s'il était réactionnaire de dire qu'il existe des hommes et des femmes. C'est assez amusant, au moment où tout le monde se félicite des progrès de la parité... Mais ce ne sont pas les « Gender studies» qui font problème, ce sont les « Queer studies».
Qu'est-ce qui fonde cette polémique ?
Les « études de genre » concernent l'aspect social des rapports hommes-femmes. Elles ne contestent pas la différence des sexes et l'asymétrie des corps sexués. En revanche, pour la « pensée Queer » ou « Queer theory », représentée par Judith Butler, la question n'est plus la construction sociale des sexes et encore moins l'histoire de la domination masculine, mais la « domination hétérosexuelle». D'où la polémique. Or, c'est complètement autre chose ! Il faut en fait traiter les deux problèmes. Mais, à mon sens, la lutte contre l'homophobie n'implique pas la négation de la différence sexuelle.
En France, les idées de Judith Butler sont plébiscitées au nom de la libération du corps...
Dans son ouvrage Ces corps qui comptent, Judith Butler réduit les corps à une matière brute, inerte, plastique, qui n'aurait aucune propriété. C'est là une extrême violence faite au corps, et donc aux personnes, comme je l'ai montré dans Corps en miettes.
Un courant faussement moderne considère le corps comme un matériau de fabrication. Il conduit à considérer les animaux comme des choses, puis les êtres humains eux-mêmes comme des choses. Or les êtres humains sont des individus vivants et des personnes. La distinction entre les personnes et les choses est d'ailleurs fondamentale dans notre droit.
Quelles sont les conséquences de ces idées sur la conception de la famille ?
L'une des conséquences est justement d'envisager l'enfant comme un produit fabriqué en laboratoire et les parents légaux comme des individus neutres, dont le sexe serait indifférent. Pourtant, même lors d'une fécondation in vitro (FIV), les rôles masculin et féminin dans une naissance ne sont pas identiques. Être « père » et « mère » - il se trouve que je suis mère et grand-mère -, c'est donc relatif à notre sexe et non pas à notre sexualité ou à notre « orientation sexuelle ».
On pourra retourner les choses comme on voudra, on n'arrivera pas à faire que ces deux rôles soient interchangeables. Ils sont aussi interdépendants. Cependant, comme ce sont les femmes qui portent les enfants et les mettent au monde, elles peuvent avoir des enfants sans être liées juridiquement à un homme. En revanche, la paternité, réputée incertaine, a été construite sur le mariage et la fidélité de l'épouse, et l'histoire du mariage patriarcal a été celle de la subordination légale des femmes à l'autorité maritale.
En fait, vous rappelez le lien entre l'institution du mariage et la filiation...
Autrefois, on avait affaire à l'engendrement naturel et à la filiation légale. Ces deux liens tantôt coïncidaient, tantôt étaient distincts, comme dans l'adoption. Ce qui complique les choses, ce sont les nouvelles possibilités biotechnologiques : fécondation in vitro, don de gamètes (ovocytes ou spermatozoïdes), transfert d'embryon, voire gestation pour autrui, là où elle est autorisée. On parle alors d'enfants biologiques, et non plus d'enfants naturels.
Quels sont les nouveaux défis posés par les technosciences ?
Si l'enfant est conçu comme un objet « fabriqué», plus rien ne fonde sa filiation. Elle devient une construction juridique indépendante des conditions de sa naissance. Donc, tout est possible. Même la notion de père ou de mère devient alors problématique. La notion de couple parental ne s'impose plus nécessairement: pourquoi deux parents et pas trois ou cinq ? Depuis toujours, la filiation, y compris pour les parents adoptifs, s'inspirait du modèle du couple mixte (homme-femme) et attribuait à l'enfant une double lignée, masculine et féminine. Je pose simplement la question : est-ce qu'on entre dans l'ère de l'enfant fabriqué, de l'homme fabriqué, sans égard pour la logique de la génération ? Si oui, alors il faut savoir que l'on efface tout lien entre ascendants et descendants.
Comment peut-on prétendre avoir deux papas ou deux mamans ?
On nous dit qu'un enfant peut avoir deux pères ou deux mères. Mais si un enfant peut être élevé par deux hommes, ou deux femmes, faut-il lui laisser fantasmer qu'il peut être issu de deux hommes ou de deux femmes, ou bien faut-il distinguer entre son histoire réelle, ses géniteurs, son origine si vous voulez, et la famille qui l'élève ? Il faut alors lever, comme bien des pays européens, l'anonymat du don de gamètes.
Le thème de la Gay Pride 2012 est « L'égalité, c'est maintenant!». Comment penser aujourd'hui la notion d'égalité ?
L'égalité ne veut pas dire la similitude. L'égalité homme-femme, égalité des droits, est aujourd'hui en marche. Mais la question est plus complexe que cela puisqu'il y a certains droits qui prennent en compte d'entrée de jeu une dissymétrie sexuelle ou générationnelle, par exemple la différence entre enfant et adulte ou entre adulte et vieillard. Autrement dit, nous n'avons pas, tous, tout à fait les mêmes droits. Le droit à la retraite est tributaire de l'âge, comme le droit à l'éducation. Nous ne sommes pas dans une égalité entre des individus neutres. Les droits sociaux sont liés à une certaine situation, à une certaine condition.
La question qui se pose, c'est notamment celle du droit de l'enfant. Je crains que sous couvert de l'égalité, on ne soit tenté de parler surtout d'un droit à l'enfant. La société doit-elle donner à chacun les moyens techniques d'avoir un enfant, y compris en utilisant le corps d'autrui comme un matériau anonyme (cellules, utérus) ? Il appartient à chacun, mais aussi au législateur, de définir les droits de l'enfant.

