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La religion catholique en France :
le renouveau après la crise ?

Dossier de presse d'information et de réflexion sur la situation de l'Eglise catholique de France :

Le nouveau visage des catholiques pratiquants français

Ces jeunes catholiques qui refusent les étiquettes

La Croix - 20 mai 2010 - Céline Hoyeau, François-Xavier Maigre
«Il y a du bon à prendre partout ! » Emmanuel Dastarac, 21 ans, navigue sans complexe entre les innombrables propositions adressées aux jeunes par les mouvements chrétiens. Engagé avec égal enthousiasme au sein des Guides et Scouts d’Europe, du mouvement Chrétiens en grande école ou dans la logistique du pèlerinage étudiant à Chartres, il estime que chacun de ces lieux apporte « quelque chose d’unique, de différent » à sa vie spirituelle. « Pour moi, l’essentiel est de servir l’Église », résume l’étudiant en école de commerce, qui confie « tenir énormément à cette diversité ». De fait, ils sont nombreux à « surfer » d’un groupe à l’autre, sans se soucier des clivages sociologiques et des antagonismes idéologiques qui ont longtemps façonné les mouvements dans l’Église de France : tel est étiqueté comme « social », tel autre « identitaire », tel autre encore « charismatique », ou « tradi »… (...) Il n’est pas toujours facile, pour ces jeunes « transfuges », de faire accepter leur choix : « Dans la paroisse de mes parents, je suis le conservateur ; à Paris je suis vu comme le progressiste ! » s’amuse Florian, 23 ans. Originaire d’un milieu rural, près de Pithiviers, il a passé son enfance au sein de l’ACE et du MRJC.

Le grand retour des cathos

L'Express - 9 avril 2008 - Claire Chartier
Dans une France où même le président, gardien de la laïcité, met leur rôle en avant, un vent nouveau souffle sur les catholiques. Des militants d'une parole plus radicale dans la société aux simples fidèles qui veulent témoigner de leur foi, ils revendiquent leur droit à s'affirmer. Sans complexes. Et pas seulement à la messe du dimanche.
[...] Nous voici entrés de plain-pied dans cette laïcité «ouverte» dont Nicolas Sarkozy s'était fait l'apologiste dans son discours au palais du Latran, le 20 décembre 2007. Devant un Benoît XVI aux anges, il avait alors lancé: «La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient
[...] Un vent nouveau souffle sur le catholicisme hexagonal. Une tendance que les églises clairsemées et les statistiques têtues sur le manque de prêtres ne laissent pas deviner. Finies, l'autocensure et la dissimulation: la «minorité» catho revendique son droit à l'affirmation. Sans honte. Et surtout sans complexe.
Ainsi, les évêques n'ont pas attendu Nicolas Sarkozy pour monter en chaire. Qui s'opposa la première au projet de loi sur l'immigration du ministre Sarkozy en 2006? L'Eglise. Qui s'est dit prête à «un débat loyal» sur la famille, le mariage homosexuel et l'euthanasie durant la campagne présidentielle? L'Eglise. «Nous ne sommes pas un groupe de pression, mais une communauté de conviction, explique Claude Dagens, évêque d'Angoulême, chargé d'un groupe de travail sur la «visibilité» de l'Eglise à la conférence épiscopale, qui vient de publier Méditation sur l'Eglise catholique en France (Cerf). Il est de notre responsabilité politique de faire valoir des valeurs communes de justice et de respect de la vie humaine. En revanche, nous ne pouvons pas accepter que l'Eglise soit réduite à son utilité sociale - prévenir la délinquance - ou morale - inculquer des principes aux enfants. C'est aux représentants de l'Etat de faire leur travail.»
[...] Foi et modernité ont fini par s'entendre: on n'est plus catho par tradition, on l'est par choix. 2 708 adultes ont ainsi reçu le baptême en 2007, soit 400 de plus qu'en 2000. La force du catholicisme ne se mesure plus à l'aune de ses communiants, mais au mal que se donnent les fidèles pour vivre leur foi au quotidien. Beaucoup «se considèrent comme pratiquants par le biais de l'engagement dans un mouvement (scoutisme, communautés nouvelles) ou dans un service d'Eglise (catéchèse, aumônerie, préparation aux sacrements)», souligne le prêtre et journaliste Michel Kubler dans La Croix. Ce sont aussi les premiers à prêter main-forte aux associations caritatives, pas forcément confessionnelles d'ailleurs, comme les Restos du cœur et ATD Quart Monde.
Même les cathos de gauche relèvent la tête. Il y a dix ans, la rencontre annuelle des Semaines sociales de France, fondées en 1904, n'attirait à Paris que la vieille garde marxisante. Aujourd'hui, 4 000 personnes s'y pressent. «Les gens redécouvrent la dimension de contre-culture subversive qui existait dans les premières communautés chrétiennes», se réjouit Jean-Claude Guillebaud. Ce retour aux origines prendra le temps qu'il faudra, disent les catholiques. Jésus a bien résisté à deux mille ans d'histoire. Il n'en est plus à un siècle près.

...plus d'informations sur le renouvellement de la pratique religieuse catholique

Les catholiques font entendre leur foi

Libération - 25 avril 2011 - Catherine Coroller
Le catholicisme est-il en train de ressusciter ? Les catholiques n’hésitent plus en tout cas à sortir des catacombes pour proclamer leur foi urbi et orbi. Chez les people, le «coming out catho» est très in.
Ces dernières années, plusieurs célébrités ont proclamé leur appartenance à la religion catholique. «Longtemps, j’ai gardé ma foi secrète», confie la chanteuse et comédienne Amanda Lear. «En parler m’a véritablement libéré», déclare le producteur et écrivain Thierry Bizot. Autre manifestation de cette recherche de visibilité nouvelle, en ce week-end de Pâques plusieurs diocèses ont organisé des célébrations dans l’espace public, hors les murs des églises et des temples.
[...] «Nous sommes passés d’un catholicisme majoritaire qui imprégnait toute la société, à un catholicisme minoritaire», reconnaît Pierre-Hervé Grosjean, prêtre du diocèse de Versailles. D’après une enquête Ifop pour la Croix, 64% des Français se déclaraient catholiques en 2009 contre 87% dans les années 70. Et 4,5% seulement vont à l’église chaque dimanche.
Mais, pour les responsables catholiques, la messe n’est pas dite. La faiblesse du catholicisme serait, au contraire, une force. «Les chrétiens d’aujourd’hui ne le sont pas à moitié. Ils ne le sont plus pour obéir à un modèle social, ou par convention. On a affaire désormais à un christianisme de conviction», affirme le père Grosjean.
[...] Ainsi, désormais les catholiques se montrent. Et Pierre-Hervé Grosjean veut croire que les réactions leur sont très favorables : «Les gens font preuve d’une curiosité étonnée et positive, car on vit dans un désert spirituel, et nous sommes porteurs d’un message qui donne du sens, or les gens sont hyper à la recherche de ça.»
Les outés sont un peu moins enthousiastes. La divulgation de leur foi a suscité des réactions reflétant l’ambivalence de la société face au religieux. «Ma décision n’a pas été mal accueillie au niveau de mon entourage, mais elle a suscité une certaine incompréhension car la vie spirituelle chez nos concitoyens est très faible, et beaucoup de gens ont l’impression que la religion, c’est dépassé», témoigne Francis, catéchumène sexagénaire, veuf depuis peu, qui doit être baptisé ce week-end. Journaliste et écrivain, Alix de Saint-André fait partie de ces people dont la célébrité tient en partie à son coming out. Pour témoigner des réactions de son entourage, elle reprend à son compte une déclaration du pape Benoît XVI selon laquelle «en Europe, les chrétiens qui revendiquent leur foi ne risquent pas de persécutions, comme pendant les catacombes autrefois - ou dans une très large partie du monde aujourd’hui -, mais risquent le ridicule». Avec humour, elle poursuit : «A partir d’un certain niveau d’études et de situation sociale, afficher sa foi vous fait passer pour quelqu’un d’idiot ou de mal informé. Et, en plus, je suis blonde !»

