INFOSELEC.net, des briques d'information sélectionnées sur le Net
Flux RSS Nouveautés (RSS)

Vous êtes ici : Infos > Religion et Laïcité > Islam

La construction d'un islam de France reste à faire ...

Dossier d'information et de réflexion - basé sur une sélection structurée d'extraits d'articles de presse - sur l'islam et l'intégration des musulmans dans la société française :

L'islam, 2° religion de France derrière l'Eglise Catholique

La population musulmane en forte progression

Le Figaro - 7 février 2011 - Jean-Marie Guénois
Selon une étude américaine, la proportion de musulmans est à la hausse dans le monde. En France, elle pourrait dépasser 10 % en 2030.
Les musulmans pourraient représenter plus de 10 % de la population française d'ici à 2030. Avec la Belgique, la France serait donc le pays d'Europe où, pour la première fois, la proportion des fidèles de l'islam dépasserait ce pourcentage symbolique. Estimés actuellement à 7,5 % de la population française (4,7 millions) les musulmans de l'Hexagone passeraient ainsi à 6,86 millions, soit 10,3 %. La communauté musulmane française confirmerait ainsi sa première place parmi les pays européens.
Telle est l'une des multiples informations extraites d'une vaste étude américaine que vient de publier, à Washington, l'institut Pew Research Center, intitulée «Le futur de la population musulmane globale». L'institut américain, qui produit une foule d'études statistiques sur de multiples sujets, a travaillé avec 232 pays et territoires en rassemblant les données les plus fiables possibles. Pour la France, il s'est appuyé sur l'enquête «Trajectoires et origines», publiée par l'Ined-Insee en 2008.
[...] Brian J. Grim, le chercheur qui a coordonné toutes les données nationales, explique au Figaro que pour la France «la projection basse pour 2030 tourne autour de 9,8 % de population de religion musulmane. Et autour de 10,9 % pour la projection haute. Les variables essentielles étant le taux de fécondité et le rythme de l'immigration. »
Plus largement, l'enquête démontre que la population de religion musulmane va continuer à s'accroître dans le monde, 26,4 % de la population mondiale sera musulmane en 2030 pour 23,4 % aujourd'hui, mais qu'elle a déjà commencé à ralentir sa progression. «C'est le principal résultat de l'étude, explique encor e Brian J. Grim. Cette population a en effet quelques décades de retard dans sa transition vers une fécondité moindre.»

Enquête sur le financement des nouvelles mosquées

Le Figaro - 22 décembre 2008 - Cécilia Gabizon
Les pouvoirs publics apportent désormais 30 % des fonds nécessaires à l'édification des lieux de culte. «Aujourd'hui, les maires sont les premiers bâtisseurs de mosquées», affirme Dalil Boubakeur, un sourire aux lèvres. [...] Partout des mosquées sortent de terre. Quelque 150 projets sont lancés. Souvent marqués par le gigantisme. Créteil vient d'inaugurer une mosquée cathédrale qui a coûté 5 millions d'euros. [...]
Imperceptiblement, en cinq ans, les élus locaux sont passés de la prudence, voire de la méfiance envers l'islam, à l'adoubement. Certes, des réticences persistent, ici et là, «mais cela s'améliore à vive allure», confirme le président du CFCM, Mohammed Moussaoui. Les maires s'impliquent, avec parfois la volonté de mieux contrôler, mais aussi de récolter des voix qui pèsent désormais sur des scrutins serrés. [...]
Depuis, les dispositifs s'affinent. Les mairies utilisent de surcroît les activités culturelles de la mosquée, parfois un simple salon de thé, pour verser des subventions. Au total, les pouvoirs publics contribueraient ainsi à 30 % du financement des lieux de culte [musulmans], selon une estimation du ministère de l'Intérieur.
[...] Nicolas Sarkozy avait souhaité un temps modifier la loi, pour permettre un «rattrapage». Et accompagner la mutation de l'islam, devenu la «deuxième religion de France». Si la pratique ne concerne que 20 % des familles musulmanes, la prégnance religieuse est beaucoup plus large. Le ramadan n'a jamais suscité autant d'adeptes, tout comme le halal et même le port du foulard. Les jours de fête, les salles de prière débordent de croyants agenouillés, qui prient sur la voie publique.
Cette image alimente les spéculations sur le nombre de lieux de culte manquant. «Il faut passer des 2 000 actuels à 4 000», assure ainsi le CFCM. Des ­maires participent à cette ­surenchère, quelle que soit leur étiquette ­politique. Chaque grande ville prépare sa grande mosquée, à coups de millions d'euros. Et le mouvement s'étend à des zones moins urbaines. Des dizaines de projets, bloqués, faute de fonds ou perdus dans les méandres des autorisations administratives, sont maintenant relancés... Car depuis la création du CFCM en 2003 et malgré ses défaillances, le statut de l'islam dans la République se banalise doucement. D'autant que le financement étranger s'est réduit. [...] Au total, ces fonds représenteraient toujours près de 50 %.