Agacinski : "Nul n'est sexuellement neutre"

Le Point - 26 juillet 2012 - interview de Sylviane Agacinski (philosophe, auteur de "Femmes entre sexe et genre" (Seuil), épouse de l'ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin), propos recueillis par Thomas Mahler
Dans "Femmes entre sexe et genre" (Seuil), la philosophe Sylviane Agacinski s'oppose vivement à la queer theory, qui considère la distinction entre homme et femme comme une pure construction sociale.
Le Point : Comment est née la distinction entre sexe et genre, qui a débouché sur les célèbres "gender studies"?
Sylviane Agacinski : Elle émerge dans les années 50 à partir des travaux sur le transsexualisme. Dans "Sex, Gender and Society", en 1972, la sociologue Anne Oakley rassemble sous la notion de gender (genre) les attributs psychologiques et culturels, masculins ou féminins, acquis par les individus en fonction des processus de socialisation. Cette notion mettait en lumière le fait que les rôles et les statuts sociaux des deux sexes, leurs qualités physiques, intellectuelles et morales ne découlaient pas de la nature mais des relations établies entre les deux. Relations historiquement et culturellement variables. Cependant, on a observé partout la construction du pouvoir exercé par les hommes sur les femmes, en particulier dans la famille, ainsi qu'une valorisation systématique du masculin par rapport au féminin. Il faut donc faire une distinction entre la simple dualité organique des sexes, liée essentiellement à la procréation, et la hiérarchie sociale des genres construits.
Dans votre nouveau livre, "Femmes entre sexe et genre", vous dénoncez les "impasses" de la "queer theory" et de sa principale représentante, Judith Butler. Quel est donc ce courant venu des Etats-Unis et très en vogue actuellement en France ?
Judith Butler abolit toute distinction entre sexe et genre en soutenant que le sexe (mâle ou femelle) est "une construction culturelle au même titre que le genre". Dans "Trouble dans le genre", paru en anglais en 1990, elle affirme que les corps sexués ne sont pas donnés mais résultent d'un "façonnement disciplinaire". Ce façonnement tiendrait à la domination hétérosexuelle et les genres dépendraient de la diversité des conduites sexuelles ou érotiques (lesbiennes, gays, transsexuels...) sans rapport avec la distinction entre homme et femme.
Selon vous, la "queer theory" a installé une "division illusoire" entre culturel et biologique. A vous croire, on ne serait même pas loin de l'obscurantisme, car ce courant fait fi de "l'ensemble des sciences de la vie".
Il me paraît vain en effet de dénier notre condition d'êtres vivants, mortels et sexués. La question est de comprendre comment certaines relations humaines sont instituées, différemment selon les cultures, sans découler directement de la différence sexuelle, universelle. C'est un problème philosophique et anthropologique ardu.
Vous allez jusqu'à affirmer que la "queer theory" est un "véritable cheval de Troie" contre le féminisme...
Le féminisme est né d'une révolte contre la longue subordination des femmes. Je m'efforce de montrer dans mon livre que cet assujettissement repose sur l'appropriation masculine du corps des femmes (famille patriarcale, prostitution, marché des mères porteuses). Si l'on dit avec Butler que les femmes n'ont "rien en commun", on ne peut expliquer l'histoire de la domination masculine et la possibilité d'en comprendre les ressorts et les motivations. Le féminisme perd tout sens. [...]
Pour résumer votre position dans ce débat entre sexe et genre, il s'agit de dépasser le "tout naturel" comme le "tout culturel". "Le sexe ne détermine pas la sexualité, mais la sexualité n'abolit pas le sexe", écrivez-vous...
Exactement. Le sexe relève de la logique du vivant et de différences organiques : il y a, d'un côté, l'érection masculine et l'expulsion de la semence ; de l'autre, l'espace intérieur, pénétrable, du sexe féminin, avec son pouvoir d'enfanter. La distinction entre les sexes est fondamentalement relative à la génération, comme le disait déjà Platon, et n'est nullement remise en question par les formes du désir et du plaisir sexuels : face à la procréation, c'est le sexe d'un individu qui importe, non ses pratiques sexuelles.
[...]
Aujourd'hui, les biotechnologies, loin d'abolir les différences sexuelles, feraient peser de nouvelles servitudes sur les femmes, avec notamment les mères porteuses, que vous qualifiez de "femmes-outils"...
L'enfantement concerne la vie intime d'une femme. Ce n'est pas une fonction organique séparable de sa personne, de son corps, de ses désirs propres. Partout où cette pratique existe légalement, elle est rémunérée : les femmes les plus démunies deviennent des marchandises pendant neuf mois, comme l'enfant lui-même.
Que pensez-vous de la prise de position abolitionniste de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, au sujet de la prostitution ?
Je la partage sans réserve. Il faut rompre avec l'idée que les femmes sont des corps fonctionnels et disponibles qui doivent pouvoir servir (sexuellement ou pour enfanter). Bien sûr, il est impossible de prohiber toute relation sexuelle privée et rémunérée. Il s'agit d'abolir le système prostitutionnel, le trafic des femmes et le proxénétisme. [...]
Au nom de l'altérité des sexes, vous vous êtes aussi prononcée contre l'homoparentalité et le mariage homosexuel...
Le problème n'est ni le mariage entre personnes du même sexe ni la capacité à élever des enfants. C'est le droit des enfants à connaître leur histoire et les conditions réelles de leur naissance. Il s'agit d'inscrire l'enfant dans l'ordre de la génération sexuée et de ne pas faire de lui un produit fabriqué à l'aide de matériaux biologiques anonymes. L'anonymat du don de gamètes doit être remis en question. La filiation est universellement bilatérale (un côté féminin et un côté masculin) parce qu'elle reproduit la structure de la génération sexuée. On est père ou mère en fonction de son sexe, non de sa sexualité.

