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Débats, relations et complémentarité entre foi et raison, science et religion, philosophie et théologie

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection structurée d'extraits d'articles de presse :

L'Eglise opposée à la science ? Histoire d'un mythe

Omissions et demi-vérités historiques - L’Église et la science

Valeurs Actuelles - 21 décembre 2011 - Fabrice Madouas
Pour beaucoup, l'affaire est entendue : l'Église, attachée à ses dogmes, témoignerait à l'égard de la science d'une méfiance coupable. Pour "preuve", le procès intenté à Galilée, où beaucoup pensent qu'il fut condamné à mort par l'Inquisition (et même brûlé, ajoutent certains) pour avoir démontré que la Terre tournait autour du Soleil. Or, il y a dans cette croyance plusieurs erreurs.
Dans son livre, "Historiquement incorrect", Jean Sévillia rappelle que l'Église médiévale compta dans ses rangs de grands savants, dont les noms sont parfois méconnus, mais qui firent progresser la connaissance scientifique. Et de citer, parmi bien d'autres, le dominicain allemand Albert le Grand, à la fois physicien, botaniste et naturaliste ; le franciscain anglais Roger Bacon, immense savant, expert en physique, en sciences naturelles, en mathématiques ou en médecine ; Nicolas Oresme, évêque de Lisieux, auteur d'un traité d'astronomie rédigé en français. Et, bien sûr, le chanoine polonais Nicolas Copernic, qui, le premier, eut la prescience que les planètes tournent autour du Soleil (théorie de l'héliocentrisme). C'est d'ailleurs à l'initiative d'un cardinal romain que Copernic, encouragé par la curie, publia sa thèse, "Des révolutions des orbes célestes", en 1543.
Que s'est-il passé, alors, avec Galilée ? L'astronome fut victime de l'impétuosité de son caractère. Critiquant vertement ses contradicteurs, il se fit de nombreux ennemis, alors qu'il ne put jamais faire la preuve de ce qu'il avançait : c'est seulement au XVIIIe siècle que « Newton, en révélant les lois de la dynamique et de la gravitation universelle, rendra concevable la cosmologie moderne », résume Jean Sévillia. Qui plus est, ne pouvant pas démontrer scientifiquement qu'il avait raison, il joua de l'argument d'autorité « en faisant appel, comme ses adversaires, à l'Écriture sainte », alors que l'Église se réservait le droit d'interpréter les textes. Il lui fut donc reproché une double faute contre l'obéissance : « avoir professé l'héliocentrisme sans pouvoir le prouver » et avoir fait imprimer son livre à Florence et non à Rome, comme il l'avait promis au pape Urbain VIII, qui lui accordait son amitié.
Condamné en 1633 par l'Inquisition romaine à une peine de prison dont la durée n'était pas précisée, il fut d'abord assigné à résidence chez l'ambassadeur de Florence (à la villa Médicis), puis à Sienne, où il s'installa chez l'archevêque. Il y demeura cinq mois avant de retourner chez lui, dans la campagne florentine. Il y poursuivit ses travaux jusqu'à sa mort, en 1642.

Dieu et la science : des échanges et des débats constructifs entre scientifiques, philosophes et théologiens sur l'origine du monde

