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Communauté juive et judaïsme français :
diversité de la pratique religieuse des juifs de France et crainte d'un regain antisémite

Dossier d'information et de réflexion basé sur une sélection structurée d'extraits d'articles de presse :

La religion juive et la pratique religieuse des juifs

Les juifs de France sous le signe de la diversité

Le Figaro - 29 décembre 2006 - A. Barluet
« Il existe autant de juifs que de manière de pratiquer le judaïsme. » Le trait d'humour fuse souvent lorsqu'on s'enquiert, auprès de l'un des membres, du « rapport à la religion » de la communauté juive. Il est vrai que judaïsme a toujours rimé avec pluralisme. Mais l'expression n'a sans doute jamais été aussi vraie qu'aujourd'hui.
Émergence de mouvements aux dénominations et aux convictions diverses, apparition de nouvelles tendances souvent importées du monde anglo-saxon, création d'oratoires, de centres et d'écoles, développement associatif : depuis quelques années, le monde juif en France est en pleine mutation. Il suffit, pour s'en convaincre, d'entamer un voyage dans l'univers d'une foi aux visages et aux expressions multiples. Ce périple, jalonné par les rites et éclairé par la mémoire, passe nécessairement, mais pas seulement, par les synagogues où se rassemblent les communautés et leurs guides spirituels, les rabbins. « Même si la sécularisation est la tendance lourde, il y a un retour à la pratique religieuse dans le judaïsme français », note la sociologue Régine Azria.
Ce phénomène s'explique entre autres par l'arrivée dans l'Hexagone, à partir des années 1950, de nombreux juifs d'Afrique du Nord, les séfarades. Ceux-ci représentent actuellement plus de 60 % des juifs de France et imposent leur trace. « La première génération de juifs après un exil cherche à se refaire une situation matérielle et cela se fait souvent au détriment de la préservation du patrimoine culturel », explique le grand rabbin Gilles Bernheim. « La deuxième ou la troisième génération, en panne d'identité, veut se réapproprier cette mémoire. C'est ce que nous vivons actuellement en France avec le retour du religieux dans la communauté juive », constate-t-il.
Ce retour de la foi est pourtant loin d'être une réalité massive. « Pour certains, l'assimilation a même cessé d'être un but parce qu'elle est devenue un mode de vie, si l'on peut dire », observe encore Gilles Bernheim. L'éclipse du religieux dans la société française affecte le judaïsme comme les autres confessions, davantage même, selon certains. « Le respect, pour ceux qui croient, diminue dans ce pays et cela touche tout particulièrement le judaïsme, qui entretient un rapport étroit aux rites et aux règles », dit le rabbin Haïm Korsia, aumônier général israélite de l'armée de l'Air. Même si les chiffres sont difficiles à appréhender, la pratique religieuse ne concernerait qu'environ 100 000 des quelque 600 000 juifs de France. Ils vivent à Marseille, Lyon, Strasbourg, Nice, Toulouse et, pour la moitié d'entre eux, en Île-de-France. Mais de quelle « pratique » s'agit-il ? Celle des « juifs de Kippour », qui, ce jour du grand Pardon, saint entre tous, retrouvent, une fois l'an, le chemin de la synagogue. Celle des juifs du mouvement libéral qui, comme le souligne l'une de leurs figures de proue, le rabbin Daniel Farhi, veulent « vivre leur judaïsme sereinement, fidèlement par rapport aux traditions et sans rigidité dans la pratique ». Celle du mouvement ultra orthodoxe des Loubavitch, fortement implanté aux États-Unis et qui compte désormais plusieurs dizaines de centres dans la région parisienne. Issu du hassidisme, né au XVIIIe siècle en Europe de l'Est, il conjugue mysticisme, rigorisme et activisme sur le terrain social. Très présents dans certains quartiers, tel le XIXe arrondissement de Paris, ces prosélytes qui ont le vent en poupe n'en demeurent pas moins minoritaires, comme les « libéraux » d'ailleurs, eux aussi en relatif essor.
Les dissensions entre ces mouvements ne portent pas sur un corps de doctrine, mais sur la pratique. Elles séparent ceux qui optent pour une application stricte des règles religieuses, et ceux qui préconisent une certaine souplesse, voire des réformes sur certains aspects. Dans l'ensemble toutefois, cette pratique n'a souvent qu'une faible visibilité. Elle reste familiale, domestique ou individuelle. Prières murmurées au petit matin. Retrouvailles festives des soirs de shabbat. Autant de juifs que de manières de pratiquer... Tom, lycéen parisien de 17 ans qui fréquente la synagogue libérale de la rue Copernic raconte sa joie « de se consacrer un jour par semaine au Créateur ». « Vendredi soir, le shabbat est avant tout une fête, l'occasion de se réunir en famille, raconte-t-il. À la synagogue, avant tout, nous étudions. Chaque vendredi, nous lisons un passage différent de la Torah. Samedi matin, j'assiste à l'office », poursuit le jeune homme. [...] « Celui qui veillera à respecter la Torah sera quelqu'un de bon », affirme Tom en constatant parmi les jeunes de son âge « un retour vers la religion », qu'il s'agisse du judaïsme mais aussi de l'islam. Un jour, il ira en Israël d'abord « pour voir », souhaite-t-il, et « pourquoi pas ? » pour y vivre.