Les nouveaux réseaux catholiques

Challenges - 27 janvier 2011 - Marc Baudriller
De l'Eglise catholique à l'entreprise laïque. Des ecclésiastiques prêchent pour un capitalisme recentré sur des valeurs chrétiennes. Plongée dans une religion décomplexée.
Sous la charpente en cathédrale du Collège des Bernardins, principal centre culturel catholique parisien, ils sont une cinquantaine de responsables politiques, dirigeants, cadres, assis derrière des bureaux disposés en carré le long des murs. Beaucoup sont connus du grand public. Le programme officiel des Bernardins ne fait pas mention de l'événement : la réunion se tient à huis clos... L'animateur de ce cénacle ? Le frère Samuel Rouvillois, docteur en philosophie chargé de la formation des novices de la communauté de Saint-Jean et vedette des milieux d'affaires, pas seulement catholiques.
La rencontre terminée, la présence d'un journaliste et d'un photographe effraie les participants. Deux courageux, Geoffroy Roux de Bézieux, patron de Virgin Mobile et vice-président de l'Unédic, et Robert Leblanc, qui dirige à la fois Aon France, les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens et le comité d'éthique du Medef, acceptent d'entourer devant l'objectif le frère Samuel, venu leur parler de la doctrine sociale de l'Eglise. La petite cinquantaine, le religieux arpente les sièges sociaux dans son habit gris avec la constance et l'enthousiasme d'un Don Camillo des holdings. Il revient de Londres, où il a disserté quatre jours sur les human economics, l'économie à visage humain. Expert au Centre des jeunes dirigeants, habitué des Universités du Medef, conférencier à l'OCDE, frère Samuel travaille avec le Crédit agricole, les Galeries Lafayette, Lafarge, Leroy Merlin, Michelin, PPR, PSA, Total, Vinci... « Comment mettre la personne humaine au centre de l'entreprise ? » ou « Comment comprendre le changement du monde et son incidence sur la dimension éthique ? ». Les patrons en redemandent. « Nous avons bâti un système prodigieux, explique ce drôle de business-moine. Mais nous ne sommes pas heureux. Je ne donne pas de réponse-clé, je tourne mes interlocuteurs vers la vérité, vers leur propre richesse humaine. Je les renvoie doucement au mystère de Dieu qui les habite. » Diable ! Voilà un coaching original.
Ils sont décomplexés, en phase avec les élites. Dans le milieu économique comme dans le monde politique surgissent de jeunes prêtres d'un genre nouveau. Le frère Samuel Rouvillois en est un beau spécimen. [...]
« Il ne faut pas se faire d'illusions, Le clergé en France est sur les jantes. Il ne tient plus les paroisses. Les évêques sont débordés par mille problèmes, tranche le père dominicain Philippe Verdin, coauteur du livre de conversations avec Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l'espérance (Cerf, 2004) avec le philosophe Thibaud Collin. Et pourtant j'ai l'impression que le discours de l'Eglise est plus audible, pas depuis très longtemps. Dans un monde où toutes les idéologies se sont écroulées, il résiste à l'effondrement du château de cartes. » Et de se référer au livre d'Isabelle Dillmann Les politiques ont-ils une âme ?, paru chez Albin Michel en avril 2010 : « Beaucoup de ces personnalités politiques parlent de leur vie de prière. C'était inimaginable il y a cinq ans. » Le phénomène touche le grand public. La première place au hit-parade du disque des Prêtres, Spiritus Dei, édité par TF 1 ou le succès de 2010 au cinéma Des hommes et des dieux révèlent ce paradoxe : plus les catholiques se raréfient, plus ils semblent présents dans la société.
[...] Le père Matthieu Rougé, curé de Sainte-Clotilde, note tranquillement l'évolution. « La sécularisation en cours fait surgir du côté des catholiques un besoin d'affirmation décomplexée. Il y a plus de liberté dans le rapport à la religion dans la société française. Ce qu'on a perdu en position institutionnelle, on le gagne en vigueur dans le débat. » Et en présence dans les réseaux... Longtemps porte-parole de la Conférence épiscopale, monseigneur Jean-Michel Di Falco, aujourd'hui évêque de Gap, a des relations fortes et nombreuses dans les médias. Le succès du trio Les Prêtres ? C'est lui. Très actif aussi, monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus- Toulon, était invité à l'Université du Medef l'été dernier. « On est en pleine crise : je leur ai parlé du grand défi de l'espérance », dit-il. Il a fait venir Martin Bouygues et Vincent Bolloré dans son séminaire diocésain. Et créé sa propre « université », Jeunes Chrétiens en politique, qui devrait rassembler près de 200 personnes cet été à la Sainte-Baume, à côté de Marseille. Autre initiative de l'évêque de Fréjus-Toulon : il a fait plancher Geoffroy Roux de Bézieux et l'économiste Philippe Chalmin devant un parterre de 200 cadres et patrons de toute la région. « Je ne recherche pas l'efficacité ou l'influence, explique-t-il. Mais être minoritaires ne signifie pas que nous soyons réduits à l'entre-soi. C'est un principe physique : plus la matière est dense, plus elle rayonne. Les réseaux existent dans la société. Rencontrons-les, et ouvrons-les à plus grand qu'eux. »
[...] Nouvelles aussi, les méthodes pour « entrer en relation avec les décideurs et les chrétiens engagés », selon le père Pierre-Hervé Grosjean, curé de Houilles, que l'évêque de Versailles, monseigneur Eric Aumonier, a chargé des questions de politique, bioéthique et éthique sociale. A 33 ans, le jeune prêtre incarne bien ce nouveau visage de l'Eglise.[...] Les 26 et 27 mars, à son initiative, s'ouvrira la session d'hiver d'Acteurs d'avenir. Lors de la dernière édition, fin août à Fontainebleau, le père Grosjean avait réuni 230 étudiants, fine fleur des grandes écoles (HEC, Sciences-Po, Ponts et Chaussées...). Face à eux, à la tribune, le cardinal Philippe Barbarin, mais aussi Laurent Wauquiez, alors secrétaire d'Etat à l'Emploi, le président d'Essilor, Xavier Fontanet, l'ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, ou le patron du GIGN, le général Denis Favier. Objectif : « Former de futurs décideurs chrétiens », explique le père Grosjean. L'abbé ne s'arrête pas là. Son think tank Aletheia, accompagné par monseigneur de Moulins-Beaufort et monseigneur Aumonier, reçoit des politiques, des gens de média, des élus.
Le succès du film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux fait réfléchir hors de l'Eglise mais aussi dans son sein. Monseigneur Dominique Rey évoque « une société sécularisée travaillée par la question du sens, du spirituel », sur fond d'effondrement de la culture et de la mémoire chrétiennes. Dans le grand public, « l'intérêt pour le christianisme repose aujourd'hui, je crois, sur une sagesse, un art de vivre, une mémoire culturelle », explique l'évêque.
Chez les catholiques, on rêve volontiers, pour saisir cet intérêt, de prêtres et d'évêques brillants et volontaristes. Chez les clercs, on aimerait voir les laïcs catholiques, venus de l'entreprise et d'ailleurs, s'impliquer. « Ce dont je rêve, dit le père Verdin, c'est que des laïcs formés et pleins d'humour reprennent le rôle des Clavel, Frossard ou Mauriac. Nous allons voir ce que cela donnera dans les dix années qui viennent. »

Les intellectuels catholiques en quête de visibilité

La Croix - 21 septembre 2009 - Isabelle de Gaulmyn
La disparition de René Rémond semblait avoir signé symboliquement la fin de « l’intellectuel catholique ». [...] Un modèle de catholique engagé dans la République, que l’ancien président de la Fondation nationale des sciences politiques incarnait à merveille, assurant, note l’historien Denis Pelletier, « une triple médiation » : entre l’Église, où il était respecté, le monde des laïcs catholiques, dont il faisait partie, et la société sécularisée, où l’on reconnaissait sa compétence. Cette figure d’intellectuel semblait sans héritier. Dans les années 1990, le quotidien Le Monde titrait sur « le silence des intellectuels catholiques », silence dont René Rémond lui-même était le premier à se désoler, en 2000, s’inquiétant de la disparition de la pensée chrétienne dans le débat public.
L’« Académie catholique de France » se lance donc pour relever le gant. À sa manière. Pas question, précise l’un des fondateurs, le philosophe et prêtre Philippe Capelle, de faire du « lobbying » : il n’y aura ni pétitions, ni prises de position sur chaque événement d’actualité. Ce qui est visé, c’est moins l’engagement que l’expertise. En créant une Académie, le modèle est clairement celui de l’Allemagne, où dialoguent ainsi des philosophes, des théologiens et des scientifiques. Les promoteurs de l’Académie ont aussi vraisemblablement en tête l’Italie, où le catholicisme reste une composante importante du débat d’idées, avec une grande diversité de points de vue. Car en France aussi on serait aujourd’hui bien en peine de dessiner le portrait-robot de l’intellectuel catholique, ou de les regrouper tous derrière une même bannière, tant les appartenances sont variées [...].
Même si on les entendait moins, les intellectuels catholiques n’ont pas disparu. Il existe une production intellectuelle de qualité, aussi bien dans les universités que dans les revues, et ceux qui la font veulent le faire savoir, « en dehors de l’image d’intolérance qui leur colle à la peau », ajoute [Nathalie Nabert] qui fut doyen de la faculté des lettres de la Catho de Paris. En 2004, dans la revue Esprit, déjà, Philippe Capelle et Henri-Jérôme Gagey demandaient que l’on fasse droit à une tradition catholique de rencontre entre la foi et la raison. Enfin, la nécessité d’une parole de laïcs est aussi mise en avant : depuis quelques années, l’opinion publique a tendance à confondre l’Église avec le clergé. « Nous voulons ainsi favoriser l’émergence de laïcs intellectuels, sortir d’une certaine langue de buis, du ghetto où les catholiques se sont volontairement enfermés », complète Rémi Brague.

...plus d'informations sur la relation étroite et réciproque entre foi et raison

Rémi Brague, la voix romaine

Le Figaro - 6 juillet 2006 - Jean-Marc Bastière
Ne lui suggérez pas qu'il est un « intellectuel catholique » : cela l'énerve, Rémi Brague. « Se demande-t-on s'il y a des plombiers catholiques ? », vous rétorque-t-il avec ce sérieux irrésistible qui trahit le pince-sans-rire.[...] Depuis une quinzaine d'années, il enseigne en effet à la Sorbonne la philosophie médiévale et arabe. Sa carrière universitaire est un maelström de diplômes, prix, traductions ou distinctions où l'on voit surnager des noms comme Aristote ou Maïmonide, mais aussi Shlomo Pinès ou Leo Strauss. Fort d'une vertigineuse érudition, ce polyglotte est soucieux de faire entrer en résonance les quatre sources de l'héritage européen : la juive, la grecque, la chrétienne et l'arabe.[...] En 1992, Rémi Brague fait paraître un ouvrage devenu depuis presque un classique et traduit dans de nombreuses langues : Europe, la voie romaine (Folio Essais), qui renouvelle la réflexion sur la singularité de notre continent. Comme dans ses autres livres, il tente de sortir des sentiers balisés, des mots piégés, des idées de seconde main ou des préjugés imposés par l'époque. [...]
Comme catholique, Rémi Brague n'a jamais craint de faire son outing. Il est l'un des fondateurs avec quelques amis normaliens de l'édition française de la revue internationale Communio. L'aventure a commencé en 1975 : Joseph Ratzinger - le futur pape Benoît XVI - et le théologien Hans-Urs von Balthazar entrent en contact : « Nous étions de jeunes c... et ils nous ont fait confiance ! », se souvient-il avec émotion. A une époque où les esprits sont encore très troublés par les remous de l'après-concile, la revue jouera un rôle essentiel de balise doctrinale et de référent intellectuel. Dans son escalier, Rémi Brague croise souvent Jean Duchesne ou Jean-Luc Marion, ses complices de Communio (d'autres, comme Jean-Robert Armogathe et Claude Dagens, sont devenus prêtres).
[...] Pour lui, le prétendu « silence des intellectuels catholiques » n'est qu'un manque de visibilité médiatique. « On préfère écouter les bêtises d'un Michel Homais ! (Onfray) », s'emporte-t-il. Les cathos n'échappent pas à son ire. « Pur produit de l'école laïque », il se dit extérieur au « sérail catholique » : « Pensez que L'Humanité a plus parlé de mon dernier livre (La loi de Dieu : Histoire philosophique d'une alliance) qu'un certain grand journal confessionnel ! » Mais tout espoir n'est pas perdu : pour la première fois en trente-trois ans, on lui a fait l'honneur de prononcer une conférence... dans sa propre paroisse...