La burqa de chair ne vaut pas mieux que la burqa de tissu

Le Point - 19 juillet 2012 - interview de Nancy Huston (auteur de Reflets dans un oeil d'homme), propos recueillis par Victoria Gairin
Alors que la théorie du genre connaît son heure de gloire, la romancière Nancy Huston explore les tensions de la sexualité occidentale.
L'éducation et les acquis ont beau faire croire à l'indifférenciation des sexes, le naturel ne revient-il pas toujours au galop ? Dans un essai tonitruant ("Reflets dans un oeil d'homme", Actes Sud), Nancy Huston s'entoure d'icônes qui ont appris - souvent à leurs dépens - les conséquences de cette différence innée et les ravages des diktats de la société du paraître. Nelly Arcan, Lee Miller, Anaïs Nin, Jean Seberg... Autant de destins qui retracent l'histoire d'un regard qui nous façonne toutes. Rencontre.
Le Point.fr : Pourquoi aviez-vous envie de vous pencher sur l'éternel masculin ?
Nancy Huston : Ça me trotte dans la tête depuis mon dernier livre, Infrarouge. Mon personnage principal, la photographe érotomane Rena Greenblatt, a essayé de singulariser les hommes et leurs comportements bizarres, les spécificités qui ne nous sautent pas aux yeux tant elles sont omniprésentes. En me mettant dans la peau de Rena, je me suis aperçue à quel point il n'était pas "évident" pour une femme de prendre en photo le corps nu de l'homme, et à quel point ses orgasmes et ses poses amoureuses étaient absents de l'art féminin. Alors que l'inverse est tellement banal... Puis il y eut le suicide de l'écrivaine québécoise Nelly Arcan. J'ai acheté Putain (Éditions du Seuil, 2001) dès le lendemain et l'ai dévoré dans un état de saisissement. Je n'avais jamais rien lu d'aussi fort sur la prostitution. Nelly Arcan a compris une chose essentielle sur le comportement des femmes : cette façon de se montrer, cette rivalité pour être la plus belle - la plus "schtroumpfette" comme elle dit ! Et elle refuse de considérer ces comportements exclusivement comme une aliénation, une chose plaquée sur nous par les hommes depuis la nuit des temps...
L'importance du regard chez Nelly Arcan vous paraissait emblématique de cette recherche ?
C'est sans doute celle qui a le mieux décrit la découverte de ce double que nous apporte le regard de l'autre depuis l'enfance. Et le besoin constant de le transformer, de le travailler, l'angoisse aussi de ne pas trouver dans le miroir le reflet souhaité. C'est aussi ce que décrit le Britannique John Berger dans Ways of Seeing : la femme est toujours elle-même, plus le regard de l'autre sur elle ; elle a intériorisé ce regard.
Un regard, somme toute, très masculin...
En effet. Et il est même souvent bien plus dur que celui des hommes réels. Mais revenons à Berger. Sans doute trop pris à l'époque dans son analyse marxiste, il a oublié de dire que c'est parce qu'il existe une différence biologique entre les sexes. En interrogeant des amis peintres, photographes, écrivains, j'ai compris que je tenais un vrai sujet.
Certains ont vu dans votre livre une véritable déclaration de guerre à la théorie du genre. Qu'en pensez-vous ?
Je n'ai rien contre la notion de genre. Il est bien sûr fondamental de distinguer sexe et genre, et de comprendre que, dans toutes les sociétés, la différence des sexes a toujours été retravaillée. Là où cela devient dangereux, c'est quand la théorie devient totalisante, que le tout-culture remplace le tout-nature et nous empêche de voir la réalité qui nous entoure. Nier l'existence de différences réelles entre les sexes, c'est nier entre autres la maternité, et c'est très grave. Or toutes les industries qui s'enrichissent sur la beauté des femmes - qu'il s'agisse de la mode, du cinéma, de la publicité, ou de la pornographie - nient la femme-mère.
Comment expliquer ce virage ?
La maternité est la seule différence irréductible entre les sexes. Alors que 90 % des femmes continuent d'être mères à la vieille manière, la théorie du genre n'évoque la maternité que dans ses versions atypiques : mères porteuses, FIV, homoparentalité, etc. La séduction était au départ liée à la reproduction ; maintenant celle-ci est escamotée et celle-là prolifère follement. Notre société est très exactement "allumeuse" : la nudité féminine est partout, et les hommes sont excités en permanence. Mais comme ils savent qu'ils n'ont plus le droit de nous toucher contre notre gré, ils se défoulent comme ils peuvent, avec la pornographie et les prostituées... Celles qui trinquent, ce sont les femmes les plus fragiles, tant économiquement que psychiquement. 80 % des prostituées en France sont d'origine étrangère. En d'autres termes, les femmes "respectables" sacrifient d'autres femmes pour avoir la tranquillité.
Vous jugez assez sévèrement la fierté que les femmes occidentales placent dans leur liberté. Pourquoi ?
Parce que les choses ne sont pas aussi simples ! Attention, je ne dis pas non plus que les femmes sont soumises à 100 %. Mais elles sont confrontées à une tension permanente. Elles doivent assurer sur tous les fronts. Être l'égale des hommes professionnellement, faire des enfants comme si de rien n'était, sans en avoir l'air, consacrer du temps à son apparence et ne pas négliger les tâches ménagères. Tout cela en acceptant, bien sûr, que leur mec se masturbe en regardant de la pornographie... Ça fait beaucoup de contradictions ! Si certaines femmes portent le voile en France, il ne s'agit peut-être pas que de soumission. Pour beaucoup, cela signifie le refus de se soumettre aux diktats d'une société qui a décidé de tout montrer. Si certaines femmes désirent montrer une distance par rapport à ça, je les respecte ; je ne vois pas en quoi elles sont plus opprimées que nos mannequins squelettiques, refaites de la tête aux pieds, immobiles, figées dans des positions grotesques. Pour reprendre les mots de Nelly Arcan, la "burqa de chair" ne vaut pas mieux que la "burqa de tissu".
Pourtant, l'heure est, semble-t-il, au mélange des genres, à l'androgynie, à l'homme efféminé... N'est-ce pas un moyen de changer le regard de l'homme sur la femme et de la femme sur elle-même ?
Tout ce qui remet en cause le machisme est bon à prendre ! Dire que l'inné existe, ce n'est pas dire que les rôles sexuels sont incontournables et immuables ; tout cela se retravaille, et c'est bien qu'il y ait le plus possible de "jeu" là-dedans. Mais certains phénomènes sexuels ne relèvent pas exclusivement des rôles : la grossesse et l'accouchement, par exemple ; ou encore, j'en suis convaincue, la tendance qu'ont la plupart des hommes à désirer les femmes par le regard.
Science Po a lancé récemment un programme sur la question du genre, qui fait en même temps son entrée dans les manuels scolaires. Comment expliquez-vous que les gender studies, qui passionnent les universités anglo-saxonnes depuis bientôt quarante ans, n'arrivent que maintenant chez nous ?
Si [les gender studies] ne sont institutionnalisées que maintenant, cela fait longtemps que, sous différentes formes, ces théories dominent en France. Elles sont en parfaite continuité avec les thèses d'Élisabeth Badinter et de Simone de Beauvoir, mais aussi, de façon plus surprenante, avec celles de Lacan, de Marx, de Descartes... Et, au fond, avec tous les monothéismes. Elles reposent sur le postulat d'une séparation radicale entre le corps et l'esprit, et la primauté de l'esprit sur le corps.[...] La nature est allègrement niée ; à la différence de toutes les autres espèces sur la planète Terre, nous ne sommes pas programmés pour nous reproduire ! D'où l'évacuation de la maternité ; et d'où, tout aussi gravement, l'évacuation de la tempête hormonale qui submerge les garçons à l'adolescence. Comment voudrions-nous en parler, y réagir ? Impossible d'aborder cette question, puisque, selon l'idéologie officielle, "l'un est l'autre". Ainsi ce sont les réponses les plus sauvages - prostitution, jeux vidéo et films violents - qui perdurent et prolifèrent.