L'islam, première religion à Bruxelles dans vingt ans

Le Figaro - 21 mars 2008 - Stéphane Kovacs
La capitale européenne sera musulmane dans vingt ans. C'est du moins ce qu'affirme une étude publiée la semaine dernière dans le quotidien La Libre Belgique. Près d'un tiers de la population de Bruxelles étant déjà musulmane, indique Olivier Servais, sociologue à l'Université catholique de Louvain, les pratiquants de l'islam devraient, en raison de leur forte natalité, être majoritaires «dans quinze ou vingt ans». Depuis 2001, Mohamed est, chaque année, et de loin, le premier prénom donné aux garçons nés à Bruxelles.
(...) Reste, constate La Libre Belgique, que «si leurs parents n'étaient guère pratiquants», pour faciliter l'intégration dans leur pays d'accueil, «les jeunes marquent un retour important vers le fait religieux». Quelque 75 % des musulmans s'estiment aujourd'hui pratiquants. Auteur d'Infiltrée parmi les islamistes radicaux, la journaliste flamande Hind Fraihi va plus loin : «Les jeunes sont de plus en plus radicalisés, affirme-t-elle. Ils rejettent les valeurs occidentales, même leurs parents s'en inquiètent. À Bruxelles, il existe des îlots, comme Molenbeek, où l'on a parfois du mal à se croire en Belgique…»