L'institution de l'Eglise Catholique : clergé, monachisme, moyens financiers

La carte de France des prêtres

La Croix - 21 mai 2010 - Anne Bénédicte Hoffner, Isabelle de Gaulmyn
Cette « France des prêtres » révèle de grandes inégalités territoriales. Se dessine, de manière encore plus marquée, la distinction entre une France de l’Ouest et du Nord catholique (à laquelle s’ajoutent les diocèses concordataires), où l’encadrement clérical est relativement élevé, et une France du Sud et du Sud-Ouest où le manque de prêtres devient patent.

La crise des vocations s'accentue en Europe

Le Figaro - 26 juin 2009 - Jean-Marie Guénois
Le phénomène touche l'Église de façon spectaculaire en Allemagne et en Espagne, et commence à se faire sentir en Pologne. [...] À l'échelle mondiale, le nombre de prêtres continue pourtant de progresser (407 262 en 2006, 405 067 en 2001) grâce à deux continents, l'Afrique et l'Amérique latine et centrale.

Le catholicisme se recentre au sud

La Vie - 21 avril 2011 - Jean Mercier
"Au Vietnam, les messes catholiques sont pleines à craquer, et les responsables des séminaires ne savent plus où loger les candidats au sacerdoce !" Cette observation du journaliste Jean-Claude Guillebaud, formulée lors des États généraux du christianisme, en septembre 2010, donne une idée des contrastes actuellement à l’œuvre au sein du catholicisme mondialisé, si l’on sait la forte pénurie de vocations sacerdotales dans des pays comme la France ou la Belgique. Alors qu’au Vietnam un numerus clausus imposé par les autorités contraint plus d’un millier de séminaristes à patienter avant d’entrer dans les ordres.
Selon les chiffres publiés en 2011 par le Vatican, les catholiques asiatiques représentent une minorité, puisqu’ils ne totalisent que 10,7 % des habitants du continent, où se concentrent 60 % de la population mondiale, mais leurs rangs ont progressé de 15 points ces 10 dernières années. En Europe, au contraire, l’érosion des bastions catholiques continue. Si un tiers des catholiques du monde y vivaient en 1985, aujourd’hui, le chiffre tombe à 24 %. L’Europe ne concentre donc plus qu’à peine un quart des catholiques de la planète. En revanche, environ 40 % des Européens se rattachent au catholicisme, selon l’agence Fides. Environ 4,5 % de Français pratiquent régulièrement le dimanche (sondage Ifop-La Croix, 2009), ce qui représente près de 3 millions de personnes – c’est-à-dire moins que les musulmans observant le ramadan. À partir de divers sondages, on évalue cependant que 50 à 60 % des Français (30 millions à 40 millions) s’identifient de près ou de loin au catholicisme.
Aux États-Unis, les catholiques représentent 68 millions d’âmes, selon le rapport 2010 du Conseil national des Églises (22 % des habitants). Leurs rangs sont nourris d’une forte émigration en provenance d’Amérique latine, qui oblige certains diocèses à mettre en œuvre une pastorale bilingue anglo-espagnole. En Amérique latine, la concurrence avec les Églises évangéliques et pentecôtistes est particulièrement marquée. Au Brésil, premier pays catholique de la planète, les fidèles représentent actuellement moins de 68 % de la population, alors que, lors du recensement de 1980, ils étaient 90 % à se dire catholiques...
L’Afrique est le continent qui connaît la plus grande croissance numérique : entre 1999 et 2008, le nombre de catholiques a augmenté de 33 %. Devant ce défi, le pape a convoqué à Rome un synode « spécial Afrique » en 2008, il s’est rendu au Cameroun en 2009 et partira au Bénin à l’automne 2011.
Le déplacement du centre de gravité de l’Église catholique du nord vers le sud provoque actuellement une rupture historique. Dans les années 1960, à l’époque de Vatican II, le catholicisme était encore majori­tairement européen, et son avant-garde intellectuelle était germa­nique (Ratzinger, Küng, Rahner, Balthasar) ou française (Congar, Chenu, Lubac). L’Église vivait les derniers moments de sa position dominante. Son leadership a désormais partout disparu. En Amérique latine, en Afrique et en Asie, elle perd de son influence au profit des néoprotestants ou de l’islam.

A quoi servent les moines ? « Leur présence est indispensable au monde »

Le Parisien - 10 juillet 2011 - François Bourin
Jusqu'à l'an dernier, Charles Wright, 30 ans, avait davantage frayé dans les cercles de pouvoir — il était il y a encore deux ans conseiller en cabinet ministériel — que dans l'austérité des monastères. Jusqu'à ce 21 mai où, catholique baptisé mais pas pratiquant, il reçoit « comme un coup de massue sur la tête » et se convertit. Commence alors un cheminement aux racines de sa foi, qui le mène jusqu'au monastère bénédictin de Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence). Il y rencontre dom Michel Pascal, l'abbé émérite du lieu. De leurs longs entretiens, Charles, aujourd'hui éditeur, et Michel ont fait un livre, judicieusement intitulé « A quoi servent les moines ? Dialogue entre un jeune homme et un homme de Dieu ».
Le monastère est-il une prison? Les moines sont-ils névrosés? Comment vivent-ils leurs pulsions sexuelles? Aucune question n'est éludée. Comment un jeune homme très inséré dans le monde vit-il une plongée en apnée dans l'univers monastique? Avec plein de questions, et aussi une forme de fascination pour ces hommes, faits exactement comme moi, qui s'absentent au monde pour être présents à autre chose. Ce qui m'a marqué, d'abord, outre la sérénité et la beauté des lieux qui confèrent à la moindre petite chose un caractère mystérieux, c'est la joie profonde qui anime ces hommes. Non pas une joie béate et un peu niaise, mais une vraie manifestation de leur bonheur.
Les moines sont donc des « austères qui se marrent »?
Ah, mais oui! Le film « le Nom de la rose », de ce point de vue, induisait en erreur, si l'on oublie qu'il se passe au Moyen Age. Comme tout le monde, les moines vivent des passages à vide, parfois des ruptures de parcours. Ce qui est intéressant, dans leur engagement, c'est que d'une certaine façon ils représentent une forme de contestation totale, mais pacifique, au monde. Là où la société prône la consommation, les plaisirs aphrodisiaques et le mouvement jusqu'à ressembler à une toupie folle, eux font vœu de pauvreté, de chasteté, de stabilité. Au fond, c'est très subversif!
Savez-vous désormais à quoi servent les moines?
Depuis le VIe siècle, leur utilité matérielle n'est plus à prouver : pour faire court, ils ont apporté à l'Europe le livre, la charrue et la croix. Croire qu'ils ne servent plus à rien serait une erreur. Leur présence est indispensable au monde. Ils lui offrent de la gratuité, de l'inutilité au sens marchand du terme. Le gratuit et l'inutile, c'est pourtant ce qui est le plus nécessaire à l'homme, et la gratuité, le don de soi, ce sont des valeurs irréductibles. Pour eux, la gloire de Dieu se manifeste aussi en se levant au cœur de la nuit pour prier pour le monde, ceux qui se lèvent, sont dans le premier métro, ou qui partent au travail… Sympa, non?

analyse A quoi servent les moines? A proprement parler, à rien, dans le sens où ils ne produisent rien, ne participent pas au fonctionnement quotidien des sociétés. Mais en fait ils signifient quelque chose de très fort, de différent, de "tranquillement subversif". Un choix de vie tout entier consacré à Dieu, que Dom Michel Pascal raconte avec une sorte d’émerveillement, de joie tranquille, de béatitude prudente. "Les moines sont des signes. Le signe que Dieu peut combler une vie".