Nancy Huston et l'oeil des hommes

Le Point - 25 avril 2012 - AFP
"Mon livre est une réflexion sur la drague et la coquetterie en Occident, qui conclurait qu'on est moins libre qu'on ne le croit", dit à l'AFP Nancy Huston, auteur d'un essai mordant sur ce qui façonne la femme contemporaine et le regard porté sur elle.
Dans "Reflets dans un oeil d'homme" (Actes Sud), publié le 2 mai, la romancière et essayiste franco-canadienne convoque avec gravité ou humour sa propre expérience, celle d'artistes, et les figures de Nelly Arcan, Jean Seberg, Marilyn Monroe.
"Ce que j'interroge, ce sont les responsabilités de la société occidentale vis-à-vis du regard porté aujourd'hui sur les femmes".
Et elle part en guerre contre ceux qui, "telle Elisabeth Badinter, souhaitent une société dans laquelle, nous, les femmes, aurions une sexualité aussi baladeuse que celle des hommes. Comme si les comportements masculins étaient universels".
La théorie du genre, "qui considère l'identité biologique comme quantité négligeable, est maintenant intégrée aux manuels scolaires et devient l'idéologie officielle chez les intellectuels. C'est un refus angélique de notre animalité", s'insurge-t-elle.
Ces gens raisonnent "comme si la liberté était acquise. Elle ne l'est pas. Et les premières victimes sont les femmes les plus fragiles".
[...]
Selon elle, les gènes ont la vie dure : "dans notre espèce, comme dans tant d'autres, les mâles n'ont pas les mêmes envies ni les mêmes comportements sexuels que les femelles". Nous sommes toujours, en ce sens, "des hommes et des femmes des cavernes".
[...] "Quelques-uns vont pousser des hauts cris, réduire mon essai à un éloge de la maternité. Mais "ce qui fonde la différence entre hommes et femmes, c'est que celles-ci portent les enfants".
"Nous ne sommes pas responsables de ce +privilège+ que nous payons très cher. Et c'est précisément cette seule vraie spécificité qui est exclue de l'image de la femme moderne", estime Nancy Huston.
Avoir un enfant, "pour une femme, ça ne se passe pas comme une lettre à la poste ! Mais on tente de le nier", insiste-t-elle, évoquant, sans la nommer, Rachida Dati, de retour au travail trois jours après son accouchement.
Plus grave, "si les petites filles sont traitées comme des petits garçons, elles ne pourront plus comprendre le lien entre grossesse et bébés. Et l'on aura plein de bébés congelés !", avance-t-elle, en référence à l'affaire Courjault.

Femmes ne devenez pas des hommes comme les autres !