«L'univers est né sans Dieu» : Hawking crée la polémique

Le Figaro - 7 septembre 2010 - Marc Mennessier
Et Dieu dans tout ça ? Lorsque Napoléon demanda au physicien Pierre-Simon de Laplace pourquoi il ne faisait jamais référence au Créateur dans les cinq volumes de Mécanique céleste, son œuvre maîtresse, le savant répondit sans ambages : «Sire, je n'avais pas besoin de cette hypothèse.»
Deux siècles plus tard, Stephen Hawking semble se ranger derrière l'athéisme scientifique de son illustre aîné. Dans The Grand Design (en français, Le Grand Dessein), le livre qu'il publie jeudi avec son collègue américain Leonard Mlodinow, le célèbre astrophysicien britannique exclut à son tour toute intervention divine dans le processus qui a conduit à la création de l'Univers. Selon lui, les lois de la physique telles que nous les connaissons aujourd'hui, et notamment la force gravitationnelle, suffisent à répondre à la question fondamentale formulée par le philosophe allemand Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), il y a 300 ans : «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?» «En raison de la loi de la gravité, l'univers peut se créer de lui-même, à partir de rien, écrit Hawking dans son livre cité par le Times, la semaine dernière. La création spontanée est la raison pour laquelle quelque chose existe, pour laquelle l'univers existe, pour laquelle nous existons.» Du coup, «il n'est pas nécessaire d'invoquer Dieu pour activer l'univers», conclut de manière péremptoire ce savant atteint depuis plus de quarante ans de sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative paralysante diagnostiquée alors qu'il n'avait que 22 ans.
Ce faisant, Hawking se démarque d'Isaac Newton (1642-1727), l'auteur de la théorie de la gravitation universelle, dont il occupa jusqu'à l'an passé la chaire à l'université d'Oxford, qui estimait que l'Univers n'avait pu être créé sans la main de Dieu. Mais il rompt également avec ses propres positions. En 1988, en effet, dans Une brève histoire du temps : Du big bang aux trous noirs, l'existence d'un dieu créateur ne lui paraissait pas incompatible avec la réflexion scientifique.
[...] Mais l'optimisme des auteurs de The Grand Design est loin de faire l'unanimité. «Hawking parle de la théorie M, elle-même dérivée de la théorie des cordes, comme si elle était déjà validée alors qu'il ne s'agit que d'une piste parmi d'autres», explique au Figaro le physicien Étienne Klein (CEA).
D'ailleurs, loin de l'euphorie affichée par le Britannique, l'humeur serait plutôt à la déprime chez nombre de ses collègues et pas des moindres. Dans un livre au titre évocateur, Rien ne va plus en physique ! : L'échec de la théorie des cordes, l'Américain Lee Smolin se désole que depuis trente ans aucune découverte majeure n'ait contribué à résoudre «les cinq grands problèmes» qui se posent encore à la physique théorique. Aurait-on, par exemple, construit le grand accélérateur LHC près de Genève si la science était déjà sur le point de conclure ?
Enfin, le rôle créateur que Hawking attribue à la gravitation est sujet à caution. L'Univers a-t-il créé les lois de la physique ou ces dernières preéxistaient-elles ? La question n'est pas tranchée. Ensuite, «faut-il comprendre que la gravitation se trouvait déjà dans le néant originel ? Mais alors, pourquoi ne pas dire que Dieu est la gravité même ?», ironise Étienne Klein qui publie le 20 octobre Discours sur l'origine de l'univers dans lequel il porte un regard critique sur ce sempiternel débat autour de la question des origines. Et de citer le philosophe Ludwig Wittgenstein (1889-1951) qui s'interrogeait : «Pourquoi faudrait-il que le fait que le monde ait commencé à être soit un plus grand miracle que le fait d'avoir continué à être ?»

Dieu et la science

Le Figaro - 18 février 2011 - Christophe Doré
Y a-t-il un grand architecte dans l'Univers? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) [...]. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.
«Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l'actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l'astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l'univers ? (Odile Jacob).
Ce retour sur le devant de la scène d'une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. [...] La question s'inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.
Stephen Hawking a aujourd'hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l'Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n'est pas le seul à penser ainsi.
Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n'aurait plus de raison d'être tant la recherche se frotte aujourd'hui à l'essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d'avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»... «Donc... Ça c'est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d'Isaac Newton n'en reste pas là. «C'est à la question ultime de la vie, de l'Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. [...]
Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l'ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question "Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien"», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n'est pas sérieusement étayé», critiquent d'autres.
Ses collègues astrophysiciens ne l'épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n'apporte pas de choses nouvelles par rapport à l'un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps : Du big bang aux trous noirs, ouvrage de vulgarisation qu'il a publié en 1989. Voire, il se contredit.
Il n'empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l'Univers - ou plutôt les Univers - n'ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d'Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n'est pas la seule théorie aujourd'hui défendue par les cosmologistes sérieux.
Dans son Discours sur l'origine de l'Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d'accord, monsieur l'astrophysicien. Ce qu'il y a après le big bang c'est pour vous, et ce qu'il y a avant, c'est pour nous.» C'était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n'est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu'il s'agisse de l'effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l'idée d'un dieu, les sciences modernes et les questions qu'elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l'hypothèse d'un grand créateur, affirme-t-il. S'il n'adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.
Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d'un mot de l'astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu'il découvrit les premières images du fond de l'Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l'Univers, l'existence d'un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l'astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l'idée d'un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d'Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.
Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l'interrogeait sur la question de Dieu et de l'Univers: «Sire, je n'ai pas besoin de cette hypothèse.» S'interdisant de s'interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd'hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

Foi et raison sont complémentaires, théologie et philosophie ne sont pas incompatibles