Financement des diocèses, des inégalités flagrantes

La Croix - 30 mars 2011 - Isabelle de Gaulmyn
Certains clichés ont la vie dure. Celui d’une Église opulente, dont l’argent proviendrait de fonds secrets, et de préférence du Vatican, perdure. La réalité est tout autre. L’Église de France n’est pas riche en soi, du moins si l’on s’en tient aux diocèses et sans prendre en compte les congrégations religieuses. Pour la simple raison que, durant l’histoire, elle a dû repasser par la « case départ » à deux reprises (1789 et 1905), puisqu’elle a été privée de ses biens.
Mais elle est riche de ses donateurs, à savoir les catholiques. C’est même, on l’ignore trop souvent, une spécificité en Europe : l’Église catholique ne reçoit pas de subvention pour son fonctionnement, même s’il est vrai que les communes, propriétaires de la plupart de ses églises, assurent leur entretien.
Elle ne touche pas non plus de versement tiré d’une caisse noire romaine… Enfin, les comptes des associations diocésaines sont aujourd’hui publics, publiés au Journal officiel et, depuis 2006, obligatoirement visés par un commissaire au compte.
Ses recettes reposent pourtant sur un petit « miracle » : malgré une diminution du nombre de pratiquants, une chute brutale de celui des prêtres, ses ressources sont constantes, voire en légère progression. L’entreprise « Église de France » peut compter sur 700 millions d’euros chaque année.
Mais c’est une richesse mal répartie, comme le montre la carte de France. Si l’on additionne les trois grandes ressources, le denier, le montant des quêtes, et les legs, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Église ne dispose par partout des mêmes moyens. Rapportée au nombre d’habitants, la différence va de 1 à 20 ! Paris est un cas à part : dans ce diocèse, l’Église dispose de plus de 20,50€ par habitant. À l’autre extrême, l’Église de Saint-Denis, au nord de la capitale, doit par exemple se contenter de 2,50€ par habitant.

Les crises traversées et surmontées par l'Eglise catholique

Fabrice Hadjadj : «L'Église catholique n'a cessé de traverser des crises»

Le Figaro - 13 août 2010 - Fabrice Hadjadj, propos recueillis par Jean-Marie Guénois
Né en 1971, Fabrice Hadjadj, jeune intellectuel français de confession juive, s'est converti au catholicisme il y a douze ans. Philosophe et écrivain, son dernier livre, La foi des démons ou l'athéisme dépassé (Salvator, 2009), un brillant essai sur l'athéisme, a reçu le prix 2010 de littérature religieuse.
"Cette crise n'est pas sans précédent. Il y en eut d'autres, probablement pires : la crise arienne du IVe siècle, le Grand Schisme d'Occident au XIVe, les mœurs scandaleuses de certains papes comme Alexandre VI Borgia, assassin, concubinaire et simoniaque, pour ne prendre que quelques exemples saillants. Si bien que nous sommes obligés de reconnaître que l'Église n'a cessé de traverser des crises. C'est dans sa nature, en quelque sorte. Qu'on regarde ce fait sans préjugé, et le phénomène apparaît presque incroyable : alors que toutes les autres institutions ont été balayées par les tempêtes de l'histoire, voici que, depuis plus de deux mille ans, la «barque de Pierre» poursuit sa route, avec une succession apostolique ininterrompue et un enseignement qui pour l'essentiel s'est développé sans se contredire. Cette longévité exceptionnelle suppose forcément une aptitude exceptionnelle à prendre des coups.
[...] L'Église ne vit pas à partir de son image dans les médias. Si telle était le cas, elle ne chercherait plus à parler au fond des cœurs, mais à caresser dans le sens du poil. Il n'en demeure pas moins que les crimes commis par un prêtre sont infiniment plus graves que s'ils sont commis par un professeur d'EPS, par exemple. Et c'est cela qui peut légitimer l'emballement médiatique que nous avons connu. Le paradoxe est le suivant : si l'on attaque spécialement les gens d'Église lorsqu'ils se pervertissent, c'est qu'on a l'instinct de la pureté spéciale de leur mission.
De ce point de vue, l'image de l'Église est d'autant plus affectée que l'on croit à la sainteté de l'Église, parce que c'est alors que le scandale devient d'une gravité sans comparaison. Ainsi Benoît XVI, qui sait ce qu'est le mystère du prêtre, trouve ces crimes bien plus terribles que les médias non chrétiens ne peuvent le concevoir. Voilà pourquoi il a voulu faire toute la lumière là-dessus.

Catholicisme: le moral revient après une année difficile

Le Figaro - 13 août 2010 - Jean-Marie Guénois
La plus grande des cathédrales de France est une immense tente de toile posée pour l'été sur une pelouse de Paray-le-Monial. Les voûtes sculptées des splendides églises romanes de cette région de Saône-et-Loire pourraient pâlir de jalousie mais comment bouder ces milliers de jeunes et de familles réunis pour des retraites spirituelles d'une intensité rare ? Depuis 1975, trente mille catholiques viennent en effet ici, en juillet et août, pour vivre une semaine avec la communauté charismatique de l'Emmanuel.
Le succès de la formule se confirme. Il s'accroît avec une progression de 10 % par an et a même transformé ce lieu en un incontournable creuset du catholicisme français. Ambiance garantie et très significative du moral des «troupes» catholiques, notamment après cet hiver terrible marqué par le scandale des prêtres pédophiles. Certes, on trouve ici des gens motivés, soit par leur recherche personnelle (seulement 10 % sont membres de la communauté de l'Emmanuel, selon cette organisation), soit par leurs convictions, mais ils sont de tous âges, de toutes origines sociales et viennent de toute la France. Alors, quel est l'état d'esprit de ces catholiques français en ce 15 août 2010 ? Leur moral est-il en berne ?
Plutôt «gonflé à bloc», répond du tac au tac Benjamin, jeune diplômé d'une vingtaine d'années. Il se prépare à partir à Haïti pour deux ans dans le cadre de la Fidesco, une organisation humanitaire dépendant de la communauté de l'Emmanuel qui envoie 200 volontaires chaque année dans une trentaine de pays. «Cette crise [...] a été pour moi la crise de trop. Jusque-là je ne me sentais pas très affecté par ce genre de polémiques mais cette fois j'ai compris qu'il fallait se mouiller, ne pas se laisser faire, et défendre le christianisme par le témoignage
Anne, mère de quatre enfants, engagée avec son mari Xavier, dans le «Rocher», une autre oeuvre de l'Emmanuel, consistant à aller vivre en HLM, dans les «cités» des grandes villes, Bondy en l'occurrence, se dit également plus motivée que jamais. «Ces affaires m'ont bouleversée, témoigne-t-elle. J'en ai pleuré, pour les victimes mais aussi pour ces prêtres dont je ne comprenais pas comment ils ont pu en arriver là. Dieu sait toutefois tirer le positif de toute chose et je vois l'Église plus unie dorénavant. Les crises ont toujours été sources de grand renouveau
[...] Veillant, téléphone portable à la main, sur ce qui ressemble plus à un campus décontracté de la foi qu'à un club rigoriste, un laïc marié de 37 ans, Éric de Courville, responsable élu de la communauté de l'Emmanuel pour la France [...] : «la réponse que nous pouvons apporter, observe-t-il, est de regarder ce qu'il y a de meilleur dans l'Église [...]»
De fait, renchérit Gaëlle Couetoux, 20 ans, qui se destine à devenir assistante sociale, «ma foi n'évolue pas en fonction des crises de l'Église». Ceux qui viennent ici, confirme le père Bernard Peyrous - il voit défiler des milliers de pèlerins en tant que recteur des sanctuaires de Paray-le-Monial -, sont bien plutôt «en attente d'espérance». Cet historien qui a abandonné une carrière universitaire pour devenir prêtre pense même que ces scandales ont relativement peu atteint les croyants mais qu'ils ont touché «aux marges».

L'Eglise n'ouvre pas sa porte qu'aux "parfaits", par André Vingt-Trois

Le Monde - 3 février 2009 - Mgr André Vingt-Trois (archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France)
Cette décision a suscité beaucoup de réactions : comme si l'ouverture de la porte était l'approbation de toutes les erreurs ! L'émotion a donné à entendre des propos surprenants appelant l'Eglise à condamner et à exclure... Je ne me sentirais pas bien à ma place dans une Eglise qui n'ouvrirait ses portes qu'aux "parfaits". Je pense que beaucoup des hommes et des femmes qui ont été appelés par le Christ à mener une vie nouvelle n'étaient pas très recommandables. Je suis heureux que mon Eglise soit assez forte pour appeler à la conversion. Cette ouverture de l'Eglise n'est jamais une approbation du mal commis. Elle est toujours un appel à se convertir.
La peur n'est pas bonne conseillère. Tout au long de ces jours, je me suis demandé qui avait peur de qui et de quoi.

Une incompréhension et une mauvaise image médiatiques propagées sur la base de préjugés simplistes et d'informations non vérifiées

Servitudes et grandeur de Benoît XVI

Le Point - 21 janvier 2010 - Bernard-Henri Lévy
Il faudrait quand même que l'on arrête avec la mauvaise foi, les partis pris et, pour tout dire, la désinformation dès qu'il est question de Benoît XVI. [...] Il y a eu le truquage pur et simple des textes - à propos, par exemple, de son voyage à Auschwitz de 2006 [...] Et puis voici, aujourd'hui, le record, j'allais dire le pompon, avec cette visite à la synagogue de Rome, venue après ses deux visites aux synagogues de Cologne et de New York et où le même choeur de désinformateurs n'a pas attendu qu'il ait franchi le Tibre pour annoncer, urbi et orbi, qu'il n'avait ni trouvé les mots qu'il fallait ni accompli les gestes qui convenaient - et qu'il avait, donc, raté son coup...

Quelle est l'autorité de la parole du pape ?