La pratique religieuse de l'islam en augmentation

Les musulmans pratiquent plus qu’il y a vingt ans

La Croix - 17 août 2011 - Isabelle de Gaulmyn
70 % des musulmans de France respectent le Ramadan. Une participation en hausse qui marque le dynamisme de la pratique religieuse de cette communauté.
Le Ramadan marque le moment où la communauté musulmane se rassemble et se compte : cette année, selon une enquête de l’Ifop pour La Croix sur les musulmans en France, près des trois quarts (71 %) des personnes se déclarant de religion musulmane vont jeûner durant tout le mois.
« Le Ramadan est une pratique autant culturelle que religieuse, respectée par l’ensemble de la communauté, même par ceux qui ne croient pas ou ne pratiquent plus », constate Franck Frégosi, spécialiste de l’islam, qui fait la comparaison avec ce que représente la fête de Yom Kippour pour les juifs.
D’ailleurs, l’enquête indique que le jeûne est suivi presque de la même manière que l’on soit homme (73 %) ou femme (68 %), jeune ou âgé : les deux catégories les plus assidues sont même les 18-24 ans et les plus de 55 ans, toutes deux avec une participation de 73 %.
Second enseignement, le suivi du Ramadan a fortement augmenté, 10 points de plus qu’en 1989, date de la première enquête réalisée en France sur le sujet. C’est le signe, plus général, d’un accroissement de la pratique religieuse au sein de la population musulmane française.
En effet, selon cette enquête Ifop, et pour la première fois, la proportion de musulmans qui se considèrent croyants et pratiquants est plus importante que ceux qui se disent uniquement croyants, 41 % contre 34 %.
Certes, tout dépend de ce que chacun met derrière ce terme de « pratique », et la mesure est forcément subjective. Reste qu’elle est beaucoup plus forte que pour la population catholique, pratiquante à 16 %. Il est vrai que, traditionnellement, la pratique religieuse est plus accentuée dans les communautés minoritaires, où le besoin d’affirmation identitaire se fait plus sentir.
Tout aussi significative, la croissance de la fréquentation de la mosquée le vendredi, de 16 % en 1989 à 25 % en 2011. Les musulmans de France se rendent plus volontiers aujourd’hui dans un lieu de prière. L’augmentation est surtout sensible depuis 1994. « C’est aussi que “l’offre” de mosquées existe aujourd’hui, permettant aux musulmans d’aller prier », analyse encore Franck Frégosi.
On compte environ 2 000 mosquées et lieux de culte en France, qui assurent un maillage à peu près complet dans les zones où habitent les musulmans, à savoir les centres industriels et urbains à l’est d’une ligne Le Havre-Perpignan. Selon Franck Frégosi, « on est en train d’en finir avec l’islam des caves ». Ainsi, à Strasbourg, l’inauguration pour ce Ramadan de la Grande Mosquée devrait sensiblement influer sur la pratique.
On note que l’augmentation de la fréquentation est plus importante chez les plus jeunes. En revanche, la mosquée reste l’apanage des hommes : 84 % des femmes disent ne pas aller à la mosquée le vendredi.
Au total, et au-delà des polémiques récentes sur la laïcité, les 3,5 millions de musulmans qui vivent en France affichent donc désormais une pratique religieuse bien installée, et bien vivante. C’est aussi une communauté ancrée dans le tissu social, et jeune : 62 % ont moins de 35 ans, contre 29 % pour l’ensemble de la population.
La diversité socioprofessionnelle est à l’image de son intégration : certes, la population ouvrière reste surreprésentée, 33 % contre 20 % en moyenne dans la population générale, mais les musulmans sont aussi bien présents dans la catégorie des artisans, commerçants et chefs d’entreprise (7,2 %). En revanche, la proportion des inactifs est le reflet d’un taux de chômage plus important que pour le reste de la population.
Pour autant, son orientation politique porte la marque des débats récents sur la laïcité, l’identité française ou le port de la burqa. L’Ifop a mis en regard la cote de popularité du président de la République avec la religion. En un mois, octobre 2009, date de lancement du débat sur l’identité nationale par le chef de l’État, la cote de popularité de ce dernier auprès des musulmans est passée de 27 % à 17 %.
« Cette population est traditionnellement plus à gauche que la moyenne, mais le débat récent autour de l’identité française a accentué la tendance, les musulmans ayant eu le sentiment, à tort ou à raison, qu’ils étaient visés à travers ce débat », souligne ainsi Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l’Ifop.

Quelle visibilité pour l'islam en France ?

Les Français de plus en plus hostiles aux mosquées

Le Figaro - 3 décembre 2009 - Cécilia Gabizon
Si les Suisses ne s'étaient préoccupés des minarets, la France les aurait probablement ignorés. Mais une fois le sujet lancé, l'opinion s'est enflammée. Quelque 46 % des Français interrogés par l'Ifop sont favorables à leur interdiction. Près de 40 % les acceptent et 14 % ne se prononcent pas. «Les Français sont partagés, note le responsable du sondage Jérôme Fourquet. Mais la crispation autour de l'islam n'a jamais été aussi forte.»
Ce ne sont plus seulement les minarets qui fâchent, mais bien les mosquées. Seuls 19 % des Français acceptent qu'on en construise si des fidèles les demandent. C'est la proportion la plus faible de ces vingt dernières années. Tandis que le nombre d'opposants a retrouvé le niveau des années 1980.

Débat chez les imams de France sur les minarets

Le Figaro - 30 novembre 2009 - Cécilia Gabizon
Une petite partie d'entre eux estiment que les lieux de culte musulmans doivent se faire discrets «pour éviter de réveiller les peurs». «Le minaret n'est pas une obligation coranique. C'est une architecture traditionnelle pour appeler à la prière dans les pays musulmans. Il n'est absolument pas nécessaire en France. Il est même déplacé», affirme l'imam de Bordeaux, Tareq Oubrou. Lui a sciemment écarté cette tour du projet de grande mosquée de sa ville. «Dans le climat actuel, le minaret est perçu comme un défi. Pour éviter de réveiller les peurs et les intégrismes, je milite pour une présence discrète de l'islam.»
Au sein de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), Tareq Oubrou fait cependant figure d'exception. À Poitiers, le représentant de ce courant proche des Frères musulmans a insisté pour qu'un minaret surplombe la future grande mosquée. Au risque de réveiller les passions dans une ville symbolique.