Ce retour vers la religion s'accompagne d'un renouvellement de la pratique qui s'effectue souvent sous l'influence de groupes minoritaires. Les Loubavitch mettent l'accent sur « l'idée d'amener Dieu dans tous les recoins de l'existence, particulièrement par l'intensité dans les prières et la joie dans les chants ». Les libéraux, de leur côté, ont introduit des réformes, notamment dans la liturgie en y apportant de la musique et des sermons. Les juifs laïques, a priori surtout sensibles aux aspects culturels du judaïsme, cherchent pourtant eux aussi à se réapproprier les rites. « Parce que cela permet de faire passer quelque chose aux enfants ou tout simplement parce que cela fait plaisir, ils empruntent à la tradition religieuse les symboles qui correspondent à leurs valeurs », explique la sociologue Martine Cohen. Des repas solennels de Pâque (le seder) sont maintenant organisés par les associations de juifs laïques, tel le Cercle Bernard Lazare qui rassemble des sionistes de gauche. Dans le récit de la sortie d'Égypte que l'on évoque traditionnellement ce soir-là, l'accent est mis sur la libération de l'esclavage. Un shabbat laïque est aussi expérimenté à petite échelle, de même qu'une Bar Mitsvah laïque, dirigée non par un rabbin mais par un « animateur » qui insiste notamment sur le lien de l'enfant et de sa famille avec la Shoah et l'histoire d'Israël. « Ces initiatives marginales témoignent de l'attente d'un judaïsme à plus affirmé et plus ouvert, dans un contexte où les minorités agissantes, surtout les ultra-orthodoxes, gagnent du terrain en proposant des solutions»clé en main excessivement rigides », estime Martine Cohen.
Dans la communauté, certains soulignent aussi que les institutions du judaïsme français ne correspondent plus à sa réalité sociologique. Organisation centralisée et pyramidale, le Consistoire a été créé en 1808 par Napoléon qui voulait « aligner l'organisation du culte juif sur le modèle chrétien ». Quinze consistoires régionaux ont chacun à leur tête un grand rabbin, et des compétences propres. Ils élisent les membres du Consistoire central, majoritairement composé de laïcs, qui gère diverses instances comme le séminaire israélite ou le tribunal rabbinique. « Cette organisation centralisée du culte a fait que la France est restée à l'écart du mouvement de diversification qui a traversé le judaïsme au XIXe siècle, en Europe et aux États-Unis », explique l'historienne Rita Hermon-Belot. L'explosion de l'« offre » déborde le vieux cadre consistorial : mouvement libéral, groupes ultra-orthodoxes, mais aussi « juifs massorti » (entre les libéraux et le Consistoire), « ultra-libéraux », et communautés hassidiques se situant hors de la mouvance Loubavitch... Sans compter les nombreux juifs qui échappent aux catégories. Un foisonnement auquel les autorités consistoriales s'efforcent de répondre, notamment en prenant en compte les ultra-orthodoxes.
« Le Consistoire n'est plus ni en position d'arbitre, ni de représentativité », affirme le rabbin libéral Daniel Farhi. Par rapport à l'« orthodoxie » du Consistoire, son mouvement défend une interprétation plus souple de la loi religieuse (la hallakah, NDLR), notamment sur la question des mariages mixtes, des conversions, du rôle des femmes et du respect du shabbat. « Nous nous situons dans une perspective culturelle, là où le judaïsme consistorial adopte une conception strictement juridique et applique la loi de façon littéraliste », ajoute le rabbin Farhi. Certains parlent de « malaise » dans la communauté et appellent l'institution consistoriale à repenser le pluralisme.
« Avec les libéraux, les différences relèvent de la pratique religieuse », reconnaît le grand rabbin Bernheim. « Pour un rabbin orthodoxe, les lois ne peuvent être réévaluables en fonction des situations vécues, ou alors, quand elles le sont, c'est en fonction de règles talmudiques très strictes et rigoureusement appliquées », déclare-t-il. « Le Consistoire, plaide encore Gilles Bernheim, est ce lien qui unit le monde juif orthodoxe et ceux qui n'en font pas partie. Il est aussi le lien entre ceux qui se replient sur eux-mêmes et ceux qui font confiance à l'universel. Le Consistoire reste ouvert à toutes sortes de juifs. C'est pour cela que, jusqu'à preuve du contraire, on n'a pas trouvé mieux ». Autant de juifs, autant de pratiques...