Jean-Luc Marion, un intellectuel catholique parmi les Immortels

La Croix - 20 janvier 2010 - Marcel Neusch
L’élection de Jean-Luc Marion sous la Coupole n’aura guère été une surprise, non seulement parce qu’on le savait proche du cardinal Jean-Marie Lustiger auquel il succède, mais parce que peu d’œuvres sont aujourd’hui en mesure de rivaliser avec la sienne et prétendre à un honneur aussi éclatant que cette réception solennelle. De sa thèse : Sur l'ontologie grise de Descartes: Science cartésienne et savoir aristotélicien dans les Regulae (Vrin, 1975) jusqu’au récent recueil d’articles : Le croire pour le voir : Réflexions diverses sur la rationalité de la Révélation et l'irrationalité de quelques croyants (Parole et Silence, 2010), il n’a pas publié moins d’une vingtaine de titres, dont la plupart ont été traduits, y compris en japonais, en russe, même en chinois.
Cofondateur de la revue catholique internationale Communio, l’un de ses thèmes favoris, c’est le lien indissoluble entre raison et foi. Il n’a jamais consenti à leur séparation. « Peut-être peut-on perdre la foi, écrit-il, mais sûrement pas parce qu’on gagne en raison. » À l’inverse, la raison ne peut que perdre en rationalité à exclure la foi et le domaine qu’elle ouvre, en l’occurrence la Révélation.[...] Au regard des procédures philosophiques mises en œuvre par Jean-Luc Marion, et d’autres, Dominique Janicaud a parlé d’un « tournant théologique de la phénoménologie française » (L’éclat ; 1991), c’est-à-dire d’un détournement de la raison au bénéfice la foi.
Quoi qu’il en soit, Jean-Luc Marion revendique le titre d’intellectuel catholique, au « service de la rationalité dans l’Église ». Son rôle consiste en un « travail d’argumentation à partir de la révélation. Il s’agit d’un nouvel effort de rationalité chrétienne, pour intervenir dans la rationalité commune. Les intellectuels parmi les baptisés se définiront par la contribution qu’ils y apporteront ». C’est aussi à ce titre d’intellectuel catholique que Jean-Luc Marion méritait de prendre place parmi les Immortels.

Le Pape met l'Europe en garde contre le cynisme

Le Figaro - 28 septembre 2009 - Jean-Marie Guénois
À la différence de son prédécesseur polonais, ce n'est pas la question du baptême ou de l'évangélisation qu'il a posée en premier lieu, mais celle de l'intelligence et de la vision du monde. Non pas «qu'as-tu fais de ton baptême», mais un «que fais-tu de ta liberté», si chèrement payée par «le coût de quarante ans de répression politique» ? (... ) Benoît XVI (...) cherche à réaliser ce qu'il a appelé une «heureuse synthèse» entre la raison et la foi.

L'Eglise tend la main aux non-croyants

L'Express - 24 mars 2011 - Cardinal Gianfranco Ravasi (conseil pontifical pour la culture), propos recueillis par Claire Chartier
A la tête du conseil pontifical pour la culture, [...] le cardinal Gianfranco Ravasi, présenté comme l'un des successeurs possibles de Benoît XVI , présidera à Paris la manifestation du Parvis des Gentils, deux jours de colloques à haute teneur intellectuelle et de rencontres entre croyants et non-croyants.
Son dicastère - l'équivalent d'un ministère au Vatican - embrasse toutes sortes de thématiques qui seront abordées lors des débats: comment la science et la foi peuvent-elles cohabiter? Comment articuler laïcité et religion? Comment développer le dialogue inter-culturel, alternative pragmatique au dialogue inter-religieux, beaucoup plus ardu à mettre en oeuvre, celui-là, notamment avec les fondamentalismes musulmans? L'appellation "Gentils", dans la Bible, renvoie aux non-juifs qui souhaitaient s'approcher au plus près du temple de Jérusalem, lieu sacré du judaïsme. Les athées et agnostiques d'aujourd'hui sont invités à initier le même mouvement envers l'Eglise catholique. Une main tendue originale voulue par Benoît XVI, dans un pays où la religion catholique suscite désormais une assez large indifférence.
[...] Le discours très remarqué de Benoît XVI au collège des Bernardins, lors de sa visite en France en 2008, [...] a rappelé [...] l'intérêt du modèle monastique, qui a eu des effets très riches, d'un point de vue non seulement religieux, mais aussi culturel et économique. [Le pape] a ainsi ramené son auditoire à la tradition la plus noble du christianisme : proposer une vision du monde.
[...] Nous voulons établir le dialogue avec tous ceux qui s'inscrivent sur l'horizon de la non-religiosité. Je pense aux athées qui s'appuient sur une armature théorique, telle que l'a formulée Nietzsche ou Marx, par exemple, mais aussi à ceux, beaucoup plus nombreux, qui ressentent simplement de l'indifférence pour le message chrétien. Dans son roman, L'Imposture, Georges Bernanos distinguait l'absence de foi, qui suppose une présence en creux, et le vide, qui lui, renvoie au néant. L'indifférence se situerait plutôt côté du vide. Ce qui pose un problème d'un point de vue culturel, comme nous l'avons vu avec la négation des racines chrétiennes de l'Europe. Culturel et moral. Notre époque laisse peu de place aux valeurs éthiques. Les individus sont préoccupés par leur bien-être, entretiennent des relations superficielles les uns avec les autres.
Le parvis des gentils réunit un parterre d'intellectuels. [...] L'idée consiste à présenter, et non à proposer, le message évangélique et de faire en sorte que l'élite culturelle puisse ramener dans la discussion des questions fondamentales pour l'humanité, telle que la conception de la vie, de la mort, du mal, de l'amour, de la vérité ou la justice. Aujourd'hui, les intellectuels se sont un peu effacé, il faut les inciter à s'engager à nouveau dans le débat public.