Querelle de minarets dans la vallée suisse de Langenthal

Le Figaro - 24 novembre 2009 - Stéphane Kovacs
Les adversaires des minarets aiment à citer le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui affirmait en 1997 que «les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les fidèles nos soldats».

Un consensus impossible entre l'islam et la république laïque ?

analyse La république française doit-elle s'adapter à l'islam ? Ou les Français musulmans doivent-ils construire un islam de France ?

...plus d'informations sur la laïcité de la République française

Islam : de nouvelles revendications en entreprise

Le Figaro - 15 décembre 2009 - C. G.
De nouvelles exigences religieuses en entreprise et dans les hôpitaux irritent ou inquiètent. Au gré des auditions, les députés ont découvert de nouvelles exigences religieuses ou communautaristes.[...] À l'hôpital,on compte quatre à cinq incidents par semaine dans les services d'obstétrique car les maris de femmes voilées ne veulent pas qu'elles soient vues par un médecin homme.

Dix élèves tentent de présenter le bac voilées

Le Figaro - 23 juin 2010 - Marie-Estelle Pech
Dix jeunes filles, sur un total de 309 candidats, se sont présentées voilées aux épreuves écrites du bac technologique des séries sciences sanitaires et sociales, et gestion, au lycée Gutenberg de Créteil. Trois d'entre elles étaient revêtues d'un niqab et de gants, les sept autres avaient un voile simple. Toutes avaient néanmoins pris la précaution de laisser l'ovale de leur visage apparent pour qu'on les reconnaisse. Certaines auraient demandé à ne pas travailler en compagnie d'hommes et se seraient munies d'un papier notifiant qu'elles avaient «le droit», selon la loi, de composer voilées. Elles ont été autorisées par le proviseur à présenter leurs examens voilées les trois premiers jours, dans une salle isolée des autres candidats.
Choqués, des enseignants ont envoyé une pétition au rectorat. L'affaire les a d'autant plus heurtés que les dix candidates inscrites dans ce même établissement pendant l'année n'avaient jamais porté le voile!