Les juifs redoutent leur extinction à terme

Le Figaro - 6 mars 2009 - Jean-Marie Guénois
Une étude inédite quantifie le risque démographique qui pèse sur la communauté.
L'avenir démographique du judaïsme repose sur sa branche la plus orthodoxe même si elle est minoritaire. C'est ce que vient de démontrer cette semaine, à Paris, l'ancien grand rabbin d'Israël, Meir Lau, devant le congrès annuel du Centre rabbinique européen (Rabbinical Centre of Europe) qui a rassemblé plus de 300 rabbins venus des quatre coins du Vieux Continent.
Cette personnalité incontestable, actuellement président du centre Yad Vashem de Jérusalem, s'est appuyée sur une étude récente réalisée aux États-Unis, la seconde communauté juive dans le monde après Israël et donc «représentative», assure-t-il, de la situation d'ensemble du judaïsme.
L'idée de cette enquête [...] est simple, mais elle nécessite trois remarques préalables. La première est que sauf conversion reconnue, on ne «devient» pas juif ; il faut naître d'une mère juive pour être considéré comme juif. Ce qui induit une évidence : le développement de la communauté juive dépend du taux de fécondité des femmes juives.
Avec une variable de taille, deuxième remarque, liée aux «mariages mixtes» (avec des personnes non juives). Ils se multiplient et même s'ils se produisent avec une femme juive, ils contribuent, estiment les rabbins, à «affaiblir» l'identité de la communauté car ils provoquent un éloignement culturel et religieux, phénomène qu'ils dé­nomment «l'assimilation».
Dernière remarque, très caractéristique du judaïsme, l'existence de courants, admis et reconnus. Ils délimitent une typologie d'une pratique religieuse plus ou moins fervente. L'étude situe cinq courants : les «laïcs», non pratiquants ; les «réformés» ou «libéraux», qui ont adapté certaines règles en admettant, par exemple, les femmes rabbins ; les «conservateurs», que l'on dirait classiques ; les «modernes-orthodoxes», qui seraient traditionnels sans excès ; les « religieux» ou «orthodoxes», vivant pleinement les règles jusqu'à, parfois, la rupture sociale.
Fondée sur ces critères, l'étude rapportée par le grand rabbin Lau, étudie la progression de la communauté sur quatre générations aux États-Unis. Pour un groupe de 100 juifs au départ, il resterait 5 juifs dans les milieux laïcs après quatre générations. Il en resterait 13 chez les libéraux, 24 chez les conservateurs, 346 chez les modernes-orthodoxes, 2 857 chez les religieux mais qui représentent une très faible proportion de la communauté ! Extinction, donc, de la communauté d'un côté, expansion de l'autre. Avec des clés chiffrées : le taux de fécondité d'une femme du milieu religieux est de 5,9 ; celui du milieu juif laïc est de 1,2. Quant aux mariages mixtes, ils sont de 72 % chez les juifs laïcs et de moins de 1 % chez les juifs religieux.
Les experts de la démographie du judaïsme ont noté depuis longtemps la coexistence, au sein de la communauté juive, de cette «explosion» et de cette «implosion» dé­mo­graphiques simultanées, mais aucune étude ne l'avait démontrée avec une telle netteté. Cette étude est incontestable, mais elle est promue par des milieux orthodoxes ouvertement représentés par le Centre rabbinique européen. Elle nourrit en fait un débat d'avenir qui agite et inquiète profondément la communauté juive et Israël.