Le Monde - 26 août 2011 - François-Xavier Bellamy (normalien, agrégé de philosophie, professeur en lycée, adjoint au maire de Versailles sans étiquette)
Caroline de Haas nous offre, dans une tribune parue récemment dans le Monde.fr, une longue et laborieuse argumentation destinée à écraser définitivement les derniers "sursauts réactionnaires" - entendez par là l'opinion des malheureux catholiques qui n'ont pas la chance de penser comme elle. Désormais, c'est l'Eglise qu'on met à l'index, avec une rhétorique digne des plus belles caricatures de l'Inquisition. Le sous-titre de cet écrit - "Existe-t-il des pseudo-essences féminine ou masculine ?" - annonce parfaitement l'ouverture intellectuelle de la discussion qu'il propose. Quand une question contient autant sa propre réponse, on croirait lire un petit catéchisme totalitaire...
Mais ne nous arrêtons pas à la forme, qui est plus maladroite sans doute que réellement méchante. Comme l'auteur le remarque elle-même, l'enjeu dépasse largement l'opinion des "catholiques de droite." Cette tribune est réellement intéressante pour ce qu'elle révèle d'une confusion fondamentale qui pèse largement sur ces débats de genre. Caroline de Haas veut lutter pour l'égalité de l'homme et de la femme ; combat légitime s'il en est, nécessaire, urgent même, et auquel tout être humain qui n'est pas totalement aveugle ou barbare ne peut que s'associer. Considérer que l'un des deux sexes soit supérieur à l'autre (quel qu'il soit – et combien de fois je me suis senti, en tant qu'homme, ravalé au rang d'être inférieur, primaire, violent, obsédé et dominateur, par des féministes emportées par leur sainte colère !), c'est incontestablement à la fois une erreur objective et une faute morale grave.
Mais pourquoi faudrait-il, pour être sûr de l'établir définitivement, confondre cette égalité indéniable avec une identité plus que douteuse ? Pourquoi faudrait-il, pour assurer que la femme n'est pas inférieure à l'homme, s'évertuer à démontrer qu'elle n'est pas différente de lui ? Pourquoi fragiliser un combat aussi légitime, une démonstration aussi solide, en voulant le fonder sur un raisonnement aussi absurde ? Oui, l'homme n'est pas une femme, la femme n'est pas un homme. Alors que notre société prend conscience, enfin, de la nécessité de respecter vraiment la nature telle qu'elle est, de renoncer à la modeler selon les excès de son désir de toute-puissance, pourquoi ne pas respecter notre propre nature, telle qu'elle est, sans chercher à la nier ? On condamnerait à raison une entreprise qui, pour exploiter une nappe de pétrole, chercherait à cacher l'existence des différentes espèces qu'elle mettrait en danger ; de la même façon, poursuivre le projet politique de l'homoparentalité, par exemple, n'autorise personne à nier la réalité naturelle de la différence sexuelle. Oui, l'homme est la femme sont différents ; ne soyons pas indifférents à cette dualité essentielle de notre nature, sachons au contraire l'apprivoiser, l'aimer, comme nous apprenons à respecter et à admirer la nature telle qu'elle est.
Egalité ne veut pas dire nécessairement identité ; pour tomber dans cette confusion élémentaire, Caroline de Haas fragilise son beau combat, et tombe souvent à côté de la plaque. Elle veut prouver que nous avons les mêmes cerveaux, également réceptifs à la culture ambiante ; personne n'en doute... Mais nous ne sommes pas que des cerveaux ! L'être humain est un corps, doté de sa part d'animalité, d'instinct, de sensibilité ; et ce corps est sexué. Cette réalité physique ne dépend pas de notre culture. Partageant une égale rationalité, comment ne pourrions-nous pas reconnaître que l'homme et la femme sont génétiquement, organiquement, charnellement différents ? Et de même que la biodiversité est reconnue comme un patrimoine à protéger, pourquoi ne pas regarder cette différence comme un trésor à protéger et à découvrir ?
Reconnaître l'évidence biologique, et l'expérience psychologique, de la différence des sexes, n'empêche pas d'affirmer leur égalité, bien au contraire. Méfions-nous : le combat du gender pour affirmer une identité illusoire pourrait bien constituer, par une ruse de l'histoire, la victoire paradoxale de la phallocratie, et apporter une réussite encore jamais atteinte aux forces d'aliénation de la femme. Lorsque le féminisme en vient à nier l'existence de la femme, on est en droit de se demander qui y gagne dans son long et légitime combat. Lorsque Caroline de Haas exige que la femme soit considérée comme identique à l'homme, elle renonce à construire un modèle d'individualité propre, autonome, et se laisse finalement aliéner par le modèle masculin, succombant à l'ancestrale prédominance qu'elle dénonce. La liberté de la femme ne consiste pas à ne pas pouvoir être elle-même !
Le féminisme du gender partage le projet du machisme le plus inégalitaire : fermer toute possibilité de dialogue. Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. Dans l'un et l'autre cas, rien à apprendre, rien à recevoir – rien à donner non plus. Mais de l'être qui est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel. Femmes, vous nous fascinez pour ce que vous êtes ; notre différence est le difficile trésor qu'il nous appartient d'apprivoiser ensemble. Pour y parvenir, reconnaître et vivre notre égalité est une nécessité concrète ; mais proclamer notre identité serait notre commun échec. Femmes, ne vous laissez pas aliéner, ne devenez pas des hommes comme les autres !

La stratégie d'infiltration élitiste et anti-démocratique de la théorie du genre au sein des institutions

Un enseignement en forme de propagande - Sciences Po frappé par le genre

Valeurs Actuelles - 29 septembre 2010 - Frédérique de Watrigant
Les études sur le genre entrent à Sciences Po : une première conférence a été donnée le 27 mai et les enseignements seront obligatoires pour tous les étudiants à la rentrée 2011. Le programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre porte un nom prémonitoire : “Présage”.
Car en s’intégrant dans les cours dès le Collège universitaire de Sciences Po, il risque fort de mettre en péril les fondements pédagogiques d'un institut qui a largement fait ses preuves en fournissant à notre pays la majorité de ses cadres politiques depuis des décennies. Une nouvelle pierre apportée par son très médiatique directeur, Richard Descoings, pour transformer la vénérable maison selon ses vues personnelles.
Pour comprendre ce qui est en jeu, il faut d’abord préciser ce que recouvrent les études sur le genre (plus connues sous le nom de gender studies) et la théorie du genre. Or la première difficulté naît du terme lui-même, dont le contenu sémantique est extrêmement large. En français, “études de genre” renvoie aux statistiques sur le sexe, aux “sexospécificités” en sociologie, à l’égalité des sexes en droit, à la parité en sciences politiques... En bref, les études sur le genre recouvrent une nébuleuse dont il est très difficile de comprendre la portée, d’autant qu’elle se dissimule derrière des objectifs de promotion de la femme dans tous les domaines de la vie sociale et de combat contre les injustices sociales découlant des inégalités sexuelles.
La confusion sémantique est une manière de voiler la conception anthropologique plus que singulière induite par la théorie du gender. Selon celle-ci, le genre désigne le sexe social, c’est-à-dire ce qui est déterminé par l’environnement social et culturel. Le sexe n’est plus perçu comme une différence biologique déterminée dès la naissance par la nature, mais comme une construction sociale déterminée par la culture. Plus encore, la différence des sexes est une aliénation imposée par la nature. Pour être libre, l’individu doit pouvoir choisir et construire sa propre identité sexuelle ; d’où la substitution dans le vocabulaire du genre, masculin-féminin, au sexe, homme-femme, car l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle que par son identité. Or, n’en déplaise aux partisans du gender, la réalité c’est que nous naissons homme ou femme et que cette condition ne peut être niée, sous prétexte qu’il existe une infime minorité de cas de confusion ou de transformation de l’identité sexuelle. La théorie du gender n’est qu’une nouvelle élucubration conçue par des intellectuels américains qui nient la réalité sociale pour créer un Homo sapiens selon leurs désirs. Le gender est d’ailleurs contesté par des scientifiques qui constatent qu’il est impossible de s’affranchir du déterminisme biologique. L’anthropologue Françoise Héritier (professeur honoraire au Collège de France) rappelait que « la différence des sexes – à la fois anatomique, physiologique et fonctionnelle – est à la base de la création de l’opposition fondamentale qui permet de penser ». Si le présupposé de sexe conçu comme exclusivement social est faux, comment peut-on de manière critique, comme le veulent les savoirs sur le genre, interroger la réalité sociale à travers cette grille d’analyse ?
Le propre de Sciences Po, qui s’appuie majoritairement sur l’enseignement de l’histoire, est de former les esprits à l’analyse critique. La solide culture générale que les étudiants y acquièrent vient de leur confrontation à différentes écoles de pensée ; ils apprennent ainsi à utiliser plusieurs portes d’entrée pour appréhender la réalité, et le résultat à la sortie donne des cadres parfaitement polyvalents, comme le montre la diversité des parcours professionnels des diplômés de l’école.
C’est pourquoi la seconde objection à cet enseignement porte sur le caractère obligatoire des cours alors même que la plupart des enseignements à Sciences Po ne le sont pas. D’autant qu’il n’est pas question de proposer des enseignements contradictoires, permettant aux étudiants de porter un regard critique sur ces savoirs. Il ne s’agit pas en effet d’ajouter seulement une chaire de recherche, mais « de former l’ensemble des étudiants(es) de Sciences Po à la pensée sur le genre », comme il est précisé sur le site de Présage.
Former signifie aussi façonner et donc faire entrer dans les cerveaux des plus jeunes une conception de la réalité on ne peut plus contestable, parce qu’irréelle. Le fait de cette obligation démontre bien qu’il s’agit avant tout de propager cette théorie au sein même des futures élites de notre pays, Sciences Po servant ici de simple cheval de Troie. Sensibiliser les étudiants aux inégalités politiques et économiques objectives entre les hommes et les femmes en leur proposant de les étudier en droit et en économie est une chose. S’attaquer à la conception de l’être humain en est une autre, autrement plus grave pour la cohésion et l’avenir de notre société.