Enquête sur la montée de l'islam en Europe

L'Express - 24 juillet 2006 - Eric Conan, Christian Makarian
Mais, si l'Histoire peut se poursuivre au-delà de la mémoire humaine, elle ne se répète pas. Si Ben Laden et ses affidés cherchent à réactiver cette confrontation meurtrière d'antan, le paysage actuel est différent: il existe aujourd'hui en Europe une présence musulmane, mais elle est majoritairement pacifique. Olivier Roy a expliqué dans L'Islam mondialisé (Seuil) ce que ce nouvel «islam d'Occident» a d'inédit, à la fois pour l'Europe et pour l'islam. Il résulte en effet de mouvements migratoires récents, amorcés dans les années 1960: sur 379 millions de personnes vivant dans l'Europe des Quinze, une douzaine viendraient de pays de cultures islamiques, principalement le Maghreb, la Turquie et le sous-continent indien. Pendant quelques décennies, les pays européens ont cru que leurs modèles respectifs permettraient à ces populations nouvelles de trouver leur place en pariant sur la force intégratrice de contrées pacifiées et ordonnées par le marché et l'initiative individuelle.
Aujourd'hui, la plupart des pays européens révisent cette vision optimiste en reconnaissant, de manière simultanée, avoir négligé deux phénomènes plus puissants que prévu. D'une part, l'intensité de la crise du monde musulman face à la modernité: les violents conflits internes que connaît cette religion, au bénéfice croissant des islamistes - dont des milliers de musulmans dans le monde sont les premières victimes - se propagent sur le sol européen. D'autre part, la redécouverte de la prégnance religieuse dans une Europe qui s'en était affranchie au point de ne même pas vouloir en garder trace dans le préambule de sa Constitution. L'Européen moyen qui feuillette vaguement un quotidien gratuit dans le métro s'étonne de voir son voisin psalmodier sur le Coran avec une ferveur oubliée, y compris en Espagne ou en Italie. Les statistiques de Bruxelles confirment ce décalage religieux: plus du tiers des Européens du Nord se disent sans religion, pour 1% de ceux originaires de Turquie, et, parmi les Européens de l'Ouest croyants, 25% seulement des catholiques, juifs et protestants se déclarent pratiquants, pour 72% des musulmans.
Ce hiatus entre des sociétés sécularisées et des populations pour lesquelles le religieux reste un argument d'autorité est devenu problématique en raison d'une particularité de l'islam: son rôle prescriptif fort. Les pratiquants stricts considèrent le Coran comme source de règles transcendant les identités nationales. Mais c'est surtout le contenu de ces prescriptions qui a fini par invalider la solution «multiculturelle» partout prônée en Europe, y compris dans la France des années 1980. Le multiculturalisme a explosé sur la question centrale et essentielle des droits des femmes et des homosexuels, qui a offert une pédagogie efficace en montrant que le dogme du «respect des cultures», au nom de leur équivalence, entrait en conflit avec l'égalité des individus. La différence n'est pas «toujours une richesse». Importée sur le Vieux Continent, l'infériorité juridique et la relégation des femmes, qui constituent la règle dans la plupart des pays musulmans, sont de moins en moins tolérés à Francfort, à Barcelone ou à Turin. Cette prise de conscience doit beaucoup à des militantes issues de l'immigration qui veulent s'émanciper du machisme musulman qu'elles ont senti croître en Europe ces dernières années. Triste paradoxe illustré en France: c'est non pas la Ligue des droits de l'homme, mais Fadela Amara qui s'inquiète d'une «islamisation des esprits» en constatant que, en «une dizaine d'années, les activités pour la jeunesse sont devenues des loisirs sexués au seul profit des garçons» dans ces territoires de plus en plus vastes où les filles ont de moins en moins la liberté de se déplacer seules ou en jupe. La première «Enquête sur les citoyens d'origine maghrébine, africaine et turque» que vient de publier le Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof) confirme cet échec: «Qu'ils soient immigrés naturalisés, de première génération ou de deuxième génération, l'effet de l'islam sur la tolérance sexuelle ne s'atténue pas.»
Le «contrôle par les familles d'immigrés de la sexualité de leurs filles», qui résumait, pour Francis Fukuyama, la question du voile en Europe, se renforce même, comme le confirme une autre étude récente commandée par le Parti socialiste révélant une baisse du métissage provoquée par un renfermement endogamique des jeunes filles issues de l'immigration maghrébine. Ce contrôle prend parfois des tournures tragiques avec les mariages forcés ou les sacrifices archaïques des «crimes d'honneur», dont l'Allemagne a fini par s'émouvoir. La France a ainsi décidé de relever de trois ans l'âge minimal au mariage des femmes pour lutter contre les mariages forcés. Ce qui revient, comme l'a remarqué l'Union nationale des associations familiales, à «acclimater nos traditions juridiques aux moeurs de populations nouvellement arrivées» au lieu d' «acclimater leur comportement à nos moeurs, comme le fait la loi sur les signes religieux à l'école».

Des imams et des musulmans engagés militant pour la construction d'un islam de France

"Formons des imams français"