Les institutions du judaïsme français

Judaïsme : affaibli et endetté, le Consistoire fête ses 200 ans

Le Figaro - 11 avril 2008 - Cécilia Gabizon
Face à l'émergence d'autres instances représentatives, sa puissance appartient désormais au passé.
Le Consistoire a 200 ans. Cet organe central du culte, créé par Napoléon en 1808 pour mieux encadrer les Juifs, a survécu aux chaos de l'histoire. Jusqu'à devenir le modèle de l'intégration d'une communauté religieuse dans la nation. [...]
La puissance du Consistoire appartient, semble-t-il, au passé. Endetté, affaibli par la montée en puissance du Crif, la représentation politique de la communauté, le Consistoire est aussi fragilisé sur son terrain : le religieux. «Le judaïsme consensuel qu'il incarne est chahuté», affirme la sociologue des religions Martine Cohen, du CNRS. D'un côté, les communautés orthodoxes, notamment les Loubavitchs, connaissent un nouvel essor. De l'autre, le judaïsme libéral, longtemps embryonnaire en France, se développe. «Cette organisation centralisée du culte a fait que la France est restée à l'écart du mouvement de diversification qui a traversé le judaïsme au XIXe siècle, en Europe et aux États-Unis», explique l'historienne Rita Hermon-Belot.
Si, en province, les consis­toires, calqués sur le modèle de la paroisse, restent l'épicentre de la vie juive, la situation s'inverse en région parisienne où vivent la moitié des 600 000 Juifs de l'Hexagone. De nouvelles synagogues se sont créées ces dix dernières années, par affinités, par rites, on se regroupe entre Oranais, Ashkénazes ou Marocains, plus près des nouvelles zones de résidence. Car les Juifs ont peu à peu, quand ils le pouvaient, déserté les banlieues qui les avaient accueillis dans les années 1960, à leur arrivée du Maghreb. Les anciennes syna­gogues subsistent, affaiblies. Les nouvelles s'édifient, souvent sans l'aide du Consistoire.
Parfois, ce sont de simples lieux de prière, dans un appartement, ou une cave de HLM aménagée. Mais de belles syna­gogues luxueuses sont aussi apparues. Ces communautés ne sont pas forcément dissidentes, mais vivent de façon autonome, sans rien reverser au consistoire de Paris (ACIP), qui continue pourtant, comme le rappelle son président Joël Mergui, d'assurer les principaux services, comme le mariage, les enterrements, la kash­rout. L'équilibre du sys­tème consistorial, qui reposait sur la péréquation, est menacé. Fait marquant : les deux grands rabbins, de France et de Paris, œuvrent à la tête de synagogues non consistoriales, qui, même «associées», ne versent pas au pot commun. Pour le grand rabbin Joseph Sitruk, l'autonomie est une «façon de se prendre en charge, de ne pas peser sur le collectif». À demi-mots, le rabbin Gilles Bern­heim s'en offusque : « Un grand rabbin doit œuvrer pour toute la communauté» , martèle celui qui se présentera contre le grand rabbin Sitruk en juin. Conscient des enjeux et soucieux d'unité, Joël Mergui a demandé «aux communautés non consistoriales les plus aisées de cotiser par solidarité avec les plus pauvres»…
Cette unité du judaïsme français est également menacée par la crise des vocations. De moins en moins de rabbins sortent de l'école rabbinique française. On compterait quinze inscrits en ce moment. Pour combler le manque de religieux, les synagogues acceptent des profils nouveaux, notamment les élèves des yeshivas (écoles talmudiques) parfois sans bagage philosophique, regrette Haïm Korsia, aumônier israélite des armées. Ici, c'est un rabbin formé en Israël qui refuse de «célébrer des enterrements dans un cimetière où se trouvent des croix», dans un duel vain avec la réalité française qui fait se jouxter les carrés juifs et les tombes catholiques.
Cet autre rabbin exige maintenant que les fidèles viennent à la synagogue à pied le samedi, comme l'exige la loi juive, pour pouvoir monter à la Torah. Et voilà que plus personne ne peut prétendre à cette communion. Ces cas restent exceptionnels. Mais ils pourraient se multiplier si la tradition française se perd. Le grand rabbin Sitruk vient d'ailleurs de nommer un Israélien, le rav Gross, comme autorité spéciale du tribunal rabbinique… Il est, certes, une personnalité en Israël, «une sommité sans équivalent en France», comme le fait valoir Joseph Sitruk… Mais aussi un symbole qui fait grincer des dents. Celui d'une justice religieuse qui délaisse le contexte français pour s'inspirer de Jérusalem.
Pourtant, l'État français reste attaché à cette institution. Pour financer les commémorations, le ministère de l'Intérieur a versé près de 150 000 euros à une association juive. Une aide détournée. Sans être exceptionnelle, la démarche témoigne du malaise financier d'un Consistoire qui affiche un million d'euros de déficit cette année. Et confirme la volonté de l'État de voir survivre cet interlocuteur qui a permis le développement d'un judaïsme consensuel.