La polémique sur l'introduction en catimini de la théorie du genre dans les manuels de sciences et vie de la terre (SVT) des classes de première ES et L

La bataille du «genre» s'invite au lycée

Le Figaro Magazine - 19 août 2011 - Sophie Roquelle
Importée des États-Unis, la «théorie du genre» professe que l'identité sexuelle est une construction sociale. Enseignants laïcs et associations catholiques protestent contre cette «innovation» qui figure désormais dans les manuels de première.
Voilà une polémique que le ministre de l'Education nationale n'a pas vue venir. En publiant le 30 septembre 2010 une circulaire sur les nouveaux programmes de sciences et vie de la terre (SVT) en classe de première, Luc Chatel ne se doutait pas qu'il se retrouverait quelques mois plus tard face à un front du refus inédit: plus de 35.000 signataires d'une pétition pour «l'école de la République», ainsi que les associations catholiques, Christine Boutin et une partie de l'UMP. En cause? L'enseignement de la «théorie du genre», une discipline née aux Etats-Unis dans les milieux féministes radicaux (gender studies), selon laquelle la différence entre l'homme et la femme relève d'un «genre social» sans lien avec le sexe biologique [...]. La différence des sexes et l'hétérosexualité sont conçues comme des constructions sociales. Dans ce cadre, le masculin, le féminin et la sexualité sont à redéfinir en termes d'«orientation choisie, et non plus d'identité inscrite dans le corps». «L'identité sexuelle dépend, d'une part, du genre conféré à la naissance, d'autre part, du conditionnement social», dixit le manuel Bordas. En d'autres termes, nous sommes autant homme ou femme qu'hétérosexuel, homosexuel, bi, trans, etc.
Au vrai, la circulaire du ministère ne mentionne pas spécifiquement la théorie du genre. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle Luc Chatel a refusé depuis le début de cette querelle d'intervenir publiquement. Jean-Paul Garraud, le député UMP de Gironde qui l'interpellait en juin à ce sujet, le ministre aurait répondu que la théorie du genre «ne fait absolument pas partie du programme des lycéens». Le hic, c'est que les éditeurs de manuels ne l'ont pas compris ainsi... (voir ci-dessous).
Officiellement, donc, les lycéens des classes de première des séries ES et L doivent aborder cette année un programme de sciences qui [...] propose «l'étude de la sexualité humaine». Outre les mécanismes de la procréation, déjà enseignés dans les précédents programmes, l'Education nationale a ajouté un chapitre intitulé «Devenir femme ou homme». La circulaire précise : «On saisira l'occasion d'affirmer que si l'identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l'orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée.»
Sur le moment, dans son lycée des Vosges, Katia Lévy n'a pas bronché en lisant cette phrase. Mais lorsque les nouveaux manuels de SVT sont arrivés au printemps dans les établissements, la jeune enseignante (elle n'a pas 30 ans) a compris. «On assiste à un basculement, proteste-t-elle. Jusqu'ici, l'enseignement de la sexualité humaine était strictement limité à sa dimension biologique. Maintenant, on nous demande d'enseigner aussi ce qui relève de la sphère privée, c'est-à-dire sa dimension sociale.» Avec un enseignant de l'académie de Nancy-Metz, Mathias Dourdessoule, elle lance une pétition sur internet pour dénoncer «les entorses gravissimes aux valeurs de notre école», notamment les entorses à «sa neutralité» et «au respect de la personnalité de l'enfant et de l'action éducative des familles». En trois mois, sur le site : ecole-deboussolee.org, la pétition récolte plus de 35 000 signatures, bien au-delà du cercle des profs de SVT.
Ce succès a surpris les deux enseignants (qui ont pris des pseudonymes afin de ne pas avoir d'ennuis avec leur hiérarchie), le soutien d'organisations catholiques aussi. «Cela ne me gêne absolument pas, précise Katia Lévy, qui affirme être «athée» et «ancienne militante du PS». «Pour moi, ajoute-t-elle, enseigner la théorie des genres revient à remettre en cause Darwin et à enseigner le créationnisme
Un argument rejeté avec force par les partisans du gender, telle la philosophe Geneviève Fraisse, qui assurera un cours à Sciences-Po Paris sur le sujet à la rentrée [...], et qui se définit comme une «chercheuse féministe».[...]
En attendant, plusieurs organisations catholiques - qui craignent que la théorie du genre ne soit le faux nez d'une campagne de promotion de l'homosexualité à l'école - ont écrit à Luc Chatel pour lui demander de clarifier sa circulaire et de récuser la théorie du genre. Ce que le ministre s'est refusé à faire, rappelant par la voix de son directeur général de l'enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer : «Il ne s'agit pas de favoriser telle ou telle théorie sociologique particulière. S'il y a une extrapolation de certains manuels, ce n'est pas de la responsabilité du ministère. » [...]
La direction de l'enseignement catholique a alerté ses établissements sur les passages incriminés, sans toutefois exiger d'eux qu'ils renoncent aux manuels pour «ne pas dramatiser». «Nous disons simplement qu'il y a une norme: on naît garçon ou fille, et nous réfutons qu'on ait le choix de son genre», expliquait alors à l'AFP son directeur adjoint, Claude Berruer.