Pierre Gibert: "La Bible a eu un 'projet historien', mais à la mesure de son temps"

L'Express - 8 avril 2010 - Pierre Gibert (Jésuite, historien et théologien, auteur de L'Invention critique de la Bible), propos recueillis par Philippe Chevallier
Vous montrez que le travail critique sur la Bible a d'abord été le fait de croyants : n'est-ce pas paradoxal?
C'est paradoxal dans la mesure où s'est répandue depuis quelques décennies l'idée que ce travail critique sur la Bible était "rationaliste", "antireligieux", etc. En fait, si l'exégèse critique est née à la fin du xve siècle, c'est parce que des croyants, des prêtres, plus tard des pasteurs et des maîtres juifs, se sont heurtés à des difficultés objectives présentées par le texte sacré. Aussi divinement inspiré qu'il apparaissait à tous ces hommes religieux, le texte biblique devait être analysé, disséqué même, pour que les difficultés qu'il présentait au lecteur croyant soient réduites ou résolues.[...] Les difficultés résistent, quoiqu'on fasse. En ce sens, l'exégèse critique sera toujours nécessaire et le croyant n'a pas à redouter l'usage de la raison. Au contraire, il a élargi le champ de sa compréhension, ouvrant de nouvelles voies de sens.

Les fondements de la position de l'Eglise et des catholiques respectent tous les critères de légitimité pour s'exprimer et participer au débat public