Un philosophe à la tête du judaïsme français

Le Figaro - 24 juin 2008 - Cécilia Gabizon
Gilles Bernheim a été élu grand rabbin de France, dimanche, à une large majorité. Il reprendra le flambeau tenu durant vingt et un ans par Joseph Sitruk, en janvier prochain.
C'est le rabbin de l'intelligentsia. Ce qui ne l'a pas toujours servi. Gilles Bernheim est celui dont on salue la pensée, pour mieux souligner son austérité. À 56 ans, le philosophe au regard bleu et à l'allure d'éternel étudiant accède enfin à la tête de la communauté juive de France. Alors qu'un jeune juif portant la kippa s'est fait lyncher dans le XIXe arrondissement de Paris. Alors que l'émotion se joue de la raison. Lui choisit la prudence : «Il appartient à la justice de déterminer les circonstances de l'agression et les mobiles des auteurs.» Même si «le caractère antisémite est probable, je ne dis pas certain, seulement probable».
Cette réserve tranche, dans un monde communautaire souvent à fleur de peau. Pourtant, Gilles Bernheim connaît les regards et les insultes dont souffrent certains juifs. «Avec mon chapeau et ma barbe, on m'identifie facilement. À plusieurs reprises, on m'a traité de sale juif», raconte-t-il. Comme le grand rabbin Sitruk avant lui, il conseille aux croyants d'abdiquer d'un symbole, la kippa, pour la remplacer par un couvre-chef plus anodin. Et de rester «exemplaires».
Ce rôle d'éclaireur lui sied. «Le grand rabbin est un homme de morale», rappelle-t-il, «un éducateur». Il devra désormais guider fidèles et rabbins sur les grandes questions religieuses. Et incarner le judaïsme pour les autres. Or ce regard juif sur la société, celui d'Un rabbin dans la cité, titre d'un de ses livres, Gilles Bernheim le cultive depuis des années dans des publications portant aussi bien sur la laïcité que sur l'euthanasie, le mariage, l'Europe… C'est sur ses écrits qu'il a construit sa renommée. «Il donne à réfléchir», assure l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui avait ouvertement pris son parti. Un objectif qu'il assume, avec ses contraintes. Avant de formuler une réponse, Gilles Bernheim se plonge dans la réflexion. Longuement. Un cheminement étonnement lent dans un monde où la communication va de slogan en formule, où la religion se décline par commandement. Cette intransigeance lui vaut des détracteurs. On lui reproche d'être loin de la base. Lui assure avoir appris la vie, depuis 1994, lorsque rabbin des étudiants, il s'était présenté pour devenir grand rabbin de France et s'était incliné contre Joseph Sitruk. «Entre-temps, je suis devenu le rabbin d'une communauté (la Victoire), j'ai changé de langage, pour me faire comprendre.» Entre-temps, la «communauté a également évolué», estime pour sa part Rafaël Haddad, de l'UEJF. «Les Séfarades, qui sont largement majoritaires, se sont rapprochés d'un judaïsme français, d'une tradition plus livresque.»
À la Victoire, l'une des plus belles synagogues de Paris, Gilles Bernheim prêche et guide l'étude. Au Consistoire, il travaille au dialogue interreligieux. Il a publié un livre cette année avec le cardinal Barbarin, où ils croisent leurs réflexions sur les rites et croyances. Ses opposants, emportés par un repli qui a saisi une partie de la communauté, le disent fasciné par le christianisme. Lui s'en dit proche. Mais juif. Juif français. Il aurait pu choisir de vivre en Israël, où il a rencontré sa femme, psychanalyste, et où vivent aujourd'hui deux de ses quatre enfants. Mais s'il «aime Israël», dont Jérusalem est pour lui la capitale «indivisible», il refuse «un judaïsme français inféodé à l'étranger». «Il ne faut pas chercher des identités par procuration, ni dans Israël ni dans la mémoire de la Shoah : ce n'est pas ainsi que nous échapperons à l'assimilation», le grand défi des juifs qui, toujours minoritaires, voient chaque jour les filiations se perdre dans des mariages mixtes ou par éloignement. «Dans les petites communautés, il manque des rabbins et la vie juive s'éteint», s'inquiète Gilles Bernheim. Or, «il suffit de très peu de personnes pour assurer la réussite d'une communauté», assure le rabbin, qui veut relancer cet esprit d'accueil, parfois perdu dans les synagogues.
En revanche, il ne songe guère à faciliter les conversions, un enjeu pourtant majeur, tandis qu'une génération d'enfants issus de mariages mixtes aimerait se rapprocher du judaïsme, mais se heurte à un système rigide où seuls les enfants de mère juive sont reconnus par l'institution. Les autres doivent se convertir, dans un processus long et souvent décourageant. Si l'entrée dans le judaïsme n'a pas vocation à être assouplie, le discours, lui, s'adresse à tous : «Ce n'est pas la grandeur d'un rabbin qui fait la grandeur d'une religion, d'une pensée juive, dit-il. C'est sa capacité non pas de conviction mais de donner à penser à ceux qui ne croient pas en lui ou en cette tradition.»