analyse Des extraits des manuels de SVT de première ES et L concernant la théorie du genre sont cités en dessous de l'article du Figaro (pour y aller, cliquez ci-dessus sur le titre de cet article)

Les catholiques mobilisés contre les manuels de biologie

Le Figaro - 1 juin 2011 - Marie-Estelle Pech
La direction de l'enseignement catholique s'inquiète de l'introduction en première de la «théorie du genre», contestant les différences homme-femme.
Après que les associations familiales catholiques ont envoyé une lettre à Luc Chatel et organisé une pétition de protestation, l'enseignement catholique s'alarme à son tour des nouveaux programmes de sciences de la vie et de la terre (SVT) en classe de première, applicables à partir de septembre 2011.
Son secrétaire général adjoint, Claude Berruer, a envoyé vendredi une lettre à l'ensemble des directeurs diocésains qui vont la transmettre aux chefs d'établissement de l'enseignement catholique pour les tenir « en alerte». C'est la partie concernant la sexualité humaine dans les programmes qui les inquiète. Le chapitre intitulé «devenir homme ou femme» fait «implicitement référence à la théorie du genre, qui privilégie le “genre” considéré comme une pure construction sociale, sur la différence sexuelle», est-il affirmé dans la lettre. «L'identité masculine ou féminine, selon cette théorie, n'est donc pas une donnée anthropologique mais une orientation.» Les manuels qui commencent à arriver dans les établissements exploitent, «selon des modalités diverses», cette partie du programme, affirment-ils. Le manuel Bordas indique ainsi: «Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels.»
«On est loin de l'anthropologie chrétienne», commente-t-on au sein de l'enseignement catholique. Mahin Bailly, la responsable des éditions Bordas, reconnaît «une certaine maladresse dans l'élaboration d'un passage» mais insiste sur le fait que le livre est conforme aux programmes [...].
Selon Claude Berruer, «on naît fille ou garçon, on n'est pas un être indifférencié sexuellement à la naissance. Ce n'est pas rendre service à des jeunes de leur dire que tous les possibles sont équivalents. Le choix des manuels n'est pas anodin. Nous recommandons de faire preuve de vigilance, sans pour autant dramatiser.»
Thibaud Collin, professeur de philosophie en classe préparatoire au lycée catholique Stanislas, et auteur d'essais sur ces questions, va plus loin: «La prime à l'indifférenciation sexuelle promeut en fait l'homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société.» [...]
L'enseignement catholique ne refuse pas le débat pour autant. La lettre envoyée aux directeurs diocésains indique que «la théorie du genre se diffuse dans notre environnement. Il est assurément indispensable d'ouvrir un débat avec les lycéens sur cette question, qui ne concerne pas que les enseignants de SVT.»
Pour ce faire, la lettre recommande aux équipes éducatives deux ouvrages, un document de l'épiscopat et un essai du philosophe Xavier Lacroix De chair et de parole : Fonder la famille. Soucieux de faire respecter sa spécificité depuis quelques années, l'enseignement catholique n'hésite pas à prendre position sur les sujets les plus délicats. Un document de 50 pages voté par le comité national de l'enseignement catholique à l'automne 2010 sur «l'éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements catholiques d'enseignement» mettait déjà «en garde» contre les théories du «genre».