L'Express - 8 septembre 2010 - Hassen Chalghoumi (imam de Drancy), propos recueillis par Boris Thiolay
Hassen Chalghoumi est sous la protection permanente de deux gardes du corps. Menacé de mort par des islamistes radicaux depuis ses prises de position contre le port du voile intégral et en faveur du rapprochement avec la communauté juive, l'imam de Drancy (Seine-Saint-Denis) revendique sa liberté de ton. Dans son livre, Pour l'islam de France (Le Cherche Midi), il appelle les fidèles à cultiver foi musulmane et attachement à la République.
[...] Le niqab n'est pas acceptable en France et il n'est pas légitime en islam. Derrière le voile intégral, il y a des femmes totalement isolées, des familles marginalisées, des jeunes filles déscolarisées. La loi peut sortir ces femmes de l'enfermement tout en leur évitant d'être victimes de réactions racistes et islamophobes. Au sein de la Conférence des imams de France, que je préside, nous défendons l'égalité des sexes en islam. Malheureusement, au quotidien, je rencontre encore des situations dramatiques: des filles de 15 ans emmenées au bled pour être mariées de force, des femmes battues... Par le dialogue et la pédagogie, les imams peuvent éviter ces catastrophes.
[...] Les étudiants formés depuis deux ans par la Mosquée de Paris et l'Institut catholique tardent à arriver sur le terrain. Quant à l'autre filière, celle de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), elle a produit plusieurs dizaines d'imams. Mais le danger, c'est que l'UOIF est dirigée par la mouvance des Frères musulmans. Cette idéologie a fait des centaines de milliers de victimes dans le monde islamique... Autre problème : plus de la moitié des 2 000 imams de France sont nommés par des pays musulmans. Cette ingérence extérieure est incompréhensible.
[...] L'urgence est de soutenir les mosquées indépendantes menacées par les intégristes, d'accompagner les jeunes et les convertis pour qu'ils ne tombent pas entre les mains de fanatiques. Un tiers des femmes portant le niqab sont des converties !
[...] Cessons d'accuser l'Occident d'être la cause de tous les malheurs. J'aimerais que le monde musulman exporte des technologies de pointe et des médicaments, pas du terrorisme ou des anathèmes. Je rappelle souvent aux fidèles un verset du Coran : "Dieu ne change pas ce qu'il y a dans un peuple tant que les gens ne changent pas ce qu'il y a en eux-mêmes."

Le combat d'Asra Nomani pour un «Vatican II de l'islam»