Laïcité et positionnement des intellectuels juifs français

Libye: BHL s'est engagé "en tant que juif"

Le Figaro - 20 novembre 2011 - AFP
Le philosophe Bernard-Henri Lévy a déclaré aujourd'hui que "c'est en tant que juif" qu'il avait "participé à l'aventure politique en Libye", lors de la première Convention nationale organisé par le Conseil représentation des organisations juives de France (Crif). "J'ai porté en étendard ma fidélité à mon nom et ma fidélité au sionisme et à Israël", a-t-il déclaré.

Finkielkraut : «Je suis un intellectuel juif et français»

Le Figaro - 21 novembre 2011 - Alain Finkielkraut, interview par Cécilia Gabizon
Tariq Ramadan avait désigné les intellectuels français comme en réalité des intellectuels juifs dans une tribune qui avait fait grand bruit au début des années 2000. Comment vous qualifiez-vous?
Ce n'est pas simple dans le monde intellectuel en France d'avouer son attachement à Israël. Je suis régulièrement conspué comme «réactionnaire» et «sioniste». Et je ne suis pas le seul. Récemment Régis Debray osait pourfendre en ces termes la tiédeur des intellectuels français devant le printemps arabe : «Ils sont tétanisés parce qu'ils ont une trouille bleue de l'islamisme et qu'ils ne savent pas quoi penser de mouvements populaires qui, tôt ou tard, risquent de se retourner contre Israël». Si l'État Hébreu en venait à bombarder les installations nucléaires iraniennes, je redoute le déchaînement médiatique et l'alliance des banlieues avec l'intelligentsia. Qu'on le veuille ou non, qu'on soit critique ou inconditionnel, cela montre que notre sort est lié à Israël. Je suis un intellectuel juif, certes, je ne renie pas cette identité, mais pas exclusivement. Il ne faut pas essentialiser les êtres. Je me considère comme un intellectuel français.

Résurgence de l'antisémitisme, du terrorisme islamiste antisémite, et évolution du positionnement politique de la communauté juive