Pèlerin - 21 janvier 2010 - Romain Mazenod
Le pape est-il toujours infaillible ? Non. Benoît XVI, à l'image de ses prédécesseurs, en est lui-même pleinement conscient et le rappelle volontiers en certaines occasions. À chaque fois qu'il prend la plume - ou la parole -, il mesure bien le degré d'autorité de son propos.
L'infaillibilité pontificale « absolue » relève donc du mythe. Une inexactitude bien commode, brandie paradoxalement par deux « camps » opposés : ceux qui accusent l'Église de dogmatisme ou, tout au contraire, ceux qui voudraient éviter toute réflexion critique sur les interventions du pape.
En réalité, c'est d'abord l'Église dans son ensemble qui est considérée comme infaillible, comme l'a rappelé le concile Vatican II dans la constitution dogmatique, Lumen gentium (1964). L'Église comme « peuple de Dieu » inspiré par l'Esprit-Saint ne peut donc se tromper dans la foi, même si des chrétiens pris isolément - y compris des évêques ! - peuvent bien sûr se tromper.
Cette infaillibilité de l'Église a besoin de porte-parole pour enseigner la vérité de l'Évangile. C'est le rôle du pape mais aussi des évêques qui, lorsqu'ils se réunissent et se mettent d'accord pour enseigner une vérité de l'Évangile, le font sans risque d'erreur. Concernant le pape lui-même, son infaillibilité ne fut définie comme un dogme qu'en 1870. Cette dernière est strictement délimitée, puisque [l'infaillibilité pontificale] ne s'applique qu'à « la doctrine en matière de foi et de mœurs » et à condition que le pape parle ex cathedra , c'est-à-dire depuis la chaire de Pierre. Cela n'est arrivé qu'une seule fois, pour la proclamation du dogme de l'Assomption de Marie, par Pie XII, en 1950. Toutefois, il est admis que la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, en 1854, relève de la même infaillibilité.

Sida : l'Église ne proscrit pas le préservatif

Le Figaro - 24 mars 2009 - Jean-Marie Guénois
En première page de l'édition du dimanche 22 mars [de L'Osservatore Romano], un article sur «Église et sida» reconnaît que le préservatif est efficace «à 97 % contre l'infection» dans les meilleures conditions d'utilisation et «à 87 %» dans des conditions communes, comme en Afrique. Et le journal de citer l'expérience de l'Ouganda où des campagnes soutenues par le gouvernement, dites «ABC», ont été lancées contre le sida : «A» comme abstinence, «B» comme fidélité (be faithful), «C» comme préservatif (condom).
L'article précise aussitôt que l'usage du préservatif prévu par cette méthode n'est certes pas conforme «aux indications de l'Église», mais que les effets de cette campagne sont spectaculaires. L'Ouganda est ainsi «l'unique pays d'Afrique qui a obtenu de bons résultats» dans cette lutte contre le sida : «La fréquence d'infection dans la population est descendue de 15 % en 1991 à 5 % en 2001.»
«L'abstinence» en question est effectivement conseillée aux jeunes adolescents. L'âge moyen du premier rapport sexuel a ainsi été retardé de «15 à 19 ans». «La fidélité», recommandée aux couples, aurait permis de réduire de 60 % le vagabondage sexuel. La méthode prévoit, enfin, l'usage du préservatif. «Ces trois facteurs, insiste l'Osservatore Romano, ont une influence importante sur la réduction de l'incidence du sida.»
La campagne «ABC» a démontré que ce sont les deux premiers axes - lutte contre une sexualité précoce et fidélité - qui ont surtout été efficaces parce qu'ils ont créé un changement de comportement. Le préservatif restant, lui, «un recours pour ceux qui n'appliquent pas les deux premiers points de la méthode». Autrement dit, pour ce médecin catholique : «L'abstinence annule le risque pour les cas de transmissions sexuelles. La fidélité dans les rapports sexuels réduit le risque. L'usage du préservatif réduit le risque mais ne l'élimine pas.»
Cet article est suivi de l'interview d'un missionnaire combonien, un ordre religieux très présent en Afrique, médecin de son état. Le frère Daniel Giovanni Giusti a eu une expérience de plus de vingt ans dans un hôpital en Ouganda et reconnaît que «le préservatif a un rôle dans des épidémies localisées et dans des groupes particuliers : prostituées, homosexuels et drogués.»
Sa conclusion ne met donc pas en cause le préservatif, en tant que tel, mais les campagnes le proposant comme seul moyen sûr. «L'expérience de terrain démontre que dans les pays où l'on a tout misé sur le tout préservatif, il n'y a pas eu - dans la population générale - des résultats satisfaisants comme ceux obtenus en Ouganda.»

analyse Un titre raccoleur et inutilement provocateur : la position de l'Eglise catholique n'a pas changé. Mais cet article a le mérite d'expliquer les raisons - largement incomprises par les médias français qui ont du mal à aller au-delà des idées reçues simplistes sur la réflexion très raisonnée de l'Eglise - et le bien-fondé des déclarations du pape Benoit XVI sur l'utilisation du préservatif dans la lutte contre le sida.

Subversive, l'Eglise?

L'Express - 13 septembre 2010 - Jean-Pierre Denis (directeur de la rédaction du magazine La Vie), Kévin Le Louargant
L'Eglise s'est toujours préoccupée de l'Etranger, dont le Christ est la figure par excellence. Les ecclésiastiques offrent chaque fois qu'ils le peuvent un droit d'asile aux personnes poursuivies ou persécutées. L'Eglise était moins écoutée en 2002, quand elle défendait les migrants de Sangatte. Aujourd'hui, le message chrétien trouve un écho dans l'opinion publique, pour trois mauvaises raisons: parce que la gauche craint de parler de l'insécurité, parce que l'antisarkozysme médiatique a pris une grande ampleur et parce que la question des Roms suscite une émotion très forte.
[...] Les chrétiens se situent au niveau spirituel. Ils auraient manifesté la même opposition à l'égard d'un gouvernement de gauche qui légiférerait sur l'euthanasie. Leur posture n'est pas un coup de com' pour faire revenir les fidèles. Au contraire, l'Eglise n'a pas grand-chose à gagner [...].
La contre-culture qui était portée par les utopies des années 1960 a connu un incroyable succès, pour finalement devenir la norme. Les institutions patriarcales ont été démolies; l'école, l'autorité et la politique sont en ruine. Face à ce constat, la ritualité et la gratuité du geste, l'éloge de l'invisible et de la fragilité, sont à même de redonner du sens à notre société. Ce sont des valeurs subversives et contre-culturelles dans notre époque de rébellions factices et de fausses provocations.

Les discriminations anti-catholiques, subies par l'Eglise et par l'ensemble des catholiques

...plus d'informations sur l'intolérance et les discriminations dont sont victimes les catholiques

Les croyants se mobilisent contre le "rejet" des religions

Le Monde - 3 janvier 2011 - Stéphanie Le Bars
Symptômes de l'état d'esprit de groupes minoritaires ? Discriminations réelles, ou ressenties, par les croyants ? Crispations victimaires ou affichage identitaire face à une sécularisation inédite ? Les hypothèses ne manquent pas pour expliquer les postures, plus ou moins spectaculaires, désormais adoptées par les croyants.
[...] Ce qui, en revanche, apparaît plus nouveau est que le sentiment de dénigrement de la religion pointé par ces militants exaltés est largement partagé par le reste des croyants. "Devenus une minorité dans la société française, les catholiques n'acceptent plus la douleur face à un dénigrement qui était supportable quand ils étaient une majorité puissante", analyse l'abbé Pierre-Hervé Grosjean. Ce jeune prêtre a suscité un débat dans la blogosphère catholique en prenant ses distances avec les intégristes manifestant contre la pièce de Romeo Castellucci.
Face à leur perception d'être "les mal-aimés" d'une société en grande partie indifférente, les catholiques cherchent de nouveaux moyens pour se faire entendre. Signe de cette préoccupation, le colloque prévu le 9 novembre à Paris, intitulé "Le christianisme aura-t-il encore sa place en Europe ?". Organisée par le mouvement Aide à l'Eglise en détresse (AED), reconnu par le Vatican et fondé pour soutenir les chrétiens persécutés, notamment dans les pays à majorité musulmane, cette journée de réflexion entend dénoncer "les discriminations contre les chrétiens et le rejet du christianisme en Europe, où la foi chrétienne et l'Eglise sont régulièrement ridiculisées ou ostracisées".
"Il s'agit de promouvoir la liberté religieuse", indique aussi Marc Fromager, directeur national de l'AED, qui constate "un mouvement de fond de reniement de notre culture". "La christianophobie touche aussi l'Occident", juge-t-il, citant l'exemple "de la culture ou du milieu de la santé où les personnels ont de plus en plus de mal à mettre en avant l'objection de conscience".
Dénoncé par le pape, dont l'entourage parle aussi désormais de "christianophobie", ce risque de "marginalisation du christianisme" en Europe a suscité la création d'un "Observatoire européen de l'intolérance et de la discrimination contre les chrétiens", soutenu par le Vatican. Il entend attirer l'attention sur "le retrait des symboles chrétiens de l'espace public, les stéréotypes négatifs dans les médias" ou les profanations d'églises et de cimetières, que les catholiques estiment insuffisamment dénoncées par les pouvoirs publics et les médias, par rapport aux mêmes actes commis sur des lieux juifs ou musulmans.