Luc Chatel désavoué

Valeurs Actuelles - 17 novembre 2011 - Fabrice Madouas
L’inscription de la théorie du genre dans les manuels scolaires trouble les Français et indispose les électeurs de l’UMP. Le ministre de l’Éducation ne peut pas rester inerte.
Luc Chatel ne peut plus faire semblant d'ignorer les problèmes que pose l’enseignement de la “théorie du genre” au lycée. C’est la principale conclusion du sondage réalisé par l’Ifop pour Valeurs actuelles. Ses résultats sont clairs : 55 % des Français contestent le caractère “non scientifique” de cette théorie, 54 % jugent que l’intitulé du chapitre de biologie concerné est “source de confusion pour des adolescents”, 61 % estiment que députés et sénateurs sont fondés à demander une mission d’information parlementaire. Enfin, 55 % souhaitent que l’épreuve de biologie du baccalauréat ne porte pas sur ce sujet controversé.
Plus embarrassant encore pour la majorité, ses électeurs, dont les suffrages seront si précieux l’an prochain, sont à chaque fois plus sévères que l’ensemble des Français : 57 % des sympathisants de l’UMP jugent qu’une approche sociologique de l’identité sexuelle n’a pas sa place dans un cours de biologie de première [...].
Quoi qu’on en pense, une nette majorité se dégage pour demander au ministre de réagir, soit en intervenant auprès des éditeurs pour qu’ils retirent ou corrigent les manuels contestés, soit en transmettant une circulaire corrective aux enseignants. En un mot, les Français donnent raison à tous ceux qui déplorent que l’Éducation nationale ait cédé sur ce sujet aux revendications d’une minorité militante.
Formalisée aux Etats-Unis dans les milieux féministes radicaux, la théorie du genre, s’inspire des écrits de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » Nourris des travaux des philosophes Michel Foucault et Jacques Derrida, ses épigones américains en sont venus à dissocier le genre (masculin ou féminin) du sexe (homme ou femme). Ils professent que « les genres masculin et féminin sont exclusivement le produit de préjugés socio-culturels sans rapport avec la dimension sexuelle de la personne », résume Pierre-Olivier Arduin, directeur de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon.
En dissociant radicalement les comportements sexuel ou social d’une réalité biologique, « cette idéologie consiste à nier l’influence du corps sexué sur la construction de l’identité, poursuit Elizabeth Montfort, juriste et philosophe, dans un livre synthétique et complet : Le genre démasqué (Peuple libre). « Le genre est culturellement construit, indépendamment de l’irréductibilité biologique qui semble attachée au sexe », écrit Judith Butler dans le livre de référence des gender feminists américaines, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion (La Découverte, 2005). Teresa de Lauretis, auteur elle aussi de plusieurs ouvrages sur ce sujet, en déduit que « l’enfant est neutre du point de vue du genre » (Théorie queer et cultures populaires, La Dispute, 2007).
C’est cette théorie qu’enseignent désormais les manuels scolaires de sciences de la vie et de la Terre (SVT) aux lycéens de première ES et L. « L’identité sexuelle est la perception subjective que l’on a de son propre sexe et de son orientation sexuelle », lit-on dans le manuel Hachette. Chez Bordas : « L’identité sexuelle dépend d’une part du genre conféré à la naissance, d’autre part du conditionnement social […]. Si, dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels. »
Les conséquences dans l’ordre social de ce révisionnisme anthropologique sont à proprement parler révolutionnaires : « Toutes les sociétés humaines ont pris acte des deux genres pour distribuer les rôles, certaines matriarcales, d’autres patriarcales. Toutes ont perçu que l’animus se distingue de l’anima, et que les deux font une paire complexe au sein de la même psyché. La dépréciation de cette évidence vise à diaboliser la notion même d’altérité », souligne Denis Tillinac dans notre édition du 8 septembre.
Dans son livre, Elizabeth Montfort dresse la liste des revendications des théoriciens du genre : « Les gender feminists proposent de déconstruire la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, parce que la femme y est maintenue dans un état de domination et soumet ainsi les enfants à un déterminisme “naturel”. La nouvelle famille doit être polymorphe (recomposée, monoparentale, homoparentale…), bref ! choisie. La reproduction doit également être déconstruite pour être choisie : l’enfant ne se reçoit pas, il se désire, il se programme. »
Les partisans du genre réclament donc le droit pour les couples homosexuels de se marier et d’accéder à la pro création médicalement assistée ainsi qu’à la “gestation pour autrui” en attendant, ultime fantasme des gender feminists, que soit mis au point l’utérus artificiel censé libérer la femme des servitudes de la grossesse (le généticien britannique John Haldane a forgé dès 1923 le terme “ectogénèse” pour désigner la reproduction humaine hors de l’utérus féminin).
Bien qu’il s’en défende dans l’entretien que nous publions (le premier qu’il accorde à la presse sur ce sujet), Luc Chatel a mis le doigt dans un engrenage. Il vient d’ailleurs de concéder une autre victoire aux théoriciens du genre : à la rentrée prochaine, les élèves de terminale L étudieront « la notion d’homoparentalité » dans le cadre d’un nouvel enseignement, “Droit et grands enjeux du monde contemporain”. « Après avoir constaté l’absence de définition de la famille, on montrera par une analyse juridique et historique qu’elle a profondément évolué et qu’elle est devenue multiforme (famille biologique, adoptive, monoparentale, homoparentale, recomposée, nucléaire élargie) et on proposera aux élèves d’en rechercher une définition », précise le Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 13 octobre.
Cette innovation est revendiquée par l’Association des familles homoparentales (ADFH). Constatant que la première mouture de ce programme excluait toute référence aux “familles” homoparentales, l’ADFH est intervenue auprès de la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco), dirigée par Jean-Michel Blanquer. Bien qu’elle ne compte que 600 adhérents, son lobbying a payé : « Les experts de la Dgesco ont finalement accédé à notre demande », se réjouit l’ADFH, qui « veillera à ce que le thème de l’homoparentalité soit traité de manière correcte et approfondie dans les manuels ».
Contrairement à ce qu’affirment les théoriciens du genre, la critique des manuels et des programmes scolaires est largement partagée. La pétition lancée sur Internet par deux professeurs de SVT enseignant dans des lycées publics a recueilli plus de 40 000 signatures : ils demandent au ministre de l’Éducation nationale d’« interdire l’usage des manuels incriminés » (http://ecoledeboussolee.org). C’est aussi ce que réclament 114 sénateurs et 80 députés dans un courrier adressé à Luc Chatel.
Député UMP de la Drôme, Hervé Mariton insiste pour que l’épreuve du baccalauréat ne comporte pas de question sur le chapitre controversé et s’étonne que l’on puisse affirmer dans les programmes qu’il n’y a pas de définition de la famille. D’autres parlementaires – dont Philippe Meunier et Philippe Gosselin – appellent le gouvernement à « prendre ses responsabilités » et soulignent que « la présidentielle se gagnera aussi sur les questions de société et les valeurs ».
Pour l’instant, le ministre fait la sourde oreille. Il plaide non coupable : les programmes scolaires ne mentionnant pas explicitement la théorie du genre, ce sont, selon lui, les éditeurs qui auraient pris la liberté d’en parler dans les manuels. À quoi les éditeurs répondent qu’ils ont respecté le cahier des charges du ministère. Si l’on en juge par notre sondage, il vaudrait mieux, pour la droite, que Luc Chatel entende les critiques de la majorité. Et celles de ses électeurs.

analyse Une partie des votes blancs qui ont manqué à Nicolas Sarkozy lors du second tour de l'election présidentielle de 2012 s'explique par cette position de Luc Chatel : Luc Chatel est ainsi l'un des grands acteurs de la défaite de Nicolas Sarkozy et de l'élection de François Hollande comme président de la république

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