L’effrayant testament de Mohamed Merah

Le Journal du Dimanche - 25 mars 2012 - Stéphane Joahny, Laurent Valdiguié
Pendant plusieurs heures, le jeune homme s’est livré à une longue confession à mi-chemin entre les aveux et la provocation. Un récit parfois insoutenable…
Une sorte de confession. Des aveux, pour les policiers. Un testament, pour Mohamed Merah, qui savait dès le début qu’il ferait tout pour avoir "l’honneur de mourir les armes à la main en moudjhadine". Pendant plusieurs heures, dans la journée de mercredi, le jeune djihadiste a longuement parlé aux négociateurs du Raid, et à la policière de la DCRI qui l’avait "traité" lors de son retour du Pakistan et dont il avait demandé la présence. "J’allais te fumer", a-t-il d’ailleurs avoué à cette jeune femme, aujourd’hui très "secouée". [...]
Ses motivations. C’est la partie connue de ces longs échanges. "Il est fier d’avoir mis la France à genoux", a annoncé Claude Guéant le premier matin. "Il n’a exprimé aucun regret. Dans son récit, Mohamed Merah cherche à se donner le beau rôle [...]", confie un enquêteur. [...] Après trois à quatre heures d’une logorrhée ininterrompue, les échanges s’espaceront, se feront plus brefs, sous prétexte de prières, notamment, avant de cesser complètement à 22h45. L’homme en a profité pour se reposer, "recharger les accus", se préparer au combat. C’est ce qu’il dira clairement aux hommes du Raid avant de se taire définitivement. À croire cette source proche des négociateurs, son discours est posé, les mots sont choisis, le ton presque courtois. Pas d’invectives. Jamais d’irritation. "Il ne nous a jamais raccroché au nez", insiste-t-on. Un discours froid pour revendiquer l’horreur. Un luxe de détails parfois sordides avec lesquels il exprime pour seul regret d’avoir manqué, à quelques minutes près, "la rentrée des classes dans l’école juive" [Ozar Hatorah], ce qui lui aurait permis de tuer plus d’enfants. Des propos effarants pour dire le "plaisir infini" ressenti au cours de ses actions meurtrières. Il a aussi longuement expliqué qu’il avait refusé de finir en kamikaze pour pouvoir multiplier les actions, "voir ses victimes", les "toucher" et les filmer. Selon lui, il aurait transmis ses images "à des frères", qui les posteront sur Internet… Un scénario redouté jusqu’à l’Élysée. [...]
Ses cibles. Les hommes du Raid sont encore estomaqués par la radicalité de ce testament oral de la part d’un garçon de 23 ans, complètement embringué dans "sa guerre contre l’État, l’Occident, ses soldats ou encore les juifs, qui, à ses yeux, sont tous coupables…" Merah assure avoir voulu "venger la mort d’enfants palestiniens", en attaquant l’école juive, mais lors de son dialogue avec les négociateurs, il a admis que ce matin-là, son objectif initial était un militaire qu’il avait repéré au préalable. "Comme ce para n’est pas sorti de chez lui, il s’est attaqué aux enfants", confirme un policier de haut rang. Un plan B en quelque sorte. Mais le tueur au scooter avait prévu de s’attaquer à d’autres écoles juives. Questionné par les policiers du Raid, il a indiqué n’avoir voulu viser que des soldats, à Toulouse et à Montauban, et non des jeunes Maghrébins [deux musulmans, un catholique]. "Peut-être qu’il a honte, que cela le gêne d’avoir tué des musulmans", s’interroge-t-on place Beauvau.

Le Crif accuse l'extrême gauche d'avoir cautionné des débordements antisémites

Le Point - 3 mars 2009 - lepoint.fr
L'extrême gauche, les communistes et les Verts ont vivement été accusés à l'occasion du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) d'avoir cautionné des débordements antisémites lors de manifestations pro-palestiniennes. Dans un contexte marqué par l'augmentation des actes antisémites en France (352 recensés en janvier pendant l'offensive israélienne contre Gaza, contre 460 en 2007 ou 2008), le président du Crif Richard Prasquier s'est indigné lundi de "l'explosion de haine d'une virulence alarmante" à l'occasion des manifestations de soutien à Gaza, et a déploré qu'"on défile sous les drapeaux de ce mouvement architerroriste qu'est le Hamas", aux "cris de morts aux juifs ".
"Comment croire ces militants politiques aguerris de l'extrême gauche qui prétendent n'avoir rien vu et rien entendu de ces débordements ? Sur les photos, on ne les voit pourtant pas fermer les yeux ou se boucher les oreilles !", a-t-il lancé à l'adresse de la secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet, d'Olivier Besancenot (NPA) et des Verts, présents aux défilés de janvier.

La montée de l'antisémitisme inquiète au dîner du CRIF

Le Monde - 2 mars 2009 - lemonde.fr avec AFP
La hausse du nombre d'actes antisémites enregistrés en janvier a occupé une place centrale dans les discours prononcés à l'occasion du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). A l'issue du cocktail préalable au dîner, le président Nicolas Sarkozy a regretté que "parfois, l'actualité internationale provoque des tensions". (...) "L'antisémitisme est de retour", a déclaré le président du Conseil, Richard Prasquier, "aujourd'hui beaucoup de juifs en France ont peur." M. Prasquier a expliqué que l'antisémitisme a pris prétexte de la guerre à Gaza au début de l'année et de la crise financière pour s'exprimer en France.