Le Figaro - 1 avril 2011 - Laure Mandeville
Mise au ban de la communauté musulmane, cette jeune féministe américaine milite pour «l'ouverture, la réforme et les droits des femmes».
Asra Nomani a posé sur la table de sa salle à manger un Coran importé d'Arabie saoudite largement utilisé dans les mosquées américaines. Cette intellectuelle quadragénaire aux longs cheveux de jais et aux yeux noirs comme des grains de café ouvre délicatement le livre sacré de l'islam aux endroits marqués de signets qu'elle a scotchés pour retrouver aisément les versets qui la tourmentent. «Voilà ce qui est écrit: il ne faut pas prendre pour amis les juifs et les chrétiens.»
Elle note que cette même phrase ne figure pas dans un autre Coran qu'elle utilise, mais qu'on la retrouve dans les sermons fournis en ligne de l'ambassade saoudienne que nombre d'imams américains téléchargent. Elle se reporte à un autre verset relatif aux «femmes qui doivent être battues si elles ne sont pas obéissantes». «Si l'on est prêt à battre les femmes, qu'on ne peut pas avoir d'amis juifs ou chrétiens et qu'on entend parler chaque jour de guerre sainte contre les non-croyants, on peut finir par en conclure qu'il faut tuer les non-musulmans, quand on est un jeune esprit fragile», avertit cette féministe musulmane américaine, qui rêve à haute voix d'un «Vatican II de l'islam».
Pour Asra, en désaccord total sur ce point avec la majorité de la communauté musulmane américaine, il y a «une continuité évidente entre l'interprétation littérale très rétrograde de l'islam enseignée dans les mosquées d'Amérique et la capacité d'al-Qaida à recruter sur place des soldats du terrorisme». «Pourquoi nos communautés continuent-elles de fermer les yeux? Pourquoi ne lance-t-on pas une réforme de l'islam au lieu d'importer cette littérature religieuse saoudienne et cette idéologie qui lave le cerveau de nos jeunes gens? Cela crée un terreau redoutable», s'inquiète Asra.
Sans doute Asra Nomani - élevée par des parents musulmans conservateurs mais devenue depuis une libérale à la pratique irrégulière - ne se serait-elle pas mise à scruter à la loupe les textes religieux utilisés dans les mosquées s'il n'y avait eu le 23 janvier 2002. Ce jour-là, elle avait dit au revoir à son ami Daniel Pearl, brillant reporter du Wall Street Journal, qu'elle avait hébergé dans sa maison de Karachi au Pakistan, où elle était en poste pour le même quotidien pour couvrir l'après-11 Septembre. Depuis dix ans, ils travaillaient ensemble. Mais Danny fut kidnappé par un groupe d'extrémistes supervisés par le cerveau présumé du 11 Septembre, Cheikh Khaled Mohamed, puis égorgé, décapité et coupé en dix morceaux.
Son corps fut retrouvé au mois de mai suivant, et des cassettes de son attentat, intitulées par ses meurtriers «l'exécution du juif Pearl», identifiées dans une mosquée de Karachi. La tragédie allait changer la vie d'Asra pour toujours. «Le fait qu'on ait retrouvé cette vidéo dans une mosquée, ce lieu carrefour de la communauté, où tout se décide et tout converge était capital. C'était bien là que l'idéologie qui avait tué Danny transformait en soldats du terrorisme de jeunes musulmans», explique-t-elle dans sa belle demeure de Virginie, où elle vit aujourd'hui avec son fils au milieu de la verdure.
Rentrée aux États-Unis, où elle avait émigré à l'âge de 4 ans depuis l'Inde, la journaliste se promit d'identifier les assassins de Daniel. Elle devint l'un des piliers du «Projet Pearl», enquête indépendante menée par des professeurs et étudiants de l'université de Georgetown, où elle enseigne. Dans son bureau, Nomani montre les dossiers, soigneusement alignés sur une étagère, des 27 protagonistes du crime. Elle a passé des années à tenter de «comprendre comment ils étaient devenus des assassins après avoir été de simples étudiants ou fermiers». Parallèlement à ce travail, Nomani a «voulu voir ce qui se passait dans les mosquées d'Amérique» et a tenté de s'investir dans le fonctionnement de celle de Morgantown, en Virginie occidentale, lieu de culte qu'elle fréquentait en compagnie de ses parents, établis là-bas.
Mais son désir d'y pousser «l'ouverture, la réforme et les droits des femmes», en demandant notamment l'accès de ces dernières à la même salle de prière que les hommes, a été le début d'un long conflit qui a fait l'objet d'un documentaire et d'un livre, menant le New York Times à comparer Asra à Rosa Parks, l'une des pionnières des droits civiques pour les Noirs. Les responsables de la mosquée l'ont accusée d'avoir agi contre tous, sans jamais entendre le point de vue des autres. «Cela a été très douloureux», dit Asra, qui a fini par être mise au ban de la communauté mais continue ses incursions pour des prières dans d'autres mosquées. «On me traite de traître, de fausse musulmane parce que j'ai eu un fils hors mariage… Mais beaucoup pensent comme moi. Simplement, ils ne se démarquent pas parce qu'ils ont peur d'être ostracisés. Jeter l'opprobre sur sa communauté est très grave dans les sociétés d'islam.» Asra évoque brièvement les menaces qu'elle a reçues.
Elle dit pourtant qu'elle n'a pas le choix depuis la mort de Daniel Pearl. Ainsi vient-elle de publier un article dans le Washington Post, approuvant la récente audition du Congrès sur la radicalisation des musulmans américains, convoqué par le républicain Peter King, la jugeant «utile à la conversation nationale». «Je sympathise avec ce que font les Français sur la burqa et sur la laïcité», dit-elle, parlant d'un défi commun. [...] «King demande juste de reconnaître qu'il y a un problème et de discuter des moyens de le résoudre. Quel est le mal? La radicalisation des musulmans n'est pas une donnée théorique. C'est une réalité qui tue. Quand va-t-on se réveiller?»

Pour aller plus loin

Pour chaque extrait, le lien vers l'article complet est disponible en cliquant sur son titre.
La liste des sujets abordés n'est pas exhaustive, la sélection de sujets et d'articles proposée est progressivement enrichie et affinée. N'hésitez pas à nous contacter.

Copyright INFOSELEC.net 2012,
tous droits réservés
Plan du site Contact Valid XHTML 1.0 Strict, excepté sigles et bannières CSS Valide !