Une profanation tous les deux jours en France

Le Figaro - 22 septembre 2010 - Christophe Cornevin
Les cimetières et lieux de culte catholiques demeurent les plus visés. Croix renversées et souillées de symboles nazis au sanctuaire dédié à la Vierge Marie à Saint-Loup (Jura), tombes et chapelle vandalisée au cimetière d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), statues arrachées dans l'église Saint-Géry de Valenciennes (Nord), lustres réduits en miettes et chemin de croix incendié à Saint-Pierre de Pouan-les-Vallées (Aube), classé et datant du XIIIe siècle... Dans l'indifférence, la France est le théâtre d'une profanation tous les deux jours.[...] Pas moins de 184 dégradations de sépultures ont été recensées l'année dernière, soit à peine dix-neuf de moins qu'en 2008.
Depuis 2005, un lieu sacré est violé tous les deux jours.[...] Le rapport [...] précise que les profanations recensées par les gendarmes - qui couvrent 95 % du territoire - touchent «très majoritairement des tombes chrétiennes ou des églises ». Dans les campagnes et en zones périurbaines, quelque 122 cimetières communaux et 34 lieux de culte catholique et 18 monuments aux morts ont été visés en 2009. Pas moins de cinq violations de tombeaux, dont deux exhumations ont été à déplorer. «Les départements du Bas-Rhin (11 faits), la Somme (9 faits), l'Ille-et-Vilaine (7 faits) et enfin la Gironde, le Gard et les Vosges (6 faits) concentrent le plus grand nombre de profanations», précise le document, qui détaille ainsi une série de périodes à risques. Ainsi, les profanateurs passent plus volontiers à l'action le 30 avril qui est à la fois l'anniversaire d'Adolf Hitler et de la fondation de l'Église de Satan aux États-Unis. Des pics sont aussi observés le 31 octobre, fêtes d'Halloween et jour de l'An sataniste, mais aussi lors des dates des solstices et d'équinoxes. Plus globalement, 50 % des actes de vandalisme se produisent le week-end et sans témoin, ce qui rend les investigations difficiles. [...] Certains n'ont reculé devant aucune limite, allant jusqu'à improviser le 18 juillet dernier un rodéo à scooter dans la nef moyenâgeuse de l'église d'Échillais, près de La Rochelle, où un Christ en croix du XVIIe siècle gisait au milieu du chœur, démantibulé.
Le nombre des actes de vandalisme visant les lieux de culte a atteint une telle cote d'alerte qu'un site entier en recense l'étourdissante litanie. Il est animé par le comité Indignations, créé en juin 2005 au lendemain d'une parodie de mariage homosexuel dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le simulacre, ressenti comme «blessant» par les fidèles, avait été à l'origine d'une pétition recueillant 27.000 signatures. « D'une manière générale, les investigations ne permettent toujours pas de déterminer les motivations réelles des auteurs, concèdent les gendarmes. En effet, les éléments de preuves découverts engendrent parfois des confusions (exemple, des croix gammées accompagnant des tags satanistes).»

Un cimetière est profané tous les trois jours

Le Figaro - 2 décembre 2008 - Christophe Cornevin, Cyrille Louis
Parmi les quatre types de mobiles recensés (vandalisme, satanisme, racisme-antisémitisme, et vol de métaux), le ressort «crapuleux apparaît en nette augmentation ces dernières années », notamment dans les nécropoles militaires. «En 2007, 9 cimetières musulmans qui ont été touchés et 5 lieux de sépultures israélites, remarquent les rapporteurs. Malgré un traitement médiatique qui donne une impression inverse, la grande majorité des profanations concerne des sépultures chrétiennes...» Autour de 10 % à 15 % des profanations seraient sataniques. Et 80 % des interpellés par la gendarmerie depuis janvier ont moins de 18 ans.
analyse Les profanations de sépultures et de lieux de culte juifs ou musulmans sont inadmissibles, et l'indignation publique et médiatique qui les condamne régulièrement est on ne peut plus justifiée. Mais pourquoi une telle indignation est-elle sélective ? Pourquoi ce silence lorsque ce sont des symbôles chrétiens qui sont attaqués ?

L'évêque d'Évry : «Quand le pain eucharistique est piétiné, c'est une profanation»

Le Figaro - 12 mars 2010 - Jean-Marie Guénois
Mgr Michel Dubost, évêque d'Évry-Corbeil-Essonnes, a fortement dénoncé «l'étourdissant silence» qui entoure les profanations d'églises. [...] «Il n'y a certes pas d'inscriptions antichrétiennes sur les églises comme il y a des inscriptions antimusulmanes ou antijuives. Ces faits ne sont pas signés de la même manière. Pour beaucoup d'élus c'est donc un cambriolage et non une profanation. Mais quand le pain eucharistique est répandu par terre et piétiné, c'est une profanation ! Il y a là une difficulté de compréhension qui nous appelle à redire ce que nous croyons de l'eucharistie et de la présence réelle. Et ce n'est pas parce que le catholicisme en France fait partie des meubles qu'il ne doit pas dire qu'il a mal quand il a mal... [...] L'eucharistie est pour nous la présence de Dieu. C'est le signe sacramentel de la présence de Dieu. Il n'y a pas plus sacré : si on viole l'eucharistie, on nous viole nous-mêmes et nous en sommes profondément blessés

Le Web catholique unanime pour dénoncer la "papophobie"

Le Monde - 5 avril 2010 - Audrey Fournier
"Cathophobie", "acharnement", "généralisations"... c'est aussi par le biais de leurs blogs et de leurs sites personnels que les catholiques francophones se dressent pour réclamer un apaisement autour du scandale des prêtres pédophiles. Ils dénoncent dans leur grande majorité un traitement médiatique inégal et les attaques portées contre le pape Benoît XVI, perçu comme un bouc émissaire. Dans la ligne de mire de la plupart de ces blogs : l'impossible dialogue entre les catholiques et les médias, accusés de privilégier un traitement à charge de toutes les affaires liées à la religion. Néanmoins, la plupart des auteurs de blog évoquant le sujet reconnaissent la nécessité pour l'Eglise de s'attaquer de front aux abus sexuels perpétrés en son sein.

Le renouveau de l'Eglise insufflé par les jeunes catholiques

A Paris aussi, les prêtres se font plus rares

La Croix - 5 septembre 2012 - Hugues-Olivier Dumez
La crise des vocations est vécue dans toute la France depuis plusieurs décennies. Longtemps épargné, le diocèse de Paris doit désormais se confronter à cette réalité. Il comptait environ 700 prêtres en 2005, or ils sont 565 actuellement pour une population de 2,2 millions d’habitants. [...]
Paradoxalement, cette relative pénurie s’explique aussi par une augmentation de la pratique religieuse dans la capitale, bien loin des idées reçues sur le déclin de l’Église catholique. Le diocèse s’adapte, et a par exemple fait le choix de maintenir quatre jeunes prêtres de 35 à 52 ans dans la paroisse populaire et très fréquentée de Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville, dans le nord de Paris (19e), qui propose désormais deux messes quotidiennes pendant la semaine.
« Si certains peuvent ressentir une pénurie de prêtres, cela s’explique d’abord par la croissance du nombre des fidèles », constate ainsi le P. Henri de l’Eprevier, curé de la paroisse voisine de Notre-Dame-de-l’Assomption des Buttes-Chaumont, qui note lui aussi l’essor des demandes de baptêmes d’adultes et la hausse de la pratique dominicale.

L’Eglise revivifiée par de jeunes catholiques sans complexe

Le Progrès - 24 avril 2011 - Nicolas Ballet
A l’occasion des fêtes de Pâques, tour d’horizon des pratiques observées dans des paroisses urbaines et rurales du diocèse de Lyon/Roanne
Qui a dit que l’Eglise catholique était en crise ? Bien sûr, les prêtres sont toujours en nombre insuffisant et forment une population vieillissante : sans l’aide des laïcs, faire tourner les paroisses serait mission impossible. L’institution continue de souffrir, sur fond de pratique religieuse érodée, mais un relatif renouveau -voire un début de résurrection- se dessine. A la ville, comme à la campagne, de jeunes catholiques décomplexés — collégiens, lycéens, étudiants — semblent plus nombreux à afficher sans honte leur foi. Une tendance plus visible cette année que les précédentes, pour les fêtes de Pâques. Sous le soleil de Lyon, vendredi après-midi, le père David Gréa rejoint au pas de course l’église Sainte-Blandine pour préparer la messe du Vendredi Saint. Ce jeune curé d’une quarantaine d’années a les traits tirés. La veille, pour le Jeudi Saint, il a confessé dans sa paroisse « toute la nuit entre 21 h 30 et 7 h 30 du matin, avec seulement un quart d’heure de pause ». « Il y avait plus de monde que l’an dernier et 80 % de jeunes âgés entre 20 et 30 ans » observe-t-il, en évoquant « un vrai retour au spirituel » et « une soif », « dans une société qui essaie de faire en sorte qu’on ne manque de rien, et où existe tout de même un manque profond ». A la chapelle Sainte-Croix de Lyon, les rendez-vous animés depuis plus de deux ans par le groupe de pop louange « Glorious » expriment ce renouvellement, qui s’observe aussi en milieu rural et plus encore, périurbain. Une belle illustration en est fournie à la paroisse Saint-Paul et Saint-Pierre en Val d’Azergues, aux portes du Beaujolais. Cette année, une procession a regroupé une trentaine d’adolescents dans les rues de Civrieux-d’Azergues, le 17 avril, pour les Rameaux. D’habitude, cette manifestation se cantonnait au parvis de l’église. Ces adolescents font partie de « l’Alliance des gônes », un groupe créé il y a deux ans, sous la houlette du père Przemek Krezel, de Catherine Follie et de Nathalie Sidhoum, qui s’occupent de la pastorale des jeunes dans le secteur. « Nous leur faisions le catéchisme et ils voulaient que ça continue après » raconte Nathalie. Leurs réunions ont lieu dans une salle derrière l’église de Chazay-d’Azergues. « Ils sont une trentaine et viennent de collèges publics où ils ne peuvent exprimer leur foi, et de familles dont les parents sont parfois contre l’Eglise. C’est un vrai renouveau, peut-être lié à un besoin d’entraide dans une société individualiste. L’Esprit saint travaille à fond la caisse ! » « Nous, les » vieux », faut qu’on suive ! » plaisante le père Paul Gay, curé de Chasselay. « Les jeunes ne viennent pas forcément à la messe. Mais quand il y a un événement, c’est porteur, ils prennent des initiatives ». A « l’Alliance des gônes », les ados tissent des liens, apprennent à coudre… et à se débrouiller comme des adultes. Pour Noël, ils ont fabriqué une crèche dont la revente contribuera au financement d’un pèlerinage à Lourdes. Cet esprit de responsabilité se ressent ailleurs, comme à Tassin, près de Lyon. « Au moins 200 jeunes viennent à l’office chaque dimanche, avec une tendance à la hausse. Ils ne sont pas passifs, aident à préparer le culte », dit le curé, Mgr François Duthel, en rapportant que « pour la première fois, des collégiens de 5e ont même demandé à faire leur profession de foi ». Pour lui, « c’est un effet de ce que Jean Paul II avait engagé avec les Journées mondiales de la jeunesse : on peut être chrétien et intelligent ». « Jean Paul II a tenu un discours de responsabilité aux jeunes », analyse le spécialiste du Vatican, Bernard Lecomte, en concluant : « A notre époque, nous souffrions d’avoir vu l’Eglise devenir « minoritaire ». Les gosses d’aujourd’hui sont nés avec ça : ils n’ont pas nos complexes ».