Israël - “On banalise le nouvel antisémitisme sous couvert d’antisionisme”

France-Soir - 1 novembre 2009 - Magdi Cristiano Allam, propos recueillis par France-Soir
Magdi Cristiano Allam publie, en réponse au terrorisme islamiste, un hymne à la vie intitulé Pour que vive Israël (éd. du Rocher). Magdi Cristiano Allam, ancien vice-directeur du Corriere della Sera, est l’une des personnalités politico-médiatiques les plus populaires d’Italie. D’origine égyptienne, auteur de nombreux best-sellers sur l’islam et l’Occident, il est menacé de mort par le Hamas et al-Qaida en raison de ses positions sur l’islamisme, sur Israël et depuis sa conversion au christianisme.
"Je suis entré en politique dans le cadre d’une double volonté de défendre l’Europe menacée par l’islamisme conquérant et par le vide spirituel, ethique et identitaire de l’Europe. Le voile et la burka apparaissent partout en Europe, où l’on banalise le nouvel antisémitisme sous couvert d’antisionisme, signes qui ne trompent pas sur la progression de l’idéologie de mort islamiste. En Belgique, des amis juifs font accompagner leurs enfants à l’école par des gardes du corps. La police ne pénètre plus dans les quartiers hors la loi où l’ordre islamiste progresse. C’est très inquiétant."
"L’idéologie des Frères musulmans, prétendus pacifiques dénonçant tactiquement les « coupeurs de tête », est la même que celle des terroristes. Ils veulent empêcher l’intégration des musulmans en Europe, réclament des droits différents, empêchent la critique de l’islam (d’où « coupeurs de langue »), au nom de la lutte contre l’islamophobie, et nient la légitimité d’Israël à l’existence. La lutte contre l’islamisme commence donc par la défense de ce droit à la vie, car l’islamisme justifie leurs massacres contre les non-musulmans et les musulmans au nom de la haine des Juifs et d’Israël. Ce droit à la vie doit être inaliénable, indépendamment du droit de critiquer tout Etat, dont Israël."
"L’échec de la stratégie militaire et politique internationale en Afghanistan et la croissance du pouvoir des talibans au Pakistan sont dus à la myopie d’un Occident qui croit pouvoir vaincre le terrorisme avec les armes. Or c’est un défi de valeurs, d’identité et de culture. Nous devons libérer les Afghans de ceux qui lavent les cerveaux et poussent à vendre les vies en échange de la farce du paradis islamique et de récompenses matérielles."

Virage à droite chez les juifs de France

Le Journal du Dimanche - 30 janvier 2010 - Soazig Quéméner
Gilles-William Goldnadel, avocat très engagé à droite, a été élu triomphalement au Crif, au grand dam des personnalités de gauche de la communauté juive. (...) La marque d’une droitisation de l’instance? L’avocat récuse le terme. "Je parlerais plutôt de libération intellectuelle", sourit celui qui s’est senti poussé "par l’urgence et le péril" qu’il ressent au sein de la communauté. (...) Selon [Klugman], on assiste au "post-trauma" des années 2000, quand la deuxième Intifada a coïncidé avec un regain d’antisémitisme, parfois violent, dans la société française. "Les juifs se représentent de plus en plus comme une citadelle assiégée, expose-t-il. D’où ce repli. Des gens qui étaient vécus comme sulfureux, de droite un peu dure, sont maintenant des personnes centrales, incarnant la pensée mainstream de la communauté juive. Les humanistes de gauche sont devenus des conservateurs de droite! La lutte contre l’antisémitisme ne peut pourtant pas être le vecteur unique de notre relation à autrui."

Goldnadel : «Sarkozy a apaisé la communauté juive»

Le Figaro - 3 février 2010 - William Goldnadel (président de France-Israël et d'Avocats sans frontières, élu au comité directeur du CRIF), propos recueillis par Judith Waintraub
"Je me réjouis que cette année encore, ni les Verts ni le PCF ne soient conviés au dîner du Crif. Cela nous sort de l'hémiplégie intellectuelle et politique que je dénonce depuis vingt ans, qui consiste à vouloir exclure l'extrême droite et excuser l'extrême gauche.[...]
N'en déplaise à ces mauvais perdants, mon élection [au comité directeur du CRIF] est moins une victoire de la droite qu'une défaite de la gauche ringarde et courtisane ! Quand cette gauche était en majesté dans la communauté, elle a monté en épingle un antisémitisme largement fantasmé en faisant entendre des bruits de bottes. Elle a crié au loup au risque de perdre toute crédibilité. Et lorsque l'antisémitisme nouveau est arrivé, elle s'est mise aux abonnés absents, parce que cet antisémitisme venait de la partie soi-disant la plus réprouvée du corps social. Celle qui ne pouvait pas incarner le mal. Ce faux angélisme, comparable à celui qui sévit dans une certaine gauche sur la délinquance, a été censuré par la communauté lorsqu'elle a élu ses représentants, comme par le peuple français quand il a élu ses dirigeants."

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