L'Eglise a sa place dans les débats sur l'éthique médicale

Le Monde - 8 avril 2011 - Jérôme Beau (évêque auxiliaire de Paris, directeur du Collège des Bernardins), Brice de Malherbe (co-directeur du département d'éthique biomédicale)
Dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 6 avril, Marc Peschanski et Cécile Martinat ont violemment pris à partie divers acteurs du débat sur la révision des lois de bioéthique. Les catholiques sont plusieurs fois visés. Ces attaques polémiques contreviennent aux exigences de la rationalité. Elles sont voulues pour défendre une option de recherche qui ne fait pas l'unanimité à l'intérieur même du monde scientifique.
Dans Le Quotidien du médecin du 5 avril, Alain Privat et Monique Adolphe, chercheurs et universitaires internationalement reconnus, rappellent que "la recherche sur les cellules souches embryonnaires n'a, en fait, conduit à aucune thérapeutique efficace jusqu'à présent nulle part dans le monde". Plus encore la modélisation et le criblage de molécules "peut se faire de manière aussi efficace et probante avec des cellules iPS, et ceci sans avoir à détruire un embryon". Pour eux, la vraie question est de permettre à la France de rattraper le retard accumulé en matière de recherches sur les cellules souches du sang de cordon et sur les cellules iPS – cellules souches reprogrammées pour être pluripotentes –, retard dû notamment au choix fait en faveur d'investissements considérables pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Rappelons qu'à l'annonce des résultats sur les cellules iPS, Ian Vilmut – le "père" de Dolly – a décidé pour des raisons scientifiques d'abandonner les recherches sur les cellules souches embryonnaires afin de s'orienter vers ce nouveau domaine plus prometteur.
Quant à l'Eglise catholique, elle est riche d'une longue réflexion en éthique médicale. Elle s'appuie sur l'expérience multiforme de nombreux catholiques engagés dans le soin et la recherche. Ses positions en la matière sont le fruit d'une réflexion mûrie, confrontées aux réalités humaines et aux résultats scientifiques dont elle tient toujours compte. Son avis a été sollicité par les instances publiques dès les premiers débats dits de "bioéthique". C'est ainsi qu'un de ses représentants, nommé par le président de la République, siège au Comité consultatif national d'éthique depuis sa fondation en 1983. Sa participation au débat citoyen sur la révision actuelle de la loi de bioéthique, dans lequel se sont engagés tant les évêques que de nombreux fidèles, a été largement saluée pour son sérieux et son esprit de dialogue. C'est par le dialogue qu'il est possible de chercher ensemble les voies justes de l'avenir et non par des approximations, des accusations sans fondements, et des amalgames erronés.
Le fait que l'embryon humain soit un être humain dès la fécondation n'est pas une opinion mais une réalité anthropologique appuyée par les données de la science. La pratique des procréations médicalement assistées, les recherches sur l'embryon humain et les cellules souches embryonnaires soulèvent d'importantes questions éthiques. Sur ces sujets de bioéthique, l'Eglise catholique y voit un enjeu d'humanité. Il est compréhensible que ses positions suscitent le débat voire l'opposition : on ne peut toutefois l'accuser d'incohérence. Quant à l'avortement, qui nierait que cela pose de graves questions éthiques, psychiques et sociétales ?
Marc Pechanski et Cécile Martinat prétendent que la loi de bioéthique de 1994 a été adoptée "sous la pression de lobbies catholiques conservateurs". Cela tient plus du fantasme que de la réalité. Ils font allusion à un "boycott du Téléthon". Rappelons que des réserves exprimées sur le Téléthon viennent aussi des milieux scientifiques. L'Eglise catholique quant à elle a souhaité rappeler que la générosité ne légitime pas tout, que le tri embryonnaire, l'utilisation de cellules embryonnaires et la médiatisation de jeunes malades posaient question. Elle a proposé que les dons soient fléchés selon des critères éthiques. Il est regrettable que cela soit impossible car cela aurait respecté les consciences et rendu les dons plus nombreux, ce que souhaitaient les évêques. Cette impossibilité a conduit effectivement certains à exprimer publiquement leur refus de soutenir cette initiative malgré ses bonnes intentions.
Parler d'"agression antiscientifique" et de "lobbying antiscience" relève du dénigrement. L'Eglise catholique "encourage évidemment la science", a affirmé Jean-Paul II. Elle considère la science comme "un précieux service pour le bien intégral de la vie et pour la dignité de tout être humain", selon le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Rappelons que les efforts de décryptage du génome humain ont été salués et encouragés par Jean-Paul II, et que, dès 2006, l'Académie pontificale pour la vie a invité le professeur Yamanaka à présenter ses travaux sur les cellules iPS bien avant que ceux-ci ne soient connus du grand public.
Quant aux accusations de "mensonges", les représentants de la nation et les scientifiques directement et nommément désignés à la vindicte populaire pourront facilement s'en défendre. Elles nous paraissent injustifiables et sans fondement aucun.
Partie prenante à la réflexion collective sur les enjeux de société, l'Eglise catholique est dans son rôle lorsqu'elle participe au débat éthique et met en garde sur ce qu'elle considère comme des dérives possibles. Elle croit que la raison humaine est capable de responsabilité éthique et de sagesse pour le bien de tous. Ses membres acceptent volontiers la confrontation avec des points de vue différents et prennent souvent l'initiative du débat. Ils n'acceptent pas en revanche d'être traités d'ennemis de la science et de menteurs. A des effets d'annonce calculés en plein débat parlementaire et non dénués de conséquences financières, l'Eglise catholique choisit le dialogue, qui se refuse à tout obscurantisme, et le débat de fond, qui encourage la science sans dénier la conscience. Car le défi bioéthique est un bel enjeu d'humanité.

analyse Réponse circonstanciée au texte publié dans Le Monde Ne pas interdire les cellules souches de Marc Peschanski, directeur de l'Institut des cellules souches et Cécile Martinat, responsable de l'équipe "maladies motoneuronales" (I-STEM, Evry). Ce texte - tellement outrancier, mensonger et haineux que l'on croirait une parodie - ne respecte pas les principes de base de l'expression d'une position scientifique.

Pour aller plus loin

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