Sondage exclusif : qui sont les jeunes cathos des JMJ ?

La Vie - 4 août 2011 - Jean-Pierre Denis
Motivés, engagés, pratiquants, proches des positions sociales et morales de l'Eglise mais aussi ouverts à un monde pluriel..., tel est le profil des jeunes cathos qui seront aux JMJ de Madrid, selon notre grande enqûete.
Rassembler tous les deux ou trois ans un ou deux millions de jeunes issus de la mondialité catholique… La géniale intuition de Jean Paul II n’a rien perdu de sa force. Plus d’une génération après les premières JMJ, la source ne s’est jamais tarie. Un million et demi de personnes sont attendues à Madrid, dont des dizaines de milliers de Français. C’est le paradoxe de notre catholicisme : le vieillissement du tissu paroissial s’accompagne d’un renouvellement continu, dans un public aussi minoritaire que motivé. Le Vatican continue à s’offrir la carte jeunes.
[...] Qui ils sont et ce qu’ils pensent. Comment voient-ils Dieu et le monde ? Se montrent-ils en tous points proches de leur Église ? Le grand sondage réalisé en exclusivité par La Vie avec le soutien de l’équipe nationale des JMJ mesure cela de manière précise et profonde, en huit grandes leçons.
Leçon n° 1 : Ils sont le cœur du corps
Jamais donc on n’avait étudié avec une telle précision le cœur même du catholicisme en devenir. [...] Les jeunes qui vont à Madrid ne sont pas de simples curieux attirés par l’auberge espagnole. La quasi-totalité a reçu une éducation religieuse. La plupart s’avèrent très étroitement insérés dans les réseaux paroissiaux et communautaires, mais aussi très engagés dans la pratique religieuse. 88 % sont, au sens de la sociologie religieuse, des pratiquants réguliers, puisqu’ils vont à la messe au moins une fois par mois, et même au moins une fois par semaine pour 58 % d’entre eux. Enfin, ils se montrent très à l’aise avec toutes les positions de leur Église.
Leçon n° 2 : Ils aiment l’extra et l’ordinaire
Malicieux ou intuitifs, nous avions spécialement demandé si certains se rendaient à la messe tous les jours. Une question que l’on a renoncé à poser depuis belle lurette dans les sondages sur la pratique religieuse des Français. Signe des temps : 6 % d’entre eux ont répondu par l’affirmative ! Les jeunes des JMJ adhèrent à ce que l’on pourrait appeler le « catholicisme régulier », par choix et non par habitude. Mais ils s’avèrent tout aussi familiers des grands rassemblements. 90 % ont déjà participé à d’autres temps forts de jeunes, comme le Frat des Franciliens. Goûtant le pèlerinage comme ils apprécient la messe, ils conjuguent donc avec la même aisance l’exception et la règle, le spectaculaire et l’ordinaire, la fête et le rite.
Leçon n° 3 : Ils disent adieu à la cafétéria
Depuis une dizaine d’années, les sociologues parlent volontiers de « religions à la carte ». Aux États-Unis, on parle d’un « catholicisme de cafétéria », cette religion sans menu imposé, cantine plus que chapelle où l’on choisit librement son entrée, son plat, son dessert… À l’échelle de la population catholique de notre pays, la religion de cafétéria reste la norme. On peut, par exemple, vouloir être enterré à l’église sans guère y avoir mis les pieds de son vivant. On peut demander le baptême pour ses enfants sans avoir l’intention de les inscrire au catéchisme. [...] Ceux qui vont aux JMJ semblent rejeter cette philosophie libérale. 71 % d’entre eux estiment que les parents « devraient transmettre à leurs enfants leur propre culture religieuse », plutôt que de leur laisser la « possibilité de choisir ».
Leçon n° 4 : Ils prennent tout
Ils ont grandi dans une culture saturée d’offres et de sollicitations. Ils arrivent à l’âge adulte à un moment où l’on se sent, comme jamais, libre de croire… et pressé de ne pas croire. [...] Par contraste, au lieu de trier, ils sont d’accord avec tout. Pour eux, dans le catholicisme, tout est bon. La « génération cathoplus » succède à la « génération Jean Paul II ». « Cathoplus », ils adhèrent en premier à la « doctrine sociale » : trois sondés sur quatre se sentent « proches » des positions de l’Église en matière de pauvreté, d’immigration, de développement ou de mondialisation. « Cathoplus », ils approuvent à plus de 70 % le discours de l’Église sur la vie. « Cathoplus », ils admettent, de manière nette (58 %) la morale sexuelle. Enfin, quand leurs aînés se seraient définis comme « chrétiens » ou « en recherche », ils se disent très volontiers catholiques (72 %).
Leçon n° 5 : Ils s’embourgeoisent
[...] Les « cathoplus » sont aussi, par leurs études et leur appartenance sociale, très « France d’en haut » ou « CSP + ». [...] Leurs pères sont cadres sup ou exercent une profession libérale. Leurs mères sont enseignantes ou femme au foyer. Constat ici sans appel : le catholicisme populaire s’étiole. L’Église s’embourgeoise à grande vitesse. Comment inventer d’autres lieux, d’autres gestes, d’autres propositions qui atteignent la cible plus large des chercheurs de sens et ce dans tous les milieux sociaux ? Au-delà des JMJ, toucher la multitude reste l’enjeu principal de l’évangélisation.
Leçon n° 6 : Ils virent à droite
La « génération cathoplus » se montre comme ses aînés rétive aux idéologies extrémistes. Elle résiste à la tentation Marine Le Pen. Mais elle n’en effectue pas moins un impressionnant virage politique. Elle ne s’identifie ni à la social-démocratie, ni à la mouvance écologiste, ni même au centre démocrate-chrétien. 41 % des sondés déclarent une préférence partisane de droite. Rappelons pourtant que les « cathoplus » se montrent encore plus sensibles à des thématiques réputées de gauche – la défense des plus pauvres, l’immigration – qu’à d’autres jugées conservatrices, comme la défense de la vie. Au final, ce déséquilibre massif doit se comprendre aussi comme une forme de dépolitisation, pour le coup assez comparable à celle de leur génération. Un sondé sur trois ne déclare aucune préférence partisane. Dans l’Église, les « cathoplus » ont une foi en béton. Dans la vie publique, ils doutent davantage.
Leçon n° 7 : Ils misent sur des relations fortes
Fort peu matérialistes, ils n’affichent guère d’intérêt pour les critères habituels de réussite sociale ou même d’épanouissement personnel. Ils se montrent aussi peu sensibles à des thématiques générales pourtant devenues très importantes dans le débat public, notamment autour de l’écologie. Les relations fortes l’emportent sur les idées fortes. Leur priorité est la réussite de la vie en couple et autour de soi. Avec la foi comme clé. Ils placent donc en premier l’amour proche, l’essentiel, la proximité.
Leçon n° 8 : Ils ne sont pas identitaires
Repli identitaire ? Pas si vite… L’un des résultats les plus frappants de l’enquête est au contraire la grande tolérance dont fait preuve cette génération parfaitement habituée à vivre dans un monde pluriel, où le christianisme n’est qu’une religion parmi d’autres. La preuve ? [...] Moins d’un sur dix reprend à son compte l’affirmation traditionnelle selon laquelle le catholicisme est « la seule vraie religion ». Un tiers d’entre eux sont déjà allés à des rassemblements œcuméniques de Taizé. Contrairement sans doute à ce que l’on a connu au temps de Jean Paul II, ils n’idolâtrent pas le pape : 80 % voient Benoît XVI juste comme le chef de l’Église, pas comme une rock star, un gourou, une « personnalité exceptionnelle ». L’identité des « cathoplus » est ouverte et sereine.

JMJ: Des jeunes à genoux

Témoignage Chrétien - 1 septembre 2011 - Nathalie Becquart (religieuse xavière, responsable de la pastorale étudiante pour l’épiscopat), propos recueillis par Philippe Clanché
T.C. : Le public des JMJ était-il aussi homogène qu’on a pu le percevoir, notamment à travers l’enquête parue dans La Vie le 3 août dernier ?
Sœur Nathalie Becquart : Un style domine, celui des enfants de cadres supérieurs, très engagés dans l’Église. Pour autant, le groupe des Français n’était pas uniforme. On a croisé des prêtres en T-shirt, en col romain et en soutane, des jeunes des cités d’Orly comme des villes bourgeoises. Mais l’Église rejoint plus facilement des jeunes de milieux bourgeois que des classes moyennes.
Et les jeunes de milieux populaires ?
Ils ont participé, à travers la JOC mais aussi au sein de groupes paroissiaux. Des jeunes de Trappes et de Sarcelles sont venus à Madrid. Eux, comme des jeunes ruraux, étaient moins nombreux donc moins visibles que les gros bataillons parisiens. La région parisienne, qui regroupe un quart des étudiants du pays, représentait 36 % des participants.
Comment voyez-vous évoluer la typologie de ces jeunes catholiques ?
Aujourd’hui, les JMJ fédèrent l’ensemble des sensibilités ecclésiales et des types de mouvements. Si les groupes issus de l’Action catholique et des aumôneries apparaissaient moins à Madrid, c’est parce qu’ils attirent moins de jeunes toute l’année. Les JMJ ne sont pas sélectives mais reflètent la diversité de l’Église telle qu’elle existe aujourd’hui.
Les JMJ sont-elles ouvertes aux jeunes qui demeurent sur le seuil de l’Église ?
23 % des jeunes participants ne fréquentent aucun groupe dans l’année. A Madrid, nous avons rencontré des jeunes venus de nulle part, pas baptisés, pas croyants ou « redécouvrants », sans culture chrétienne. Les organisateurs des différentes groupes — 110 de diocèses et 40 de mouvements, communautés, réseaux (de la Mission de France aux traditionalistes) — ont fait l’effort de s’ouvrir en acceptant des jeunes éloignés de l’Église. Mais la majorité demeure engagée, c’est le cœur de cible.
Le contenu des JMJ a-t-il évolué vers une multiplication des temps cultuels ?
Le canevas reste le même : catéchèse le matin, messe, Festival de la Jeunesse avec des propositions très diverses l’après-midi et grandes célébrations le soir. Ce qui a changé, à la demande des jeunes, c’est le style des célébrations.
Entre Longchamp en 1997 et Madrid, les temps de silence se sont allongés.
La demande d’intériorité, de relation à Dieu, d’adoration, est plus forte et les JMJ répondent à cela. On vit la même évolution dans toutes les aumôneries. À Créteil, avec des jeunes de quartiers populaires, des étrangers, on m’a demandé des temps d’adoration.
Pourquoi les JMJ fonctionnent si bien ?
D’abord parce qu’elles sont une expérience concrète de la mondialisation, de la rencontre des autres et, à travers eux, du Christ. Qui peut réunir aujourd’hui des jeunes de 180 pays différents ? Cette génération a besoin de grands rassemblements. Les JMJ ont une dimension sociale et politique car on y dépasse les préjugés et une vision réductrice des autres. On y travaille à l’avenir du monde. Ensuite ressort l’expérience spirituelle et humaine.
La pastorale des jeunes en France est-elle uniquement axée sur les JMJ ?
L’événement est incontournable. Il ne se réduit pas à cinq jours à Madrid. Les JMJ marchent parce que des milliers d’animateurs sur le terrain font fonctionner des petits groupes. Cela génère de la créativité, des initiatives pour financer le voyage. Des liens sont tissés. On en voit les fruits depuis 25 ans : les moins de 45 ans engagés ont été marqués par les JMJ, qui font rêver leurs successeurs. Les jeunes sont divers et il n’y a pas de recette pour les intéresser tous. Les relations interpersonnelles, le charisme d’animateurs et les projets sont indispensables. En plus des JMJ, de nombreux pèlerinages, retraites et camps se sont tenus cet été, souvent à partir d’initiatives venant des jeunes eux-mêmes. La pastorale est de plus en plus éclatée et les JMJ n’occultent pas tout cela.
Certains mouvements perdent quand même du terrain.
Nous assistons a une rupture générationnelle et à l’émergence de nouveaux modes d’être ensemble. Prenons acte de cette nouvelle culture. Des propositions de militance anciennes attirent moins, parce qu’elles sont moins adaptées à une jeunesse qui a changé. Mais les mouvement de scouts voient leurs effectifs augmenter.
À quoi ressemble cette nouvelle culture des jeunes catholiques ?
Ce n’est pas parce que les jeunes expriment une demande d’intériorité et de prière qu’ils ne veulent que du spirituel. Ils sont aussi intéressés par les autres religions, l’engagement de solidarité. Le concert de Glorious a fait le plein tout comme une table-ronde sur l’engagement social et politique. Cette génération ne se demande pas « faut-il » mais « comment » vivre en chrétien dans ses engagements confessionnels, politiques et sociaux. Les jeunes qui ont assisté à ce débat sont allés à l’adoration ensuite. Ils vont aller manifester pour une cause, mais en allant prier avant et en s’agenouillant.
Nous ne sommes plus, comme il y a 20 ans, dans l’opposition entre l’action et la spiritualité. Les jeunes ont envie des deux. Je sais que cela déroute certains et je ne faisais pas le même constat il y a cinq ans. Nommée à la Mission étudiante à Créteil, j’ai vécu le même choc culturel que si j’arrivais en mission en Papouasie. Il m’a fallu tenter de comprendre comment les gens vivent, apprendre leurs langues, les écouter et après essayer de leur parler du Christ. En discernant entre les valeurs en affinités avec l’Évangile et d’autres qui sont à convertir.
Quelles sont ces va­leurs compatibles ?
Aujourd’hui, dans la culture des jeunes, quand on découvre quelque chose de bon, on le partage. C’est le principe de Facebook. Celles et ceux qui ont fait une expérience du Christ — la découverte d’un guide, quelqu’un qui donne un sens à leur vie — ne peuvent pas le garder pour eux. Ils veulent l’annoncer, deviennent missionnaires, quitte à aller évangéliser dans la rue. On voit souvent de manière négative cette nouvelle culture, mais cette valeur du partage est profondément évangélique.
À quelle condition cette nouvelle génération peut trouver sa place ?
Si l’on accepte de penser que les choses se vivent autrement, avec d’autres manières de faire que celles qui ont façonné la génération précédente – la mienne –, je n’ai aucune inquiétude sur l’avenir de l’Église en France. Il faut expliquer aux plus âgés que le déclin de leur manière de concevoir l’engagement chrétien ne signifie pas la fin du monde. Je le dis aussi pour moi et je me réjouis que même TC parle des JMJ.

La visite du pape Benoît XVI à Paris en septembre 2008

...plus d'informations sur le message du pape Benoît XVI à la société européenne et la réaction des médias

De la laïcité au «courage de vivre l'Évangile»

Le Figaro - 15 septembre 2008 - extraits du discours de Benoït XVI
«La tension entre le lien et la liberté se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d'un côté, l'arbitraire subjectif, de l'autre, le fanatisme fondamentaliste. Si la culture européenne d'aujourd'hui comprenait désormais la liberté comme l'absence totale de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l'arbitraire. L'absence de liens et l'arbitraire ne sont pas la liberté, mais sa destruction.»
«Une culture purement positiviste qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l'humanisme.»

Une visite, la foule et quatre leçons

Le Parisien - 15 septembre 2008 - Philippe Baverel
[Le pape Benoît XVI] apparaît comme « un savant équilibre entre la foi, la raison et l’amour », croit pouvoir dire Lecomte. « Depuis son arrivée en France, le pape a développé un thème central dans ses interventions, analyse Frédéric Lenoir. Il demande qu’on lutte contre deux excès : l’extrémisme religieux et la tentation du matérialisme ».
[...] Quel impact aura son voyage en France ? Dans un pays où la part des catholiques pratiquants est tombée à 8 %, la question est capitale. Les jeunes, qui étaient 60 000 vendredi soir pour acclamer le pape sur le parvis de Notre-Dame, reprendront-ils le chemin de l'église le dimanche ? « La foi des nouvelles générations , répond Bernard Lecomte, n'a aucun rapport avec la messe du dimanche. Elles sont davantage motivées pas les activités collectives au service d'une cause et les grands rassemblements comme les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). » Il n'en demeure pas moins que les foules massées autour du pape contribuent à « redonner le moral aux catholiques, estime Frédéric Lenoir. Quelle autre institution, laïque ou religieuse, est capable de rassembler 250 000 personnes un matin aux Invalides ? »

Le pape Benoît XVI est-il trop intelligent ?

Marianne - 16 septembre 2008 - Roland Hureaux
Au cours de son voyage en France, le pape a séduit certains intellectuels. Un rayonnement qui contraste avec l'affaiblissement de la religion catholique dans ce pays. Aujourd'hui, ce sont plutôt les religions simplistes qui ont le vent en poupe.
Nul doute que le pape Benoît XVI soit le chef d’Etat le plus cultivé: ce n’est pas très difficile. Mais il est sans doute aussi un des hommes les plus instruits de la planète, non seulement dans les sciences théologiques mais encore la philosophie, les arts et même les sciences. Cet homme qui dialogue avec Habermas, joue Mozart et aime le latin ne manque en tous cas pas de ressources.
L’épisode le plus original de son voyage en France fut une conférence au tout nouveau centre culturel des Bernardins, initiative de Jean-Marie Lustiger destinée à rapprocher la foi et la culture. Y ont accouru, non seulement l’Institut de France, dont il est membre associé, mais aussi la fine fleur de la culture, de l’édition, des arts et des lettres. Les intellectuels catholiques de la nouvelle génération, comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion mais aussi Régis Debray, Frédéric Mitterrand et bien d’autres. De cette conférence, beaucoup, telle Julia Kristeva, sont sortis enthousiastes. Insistant sur la nécessité d’interpréter les textes, inscrite au cœur de la tradition juive aussi bien que chrétienne, le pape a longuement montré comment il y a là la source d’une science du langage fondatrice de la culture européenne et l’antidote à tous les fondamentalismes.
Il semble donc qu’il ne serve à rien à l’Eglise catholique d’avoir un pape instruit et subtil. Les seules religions qui progressent semblent celles qui véhiculent un message simple, voire simpliste. Pour les islamistes, le Coran et rien que le Coran. Pour les évangélistes américains, la Bible et rien que la Bible y compris quand elle contredit la théorie de l’évolution (acceptée par le pape), y compris quand elle permet d’assimiler la lutte des Etats-Unis et d’Israël contre le reste du monde à la bataille finale du bien et du mal, la fameuse bataille d’Armageddon décrite dans l’Apocalypse.

Pour aller plus loin

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